L'antiparlementarisme peut-il se soigner ?

Publié le par memoire-et-societe

   Le discrédit de la classe politique, avec l' excès qu' implique toute généralisation, atteint aujourd'hui un apogée dû à deux éléments concomitants : la multiplication des "affaires" (opérations financières douteuses, scandales de moeurs, mensonges publics) et l' affichage d' un chômage record.

   Ce désaveu de la représentation s' exprime notamment dans un antiparlementarisme d' ailleurs distinct de celui qui prévalait sous les IIIème et IVème Républiques. La IIIème à cause de malversations diverses (canal de Panama, trafic de décorations), mais aussi d' actions de groupes fascisants (la Cagoule) déterminés à renverser les institutions (émeute du 6 février 1934). La IVème en raison d' une instabilité ministérielle entretenue par des petits groupes dits "charnières" de députés faisant ou défaisant les majorités selon leurs intérêts immédiats. A ce jeu de massacre digne de la fête foraine se sont entre autres distingués  Mitterrand et la douzaine de ses collègues  UDSR.

   L' actuelle  réserve de l' opinion envers les parlementaires est, quant à elle, le produit de l' impression d incompréhension de ceux-ci ou, pire, de leur indifférence au regard des difficultés concrètes des électeurs. Une récession sans projet de solution crédible, un appauvrissement continu des classes moyennes et populaires, un multiculturalisme non organisé, un recul au niveau international, le cynisme et  la morgue des oligarchies (voir les rémunérations des grands patrons), mettent en question la représentativité constitutionnelle. La croissance régulière de l' abstention en administre la preuve.

   L' impopularité parlementaire se nourrit ainsi d' une série de griefs récurrents qu' on peut résumer de la façon suivante:

   - " ils sont trop nombreux" : 577 députés, 348 sénateurs, soit 925 au total, quand les U.S.A, avec une population cinq fois plus forte, ne compte que 535 élus (435 représentants et 100 sénateurs). A eux seuls, les  2 millions de "Français de  l' étranger"  additionnent 12 sénateurs et 11 députés.

   - " ils coûtent trop cher" : l' indemnité parlementaire mensuelle est alignée sur le plus haut traitement de la Fonction publique (7200 euros). Il faut y ajouter 5770 euros de "frais de représentation", 9500 euros destinés à la rémunération de collaborateurs, et de multiples avantages tels qu' une carte de circulation ferroviaire de 1ère classe, un certain nombre de billets d' avion gratuits, des facilités d' hébergement dans les locaux annexes des Assemblées et un système de pension privilègié.

   - " ils travaillent peu" : rien de plus fâcheux que les images d' hémicycles vides, de parlementaires lisant le journal, dépouillant leur courrier, tripotant leur portable ou s' assoupissant pendants les débats.

   - " ils trafiquent tous peu ou prou" : l' argument selon lequel le parlementaire doit être généreusement rétribué pour l' éloigner de toute tentation de corruption, n' a aucune prise sur le citoyen. Les délégués  des laboratoires pharmaceutiques, des pétroliers, des transporteurs ou des betteraviers,  estime-t-il, ne stationnent pas pour rien dans les endroits où ils savent trouver les législateurs et pouvoir parfois s' attacher  leurs services.

   - " ils s' accrochent" : le mandat parlementaire n' est pas un métier mais une fonction révocable. Pourtant  la "vox populi" soupçonne l' élu de toutes sortes de trucages pour sauvegarder son siège: manipulation des lois électorales et du découpage des circonscriptions, opportunisme politique, financements suspects, négociations cachées, marchandages inavouables.

   Il convient, bien sûr, de faire la part de l' envie et de l' exagération. Pour autant, ces reproches ne sont pas forcément infondés. Des parlementaires,très peu il est vrai,ne figurent qu' une fois ou deux en séance au cours d' une législature, l' essentiel pour eux étant la détention d' un siège mais pas son implication. Existent également des conflits d' intérêts, des cumuls indécents, des rentes de situation choquantes, des doublons ruineux, des missions fantaisistes, et un  déséquilibre peu démocratique entre les origines sociales des élus du peuple.
   C' est bien cela que ressent confusément l' opinion au moment où lui sont réclamés des "sacrifices" qui affectent en priorité les plus humbles, ceux qui ne sont jamais conviés aux débats parlementaires mais souhaiteraient malgré tout pouvoir encore donner leur confiance aux marquis de la République.

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