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Tarde ou la revanche du juge

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Gabriel (de) Tarde (la Révolution a privé sa famille de particule, la IIIème République l' a lui a rendue mais l' écrivain ne l'a pas reprise) était, à l' image de La Boétie, natif de Sarlat (1843).

Il a publié des ouvrages de sociologie au moment où Durkheim et le rouleau compresseur universitaire s' accaparaient l' exclusivité de la discipline. Le petit juge de province (sa première fonction), qui deviendra, au Collège de France, titulaire d' une chaire de "philosophie moderne" (terme imposé mais selon lui inapproprié), n' a pas pesé lourd. Calomnié, incompris, vite classé anti-progrès, on ne l' a plus lu, jusqu' à ce qu une réhabilitation officialisée à la fin des années 60 par des auteurs comme Foucault et Deleuze ou, plus tard, Régis Debray et Wolton, le tire de sa tombe intellectuelle. Qui l' a alors rattaché à Leibniz et qui à Montesquieu, ou lui a concédé une influence sur Freud.

Tarde est aujourd'hui reconnu comme un précurseur de la psychosociologie, mélange des genres durement condamné par le milieu scientifico-académique de son époque. "Philosophe sans avoir cherché à l' être", disait Bergson.

L' essentiel de la théorie sociologique de Tarde réside dans trois ouvrages ( mais il en a écrit bien plus) publiés entre 1890 et 1901 : "La loi de l' imitation", "Monaldologie et sociologie", et surtout "L' Opinion et la foule", réédité en 2006. Selon lui, pour expliquer les mouvements de masse, tout part de processus "d' imitation", reflet de nos semblables sur chacun de nous, et "d' invention". Le premier est issu de "croyances" (mythes,rites, etc.), le second des "désirs" prolongeant des croyances. Ainsi les psychologies individuelles s' insèrent-elles sans heurt dans la texture de la société (" adaptation").

Pour autant, Tarde considère la dynamique de foule comme un phénomène psychologique difficilement contrôlable. Le comportement des éléments qui la composent tend en effet vers une unanimité passionnelle : " groupes de l' instant", qui anticipent ce qui deviendra la formation de "publics".

Par sa démarche anticonformiste, Tarde incarnait ce que la "doxa" durkheimienne ne pouvait supporter :

- un penseur et chercheur hors sérail, osant s' aventurer sur le territoire réservé des Sciences sociales

- le procureur d' un industrialisme abstrait, d' un scientisme sublimé et d' un économisme étroit, le tout débouchant sur une technocratie déshumanisée

- un futurologue annonçant la transformation des masses en publics forgeant une "opinion".

Le recul de l' influence durkheimienne a été la revanche posthume du Périgourdin bafoué : humaniste à la mode de Montaigne (politiquement il se disait "républicain" et "démocrate" sans plus de précision), solitaire, prémonitoire, Tarde s' est appliqué à démonter avant l' heure les mécanismes d' où devaient surgir, malgré ses avertissements, " des fous guidant des somnambules ".

P.S- Le fils de Gabriel Tarde, Alfred de Tarde (avec particule retrouvée), a été un journaliste monarchiste, proche de Maurras.

Publié dans culture

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Grandes manoeuvres d' automne

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les mouvements qui s' esquissent déjà en vue d' élections prévues normalement en mai 2017, illustrent à quel point l' autorité de François Hollande est affaiblie, alors que des crises internes secouent les principales formations de gouvernement : une UMP presque en état de guerre civile, un P.S pratiquement coupé en deux, un Centre multipolaire et incertain.
Dans ce contexte, le rapprochement, sinon l' accord , effectif depuis les élections municipales du printemps dernier entre Juppé et Bayrou acquiert un relief particulier. Les deux hommes, l' un à droite, l' autre au centre ( le MODEM combien de divisions ?), sont pleinement d' accord sur deux points dont ils font des priorités : barrer la route au Front National et épargner à l' Europe une dislocation qui serait due à la France.

Leur parade est dès lors identique : tenter de constituer une coalition du genre de celle prévalant en Allemagne, qui associerait au pouvoir, sous des formes à négocier et sur des objectifs clairs, l' aile sociale-libérale d' un P.S dont rien ne garantit qu' il n' aura pas explosé dans les deux ans à venir.

Les rôles semblent déjà distribués : à Juppé, habile et discret diplomate, le soin de neutraliser Sarkozy, élu probable à la tête d' une organisation branlante et guetté par les juges, à Bayrou, - qui exagère peut-être, au goût de son partenaire, le ralliement implicite de celui-ci à la stratégie que lui, Bayrou, défend avec conviction depuis des années - au maire de Pau donc, la tâche, dont il ne se cache guère, d' assumer la liaison avec les " sociaux-démocrates ouverts" ( entendez, outre le Premier ministre, Collomb, le maire de Lyon, Macron, Sapin, etc). Bayrou qui, rappelons-le, a voté Hollande au 2ème tour en 2012, doit cependant se garder d' "en faire trop" sous peine de "compromettre" Juppé aux yeux d'une fraction de la base UMP, tentée par des alliances circonstancielles avec le Front National. Rien n' est simple.

Malgré tout, le temps presse et seul un accord, même tacite, avec Valls pourrait créer, estime le duo, la dynamique nécessaire à la remobilisation d' une opinion découragée. C' est un pari, bien sûr, car il risque de se passer encore des tas de choses d' ici 2017.

Le recours au referendum parait exclu. Hollande le perdrait. Un renversement de majorité entraînant des élections générales anticipées déboucherait sur une co-habitation à laquelle nul n' est enclin et sur l' effacement parlementaire de ce qui surnagerait de la Gauche. Une cassure avec l' Europe consacrerait la ruine de l' Economie. Mais les ruades d' autres concurrents (Sarkozy et Fillon ici, Aubry et Montebourg là) ne manqueront pas de venir brouiller les cartes. Plane en outre la menace de troubles dans la rue ou d' attentats terroristes qui ajoute à la confusion.

Quoi qu' il en soit, la fin du quinquennat et la succession du Président actuel s' annoncent difficiles. Aucun des Partis classiques, ceux-ci plus ou moins désertés par leurs propres militants, n' est en mesure, de l' avis général, de l' emporter sans alliance élargie. Tous frôlent des scissions qui ne pourraient que faire le miel de l' incontournable Front National.

C' est pourquoi le projet de "grande coalition", encore dans les limbes mais prenant date et dessinant son territoire, devrait bénéficier au cours de ces prochains mois d' une audience renforcée et voir sa cote monter dans les sondages. Tel est, d' évidence, le sens de cette manoeuvre automnale.

Publié dans politique

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La fessée

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai publié le 28 juillet dernier dans ce blog un article ("Bombing Gaza") relevant la disproportion entre bombardements massifs israëliens et tirs de roquettes du Hamas. Le bilan humain de l' opération dite "Bordure protectrice" a été dressé par les Nations Unies et la Croix Rouge : 2147 tués palestiniens dont 720 femmes et 406 enfants, 72 tués israëliens dont 66 soldats.

L' article en question me vaut d' une lectrice signant simplement "Nadègejuliette" le commentaire suivant: " Oser comparer ceux qui font leur alliah, digne et louable idéologie de familles entières d' hommes et de femmes honnêtes qui quittent la France à cause de cet antisémitisme miteux et rassis qui persiste en France, avec des djihadistes terroristes, des racailles racistes et inutiles, des incultes véreux, dont le seul but est d' exterminer et de génocider des populations entières de chrétiens, de yézidis, de kurdes, etc, des racailles qui reviennent sur le sol français et ailleurs dans l' unique but de commettre des attentats meurtriers à leur retour, relève cher monsieur de la plus grande des malhonnêtetés intellectuelles et d' une preuve flagrante de votre antisémitisme puisque vous êtes antisioniste. Honte à vous, vous mériteriez une belle fessée."

J' évoque ces lignes comme illustrant le degré d' aveuglement passionnel qui saisit aujourd'hui sionistes et djihadistes, les seconds me semblant d' ailleurs les produits des premiers. Je n' exonère pas pour autant en l' affaire les Occidentaux qui, depuis la "Déclaration Balfour" de 1917, et forts de leurs appétits pétroliers, n' ont cessé d' intriguer au Moyen Orient.

Une belle fessée donc est promise au vilain monsieur qui n' admire pas Nétanyaou. Qui va la donner? La LDJ (Ligue de Défense Juive), milice interdite même aux U.S.A, mais qui a ses entrées (de service) au Quai d' Orsay, fait la police dans le Marais, et se pavane régulièrement sur les Champs-Elysées, étendard au vent, en se gardant toutefois de franchir le Périphérique nord ? Si c'est cette phalange de pommadins parrainés par le CRIF, il y aurait presque de quoi trembler. Mais si c' est Dame Nadègejuliette elle-même (photo souhaitée) avec accord de réciprocité, alors, mon Dieu...

Publié dans actualité

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Mutation

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On vient de divulguer le tracé du Tour de France 2015. Il partira d' Utrecht (Pays-Bas). Europe oblige.

Je suis spectateur depuis ma prime enfance. J' épinglais au mur de ma chambre des portraits d' Antonin Magne,Vietto, Lapébie, Bartali, vedettes oubliées. J' écoutais religieusement Georges Briquet, prince des radioreporters de son époque. Les mêmes trois pays se disputaient chaque année la victoire : France, Belgique et Italie. Les sommets des cols n' étaient pas tous goudronnés. Les étapes n' en finissaient plus. Il y avait peu de voitures suiveuses, et l' oreillette, bien sûr, n' existait pas : des coureurs retardés, perdus en montagne sans boyau de rechange, arrivaient de nuit, poussant leur vélo devant eux. En 1939, le Belge Sylvère Maës l' a emporté. On rappelait les "réservistes", la guerre éclatait un mois plus tard. Personne n' a fait attention au nom de ce vainqueur, sauf moi peut-être.

J' ai été marqué par la légende de ces années-là. Je songeais à " faire coureur, quand je serais grand". Le Tour n'a recommencé qu' en 1947, gagné par Jean Robic. Si "la caravane commerciale" s' étoffait déjà, la nature de la compétition ne changeait pas, soutenue entre temps par la saison de "piste" où culminaient les "Six Jours", autre fête populaire vouée au sifflard et à "la petite reine". Le foot, tous les sports d' équipe aujourd'hui florissants, venaient loin derrière. Ma foi s' est trouvée un peu écornée par l' extension rapide de la "sponsorisation" et du cyclobusiness . J' étais devenu adulte. Heureux quand même d' avoir transmis le virus à mon fils. Les vélos s' allégeaient, les équipes nationales disparaissaient, les moyennes ne cessaient de monter. J' ai regardé sept ans Armstrong grimper l' Alpe d' Huez et le Tourmalet comme installé sur un vélomoteur. Pas une grimace, une mécanique parfaitement réglée, à la gloire du "team" d' U.S Postal. Puis j' ai vu des gendarmes fouiller les poubelles des "soigneurs", sous l' oeil provisoirement goguenard du "champion" texan.

Le Tour était devenu une Entreprise générant plus de 4.000 emplois, meublant les heures d' attente du passage-éclair des coureurs par'un défilé continu de véhicules publicitaires jetant à la volée prospectus, casquettes, crayons, chewing-gum et préservatifs.

J' ai continué de regarder, de plus en plus captivé par les images filmées d' hélicoptère, châteaux méconnus, cathédrales négligées, abbayes et monastères marginalisés, ruines historiques ressuscitées par les sobres commentaires du journaliste Jean-Paul Olivier. Opportune stimulation touristique où la course n' est qu' un élément dans le grandiose spectacle de la Nature, et le déhanchement acharné de quelques hommes couverts de logos sur des pentes à 12%, un rituel indiscutable. Le Tour avait aussi évolué en moi.

La surmédiatisation aidant, les foules du bord des routes se sont internationalisées. Moins de Français jeunes, et plus de vivats scandinaves, d'encouragements polonais, de soutiens néerlandais, d' enthousiasmes biélorusses, d' applaudissements baltes, d' étendards américains . Les enfants d' immigrés, eux, semblent bouder l 'événement, trop "gaulois" peut-être. Ils ne savent pas que le Tour de France est apatride. Qu' il a fait école. Qu' il existe désormais partout des "Tours" de quelque part, produits de la grande consommation des loisirs. Que l' économie de marché les a tous programmés.

Publié dans société

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La révolution législative

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' essoufflement de la Vème République française est manifeste. La réalité politico-institutionnelle est telle qu' on ne voit pas comment une campagne présidentielle pourrait faire désormais l' économie d' un questionnement susceptible de déboucher sur l' instauration d' une VIème République.

Tout, dans la situation présente, appelle l' initiative : le fait d' une part que la Loi Suprême, créée il y a 56 ans par de Gaulle pour de Gaulle, ne correspond plus ni aux besoins d' un Etat moderne et aux aspirations nouvelles des populations, ni au contexte (la guerre d' Algérie) qui a présidé à son avènement, d' autre part que la France a été depuis profondément refaçonnée par la mondialisation, l' intégration européenne et une immigration massive.

Il ne saurait s' agir ici, ce qui serait d' une présomption ridicule, de "fabriquer" une autre Constitution. Simplement de tenter de lister un certain nombre de questions (toutes d' ailleurs ne relevant pas du strict Droit constitutionnel) sur lesquelles les Constitutionnalistes, législateurs et juristes, pourraient approfondir une réflexion stimulée par l' actualité.

Ainsi, s' agissant de l' Exécutif :

- convient-il de supprimer la fonction de Premier ministre ?

- faut-il limiter le gouvernement aux ministères dits régaliens, et en réserver la moitié à des non parlementaires reconnus dans un domaine particulier de compétence?

S' agissant du Pouvoir législatif :

- faut-il revenir sur le bi-camérisme ?

- réduire sensiblement le nombre de députés, rééligibles une fois?

- regrouper l' ensemble des consultations électorales sur une seule journée, prise en semaine et décrétée fériée?

- harmoniser la durée des mandats électoraux en les fixant tous à cinq ans?

- créer une Chambre des Territoires d' une centaine de membres élus par les Assemblées Régionales, destinée à conseiller les pouvoirs exécutif et législatif en matière de décentralisation?

S' agissant de l' Organisation judiciaire :

- faut-il envisager l' instauration d' une Cour Suprême regroupant Conseil d' Etat, Cour des Comptes et Conseil Supérieur de la Magistrature?

- confier au président de cette Cour l' expédition des affaires courantes en cas de vacance de la Présidence de la République?

- supprimer le Conseil Constitutionnel, datant de 1958?

S' agissant de Législation sociale :

- devrait-on substituer au Conseil Economique, Social et Environnemental, un Comité permanent du Dialogue où débattraient syndicats et organisations professionnelles en vue de la prévention et de la résolution des conflits sociaux?

- constitutionnaliser l' obligation d' adhésion syndicale, articulée avec le respect des droits et libertés individuels?

- supprimer les Ordres corporatifs institués sous le gouvernement de Vichy?

S' agissant de la détention de la Nationalité :

- devrait-on édicter l' impossibilité d' accéder à la nationalité et a fortiori à la bi-nationalité

pour toute personne ignorant la langue française?

- refuser la seconde dans le cas de non réciprocité?

S' agissant de l' Impôt :

- conviendrait-il , dans une refonte de l' ensemble de la fiscalité, d' intégrer les différents impôts en un prélèvement unique ?

Je sais qu' il y a là amplement matière à insurrections, et qu' aucun parti actuel n' aurait " l' innocence" d' ouvrir de telles pistes. Le citoyen a cet avantage sur le politique : il lui est après tout loisible de privilégier l' intérêt général, de rêver d' une révolution législative, et de s' offrir, de temps en temps, un petit plaisir en donnant un coup de pied fictif dans la fourmilière.

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Mythe et Tea Party

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Même s'il a quelque peu perdu de son éclat avec ses déboires militaires en Irak et en Afghnistan, la persistance d' un racisme viscéral et le poids disproportionné des lobbies sur sa vie politique, le mythe américain fonctionne toujours. Les odes inlassablement vouées à la Liberté, un ressort économique éprouvé, et l' espoir suggéré à chacun de pouvoir un jour s' y enrichir, font encore recette. Manhattan, San Francisco, Miami, ces lieux fantasmés demeurent autant de terres promises qui ne sauraient pourtant représenter davantage le pays que les Champs-Elysées, Cannes et Deauville ne peuvent prétendre incarner la France.

Difficile toutefois de relativiser les vitrines sophistiquées de cette théocratie bancaire sans passer très vite pour un bolchévik congelé ou un adepte de la décapitation islamique. Force est néanmoins de constater que les U.S.A ne cessent de s' éloigner de "la République des bons sentiments", chère à ses Pères fondateurs. J' en retiendrai comme preuve la place, à la veille des consultations de "milieu de mandat" ("mid term", qui risque de provoquer une paralysie législative), la place donc, prise par le "Tea Party", l' un des piliers du Parti républicain décidé à s'installer à la Maison Blanche dans deux ans.

Le "Tea Party" est une formation récente ( fin 2008) issue de la classe moyenne, qui est allée chercher ses références dans un moment fort de l' Histoire américaine : la rébellion en 1773 des colons esclavagistes du Massachusetts contre le roi d' Angleterre à propos des taxes sur le thé qui leur étaient imposées par Londres. Aujourd'hui c' est contre l' Etat fédéral et son président "de couleur" que le Tea Party sonne la charge sur la base d' une idéologie fascisante.

Son programme a le mérite de la clarté :

-réduction fiscale radicale. Tea Party = Taxed Enough Already (assez imposés comme ça !)

-limitation des prérogatives d' un pouvoir central "socialiste", instrument du déclin économique

-décentralisation rendant aux Etats fédérés leur souveraineté originelle en matière de finances, d' éducation et de santé

-opposition absolue à la loi prévoyant une sécurité sociale pour les 40% d' Américains sans couverture maladie, autrement dit les plus pauvres

-opposition à une égalité "liberticide" (non exempte de connotation raciste), à l' immigration, à l' avortement, maintien général de la peine de mort, contestation de la réalité du réchauffement climatique.

Le lobby pétrolier assure les fins de mois du Tea Party. La chaîne de TV ultraconservatrice Foxnews est son support déclaré. Un Américain sur quatre considère le Tea Party de façon tout à fait négative. Les adhérents sont en large majorité des hommes blancs âgés de plus de 45 ans, souvent proches du mouvement évangéliste.

Le Tea Party constitue indiscutablement une dérive totalitaire de la doctrine des fondateurs de l' Union, Jefferson et Washington, inspirée au contraire de l' esprit des Lumières. Il ne faut peut-être pas s' en exagérer les effets possibles, mais l' irruption de responsables du Tea Party aux affaires en 2016 dans le sillage républicain serait un mauvais coup porté aux idéaux de progrès et de justice qu' on a coutume d' associer au fameux "Rêve américain".

Publié dans politique

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La soixante huitarde amortie et le retraité trotskiste

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Elle - Cinquante ans de militantisme, depuis l' UNEF et Nanterre, et voir où on en est, c' est pas un échec, ça ?

Lui - L' important, c' est l' analyse que tu en fais. Le monôme bobo de 68 a cassé le processus historique. Les fils à papa maoïdes qui lisaient Marcuse en mars et dépavaient le Quartier latin en mai, ont filé faire de la planche à voile sur de vraies plages en juillet. Ils ont planté le mouvement de masse.

Elle - Tu ne veux vraiment pas considérer que 68 a d' abord été une mutation sociétale et culturelle? Prends le problème des femmes que les machos soi-disant révolutionnaires entendaient cantonner au délassement du guerrier : 68 a été un élan donné à leur émancipation, non ?

Lui - J' ai vu aussi que bien des idéologues de cette jacquerie petite bourgeoise sont devenus à leur tour de parfaits patrons de combat ou des mandarins pires que ceux qu' ils dénonçaient.

Elle - C' est un peu comme tous ces vaillants trotskistes transformés en politiciens sociaux-démocrates estampillés "mitterrand" : Mélanchon, quoi qu' il raconte, Jospin, Drai, Weber, Assouline et compagnie...

Lui - Tu mélanges tout : lambertistes, pablistes...

Elle - Qui s' y reconnaitrait dans ces sectes-la ? 68 au moins a su faire l' unité pour promouvoir l' écologie politique.

Lui - Parlons-en ! La désindustrialisation, que vous prônez toujours, ne touche comme par hasard que les ouvriers, que vous ignorez avec continuité. Emploi, chômage semblent, à vous entendre, des notions abstraites de technocrates, des graphiques pour statisticiens.

Elle - Ton ouvriérisme compassionnel ne répond pourtant pas aux priorités d' aujourd'hui : le réchauffement climatique qui met en jeu la sauvegarde de la planète, le démantèlement de centrales nucléaires qui menacent de nous anéantir, le recours aux énergies renouvelables, regarde les Allemands...

Lui - Car pour toi le phénomène de classe a miraculeusement disparu ! Va un peu te ressourcer en Seine Saint-Denis, quelquefois ! voir des pauvres dans leurs cités pourries ! l' envers du Système ! et puis la barbe avec tes Allemands qu' on nous sert à toutes les sauces...

Elle - Le Système ! Abolir le Système ! Dit comme ça, le disque parait usé. Depuis le temps, ce qu' on constate, c' est la florissante santé de la Finance à qui Valls est allé lécher les bottes sans que tes copains pipent mot.

Lui - Qui? Bezancenot ?

Elle - Non, mais Cambadélis. C' est pas un ancien de chez vous ?

Lui - On nage en pleine confusion. Les Verts par ci, les Bleu Marine par là, les écolo- populistes ailleurs, on est paumé à la fin. Je peux te poser une question ?

Elle - Vas-y.

Lui - Tu préférerais quoi : un gouvernement à orientation marxiste ou le salmigondis libéralo-libertaire en vogue dans certaines fac' ?

Elle - Question surréaliste : quel salmigondis? tu penses à qui ? Hulot? ou Onfray, par exemple ? ce sont juste des médiatiques perso dont le poids s' arrête à l' audimat. Des gens comme ça n' auraient aucune chance, seraient-ils candidats, d' arriver au pouvoir, tu le sais bien.

Lui - Alors, zen... Mais je te quitte, faut que je passe à la pharmacie avant la fermeture prendre mes médocs contre l' hypertension.

Elle - Je t' accompagne, je dois justement aller chercher un tranquillisant. Pas méchant : un milligramme avant de dormir, c' est pas ça qui va creuser le trou de la Sécu...Tu n' avais pas aussi un problème de genoux, toi?

Lui - J' ai même envisagé l' opération, mais parait que c' est risqué. On peut rester bancal.

Elle - Attention, pas de blague ! Faut qu' on soit en état le jour où la Révolution prolétarienne va se mettre en marche !

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Carnet de rêves

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Je suis resté depuis ma jeunesse influencé par le surréalisme, et notamment par la période dite des sommeils (1923-25) où s'illustrèrent, entre autres, Desnos, Aragon, Péret, Artaud ou Maxime Alexandre. A mon tour, j' ai tenu un "Carnet de rêves", journal onirique que j' ai bien entendu égaré au cours de mes déménagements. Je regrette sa perte : à mon âge, on ne rêve plus. En tout cas, rien ne me confirme que je rêve encore.

Parallèlement à cet intérêt pour l' ubac de la vie, j' étais féru de piano jazz. De jazz en général sans doute, mais plus particulièrement de grands pianistes tels l' autodidacte Erroll Garner, qui ne savait pas déchiffrer une partition, ou Oscar Peterson, mes préférés. J' ai écouté des heures et des heures leurs 78 tours sur un tourne- disques graillonnant, et déambulais, leurs compositions en tête.

Puis je suis entré dans la "vie active". Je n' ai pas renié l' amour du jazz, ai moins lu les surréalistes, bref vécu autre chose, autrement. On dépasse alors vite la trentaine, avant de mettre résolument le cap sur la suite. C' est vers cette époque que s' est produit l' événement que je vais évoquer. Freud, je crois, aurait classé mon récit parmi "les rêves sensés déconcertants", et les surréalistes auraient pu à ce titre l' accueillir dans leurs anthologies.

J' avais, une nuit, sombré dans un sommeil profond lors qu' a soudain surgi devant moi un indiscutable clavier de piano, avec son alignement de marches claires, coupé de feintes noires. Il s' imposait, écrasant de réalité, tandis que deux mains - les miennes ! - plongeaient vers lui et se mettaient à y courir. Or je n' ai jamais appris le piano. J' observais, stupéfait, mes doigts travaillant avec virtuosité et précision d' une extrémité à l' autre dudit clavier, incarnés en ceux d' Erroll Garner.

Invraisemblable substitution, le phénomène a duré tout le temps de "Misty", morceau réputé fort difficile à reproduire avec les "décalages" que Garner imprimait à sa rythmique. L' émotion était si grande qu' elle a fini par me réveiller, en état de totale sidération. Je venais de vivre un transfert exceptionnel, comme je n' en ai plus connu dans mon existence, consciente ou non.

C' est André Breton qui, une fois encore, et mieux que Freud, m' a fourni une clé de compréhension. Alors que le fondateur de la psychanalyse s' obstinait à contenir les rêves dans d' étroites limites sexuelles, le poète faisait aussi valoir la liberté infinie des représentations mentales, ainsi qu' elles ont trouvé à s' exprimer dans l' écriture automatique ou dans les tableaux d' un Chirico , d' un Ernst, d' un Masson, d' un Tanguy.
J' ai tenté pour ma part d' y réfléchir. Les lignes du "Carnet" perdu que j' ai mémorisées l' attestaient : un essai d reconstitution de l' atmosphère onirique qui a baigné ma "performance" était inconcevable sous peine de compromettre la vérité de la création artistique relayée par mon inconscient.
J' ai été, une fois, Erroll Garner. Je ne recommencerai plus.

P.S. Le prix Nobel de Littérature 2014 vient d' être attribué à Patrick Modiano. Ce blog avait précisément rendu hommage à l' écrivain le 27 juin dernier, dans la chronique "Pourquoi lire Modiano".

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En attendant Juppé

Publié le par Jean-Pierre Biondi

1- Sarkozy est-il déjà "out" ? il a certes de fortes chances d' accéder le 29 novembre à la tête d' une UMP fissurée. Mais plombé,cerné, par une accumulation d' affaires judiciaires. On ne manquera pas de comparer son score avec celui de précédentes consultations internes, car les défections commencent à se multiplier, comme l' a montré l'élection de Larcher au Sénat.

2- Hollande, son gouvernement, son parti, paraissent dans l' incapacité de remonter la pente d'ici 2017. Encore heureux s' ils parviennent à cette date sans "clash" retentissant. Non contents d' avoir prolongé le système sarkozyste, ils ont réalisé un "Bad Godersberg" (tournant idéologique des socialistes allemands datant de 1959 ) laissant le MEDEF pantois. Ô mânes de Jaurès qui ont vu un Premier ministre de gauche faire le tour de l' Europe pour clamer son amour du capitalisme et se muer en bourgeois de Calais devant les banquiers goguenards de la City. Auto-flagellation légalisant le "french bashing" et destinée à attendrir Bruxelles, près d' infliger à Paris 4 milliards d' amende. Hollande, Valls : "out".

3- La situation économique, financière, sociale , internationale, fruit de plus de 30 ans de laxisme, de gaspillages affairistes et d' électoralisme à courte vue, est donc dramatique. A la gauche de cette gauche pantelante végètent quelques rêveurs ou démagogues : Mélanchon fait une déprime qui n' émeut personne, Pierre Laurent et Bezancenot prêchent dans le désert, Montebourg écoeure même les "frondeurs" par son arrivisme désinvolte. Tous sont visiblement "out".

4- Marine Le Pen a le vent en poupe, forcément. Après avoir récolté les voix des communistes protestataires, elle peut espérer celles des socialistes déçus. Cela ne fait cependant pas le compte, car son projet ne tient pas la route : le retour d'un Franc, aussitôt dévalué de 30%, n' a pas de quoi séduire le Français moyen, rivé à son Assurance-vie. Le "Front", out.

5- Alors la bonne vieille Droite, mais recentrée, modernisée et repeinte à neuf. Point "la plus bête du monde", comme disait Mollet, au contraire, en phase avec la mondialisation, européiste, libérale et décomplexée. Là campe patiemment Juppé dont ce blog annonce l' avènement inexorable depuis 2011 (voir article " A droite" du 2/10/2011).

6- L' axe Merkel-Junker-Cameron et le "Business" cher à Valls, décidés à en finir avec la fantaisie française, ont, quant à eux, déjà voté. Juppé n' est peut-être pas "le meilleur" d' entre eux. Il serait, à leurs yeux, le "moins pire" de l' Hexagone.. La France sous tutelle de l' atlantisme européen? Ô mänes de Charles de Gaulle!

Publié dans politique

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Egoïsmes catégoriels

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' égoïsme catégoriel fait partie des fléaux récurrents de la société française (voir "Le roman du mécontentement français", 2 juin 2014). Ce jugement vient d' être confirmé par 200 pilotes d' Air France. Inutile de reprendre du début (projet de création d' une annexe "low cost" pour stimuler l' activité globale), de rappeler que lesdits pilotes sont les mieux payés au monde et de s' indigner de leur morgue. Qu' ils osent, après avoir plombé les comptes de l' entreprise, dressé contre eux tout le personnel en fragilisant son sort par leur irresponsabilité, et bloqué pendant deux semaines des dizaines de milliers de voyageurs aux quatre coins de la planète, qu' ils osent donc exiger en outre le paiement de leurs jours de grève, menaçant en cas de refus d' aller en justice, dépasse l' entendement : illustration par un "syndicalisme" de nantis de son souverain mépris des usagers et de l' intérêt général.

La résistance, devant laquelle, bien sûr, Hollande va faire marche arrière, des professions libérales réglementées contre l' assouplissement de leur monopole, autrement dit contre le libéralisme lui-même, est d'autant moins convaincante que ce secteur est régulièrement au premier rang pour dénoncer le statut des fonctionnaires, "gaspilleur de l' argent public".

S' agissant des pharmaciens, on voit mal en quoi le nombre de leurs années d' études, si souvent invoqué, contredit l' emploi d' un collègue diplômé dans une grande surface au lieu d' une Officine isolée, comme c' est déjà depuis longtemps le cas dans d' autres pays d' Europe et en Amérique du nord.

S' agissant des Associés d' études notariales de centre- ville où s' affaire un bataillon de clercs plus ou moins stagiaires, on ne distingue guère le lien avec feu le notaire de famille, confident des dynasties fortunées. L' acte notarié banal, industrialisé, se contenterait aisément d' un avocat débutant ou d' un employé de l' Enregistrement.

Ces Ordres corporatistes, survivances d' Ancien Régime revigorées par Vichy ou lobbies inspirés par l' efficacité des pétroliers et des bétonneurs, méritent en effet quelque aération dont profiterait volontiers le citoyen.

Mais encore faudrait-il que l' exemple vienne d' en haut : de l' oligarchie politique. Quand on observe la levée de boucliers que provoque la moindre remarque sur l' inutilité objective du Sénat, la souhaitable réduction du mille-feuilles administratif et du nombre des parlementaires ou sur l' indécente opacité des "trésors de guerre" des Assemblées , bref sur le "coût de la Démocratie", on mesure précisément les dégâts du fameux égoïsme catégoriel.

Faites comme je dis, pas comme je fais : cette morale monarchique doit-elle indéfiniment réguler la vie de notre société, notamment en période d' économies pour tous ?

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