Emergence

Publié le par memoire-et-societe

   Les pays dits "émergents" sont, en quelques années, devenus des acteurs de l' évolution planétaire. Le qualificatif d' émergent englobe, à la vérité, une variété de situations diverses réunies par un phénomène commun: un bond économique exprimé par un fort taux de croissance.

   En fait, les pays concernés sont loin de partir  tous des mêmes bases. L' émergence de la Russie,si le terme s' applique à elle, a peu à voir avec celle du Mozambique, sinon la détention et  l' exploitation de ressources qui favorisent  le développement. La première est une puissance industrielle ancienne, dotée de cadres de haut niveau et de technologies civiles et militaires avancées. Le second est un nouvel Etat, à peine sorti du statut colonial (1975), encore fortement embourbé dans le sous-développement. On pourrait multiplier ces exemples de contrastes, en se référant aux continents, à l' âge de chaque souveraineté, au degré d' intégration au marché mondial et  au type de formation sociale correspondante. De ce point de vue, le sigle BRIC (Brésil, Russie, Inde,Chine) a quelquechose de hâtif.

   L' émergence n' en revêt pas moins un caractère illustratif de la redistribution des richesses et, par là, de nouvelles influences. L' aval des Emergents n' est pas indifférent dans les débats et les décisions des Nations-Unies, ni absent des choix effectués par le FMI ou l' OMC.

   Pour autant, l' émergence n' implique pas une élévation équivalente des niveaux de vie. Les pouvoirs, concentrés entre les mains de groupes limités (oligarques russes, apparatchiki chinois, militaires africains, bourgeoisies compradores, féodaux religieux) freinent les avancées sociales qu' autoriseraient les performances économiques mais que viennent contrarier la corruption, les détournements, la spéculation et le népotisme.
   Ainsi, pour en revenir au Mozambique, ex colonie portugaise du sud est aficain, le taux de croissance y est de l' ordre de 8% annuels, ce qui est considérable. Charbon, bauxite, or, sables minéraux, tantale s' y trouvent en abondance et  les productions agricoles (coprah,coton etc.) sont en plein essor. Pourtant le pays demeure au 185ème rang mondial selon  l' ONU,et se classe  3ème parmi  les  plus déshérités  (IDH: Indice de Développement Humain). La moitié des 22millions d' habitants vit  au-dessous du seuil de pauvreté. Les leviers politiques et économiques relèvent tous des " Assimilados", formés dans les universités portugaises et sud-africaines.

   Le système scolaire est embryonnaire. Les rares diplômés s' expatrient. L' eau manque. Les infrastructures de communication et les équipements collectifs font largement défaut. Les mouvements de population consécutifs à des années de guerre civile ont  déséquilibré la répartition  des zones habitées. Le sida ravage bidonvilles et  camps de réfugiés, abandonnés à quelques équipes d' " humanitaires". Parler d' émergence est donc pour le moins inapproprié, même si des statistiques officielles invitent à l' optimisme. L' accumulation capitaliste nationale n' aboutit  qu' à des enrichissements claniques et  au leurre social que constitue l' apparition d' une miniclasse  moyenne urbaine.

   N' accordons en conclusion à l' émérgence qu ' un crédit  relatif.  Elle témoigne d' abord du  faux nez  dont s' affuble aujourd'hui  la mondialisation libérale.

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