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SUR L' ELITISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' élitisme connait décidément en France un curieux destin. Après avoir symbolisé le progrès, par la substitution à l' élitisme aristocratique fondé sur la naissance d' un élitisme bourgeois puis petit-bourgeois basé sur le mérite, le voici de plus en plus remis en question au nom du lien social et de l' égalité citoyenne.

L' existence d' une oligarchie coupée , à quelques exceptions près servant d' alibis, des couches populaires, fait l' objet de critiques multiples qui s' adressent en priorité au mode de reproduction de la classe dirigeante, responsable d' une évidente fracture socio-culturelle.

L' illustration spectaculaire de la situation est fournie par le recrutement des "Grandes Ecoles", sorte de garantie offerte aux jeunes issus de milieux favorisés dans la répartition des postes de pouvoir politiques (Grands Corps de l' Etat), économiques ( Banques,Entreprises du CAC 40) et médiatiques (Groupes de Presse). S'en dégagent un entre-soi et une unité de vue qui semblent peu conformes à l' exercice démocratique.

Un tel élitisme transparaît également au niveau des pratiques culturelles. Il cristallise, en dépit d'une facilité accrue d' accès aux musées et de la multiplication de festivals, des groupes sociaux souvent étrangers les uns aux autres dans le choix de leurs loisirs et de leur éducation artistique. L' élite voit-elle un inconvénient à cet apartheid? Il l' enferme en la flattant .

De façon générale, l' élite d' aujourd'hui, ouverte quant aux choix partisans légalistes (la social-démocratie diplômée y est la bienvenue), mais rigide sur les privilèges de classe liés à la domination  intellectuelle, est, par nature, l' alliée de la Finance. Il n' est pour s' en convaincre qu' à se référer au dîner mensuel du "Siècle" , club créé il y a une vingtaine d' années où se mêlent parlementaires, banquiers, hauts fonctionnaires et éditocrates non communistes et non lepénistes. Rien d' un rendez-vous snob ou bobo. On est là pour cerner calmement les "orientations" qui, en marge des assemblées élues, des instances communautaires et des conférences internationales, sauront conserver et protéger l' Ordre social. Au fond, rien de très neuf.

Publié dans société

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SUR LE "DECLINISME"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' annonce de la décomposition d' une France chargée de plus de mille ans d' Histoire est à la mode dans une certaine intelligentsia. Un écrivain comme Houellebecq, un journaliste comme Zemmour, un philosophe comme Onfray, un économiste comme Baverez, produits médiatisés de la culture hexagonale, proclament en choeur que c' en est fini du pays obsolète de Clovis, Jeanne d' Arc, Louis XIV, Napoléon, Clémenceau et de Gaulle.

Les Français les lisent en faisant la part des choses: d' un côté un opportunisme provocateur (et rémunérateur) saisissant l' aubaine d' une situation confuse, de l' autre les difficultés d' une vieille nation pour s' articuler avec. la mondialisation et la justice sociale.

Si le "déclin" consiste à comparer le pouvoir du Roi Soleil avec celui de Macron quatre siècles plus tard, on sombre dans le ridicule. La France était, au XVIIème siècle, et de loin, le pays le plus peuplé d' Europe, le reste du monde demeurant pratiquement inconnu de la civilisation judéo-chrétienne. La langue française était, comme l' a souligné Rivarol, d' usage dans tous les milieux "évolués", plus influente alors que ne l' est aujourd'hui l' anglais commercial. L' émergence économique de nouveaux continents a rebattu les cartes : recul épisodique ou déclin mortel?

Cette redistribution géopolitique et démographique n' exonère pas pour autant la France des fautes et défaites accumulées, qui ont souvent contribué à la baisse de son audience : déroute de 1870, débâcle de 1940, instabilité institutionnelle chronique, échec de la décolonisation, stupide désindustrialisation, incapacité à juguler le chômage et la dette, pour ne prendre que quelques exemples. La France est mal gouvernée. La pagaille y semble congénitale.

Malgré tout, le pays continue de bénéficier d' un acquis particulier. D' abord d' une situation stratégique privilégiée entre Europe du nord et du sud, et sur le chemin de l' Europe à l' Amérique. D'une tradition agricole et de savoirs industriels de premier plan, d' une présence planétaire (second domaine maritime mondial, nombreux territoires ultramarins, siège au Conseil de sécurité de l' ONU, participation au G7), d' une enviable capacité diplomatique et nucléaire, d' un fort  rayonnement culturel et touristique, de chercheurs et ingénieurs appréciés.

Le sort de la France qui a connu les épidémies, les guerres de religion, les Révolutions, la saignée de 14-18, l' exode, l' occupation, maintenant le terrorisme, souffre en réalité moins d' une "crise de civilisation" récurrente ou de la taille de sa superficie que de son fonctionnement politique baroque, du conservatisme égoïste de ses élites et d' un système de classe qui démobilise une partie de son peuple. C' est là le point qui aurait dû inquiéter nos Cassandres patentés. Leur cri d' alarme reste du parisianisme.

 

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SUR LE NARCISSISME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le vieillissement de la population occidentale est un fait d' observation. Il est, certes, d' abord dû aux progrès de l' hygiène, de la médecine et des conditions de vie. On peut toutefois ajouter à cela une donnée psychologique associée à la période : l' avancée de l' individualisme, effet du système libéral-marchand (le consumérisme en est l' une des manifestations : ah, l' ivresse du shopping capricieux !...), et, par là, d' un déficit sensible de la solidarité puis, a fortiori, de l' esprit de sacrifice.

Le narcissisme conservateur qui en découle, fruit d' une recherche d' identification dans des situations d' acculturation massive, s' accompagne à force d' une perte de l' empathie, voire d' une méfiance généralisée envers les autres. La hantise de la sécurité personnelle et familiale ( caméras video, raccordement à un organisme de surveillance, système d' alarme sophistiqué et onéreux) en témoigne: " Je me protège d' autant plus que je m' admire et me sens rare. Je me donne ainsi plus de chances de vieillir". CQFD.

Garantir une existence qu' on croit incomparable mais menacée, et se réfugier à cet effet dans le repli est aujourd' hui une pathologie que n' explique pas une simple peur. C' est pourquoi la question relève autant du responsable politique que du psychanalyste.

Le culte de soi, héritage du mythe de Narcisse tombé amoureux de son image reflétée dans l' eau, tel qu' énoncé par Ovide dans les "Métamorphoses", connait apparemment une actualité inédite. Il fait écho à plusieurs types de phénomènes socio-économiques contemporains et à une organisation sociale où les comportements relevant d'une logique autocentrée incarnent le "malaise de la modernité".

Ce néo narcissisme se répand en dessinant une spécificité particulière du souci de soi. Loin de se satisfaire de la domination du Moi, il se nourrit de fantasmes trahissant en vérité son impuissance fondamentale. La transmutation de la subjectivité qu' est en train d' opérer la mondialisation aboutit à une fragmentation croissante de la société humaine.

En résulte un isolement qui engendre, au milieu même de la foule, un moi appauvri et un ego surdimensionné. C' est ici que Narcisse nargue nos gouvernants : dans la détérioration sans entrave du lien social, base pourtant de toute vie en commun.

 

 

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