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Qui a fait quelque chose pour nous?

Publié le par memoire-et-societe

   La lucidité et  l' audace intellectuelle des Surréalistes m' ont toujours fasciné. Voici, issue d' une hécatombe innommable, une dizaine de jeunes gens décidés à faire tomber les cloisons d' un monde disqualifié et, parallèlement, à libérer l' homme de son aliénation  psychologique. Il faut avoir vingt ans pour oser une ambition aussi globale et radicale : précisément, c' est l' âge qu' ils ont.

   La révolution est , en l' occurrence  d' avoir voulu délivrer la pensée de son carcan: raison, conventions, interdits, qui châtrent la créativité  refoulée au fond de chacun,et mutilent  la personnalité authentique. Otez sa laisse à un animal : il se met aussitôt à courir sans but, à gambader, à fouiner, flairer, explorer, bref à dévorer la liberté retrouvée. Je ne trouve pas  plus juste comparaison:  le  Surréalisme a enlevé sa laisse à la pensée pour en révéler les capacités d' amour, le penchant à la poésie de la vie, pour s' ouvrir à l' espace infini du rêve, à la réalisation de soi par l' acte de la création.

   Peignez ! écrivez ! sculptez ! jouez ! aimez ! entêtez-vous à suivre l' enchainement des fantasmes, l' irruption des hasards! associez l' inassociable, hébergez l' inconvenant, révisez les tabous, réévaluez  les infractions ! Une sorte d' ivresse vous gagne alors, d' où émergent les vastes étendues de l' imaginaire. C' est bien ça : laissez courir l' animal.

   Je rends grâce au Surréalisme et à ses fondateurs de m' avoir incité à entrer en contact avec d' autres réalités que les étroits couloirs du monde admis, la conformité des croyances officielles, les clichés usinés dans les officines des Parlements, des Universités et  de la Production médiatique. Vaché,' Breton, Aragon première manière, Soupault, Eluard, Desnos, Artaud, Péret, Crevel, Queneau, Char, ces hommes ont  fait quelque chose pour nous. Ils nous ont fait confiance.

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Conscience malheureuse

Publié le par memoire-et-societe

   "Conscience malheureuse ", la formule est de Friedrich Hegel dans " Phénoménologie de l' Esprit " (1807) pour désigner le sentiment de frustration et d' impuissance qu' éprouve une conscience quand elle n' obtient pas d' être reconnue pour ce qu' elle est, ne parvient pas en somme à mettre au diapason l' idée d' elle-même et sa présence au monde, condition de sa survie.
   Conscience malheureuse, voilà  bien comme il convient de  qualifier aujourd'hui en termes philosophiques ( on parlerait peut-être de phobies ou d' état semi-dépressif en termes psychologiques ), la situation de citoyens qui, pour des raisons diverses, souffrent d' inadaptation. Ils paraissent  à première vue relever de deux catégories définies : les enfants des seconde et troisième générations d' immigrés d' une part, les diplômés illustrant la fuite des cerveaux que la France avait su éviter jusqu'ici, d' autre part.

   La question du déni culturel chez de jeunes immigrés nés dans l' hexagone est répertoriée. Elle a fait l' objet de maints rapports, articles et  colloques. Les pères avaient aspiré à l' égalité assimilante que promettait la République. La conscience malheureuse des fils refuse la référence à leur statut  juridique national, aux institutions qui en dépendent et  à leurs symboles ( hymne, drapeau ). Entre temps, l' épaisseur d' une politique d' intégration manquée ( rejets racistes, chômage, conditions d' accueil  précaires, clivages culturels ).

   On mesure les conséquences de ce déni : ghettoîsation, communautarismes opposés à la  visée  théorique consensuelle de la République, dépit et rancoeur qui conduisent les uns à la délinquance, d' autres au désir de reconquête identitaire à travers l' exaltation religieuse. Ainsi  retrouve-t-on de ces Français-non Français combattant  sur des théâtres d' opération où  ils peuvent, armes à la main,  affronter les Occidentaux : Irak, Afghanistan, Syrie, Mali, créant en outre, dans leur pays natal, un abcès de fixation  par la menace d' un terrorisme domestique que nourrit encore la crise économique. N' y a-t-il pas  là matière à s' interroger ?

   C' est une autre forme de la conscience malheureuse que vivent de leur côté de jeunes  Français "souchiens"  bardés de diplômes, qui remettent en question la capacité de leur pays à proposer un avenir conforme à leur attente. L' appel d' un Ailleurs, fréquent chez les Jeunes et devenu accessible grâce aux facilités de la mondialisation, s' accompagne désormais du sentiment que la France, où les fonctionnaires se reproduiraient  par génération spontanée, est une nation sclérosée, rongée par des querelles de clocher, figée dans des hiérarchies immuables freinant et décourageant initiatives et novations. Un flux de candidats à l' exil met le cap vers des horizons lointains et réputés libéraux où, semble-t-il, le pragmatisme balaie les tracasseries paperassières, les règlementations tâtillonnes et  une surfiscalité paralysante : les Etats-Unis, le Canada, l' Australie, voire, pourquoi pas, la Chine communiste ... Adieu  l' Europe et  ses "anciens parapets " évoqués par Rimbaud !

   Quand un(e) jeune me fait part de son intention de s' expatrier, je ne le contrarie pas. Qu' il ou elle  parte faire son expérience : nous vivons dans la sublimation de la réussite  individuelle par l' esprit d' entreprise ! Et la sacralisation du pragmatisme n' est-elle pas le plus récent remède à la conscience malheureuse identifiée il y a plus de deux siècles par Hegel, père,lui, de l' Idéalisme ?

 

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Qui a été Hugo Ball?

Publié le par memoire-et-societe

   Il était né en 1886 à Pirmasens, dans le Palatinat rhénan, à quelques kilomètres de la frontière française et de la ville de Bitche, en Moselle. Délaissant une famille pieuse et conformiste, il part pour Berlin où il s' imprègne du nihilisme russe, du freudisme naissant et de la mystique hindoue. Autant d' éléments qui le poussent  vers l' expressionnisme

(précisément le groupe " der blaue Reiter"), alors triomphant. Pacifiste en 1914, il s' exile l' année suivante à Zurich avec sa compagne, la chanteuse  Emmy Hennings.  Il y retrouve des poètes tels que Richard Huelsenbeck  et le Roumain Tristan Tzara, des peintres comme Jean Arp, Marcel Janco, autre Roumain, et  Sophie Taueber-Arp, avec lesquels il fonde le mouvement Dada (février 1916).

   Dada est issu du hasard absolu : un mot du dictionnaire ouvert sans intention, qui peut vouloir dire oui-oui en russe, ou signifier marotte en français, ou même rien du tout, mais qui est passé à la postérité grâce à une taverne de la Spiegelstrasse, rebaptisée " Cabaret Voltaire " ( cousin du Kit Kat  Klub berlinois dans le célèbre film de Bob Fosse, "Cabaret" ).

   La déstructuration du langage y est de mise, donnant lieu à des textes criés, sorte de pré-lettrisme (vers la fin des années 40, un Roumain encore, Isidore Isou, et son ami Gabriel Pomerand, prendront la suite ). Guy Debord, chef de file du "Situationnisme", n' y sera pas non plus indifférent. "Un jeu de fous dans le vide ", dit Hugo Ball , qui s'installe à Berne pour rédiger son testament littéraire, " Critique de l' intelligentsia allemande."

   Il a 34 ans. C'est pour lui l' heure de la retraite. Avec, l' année de sa mort, en 1927, un dernier écrit : " La fuite hors du temps", journal de ses années folles. Vie fulgurante, à la Rimbaud,  riche de retombées. Dada surgit en éclaireur du surréalisme, lequel sanctionnera sa disparition.

   Mais déjà  Dada a déchiré les coutures de la raison, débordé les frontières  logiques, étendu la dérision, commencé à venger la jeunesse de son époque d' une immonde  boucherie. Puis a essaimé : à Berlin avec le peintre spartakiste George Grosz, à  Hanovre avec Kurt  Schwitters, à Cologne avec Max Ernst, et  bientôt à Paris, malgré les résistances au "germanisme".
   Dans les premières décennies du XXème siècle, tandis que s' étripent Français et Allemands, Paris et  Berlin s' imposent comme capitales de la révolution dans l' Art.  Duchamp et  Pansaers, Kandinsky et Breton, Chagall et  Gropius, Picabia et  Otto Dix, Tzara et  Ribemont-Dessaignes, Klee et  Soupault, s' y croisent, s' y mêlent, allument les mèches de la révolte et de la provocation.

   Qui a été Hugo Ball ? le pionnier en Allemagne d' un élan irréversible vers la Création contemporaine que les Nazis, de leur côté, qualifiaient  d ' " Art dégénéré" ( Entartete Kunst ). 

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Emergence

Publié le par memoire-et-societe

   Les pays dits "émergents" sont, en quelques années, devenus des acteurs de l' évolution planétaire. Le qualificatif d' émergent englobe, à la vérité, une variété de situations diverses réunies par un phénomène commun: un bond économique exprimé par un fort taux de croissance.

   En fait, les pays concernés sont loin de partir  tous des mêmes bases. L' émergence de la Russie,si le terme s' applique à elle, a peu à voir avec celle du Mozambique, sinon la détention et  l' exploitation de ressources qui favorisent  le développement. La première est une puissance industrielle ancienne, dotée de cadres de haut niveau et de technologies civiles et militaires avancées. Le second est un nouvel Etat, à peine sorti du statut colonial (1975), encore fortement embourbé dans le sous-développement. On pourrait multiplier ces exemples de contrastes, en se référant aux continents, à l' âge de chaque souveraineté, au degré d' intégration au marché mondial et  au type de formation sociale correspondante. De ce point de vue, le sigle BRIC (Brésil, Russie, Inde,Chine) a quelquechose de hâtif.

   L' émergence n' en revêt pas moins un caractère illustratif de la redistribution des richesses et, par là, de nouvelles influences. L' aval des Emergents n' est pas indifférent dans les débats et les décisions des Nations-Unies, ni absent des choix effectués par le FMI ou l' OMC.

   Pour autant, l' émergence n' implique pas une élévation équivalente des niveaux de vie. Les pouvoirs, concentrés entre les mains de groupes limités (oligarques russes, apparatchiki chinois, militaires africains, bourgeoisies compradores, féodaux religieux) freinent les avancées sociales qu' autoriseraient les performances économiques mais que viennent contrarier la corruption, les détournements, la spéculation et le népotisme.
   Ainsi, pour en revenir au Mozambique, ex colonie portugaise du sud est aficain, le taux de croissance y est de l' ordre de 8% annuels, ce qui est considérable. Charbon, bauxite, or, sables minéraux, tantale s' y trouvent en abondance et  les productions agricoles (coprah,coton etc.) sont en plein essor. Pourtant le pays demeure au 185ème rang mondial selon  l' ONU,et se classe  3ème parmi  les  plus déshérités  (IDH: Indice de Développement Humain). La moitié des 22millions d' habitants vit  au-dessous du seuil de pauvreté. Les leviers politiques et économiques relèvent tous des " Assimilados", formés dans les universités portugaises et sud-africaines.

   Le système scolaire est embryonnaire. Les rares diplômés s' expatrient. L' eau manque. Les infrastructures de communication et les équipements collectifs font largement défaut. Les mouvements de population consécutifs à des années de guerre civile ont  déséquilibré la répartition  des zones habitées. Le sida ravage bidonvilles et  camps de réfugiés, abandonnés à quelques équipes d' " humanitaires". Parler d' émergence est donc pour le moins inapproprié, même si des statistiques officielles invitent à l' optimisme. L' accumulation capitaliste nationale n' aboutit  qu' à des enrichissements claniques et  au leurre social que constitue l' apparition d' une miniclasse  moyenne urbaine.

   N' accordons en conclusion à l' émérgence qu ' un crédit  relatif.  Elle témoigne d' abord du  faux nez  dont s' affuble aujourd'hui  la mondialisation libérale.

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La dynastie Morizet

Publié le par memoire-et-societe

   Sans vouloir jouer les pythonisses, je pense que Nathalie Kosciusko-Morizet  a des chances réelles d' être élue maire (mairesse?) de Paris l' an prochain.
   Dans ce cas, elle rassemblerait  les atouts : être à 40 ans la première femme à diriger la Capitale; avoir  rendu l' Hôtel de Ville à la droite; savoir, en ingénieure confirmée,  accorder  aux technologies modernes une attention qui fait souvent défaut aux politiques (Prospective, Economie numérique, Transports); pouvoir  transmettre une expérience de la vie publique déjà considérable (trois fois ministre, députée, conseillère régionale, maire); bénéficier elle même  (nous allons y revenir) d' une hérédité stimulante; être à même de faire profiter  la ville d' un réseau internationai étoffé de relations politiques et culturelles.

   Je ne suis pas chargé de la publicité de Mme N.K.M, qu' au demeurant je n' ai jamais vue qu' à la télé. Je me borne à observer  une approche électorale (mars 2014) et  à tenter d' en mesurer l' effet  possible. Cela dit, que l' électeur de gauche ne s' y trompe pas : l' intérêssée est  résolument ancrée dans le libéralisme économique et  le camp des technocrates. Et pourtant...

   Pourtant, son arrière grand' père s' appelait André Morizet. Issu d'une famille de protestants rémois, il avait adhéré étudiant au socialisme, au sein duquel il a réalisé un parcours estimable. L' éléctoralisme est  indissociable de la famille : d'abord battu aux législatises à Boulogne- Billancourt, Morizet  demeurera  maire de la cité de 1919 à sa mort. En 1920, il opte pour le Parti communiste, qu'il quitte à peine trois ans plus tard pour un Parti socialiste-communiste maigrelet et éphémère lui permettant toutefois de décrocher un mandat de sénateur, mandat reconduit  ensuite sous l' étiquette socialiste SFIO. Ecolo avant  l' heure, André Morizet  a marqué sa  commune ouvrière , alors fort déshéritée, par une oeuvre d' équipement collectif et d' aménagement urbain unanimement saluée.

   Le grand'père paternel de NKM était Jacques Kosciusko, devenu Kosciusko- Morizet après son mariage avec Marianne Morizet. De lointaine ascendance polonaise, agrégé de lettres, résistant gaulliste et  ambassadeur de France, ses choix 

(secrétaire national aux Relations extérieures et maire de Saint Nom la Bretèche pour le compte du  RPR), n' ont  peut-être pas été sans influer sur sa descendance. Son  fils  François, donc le père de NAKOMO, comme on la surnommait  à Polytechnique, lui même ingénieur des Ponts, a emprunté à son tour la voie électorale : il est aujourd'hui vice-président du Conseil Général des Hauts de Seine et  maire UMP de Sèvres.

   Un tel pedigree  joue évidemment en faveur de la candidate à la mairie  de Paris. Sa connaissance des questions écologiques ne  facilitera pas la tâche de l' éventuel candidat des Verts. Quant aux socialistes, il va leur  falloir mouiller le maillot  pour faire obstacle à  la perennité  de la dynastie des Morizet.

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L' audacieuse prudence du P.C

Publié le par memoire-et-societe

   En ces temps ingrats, il est délassant d' observer le comportement du Parti Communiste Français, entre une base impatiente et le souci de la direction de préserver ses fiefs électoraux.

   Nul n' est plus éloigné des outrances verbales d' un Mélanchon que le placide apparatchik  Pierre Laurent, secrétaire général dont il est impossible d' écouter plus de deux minutes la langue de bois ou, si l' on préfère, de lapper  la bouillie pour les chats qui tapisse la vacuité de son discours.

   Pierre Laurent est bien né. Son père, Paul, a joué un rôle éminent à partir des années 60 où il a été, tour à tour ou en même

temps, dirigeant des Jeunesses (l' U.J.R.F), membre du Bureau Politique, Secrétaire National à l' Organisation ( en fait numéro 2 derrière Marchais), et député de Paris. Flegmatique, populaire, Paul Laurent, mort en 1990, a laissé le souvenir d' un partisan de la démocratisation du P.C, plus proche du communisme à l' italienne que du néo-stalinisme brejnèvien, et son nom à une rue du XIXème arrondissement.

   Ce sympathique atavisme n' exclut pas un pragmatisme dont Pierre Laurent a aujourd'hui bien besoin. Le problème est à la fois clair et pas facile : comment refuser de cautionner la politique Hollande  sans risquer de compromettre l' alliance avec le P.S qui, seule, peut garantir la conservation des mairies communistes ? Mélanchon est, certes, utile comme moyen de faire dire tout haut par un autre ce qu' on pense soi-même tout bas. Mais, à parler franchement, cette histoire de " Front de Gauche" s' annonce une impasse. Sans les infrastructures du P.C, ses réseaux militants et son implantation syndicale qui, la crise aidant, regagnent un peu de terrain, le "Parti de Gauche", lui, se ramène à une poignée de transfuges socialistes agglutinés autour d' un démagogue. Il y a donc peu à attendre de cette coalition bancale qui ne provoque aucun mouvement de fond, y compris parmi les "solfériniens" déçus, mais soucieux de leur avenir.

   D' ailleurs à trop laisser Jean- Luc délirer, se voir en Premier Ministre et promettre de sucrer la Dette, ne court-on pas le danger de ne plus être  pris au sérieux à la veille des évènements qui comptent, en l' occurrence les municipales et les européennes? Le P.C est un trop vieux larron pour s' abandonner aux facéties d' un amuseur de foules. On lui a depuis longtemps appris que la politique est d' abord un rapport de force. Il convient dès lors d' avoir deux fers au feu : la mobilisation paisible des masses d' accord, mais  aussi la présence dans des pôles décisionnels comme les conseils et les assemblées. C' est ça, le léninisme : la fermeté sur les principes,  la souplesse dans la tactique. L' audace rentable. La prudence mais révolutionnaire. Le réalisme de l' idéal.

   Si je m' appelais Mélanchon, je songerais à me chercher un nouveau job.

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Lettre à un vieil ami de province

Publié le par memoire-et-societe

   Cher ami,

   Je m' excuse pour ce long silence, mais nous avions, Christiane et moi, repèré sur Internet, à une heure et quart de TVG, une fermette nantie de 4000 mètres carrés de terrain. Nous avons été sur place, nous avons signé. Il a fallu quelques travaux : refaire les peintures et l' installation électrique, réaménager la salle de bains, mais bon...

Ainsi, vois-tu, nous avons fait le grand saut, quitté (partiellement) Paris. Christiane se voyait  volontiers  jardinière et moi  mémorialiste. Nous projetions de devenir les touristes de notre ville natale et d' améliorer ainsi  la qualité de notre fin de vie. L' évolution de la capitale n' est-elle pas décevante ? Regret de sa transformation en musée assailli par des  Emergents se ruant sur les sacs Vuitton et les parfums Chanel. On n' arrive plus à circuler rue de la Chaussée d' Antin.

   Ici, nous nous sommes efforcés aussitôt d' entrer en relation avec des gens du pays. Le  voisin le plus proche est un exploitant agricole qui alterne entre son tracteur climatisé et sa Porsche. Le fils roule en quad, et l' épouse en Clio aubergine. Nous les avons conviés à l' apéritif. Le père est  venu seul, en retard. La mère a  justement cours de généalogie le jeudi.

   Curieux : plus nous nous montrions, avec Christiane, soucieux de la région, ouverts à ses traditions, débordants du désir d' insertion, plus le voisin se renfrognait. Peut-être percevait-il dans le ton de Christiane, ou ses questions, quelque paternalisme, ce qui n' était pourtant pas le cas ? Quand elle faisait allusion à des évènements qui  prouvaient au contraire que nous le traitions d' égal à égal, par exemple à  l'  exposition d' antiquaires qui se tenait  au même moment dans le quartier Saint-Germain, il se murait dans le silence.

   Pour relancer le dialogue, je l' ai interrogé sur ses loisirs. " Des safaris au Kénya, ou des randos dans le bush australien ", a-t-il indiqué.

  - Et Paris ? ai-je osé.

   -Ah non alors! on peut pas se garer et les serveurs sont grâcieux comme des portes de prison.

   Toutefois, il se rendait régulièrement à Bruxelles pour manifester en faveur de la PAC.

   A la longue, son regard m' interpellait, et  j' y  lisais ces mots surprenants : " Toi, le Parigot, ne va  pas croire que  tu  m' impressionnes avec  une bicoque rafistolée et  ta retraite des cadres ". Il a évalué notre  " pièce-à-vivre ", repeinte  blanc cassé, puis lâché ; "  Du temps où c' était à mon oncle, ici y  avait  l' étable, vingt vaches au moins ".

   Son idée fixe, c' est les prochaines Municipales. Il espère être  tête de liste sur la liste apolitique de droite  "  où l' on ne s' occupe que d' intérêts locaux " :

   - Les sortants de gauche, on va les vitrifier, avec toutes les conneries des  socialistes, prédit-il.

   Cet aspect, bien fragmentaire, de notre transhumance, a un peu décontenancé Christiane, et son enthousiasme pour l' horticulture s' en est ressenti. Je me souviens qu' en prépa à H.IV, débarquant de Bretagne, tu répétais : " Le parisianisme est une tare française", et moi, jacobin marxisant, je me rebiffais. Aujourd'hui, l' image de Paris est sans doute  plus prestigieuse parmi les étudiantes chinoises  que dans nos régions. Le rapport avec la province a bougé, et  la capitale n' est souvent qu' un tremplin dans une carrière, no more.

   D' ailleurs à peine en retraite, le Francilien, surtout  banlieusard, se hâte de filer, vers l' ouest ou dans le sud. Mais ne triomphe pas : j' ai toujours besoin de Paris, même si c' est  un Paris qui, chaque jour hélas, n' existe plus ou existe autrement. Nous approchons la fin octobre, Christiane ne se montre pas fâchée de retrouver bientùot son 4ème sur la place Saint-Georges. Qu' en dis-tu?

   Claude.

 

 

 

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L'antiparlementarisme peut-il se soigner ? (2)

Publié le par memoire-et-societe

   Un lecteur, commentant mon précédent article relatif à  l' antiparlementarisme, a cru y voir, sous le couvert d' un exposé sur le sentiment ambiant, " une hostlité effective au système français de représentation".

   Sans tomber dans la polémique, je répondrai, puisqu' il s' agit ici de position personnelle, par quelques observations :

1- Si  l' on s' en rapportait à la représentation telle qu' elle fonctionne aux Etats-Unis -référence démocratique s' il en fût- nous aurions 20 sénateurs et 115 députés, soit 135 parlementaires au total contre 925 actuellement. Quelle aubaine pour un Etat qui ne parle que d' économies et pour son banquier favori, le contribuable le plus "prélevé" au monde !

2- On pourrait peut-être alors  en profiter pour transformer le Sénat ( dont on ne distingue pas clairement à quoi il sert puisque c' est toujours l' Assemblée qui a le dernier mot ) en Chambre économique et sociale où siègeraient, en nombre (100 membres suffiraient amplement ) et en durée limités, des représentants du patronat, des syndicats de salariés, des grandes organisations professionnelles ainsi que des experts industriels, agricoles, commerciaux, fiscaux, choisis par les Assemblées de région. Cette Chambre aurait un rôle de Conseil auprès de l' Assemblée nationale, notamment au niveau de ses principales Commissions et de leurs Rapporteurs.

3- Toute référence aux Etats-Unis atteint, bien sûr, vite ses limites dans la mesure où le pays est , de fait, une plouto-théo-démocratie, autrement dit une société où la Finance et les Eglises pèsent ouvertement sur les décisions du Congrès. Les mises en parallèle sont trompeuses quand les cultures diffèrent.

4- Il n' est pas antirépublicain de noter le coût excessif, gaspillages inclus, de l' institution parlementaire. Ce monde clos et narcissique, cerné par les caméras et de pulpeuses journalistes, ce carré choyé d' élus, contribuent sans en être toujours conscients à entretenir la méfiance populaire envers ceux qui sont chargés de faire la loi. Serait-il sacrilège de dire qu' une des vitrines les plus épiées de la démocratie peut en souffrir?

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L'antiparlementarisme peut-il se soigner ?

Publié le par memoire-et-societe

   Le discrédit de la classe politique, avec l' excès qu' implique toute généralisation, atteint aujourd'hui un apogée dû à deux éléments concomitants : la multiplication des "affaires" (opérations financières douteuses, scandales de moeurs, mensonges publics) et l' affichage d' un chômage record.

   Ce désaveu de la représentation s' exprime notamment dans un antiparlementarisme d' ailleurs distinct de celui qui prévalait sous les IIIème et IVème Républiques. La IIIème à cause de malversations diverses (canal de Panama, trafic de décorations), mais aussi d' actions de groupes fascisants (la Cagoule) déterminés à renverser les institutions (émeute du 6 février 1934). La IVème en raison d' une instabilité ministérielle entretenue par des petits groupes dits "charnières" de députés faisant ou défaisant les majorités selon leurs intérêts immédiats. A ce jeu de massacre digne de la fête foraine se sont entre autres distingués  Mitterrand et la douzaine de ses collègues  UDSR.

   L' actuelle  réserve de l' opinion envers les parlementaires est, quant à elle, le produit de l' impression d incompréhension de ceux-ci ou, pire, de leur indifférence au regard des difficultés concrètes des électeurs. Une récession sans projet de solution crédible, un appauvrissement continu des classes moyennes et populaires, un multiculturalisme non organisé, un recul au niveau international, le cynisme et  la morgue des oligarchies (voir les rémunérations des grands patrons), mettent en question la représentativité constitutionnelle. La croissance régulière de l' abstention en administre la preuve.

   L' impopularité parlementaire se nourrit ainsi d' une série de griefs récurrents qu' on peut résumer de la façon suivante:

   - " ils sont trop nombreux" : 577 députés, 348 sénateurs, soit 925 au total, quand les U.S.A, avec une population cinq fois plus forte, ne compte que 535 élus (435 représentants et 100 sénateurs). A eux seuls, les  2 millions de "Français de  l' étranger"  additionnent 12 sénateurs et 11 députés.

   - " ils coûtent trop cher" : l' indemnité parlementaire mensuelle est alignée sur le plus haut traitement de la Fonction publique (7200 euros). Il faut y ajouter 5770 euros de "frais de représentation", 9500 euros destinés à la rémunération de collaborateurs, et de multiples avantages tels qu' une carte de circulation ferroviaire de 1ère classe, un certain nombre de billets d' avion gratuits, des facilités d' hébergement dans les locaux annexes des Assemblées et un système de pension privilègié.

   - " ils travaillent peu" : rien de plus fâcheux que les images d' hémicycles vides, de parlementaires lisant le journal, dépouillant leur courrier, tripotant leur portable ou s' assoupissant pendants les débats.

   - " ils trafiquent tous peu ou prou" : l' argument selon lequel le parlementaire doit être généreusement rétribué pour l' éloigner de toute tentation de corruption, n' a aucune prise sur le citoyen. Les délégués  des laboratoires pharmaceutiques, des pétroliers, des transporteurs ou des betteraviers,  estime-t-il, ne stationnent pas pour rien dans les endroits où ils savent trouver les législateurs et pouvoir parfois s' attacher  leurs services.

   - " ils s' accrochent" : le mandat parlementaire n' est pas un métier mais une fonction révocable. Pourtant  la "vox populi" soupçonne l' élu de toutes sortes de trucages pour sauvegarder son siège: manipulation des lois électorales et du découpage des circonscriptions, opportunisme politique, financements suspects, négociations cachées, marchandages inavouables.

   Il convient, bien sûr, de faire la part de l' envie et de l' exagération. Pour autant, ces reproches ne sont pas forcément infondés. Des parlementaires,très peu il est vrai,ne figurent qu' une fois ou deux en séance au cours d' une législature, l' essentiel pour eux étant la détention d' un siège mais pas son implication. Existent également des conflits d' intérêts, des cumuls indécents, des rentes de situation choquantes, des doublons ruineux, des missions fantaisistes, et un  déséquilibre peu démocratique entre les origines sociales des élus du peuple.
   C' est bien cela que ressent confusément l' opinion au moment où lui sont réclamés des "sacrifices" qui affectent en priorité les plus humbles, ceux qui ne sont jamais conviés aux débats parlementaires mais souhaiteraient malgré tout pouvoir encore donner leur confiance aux marquis de la République.

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Else

Publié le par memoire-et-societe

   Else (Elisabeth ) Lasker- Schüler a été une poètesse et dessinatrice qui, peu connue en France, n' en a pas moins marqué l' avant-garde artistique des années d' entre-deux guerres à Berlin.

   D' abord mariée bourgeoisement à Wuppertal, sa cité natale (qui est aussi celle d' Engels et de la chorégraphe Pina Bausch), elle part pour la capitale allemande. Mère d' un enfant,elle a déjà passé la trentaine, mais devient  vite une figure de la bohème littéraire : pas spécialement belle, extravagante, attifée de bouffants et de châles orientaux. Sa première rencontre est celle du poète anarchiste Peter Hille, de quinze ans son ainé, un marginal total, émule de Novalis et âme du " Cabaret néo-pathétique". Le couple,à moitié clochardisé, hante les cafés, les gares, les caves, les rues pauvres, jusqu' à la mort de Hille en 1904 : Else, par ailleurs remariée à l' écrivain-musicien Hervath Walden, décide de dédier  un livre à ce premier amour.

   Elle a en fait déjà publié en 1902 un recueil,"Styx", avec l' appui de Walden, directeur de la revue "Der Sturm" (L' Orage). La jeune femme est alors au centre du tourbillon qui fait de Paris, Berlin et Zurich les phares d' un renouveau culturel que stopperont le nazisme en Allemagne et la débâcle militaire en France. Cubisme, expressionnisme, futurisme, dadaïsme, surréalisme, en ont été des fruits. Else Schüler était de tous les combats, amie ou maitresse des principaux acteurs de la contre-culture : Georg Trakl, Gottfried Benn, Franz Marc (du groupe du "Cavalier bleu") , Karl Kraus, un Viennois responsable de la revue " Die Fakel" ( Le Flambeau).

   Dans la galerie d' art  de Walden, devenue le lieu de ralliement du mouvement " Die Brücke" (Le Pont) défilent Kokoschka, Apollinaire, Le Corbusier, Sonia Delaunay, Chagall, Grosz, Marinetti, Cendrars, Juan Gris, Klee, Kandinsky, Max Reinhardt, metteur en scène de la pièce "Die Wupper " (rivière qui arrose Wuppertal) d' Else Schüler. Celle-ci fréquente aussi des cinéastes comme Lang, Murnau ou Pabst, des architectes du  Bauhaus ( Gropius, Mies van Der Rohe) ou la révolutionnaire polonaise Rosa Luxemburg, juive comme elle et bientôt assassinée par la police du ministre social-démocrate  Noske (1919).

   Quand surgit Hitler, Schüler, illustration de l' "Art dégénéré" vomi par les Nazis, émigre en Suisse, puis entreprend plusieurs voyages en Palestine où l' Etat d' Israël n' existe pas encore. C' est à Jérusalem qu' elle succombe à une crise cardiaque, sans argent, " étrangère, dit-elle, parmi les siens" ,laissant derrière elle des poèmes, des pièces, des dessins, comme autant de petits cailloux blancs éparpillés dans des revues aujourd' hui jaunies par le temps.

Publié dans littérature

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