Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

L' autre Sénégal

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le Sénégal "senghorien" (1960-80) achève de disparaître. Les idées et la politique qu' avait inspiré le "premier agrégé africain" ( de grammaire, pour être précis) sont aujourd'hui emportées par la mondialisation de l' économie et la marée du numérique.

Senghor était profondément patriote. C' est l' amour du pays qui l' a fait, comme il l' a dit, " tomber en politique", alors qu' il envisageait personnellement un tout autre avenir. Il a accueilli l' indépendance comme un impératif d' engagement envers la patrie, après trois siècles de domination coloniale, puis présidé les vingt premières années de son existence.

Les Missions catholiques, le Quartier latin, le Palais Bourbon ont été ses écoles. Sans jamais le déraciner. Plébiscité par son peuple, il a été contesté hors frontière : par les Anglophones, qui se gaussaient des thèses de la Négritude, par les Communistes qui l' accusaient de néo-colonialisme, par les économistes européens qui critiquaient son " idéalisme".

Inlassablement, lui continuait de prôner une " Civilisation de l' Universel" , répondant à ses détracteurs qu' un enracinement s' ouvrant ensuite sur le métissage des cultures était précisément l' antidote du néo-colonialisme. Le débat a été âpre avec cet adepte de " l' Accord conciliant" qui ambitionnait originellement d' être un chantre de l' Afrique-mère et d' enseigner la linguistique.

Senghor est mort en 2001, et avec lui le projet de créer une "Grèce noire" qu' il avait esquissé en compagnie de Césaire et de Malraux lors du " Festival des Arts nègres" de 1966 à Dakar. A l' abri des tropismes poétiques, apparaît un autre Sénégal, dans un continent qui amorce un prodigieux développement. L' Afrique aura doublé de population d' ici 15 ans. Une génération d' entrepreneurs émerge déjà, comme en Chine, en Inde ou au Brésil. Peu vraisemblable que l' humanisme senghorien en sorte alors indemne.

Nombre d' indices laissent au contraire penser que le pays, tournant le dos à "la voie africaine du socialisme" tracée en d' autres temps par "le père de la Nation", est à son tour gagné par un capitalisme sauvage où la dérégulation tous azimuts, les investissements à court terme, la spéculation financière, sont la seule loi.

L' argent circule dans la presqu' ile du Cap Vert. Les Chinois achètent le sol. Les Multinationales sont installées en Afrique de l' ouest, à l' affût. Les trafics (avec la drogue d' Amérique latine, notamment) se multiplient. Hôtels de luxe, boîtes, voitures, commerces, témoignent de la richesse neuve des oligarques locaux, dont d' ailleurs ne profite en rien le peuple des brousses et des bidonvilles. Les institutions culturelles ( musées, lieux historiques et artistiques) sont pour la plupart en déshérence.
A "Joal l' ombreuse", ville natale de l' auteur d' "Ethiopiques", et sur les plages voisines de la Petite Côte, la musique disco des clubs de vacances retentit tard dans la nuit. Elle a poussé vers la remise les carrioles qui menaient aux greniers à mil de Fadiouth. Le Sénégal est en voie de constituer un partenaire "fiable".

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

Démocratie molle et mouvement social

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On ne parle plus de " mouvement révolutionnaire ", type marxiste ou anarchiste. Il y a belle lurette que le terme a disparu, sauf au sein de quelques touchants groupuscules. On se réfère désormais au "mouvement social" pour évoquer le comportement. du monde du travail.

C' est que sans être tout à fait grippé, celui-ci est empêtré dans les rouages d' une démocratie molle associant une dose calculée de social libéralisme au capitalisme repeint aux couleurs de la modernité. Le fruit en a été une série de défaites pour les salariés dont l' une des dernières, en 2010 concernant l' âge la retraite , a engendré une sensible démobilisation de masse.

Quand on se retourne sur les conquêtes du siècle précédent, on est amené à s' interroger sur les raisons d' un renversement de situation aussi frappant. La facilité est d' incriminer d' emblée l' échec du communisme et l' insuffisance des conclusions qu' on en a tiré. Comme si chacun demeurait paralysé par la crainte d' une révision assimilable à un recul théorique, et avait choisi de se crisper sur des schémas démentis par les faits, des modèles d' organisation obsolètes, des formes de lutte contre-productives. Ainsi le sociétal finit-il par supplanter le social frappé de mutisme, l' arbre à cacher la forêt.

Cela toutefois ne fournit pas une réponse vraiment satisfaisante.. Les événements de 68 déjà, ont marqué un reflux de la certitude idéologique prévalant depuis le Front populaire. ( on a vu alors se précipiter par la porte ouverte toutes sortes de confusionnistes du genre des "nouveaux philosophes", et autres "m' as-tu-vu" libéralo-libertaires.)

Ce n' était là, bien sûr, qu' un régime de liberté conditionnelle, vite illustré par les délocalisations, la soumission au crédit, la précarité de l' emploi sur fond de matraquage publicitaire et de désindustrialisation. La nature ploutocratique de la démocratie molle, ou dictature de l' argent, était clairement affichée.

Se sont ajoutés, au passif de la conscience de classe, l' émergence de communautarismes clivants nés d' une immigration mal intégrée, et le manque d' exigence de formation générale des travailleurs à la production numérisée . Dans ce capharnaüm, le mouvement social, avec ses partis et ses syndicats, semble bien distancié. C' est d' autant plus inquiétant que la démocratie molle peut n' être qu' un provisoire emplâtre, garant de la faculté de refuser

Publié dans actualité

Partager cet article

Repost 0

Le maso business

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je ne dois pas être seul à juger méprisables ces plumitifs qui se gobergent en crachant dans la soupe, autrement dit celles et ceux qui, surfant sur la déprime nationale, font du rabaissement de leur pays leur activité principal e. J' y songe en regardant les chaînes françaises de TV : pas un jour sans que l' un de ces préposés au désespoir vienne souligner avec délectation à quel point la France et les Français sont ringards, irrémédiablement foutus, qu' au fond rien ne serait pire que la survie de cette nation de perdants. C' est si systématique, répétitif , manichéen, qu' on finit par réserver à ces prestations la même attention qu' à des sketches loupés.

Curieuse épidémie tout de même : c' est à qui, parmi ces spécialistes de la sinistrose, en rajoutera dans la logorrhée masochiste et la mode, borgne et probablement rémunératrice, d' un autodénigrement ravageur qui gomme Prix Nobel, titres olympiques, réussites scientifiques, performances artistiques, pour n' encenser qu' une poignée d' émigrés de luxe ayant su planquer leur fric en affaiblissant le pays où ils l' ont gagné. Edifiants exemples offerts à des millions de chômeurs, et illustration éloquente de la mentalité d' une certaine oligarchie.

Je suis Français de naissance, Français je mourrai, selon toute vraisemblance. L' envie ne m' est jamais venue de me faire Américain, Chinois ou Suisse. En aurais-je tiré profit? Français je suis resté, à peu près conscient des insuffisances et défauts d' une société à laquelle je demeure fondamentalement attaché. Mes griefs ne seront jamais des provocations au scandale bien payées. Ce type de calcul m' écoeure.

On entend donc quasi quotidiennement des professionnels du procédé sous le nom désormais admis de "déclinistes". Ils s' installent dans nos meubles pour invectiver chacun d' entre nous avec un sans-gène désarmant. Leur chef de file est un Lyonnais pur jus, Nicolas Baverez, bardé de diplômes et auteur de titres mettant de suite sur la voie : " La France qui tombe", "Les Trente piteuses", etc. Inutile de préciser que le personnage est un ultralibéral atlantiste, version gauloise du républicain "néo-con" aux U.S, qui n' arrive pas à intégrer l' idée d' un gouvernement à peine social-démocrate à Paris.

Presque à son niveau, l' ineffable Eric Zemmour, journaliste d' extrême droite (c' est lui qui l' affirme) et géniteur d' un succès médiatique intitulé en toute simplicité "Le suicide français". C' est excessif, comme dirait Talleyrand, mais ça porte, et rapporte. Zemmour est un bon vendeur, qui sait évaluer le plaisir pris par ses compatriotes à la flagellation. Je n' éprouve guère plus d' indulgence pour Ardison, démagogue producteur de "Salut les Terrriens". S' y pointe régulièrement un comparse, droitier apatride d' origine française, Eric Brunet, qui exhorte tout le monde à s' expatrier.

Ledit Brunet est d' ailleurs associé à l' émission par le biais de la boite de production "Téléparis" ,et a été mis en cause (conflit d' intérêi) pour avoir fait de la publicité sur une autre antenne à "Vitalia", groupe de cliniques privées dont il était l' un des directeurs. Récemment, il exécutait, avant de passer à la caisse son numéro habituel de démolition hexagonale devant Michel Hazanavicius, issu d' une famille lituanienne et réalisateur du film "The Artist " qui a obtenu 120 récompenses dont un Oscar. Le cinéaste a regardé Brunet, d' abord étonné, puis indigné par ses propos : " Je ne comprends pas, a-t- dit, ce que vous faites là ! Partez, en fait ! "

J' ai eu honte .

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0

L' Age de la Fête

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Quand, en 1944, les soldats américains sont arrivés à Paris, ils ont importé des auteurs comme Steinbeck, Caldwell et Hemingway, et le jazz, "musique de nègres" interdite sous l' occupation. Ces Américains n' avaient rien à voir avec les businessmen et les stars qui ont empli les hôtels de luxe après la bataille. Non, c' était de simples G.I's du Michigan, du New Jersey et de Pennsylvanie.

La salle de l' Olympia était leur domaine. Ils s' y entassaient pour écouter les orchestres de Glenn Miller et de Tommy Dorsey dans une tempêtes de sifflets et de hourrahs sans grand rapport avec l' ordre régnant peu avant avec les concerts wagnériens de la salle Pleyel, destinés aux officiers de la Wehrmacht..

Deux ans plus tard, le jour où j' ai rallié le Quartier latin, après le bac, la vogue du jazz battait encore son plein. Je n' ai pas tardé à obtenir une adresse branchée : " Le Caveau des Lorientais". Il s' agissait d' une cave exigüe et surpeuplée de l' "Hôtel des Carmes", sur la montagne Sainte Geneviève. L' animateur vedette en était un étudiant en médecine (qui deviendra musicien professionnel), clarinettiste inspiré par Jelly Roll Morton et King Oliver, n' hésitant jamais à lancer sa formation dans des improvisations collectives : Claude Luter . A côté de lui, un géant décontracté, "Mowgli" (en réalité Maurice) Jospin, frère ainé du futur homme politique. Tromboniste flegmatique, Mowgli a longtemps joué dans l' orchestre de Sidney Bechet, avec mon camarade de lycée André Reweliotty, mort dans un accident de voiture en 1962..

Le lieu était bien fréquenté : Queneau, Sartre, Vian, ne dédaignaient pas d' y venir, mais le "Lorientais" fut fermé dès 1948 pour "raisons de sécurité", à vrai dire justifiées, faute

de toute possibilité d' évacuation en cas d'incendie.. Tout le monde émigra au "Tabou", où, je suis plus rarement allé. En revanche, j' étais assidu à la "Rose rouge", installée dans le sous-sol d'une brasserie rue de Rennes quand "Nico" (Papatakis) en a pris la direction .Entre 1948 et 53, les 8 mètres carrés de cette scène ont vu défiler tout ce qui se faisait de mieux en matière de "cabaret-théâtre", comme on disait alors : les Frères Jacques chantant Prévert, Hubert Deschamps jouant Queneau , le mime Marceau à ses débuts, les premiers textes de Boris Vian, Yves Robert et la compagnie Grenier-Hussenot dans le Père Ubu de Jarry, et aussi le jeune Mouloudji, et Juliette Gréco ( " Si tu crois, petite, petite, qu' ça va qu' ça, va durer toujours...)

Devenu moi-même marionnettiste-interprète d' Henri Michaux , j' ai hanté d' autres escales de Saint-Germain comme la librairie-galerie "Palmes", celles d' Adrienne Monnier et de Sylvia Beach, l' éditrice de Joyce, rue de l' Odéon, la Maison des Lettres, rue Férou, le club Saint-Benoit . C' était une vie étoilée, scandée par des haltes fréquentes à la "Rhumerie martiniquaise", et où la Sorbonne ne disposait que d' un rôle secondaire en dépit de mes Maîtres prestigieux ( Renouvin, Labrousse, Jankélévitch, Duroselle ). Plusieurs échecs à des certificats de licence et le décès brutal de mon père, m' ont ramené sur terre. Au milieu des années 50, j' étais un sage spectateur des "Trois Baudets", la salle de Canetti où passaient Brassens et Léo Ferré, non parvenus encore au faîte de la gloire, de " L' Ecluse", terrain d' envol de Barbara, du cabaret d' Agnès Capri, cher aux surréalistes, et du " Milord l' Arsouille", avec Francis Claude, Michèle Arnaud et Cora Vaucaire, dont l' obscur pianiste s' appelait Serge Gainsbourg.

Déjà, l' Age de la Fête s' éloignait. Il s' agit d' un court instant entre la fin de l' adolescence et l' entame de l' âge dit adulte. Quand le "Golf- Drouot" s' est créé, au premier étage du Café d' Angleterre (aujourd'hui un Mac Do), j' avais passé trente ans. J' ai pensé au "Lorientais", et suis allé, en voisin de quartier, entendre les "rockers" de "la bande du square de la Trinité" (Dutronc, Mitchell, Halliday). Partout un délire de "yé-yés" surexcités. Je me suis soudain senti déplacé. Hors jeu. Je suis redescendu sur le boulevard des Italiens. La Fête ne repasse pas les plats.

Publié dans culture

Partager cet article

Repost 0

Consultations

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Observez qui parle à qui : Valls fait un tour à Bordeaux, il confère avec Juppé ; il passe à Pau, il est reçu par Bayrou. Ces entretiens à mi-voix ne suggèrent-ils pas un axe "droite modérée-centre-gauche libérale" qui ouvrirait une perspective politique nouvelle ?.

Le Maire, candidat à la présidence de l' UMP, penche vers Juppé. Collomb, maire de Lyon, n' est pas insensible aux orientations prises par Valls. La CDU/CSU, parti d' Angela Merkel, apprécie Le Maire. Jouyet, bras droit de Hollande, déjeune avec Fillon dont il a été le ministre, très précisément aux affaires européennes. Juppé et Junker conservent des relations suivies : l' un en tant qu' ex ministre français des Affaires étrangères, l' autre qu' ex Premier ministre luxembourgeois, maintenant président de la Commission Européenne. Valls vient de rendre visite à Berlin au vice-chancelier du gouvernement allemand de coalition, leader des socialistes du SPD, Sigmar Gabriel. Macron vole de Bruxellex à Berlin. Ces chassés-croisés semblent bien jeter les bases, vue l' urgence, d' une relance européenne sous diverses formes de contacts droite-gauche.

Il n' existe pas, en politique, de pur hasard. Les Européens ne peuvent laisser la France tomber en faillite. Sa position stratégique, entre le nord et le sud du continent, l' interdit. Il est donc indispensable de rendre confiance à l' investissement et de réinsérer dans l' économie mondialisée le pays du général de Gaulle. Mais comment ?

En accélérant d' abord le clivage à l' intérieur du groupe parlementaire socialiste afin de générer et développer des réflexes de "salut public" destinés d' une part à atténuer la déculottée promise à la gauche aux. élections cantonales et régionales de 2015, d' autre part de relativiser une nouvelle poussée du Front National dans les "territoires". Aucun ralliement ne sera à négliger. Les meubles une fois sauvés, on pourra renverser le gouvernement grâce à quelques mesures aptes à élargir le camp des "frondeurs". Valls sait faire.

Bon, le gouvernement Valls est battu avec sa complicité. Quelques tours de piste pour trouver une impossible majorité de rechange, puis dissolution et élections générales sur le thème dominant de la " défense républicaine", mais courte victoire des partis "démocratiques".

Pas d' autre choix alors qu' un cabinet transitoire de coalition pour aller aux élections présidentielles de 2017, à la retraite définitive de Hollande et au gouvernement libéral élargi que vise cette longue marche. " Spéculations dignes du Café du Commerce", ironisera-t-on sans doute. Eh,eh...quand on tire sur le fil qui dépasse, la pelote se dévide sans effort...

Publié dans politique

Partager cet article

Repost 0

La bataille perdue du "Grand Israël"

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il semble que le gouvernement Nétanyahou soit en train de perdre définitivement la bataille du "Grand Israël". La dernière opération militaire contre les Gazaouis en juillet (2.150 victimes dont 500 enfants,12.000 blessés, 11.000 sans-abri et 5 milliards de dollars de dégâts) a été le coup de trop. La référence à l' antisémitisme dès la moindre réserve émise sur la politique de Tel Aviv (je songe alors à Stéphane Hessel, Edgar Morin ou Uri Avnery ) ne porte plus. Quel rapport entre les enfants de Gaza et l' horreur de la Shoah ?

Que ce soit clair : j' ai toujours été partisan de la création de l' Etat d' Israël dans le cadre des frontières définies par la Communauté internationale. De la même manière, je suis pour l' institution d' un Etat palestinien doté d' eau et d' électricité, et contre l' annexion de fait de la Cisjordanie ( sous occupation) par près de 500.000 colons juifs. . Qu' un homme parte le matin de chez lui et y retrouve le soir une famille de colons installée, m' est odieux.

Pour arranger la situation, la dernière trouvaille de Nétanyahou est de transférer à Gaza surpeuplée ( 1.200;000habitants), par convois successifs, les Palestiniens vivant en Cisjordanie ( 2 millions et demi). Il ne restera plus qu' à les y bombarder pour faire place à une nouvelle phalange de "transférés", et ainsi de suite jusqu' à la disparition de l' ultime Arabe de Palestine. J' avoue que je n' aurais pas songé à cette solution finale possible.

Mais le vent commence sérieusement à tourner. La Suède vient de reconnaître la Palestine, et d' autres pays européens s' apprêtent à l' imiter. L' Assemblée nationale française, où le lobby sioniste n' est pas inerte, a évoqué la question, et le grand protecteur américain lui-même s' interroge !

Washington, que l' exploitation de ses gisements de gaz de schiste, rend moins fébrile, en vient à se demander si, après tout, l' Organisation Etat Islamique (le Daesh de M. Fabius ) n' est pas quelque part un effet du refus obstiné d' Israël à négocier la paix 20 ans après les accords d' Oslo et au terme des 9 mois proposés par Obama pour amorcer une solution. Comme à l' habitude, la réponse de Tel Aviv à cette hésitation a été la provocation : des extrémistes israêliens ont envahi l' Esplanade des mosquées à Jérusalem.

Avertissement sans frais pour bien signifier qu' en cas de négociation forcée, il faudra aussi compter, dans cette région explosive du monde, avec des jusqu'- au- boutistes du genre Yigal Amir qui a abattu le Premier ministre Rabin, ou avec une version locale de l' O.A.S ,susceptible, celle-la, d' accéder à des armes - comment dit-on ?- de "destruction massive ". Nétanyahou et les siens ont donc choisi la logique belliciste où des morts supplémentaires s' ajoutent aux morts gratuites, creusant chaque jour des fossés de haine.
Son compatriote, l' historien Eli Barnavi, l' a mis en garde : " Aucun pays, lui a-t-il fait remarquer, n' a jamais gagné contre le monde." Ni l' Algérie française, vieille de 130 ans, ni l' Afrique du sud blanche, pus ancienne encore. Mais Gandhi et Mandéla, portés par l' opinion universelle, oui.

Cette fois, on sent le début de quelque chose. Les Palestiniens vont avoir un Etat. La position n' est plus tenable pour des Occidentaux qui ne cessent de faire la morale en Syrie, en Ukraine et ailleurs. Stop ! Tant pis pour le "Grand Israël ".

Les innombrables morts des camps nazis sont les morts d' une autre Histoire, où les Juifs étaient des victimes. Leurs bourreaux ont payé. Demain, c' est Nétanyahou qui devra répondre de son action, c' est à dire de la dérive du rêve des millions de proscrits venus chercher un refuge en terre promise.

Publié dans actualité

Partager cet article

Repost 0

La fin discrète de l' anticolonialisme de papa

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La décolonisation a mobilisé plus de trente ans de ma vie. Elle m' a certes valu des embûches mais aussi le privilège de rencontrer des hommes et des femmes d' exception, noms perdus comme ceux de Pierre Stibbe, Jean Rous, Claude Gérard, et de pouvoir aider, autant que j' ai pu, des responsables de "peuples dominés" : Bourguiba, alors mis en résidence surveillée à Chantilly, Messali Hadj, reclus à Gouvieux, le président Senghor à Dakar. Cela demeure pour moi un sujet de fierté.

Aujourd'hui, les passions de ce temps sont retombées. Sans doute la décolonisation n' est-elle pas achevée (voir les Collectivités d' outre-mer et la Palestine), mais le problème semble "résiduel" (sauf aux intéressés, naturellement). La violence djihadiste occulte les réalités impérialistes, en leur servant d' alibi. L' anticolonialisme, qui au demeurant n' a jamais fait spécialement recette parmi les Français, était un composant majeur du combat à gauche jusqu' au bout des années 70 ( luttes de libération nationale, abolition de l' apartheid, défense des Droits aux US.A) . Entré discrètement dans l ' Histoire, il véhicule maintenant une sorte d' archaïsme inoffensif ou nostalgique qui invite plutôt à la clémence.

Plusieurs raisons expliquent cette évolution, s' ajoutant au mouvement de balancier propre à la vie politique et, dans le cas de la France, qui a possédé le second Empire colonial du monde, à une perte évidente d' actualité :

- d' abord,probablement, les nombreuse déceptions engendrées, du point de vue démocratique occidental, par les Indépendances. La désillusion n' a pas eu partout la même cause : effet corrupteur du néo-colonialisme ici, égoïsme des bourgeoisies nationales là, fanatisme religieux et anti-occidental ailleurs

- un anticolonialisme idéalisé qui était étranger aux colonisés eux-mêmes, et construit sur des schèmes intellectuels, idéologiques, éthiques, culturels préétablis, donc souvent erronés dans les faits. L' altruiste démarche qui avait conduit certains au devoir de "rachat", sorte de "baiser au lépreux", et d' autres à l' affirmation de la solidarité de classe, n' était pas "respectée".

- l' indifférence des jeunes Européens, qui estiment désormais suffisant de désavouer le passé colonialiste et raciste de leurs prédécesseurs, et se tournent davantage vers le problème du réchauffement climatique menaçant la totalité de l' humanité

- l' effondrement du parti communiste qui était l' unique Organisation française à soutenir massivement, depuis sa création en 1921, les mouvements et militants coloniaux, et l' a payé de son sang (Iveton fusillé, Audin assassiné, Laban, Maillot, Caballero morts les armes à la main), et d' innombrables emprisonnements, révocations, poursuites judiciaires, saisies de journaux, sanctions pécuniaires ou autres brimades

- la disparition progressive des grandes figures de l' anticolonialisme : Sartre, Guérin, Charles-André Julien, Germaine Tillion, Fanon, Vidal-Naquet, Césaire, etc.

- le souvenir négatif qu' a gardé le Pays des guerres de décolonisation : défaite dans la lointaine Indochine d' un Corps Expéditionnaire sacrifié, conflit d' Algérie qui a impliqué toute une génération pour un abandon final ayant laissé à l' Armée l' amère conviction d' avoir été "trahie" par Paris, et non vaincue sur le terrain

-la rancoeur tenace des centaines de milliers de familles, contraintes de quitter une terre où elles étaient implantées depuis des générations

- enfin les difficultés de co-existence nées de la forte immigration d' anciens colonisés imposant le communautarisme, voire, à la seconde génération, exhalant la haine de leur pays d' accueil

Cette accumulation a mis un terme à la saga de l' anticolonialisme de papa. Elle n' a pas étouffé pour autant la poursuite du combat anti-impérialiste sous d' autres formes : l' altermondialisme dénonçant une financiarisation entière de la planète, ou l' exaspération identitaire dont le djihadisme, s' abritant derrière des justifications religieuses, est en partie une manifestation désespérée

Publié dans histoire

Partager cet article

Repost 0

Vent debout

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Evoquant dans ses "Mémoires" le banquier britannique John Law, Ecossais promu Contrôleur général des Finances du Régent, Philippe d' Orléans, le moraliste Louis de Saint-Simon écrivait: " Law raisonnait comme un Anglais, et ignorait combien est contraire au commerce et à ces sortes d' établissements (les banques), la légèreté de la nature (française), son inexpérience, l' avidité de s' enrichir tout d' un coup, les inconvénients d' un gouvernement despotique, qui met la main sur tout, qui n' a que peu ou point de suite et où ce que fait un ministre est toujours détruit ou changé par son successeur."

Le "french bashing" (voir notre article du 28/09/2012) auquel les Anglo-Saxons se livrent sans se lasser sur les "grenouilles papistes", montre que depuis 1723 notre réputation de légèreté n' a guère varié. La hâte et les facilités des condamnations anglaises ne sauraient s' embarrasser de considérations psycho-culturelles. Reste qu' à l' origine, les Français constituaient un peuple de laborieux laboureurs et d' artisans habiles, attachés à leurs terroirs, dont les descendants se sont inscrits à Pôle Emploi. Pas de banquiers non juifs, peu d' esprit "industriel", ce n' était pas leur truc. Aussi n' ont-ils jamais comblé le retard, pris au 19ème siècle, sur les Anglais, puis les Allemands. C'est également pourquoi ils ont gagné plus de prix Nobel de Littérature que d' Economie.

Au pays de Descartes, c' est là un paradoxe, les choses apparaissent difficilement ajustées aux critères d' efficacité et de simplification qu' implique l' ordre rationnel : aussi bien quant à l' usage fluctuant de l' argent public, qu' à l' étrange multiplication des cloisonnements bureaucratiques, au maigrichon souci de l' intérêt général, au goût immodéré de la paperasse, des colloques ésotériques, des comités fantomatiques, des copinages commémoratifs, des Rapports sans utilisateur, ou encore qu' à la manie latine de recaser les perdants, de pistonner les proches, de complaire aux lèche-bottes.

Le résultat est une société en relatif décalé, où l' on ne se console pas des savoir-faire abandonnés, dont les diplomates se drapent dans une vision anachronique du prestige, les enseignants s' accrochent à des méthodes pédagogiques périmées, les psy bloquent sur des nostalgies soixante huitardes et les représentants syndicaux, de moins en moins représentatifs, sur une image obsolète du salariat, bref où la réforme n' est pas le changement mais la garantie de la continuité.

Je ne sais si tout cela additionné suffit à expliquer le peu de satisfactions, hormis l' épuisante victoire de 1918, enregistrées par nos gouvernants depuis Waterloo : défaites militaires, de Sedan à Dien Bien Phu, et politiques ( ainsi, la décolonisation puis l' intégration des étrangers ), ou convulsions sociales, comme les "Trois Glorieuse"(1830), l' Insurrection ouvrière de 1848 et la Commune social-patriotique de 1871. Déceptions, longtemps masquées par la domination démographique et la référence révolutionnaire, qui se sont conclues par des alternances de régime : chronologiquement, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Seconde République, le Second Empire, la Troisième République, l' Etat Français (Vichy), les Quatrième puis Cinquième Républiques. Une instabilité suggérant que la France, phare des indépendances nationales du XIXème siècle, n' a finalement jamais trouvé ses marques dans la dynamique capitaliste qui, à travers la globalisation, vient de lui a asséner un coup de massue supplémentaire.

Aujourd'hui souffle sur le "cher et vieux pays" et son peuple, auxquels m' attachent encore plus leurs déboires, un "vent debout" les désignant comme maillons faibles d'un Système que ses adversaires réfléchis et ses fossoyeurs inconscients s' activent à terrasser. A qui échappe la nécessité d' une "mise à jour" urgente et générale? Déficits et chômage records, amateurisme et déchéance morale du monde politique, impression d' impuissance du pouvoir, suradministration souvent redondante et gaspilleuse, inflation réglementaire sans suivi, progression accélérée mais logique du national-populisme, projet de découpage régional baroque, politiquement irresponsable, culturellement ignare, harcelantes menaces terroristes, alignement sur Washington et ses plus inconditionnels protégés , perte d' influence et de fiabilité en Europe, provocations ou désordres intérieurs (Calais, Notre Dame des Landes, drones se baladant sur les sites nucléaires, groupes de casseurs ambulants), hésitations et reculs ministériels (écotaxe, barrage de Sivens), investissements mal ficelés, fiscalité paralysante, atouts gâchés en dépit d' un modèle social enviable, lui-même accusé d' encourager l'assistanat et la fraude, les clignotants sont au rouge. Cependant , des charters de milliardaires continuent, de Chanel en Vuitton, de déverser à Roissy les consommateurs d un luxe qui , dans cette atmosphère de fin de règne, donne une image renversée de la réalité.

La réalité? des cadres et classes moyennes appauvries et démotivées, des classes populaires abandonnées au chacun pour soi, des jeunes qui s' exilent, comment repousser alors le sentiment rampant de la fragilisation d' une Nation pourtant gâtée par la nature, construite patiemment, pièce après pièce, par consensus et sacrifices, comme toute Patrie ? Ah, taisez-vous donc un peu, Cassandre!

Eh non, la bicoque institutionnelle est bien en train de s' effondrer sur la Gaule, ex Grand Pays de deux mille ans d' Histoire ! Sixième République, ou autre chose?

Publié dans histoire

Partager cet article

Repost 0