QUI LIT ENCORE X ? (1)

Publié par Jean-Pierre Biondi

"Qui lit encore X ?" est une suite d'articles consacrés à des écrivains que nous ne lisons plus. Leur nom ne nous est pas encore inconnu. Leur notoriété a été trop grande. Mais personne ne va plus fourrer son nez dans leurs œuvres. Rappeler leur existence est presque un jeu d'érudits ou d'originaux. A tout seigneur, tout honneur : Georges Duhamel.

Dire que Duhamel n'est plus lu peut paraître un paradoxe tant il a accumulé de son vivant, honneurs et succès. Né en 1884 à Paris, il a partagé sa vie entre la médecine, la littérature, et la musique. Son premier fait d'arme est d'avoir été en 1906 l'un des créateur de "l'Abbaye de Créteil", phalanstère d'écrivains et d'artistes qu'il narre savoureusement dans "Le Désert de Bièvres", l'un des volume de "La Chronique des Pasquier", sorte de série comparable à celle de Zola, les "Rougon-Macquart". Voilà qui l'installe solidement sur la scène littéraire. Après une guerre héroïque comme chirurgien du Front en 1914-1918, il publie son témoignage, "Civilisation", sous le pseudonyme de Denis Thévenin et obtient le prix Goncourt 1918, deux ans après "Le Feu" d'Henri Barbusse, autre récit de guerre couronné en 1916.

Paraît ensuite "Confession de Minuit", où les critiques voient aujourd'hui un texte précurseur de "L'Etranger" de Camus et de "La Nausée" de Sartre. Élu à l'Académie française en 1935, il devient durant l'Occupation la bête noire des Nazis qui ont interdit la publication de ses œuvres en 1942. Il anime alors avec François Mauriac et Paul Valéry le foyer de l'opposition à la "Compagnie" qui rassemble alors des gérontes admiratifs du pétainisme incarnant leur idéologie profonde.

Georges Duhamel devient, de la Libération à 1946, le Secrétaire perpétuel de cette Académie, faisant l'objet d'un éloge du Général de Gaulle pour son courage durant les années d'Occupation. Son auréole cependant pâlit très vite. Il avait obtenu le succès grâce à ses cycles littéraires proches du "roman-fleuve". C'est une mode qui disparaît rapidement, comme trop fidèle à un classicisme (Balzac, Zola, Martin du Gard, Jules Romains) humaniste bientôt remis en cause par les existentialistes et le Nouveau roman (Robbe-Grillet). Les modes sont impitoyables. Georges Duhamel et son oeuvre ne méritent cependant pas l'oubli dans lequel l'ensevelissent les actuelles générations.

Publié dans littérature

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