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LA CHINE ET LE "SECOND MONDE" (2)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Dans la partie d' échecs engagée entre Chine et USA, capitalisme d' Etat communiste et capitalisme d' Affaires occidental, les pays européens, notamment l' Angleterre, ex maîtresse des mers et du commerce colonial, et la France, puissance impérialiste et militaire jusqu' à la seconde guerre mondiale, se trouvent cantonnés au rôle de figurants.

Ainsi se sont auparavant effacés les empires portugais et espagnol et, plus tard, les empires autrichien, ottoman, celui des Romanov, renversé par le bolchévisme, et le deuxième Reich allemand, conquis par les Nazis.

A force, le continent européen est paradoxalement devenu un géant commercial et un nain politique, incapable de parler d' une même voix. C' est ce qu' ont bien compris les Chinois qui s' infiltrent dans la moindre faille du système en achetant ports, aéroports et entreprises diverses. La vulnérabilité des Démocraties capitalistes d' Europe est une occasion incomparable pour l' Empire du Milieu, résolu à renverser l' Histoire en ébranlant économiquement l' Ouest et l' impérialisme classique.

Mieux encore! Trump se réfugie dans l' isolationnisme. Le Brexit, crispation insulaire anachronique, pousse le Royaume Uni au chaos. La livre sterling s' affaiblit, les tendances séparatistes s' accentuent en Ecosse et au Pays de Galles, le Commonweath n' est plus qu' un aimable club de gentlemen anglophones, la Grande Bretagne est plus volontiers évoquée s' agissant de rock et de football qu' à propos des grandes affaires du monde.

Moins esseulée par son appartenance à la Communauté Européenne, la France s' efforce de jouer les courtiers entre blocs. Sa voix est encore audible en Afrique de l' ouest et au Moyen Orient, malgré le recul de l' influence chrétienne et la marée de l' islamisme.

Les deux vieilles nations citées sont certes des puissances atomiques, mais leur fragilité ( chauvinisme obsolète d' un côté, incertitude sociale de l' autre ) les empêche d' offrir une résistance crédible aux audaces extérieures. Le " second monde ", miné par l' individualisme, la bureaucratie et le sentiment de déclin , semble plutôt fait pour constituer dorénavant un terrain d' essai consacré aux multiples expérimentations chinoises, qu' un rempart contre les ambitions de celle-ci.

L' Europe disparaîtra-t-elle dans l' indifférence d' elle-même, comme Rome il y a près de deux millénaires? Alors, que vive Mao !
  

 

 

 

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L' Enfant gâté

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il ne faut pas choisir la vie publique quand on est né avec une cuillère d' or dans la bouche. Emmanuel Macron a bénéficié, à son départ dans la vie, de tous les atouts : famille aisée et cultivée, dons intellectuels multiples, hautes relations et protections solides, s' ajoutant aux remparts de classe (la grande bourgeoisie amiénoise) et à une touche de non conformisme qui fait sortir du lot ( en l' occurrence une liaison avec son professeur, mère de famille de vingt ans son aînée, qu' il épouse).

Avec un tel bagage, ne reste qu' à dérouler le film : lycées élitistes, grandes Ecoles, prestigieuse Inspection des Finances, la suite est connue. Le soir de son intronisation, devant le Louvre, le plus prometteur avenir national et européen s' offre à ce président de 39 ans.

Il n' imagine pas un instant qu' avec ses airs impériaux, ses envolées assurées, puis ses saillies condescendantes et blessantes, il va enflammer l' exaspération de 40 ans de dilettantisme giscardien, mégalomanie mitterrandiste, paresse chiraquienne, gesticulations sarkozystes et nullité hollandaise. Un total qui fait beaucoup pour un peuple politisé dégoûté de la politique. Macron, lui, est aux antipodes de ce ressenti, naviguant entre la Banque, l' Elysée et Bercy.

Il ne voit donc rien venir. Pas plus que son entourage de jeunes messieurs, pas plus qu' une presse bluffée par  cette réussite éclair, zappant d' un coup le consternant spectacle de la politique hexagonale, de ses échecs économiques et financiers, de ses scandales, de la paupérisation de ses couches populaires, de la dégradation de son image extérieure.

La chute est telle qu' en dix huit mois, il " dégage" ce qui restait debout du "vieux monde" : la foi en la réforme, l' espoir d' une justice fiscale et d' une convalescence des services publics, une certaine idée de la Démocratie, l' illusion d' une relance crédible du projet européen.

La politique, que les surdiplômés confondent souvent avec la technocratie - oui, la politique, l' art d' administrer la Cité-, cela s' apprend. Pas dans les partis de masse, il n' y en a plus, ni dans l' entre-soi des think tank, il y en a trop, qui ne servent pas à grand'chose. De préférence sur le terrain. Pas dans des colloques pour spécialistes, mais dans des débats publics compréhensibles par chacun. Pas en tout cas dans la seule compagnie de hauts fonctionnaires carriéristes et d' éditocrates flatteurs.

Soudain, l' enfant gâté ne suit plus. Il croyait bien faire ! être le Chef ! Il maigrit, ses traits se creusent, sous le bronzage qui pâlit ! On l' injurie ! on le décapite (symboliquement) ! Le bleu de ses yeux étonnés cherche des soutiens. Il a perdu le radieux sourire qui, il n' y a pas si longtemps, combien? quelques mois... séduisait les cénacles internationaux. Le charme est rompu : le samedi, les Champs-Elysées, " la plus belle avenue du monde ", sont encombrés de carcasses de voitures incendiées. Les rues de Bordeaux, si touristiques, sont saccagées. La préfecture de la Haute Loire est mise à feu. La police, elle-même frustrée, demande grâce. Comme les Urgences des hôpitaux où l' on peut mourir dans un couloir.

Des pauvres - petits retraités désindexés, femmes seules avec enfant handicapé, smicards surendettés, mal logés chroniques, sans emploi de la seconde génération, étudiants en galère- sont installés jour et nuit aux ronds-points, y passent Noêl autour de braséros où grillent les merguès de la solidarité.

L' enfant gâté s' est-il trompé de fées, penchées sur son berceau ? Il ne faut pas rêver qu' aux lambris républicains quand on veut, "en même temps", diriger la France... 

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LA CHINE ET LE "SECOND MONDE" (1)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai publié en 1976 un essai intitulé "Le Tiers - socialisme ", où je consacrais notamment un chapitre à " l' expérience chinoise" et à ses perspectives. A gauche, cela tombait plutôt mal. Mitterrand, visant les élections de 1981, s' efforçait de donner l' image (" La force tranquille") d' un réformiste paternel et aseptisé. Venant peu de temps après " La Révolution culturelle" et ses excès, mes observations ne correspondaient pas à l' air du temps. Le nécessaire ( silence organisé) fut fait pour neutraliser le modeste libelle.

Aujourd'hui, je ne renie pas mon analyse, sinon son angélisme qui recoupait alors celui de gaullistes comme Chaban-Delmas ou de gauchistes comme René Dumont.
Depuis, la République populaire chinois a poursuivi le chemin ouvert par la création du P.C en 1921 et la conquête du pouvoir par celui-ci en 1949. Son président actuel, Xi Jinping (65 ans) , élu depuis mars 2018 pour une " durée indéterminée" ( autrement dit à vie), confirme Mao selon lequel " l' ennemi principal" se situe dans " les forces réactionnaires" , à savoir le capitalisme américain dominant, et,  à un moindre degré, le " social impérialisme", dégénérescence du bolchévisme, ex allié ouvriériste du communisme paysan de  la Chine. Pékin distingue désormais ces deux régimes d' une autre "force", intermédiaire celle la, dite "second monde", englobant l' Europe, le Japon, l' Australie et le Canada. Les arabesques de la géo-politique en Chine n' ont jamais cessé de surprendre l' esprit cartésien, et de prendre de court les Occidentaux : le néo marxisme semble ainsi substituer la lutte mondiale des Etats à la (désuète?) lutte des classes.

La politique des héritiers de Mao doit donc se lire à partir du niveau d' intimité de chacun avec la Maison Blanche ou  le Kremlin, et des chances de le diminuer. Par là s' explique, par exemple, l' acharnement de Pékin à rétablir l' "ancestrale "route de la soie", qui ouvre la voie d' une Europe dont on dit que "qui la tient, tient le monde.". Elargir, creuser le fossé avec les USA est la priorité tactique.

Porte-voix d' une croissance équitable et d' une redistribution vertueuse, ennemie déclarée des inégalités afférentes au capitalisme spéculatif, la Chine affiche son prochain objectif : être en 2049, centenaire de l' avénement du communisme dans le pays, la première puissance du globe.

Compte tenu de ce dessein, l' isolationnisme de Trump est une appréciable aubaine. Elle contribue à sa façon à la naissance du citoyen socialiste universel. (à suivre)

 

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SUR LA NATURE DE LA REVOLTE DES RONDS POINTS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le mouvement des "gilets jaunes" est, dans l' actualité récente, un événement qui, indépendamment des suites qu'il connaîtra, a mis en relief l' architecture réelle d' une société démocratique, la France, aspirée par le tourbillon de la mondialisation libérale.

Plusieurs phénomènes confirment l' observation :

1- Le mouvement est une action de classe d' inspiration hétéroclite. On y trouve des éléments d' extrême droite, ce qui explique le soutien prudent des partis de gauche et des syndicats de salariés,  peinant par ailleurs pour garder de l' influence dans les milieux populaires. L' essence prolétarienne de la révolte ne fait pas de doute : ouvriers, petits employés, chômeurs, déclassés divers, non représentés d' ailleurs à l' Assemblée nationale et souvent primomanifestants, forment le gros du peuple dit des "invisibles", nés à la clarté des carrefours. Ces humbles (petits boulots-petites retraites), ces intérimaires ou intermittents, ces assistés devenus abstentionnistes, ces "Gaulois" humiliés, bref tous ces exclus, ont depuis longtemps déserté les défilés traditionnels, les meetings grandioses et les bureaux de vote où l' on n' évoque guère la souffrance silencieuse du quotidien. Groupés autour d' une tente de fortune avec 3 jours de provision, ils se dotent d' une solidarité imprévue, sans étiquette ni proclamation, avec des mots directs que chacun assimile.

2- Le mouvement a une géographie nationale. Il dénonce sur l' étendue du pays la fracture béante entre élites urbaines et campagnes à l' abandon, surpopulation banlieusarde et désertification du domaine paysan. Beaucoup de ruraux parmi les interpellations opérées sur les barricades parisiennes : les provinces sont de retour. Mais peu d' immigrés, comme si le cosmopolitisme et la diversité culturelle menaçaient de fragiliser la communauté  d' objectifs.

3- Le mouvement a "promu" des catégories de population jus qu' alors plus effacées: les femmes et les plus de 60 ans, souvent au premier rang du conflit, y compris dans des actions violentes.

4- La nature libertaire de certaines options est évidente : rupture avec les rituels des syndicats officiels, durée des actions impliquant une véritable installation sur les lieux de manifestation, vigilance à l' égard de toute tentative de récupération partisane, réfutation des idéologues professionnels, remise en cause du système de représentation (notamment suppression du Sénat), priorité à la créativité des masses, récusation des schémas sociaux-démocrates et/ou totalitaires.

Autant de composants de la dynamique en cours. Le débat, qui s' internationalise, sur la démocratie libérale en est quelque part un moteur. C' est pourquoi la révolté des "gilets" est plus qu' un accès de mauvaise humeur : l' amorce de nouvelles formes de lutte en faveur d' un autre modèle de développement collectif.

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Publié dans politique

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