L' audacieuse prudence du P.C

Publié le par memoire-et-societe

   En ces temps ingrats, il est délassant d' observer le comportement du Parti Communiste Français, entre une base impatiente et le souci de la direction de préserver ses fiefs électoraux.

   Nul n' est plus éloigné des outrances verbales d' un Mélanchon que le placide apparatchik  Pierre Laurent, secrétaire général dont il est impossible d' écouter plus de deux minutes la langue de bois ou, si l' on préfère, de lapper  la bouillie pour les chats qui tapisse la vacuité de son discours.

   Pierre Laurent est bien né. Son père, Paul, a joué un rôle éminent à partir des années 60 où il a été, tour à tour ou en même

temps, dirigeant des Jeunesses (l' U.J.R.F), membre du Bureau Politique, Secrétaire National à l' Organisation ( en fait numéro 2 derrière Marchais), et député de Paris. Flegmatique, populaire, Paul Laurent, mort en 1990, a laissé le souvenir d' un partisan de la démocratisation du P.C, plus proche du communisme à l' italienne que du néo-stalinisme brejnèvien, et son nom à une rue du XIXème arrondissement.

   Ce sympathique atavisme n' exclut pas un pragmatisme dont Pierre Laurent a aujourd'hui bien besoin. Le problème est à la fois clair et pas facile : comment refuser de cautionner la politique Hollande  sans risquer de compromettre l' alliance avec le P.S qui, seule, peut garantir la conservation des mairies communistes ? Mélanchon est, certes, utile comme moyen de faire dire tout haut par un autre ce qu' on pense soi-même tout bas. Mais, à parler franchement, cette histoire de " Front de Gauche" s' annonce une impasse. Sans les infrastructures du P.C, ses réseaux militants et son implantation syndicale qui, la crise aidant, regagnent un peu de terrain, le "Parti de Gauche", lui, se ramène à une poignée de transfuges socialistes agglutinés autour d' un démagogue. Il y a donc peu à attendre de cette coalition bancale qui ne provoque aucun mouvement de fond, y compris parmi les "solfériniens" déçus, mais soucieux de leur avenir.

   D' ailleurs à trop laisser Jean- Luc délirer, se voir en Premier Ministre et promettre de sucrer la Dette, ne court-on pas le danger de ne plus être  pris au sérieux à la veille des évènements qui comptent, en l' occurrence les municipales et les européennes? Le P.C est un trop vieux larron pour s' abandonner aux facéties d' un amuseur de foules. On lui a depuis longtemps appris que la politique est d' abord un rapport de force. Il convient dès lors d' avoir deux fers au feu : la mobilisation paisible des masses d' accord, mais  aussi la présence dans des pôles décisionnels comme les conseils et les assemblées. C' est ça, le léninisme : la fermeté sur les principes,  la souplesse dans la tactique. L' audace rentable. La prudence mais révolutionnaire. Le réalisme de l' idéal.

   Si je m' appelais Mélanchon, je songerais à me chercher un nouveau job.

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