Overblog
Suivre ce blog Administration + Créer mon blog

QUI LIT ENCORE...X? (5)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Marcel Schwob est souvent considéré comme l' un des plus brillants talents d' écriture de l' entre-deux-guerres, auquel deux choses ont fait défaut : le temps (il est mort à 37 ans) et un plus opportun choix de genre littéraire (il n' a composé que des contes quand la faveur allait au roman).

Il n' en a pas moins été, une douzaine d' années durant, entre 1893 et 1905, une figure centrale du monde des Lettres parisien. Issu d' un milieu cultivé (son père était l' ami de Jules Verne, Banville et Théophile Gautier), ce surdoué polyglotte a marqué la vie artistique de son époque, riche en créateurs. Mallarmé, Claudel, son condisciple en khâgne, Jarry, qui lui a dédicacé "Ubu roi", Léon Daudet, bien qu' antisémite, Jules Renard, Mirbeau, Oscar Wilde, Stevenson, qu' il a traduit en français, les frères Goncourt, Anatole France, tous ont compté parmi ses admirateurs.

Dès la publication de ses premiers contes, "Le Roi au masque d' or" (1893), "Le Livre de Monelle" (1894) ou " La Croisade des enfants" (1896), son style et son influence se sont manifestés. Il inspire Valéry, qu'éloigne portant de lui le dreyfusisme, le Gide des "Nourritures terrestres" ( qui ne lui reconnaîtra pas sa dette), ou, plus tard, l' Argentin Jorge Luis Borgès et William Faulkner.
 

Proche ami de Colette, Schwob rencontre chez elle la "femme de sa vie", l' actrice Marguerite Moréno (pour qui Jean Giraudoux écrira "La Folle de Chaillot"). Il l' épouse en 1900, sous l' empire d' une passion qui fait ricaner l' impitoyable Paul Léautaud. Néanmoins, Schwob l' érudit trouve du temps à consacrer à la "langue des ruisseaux" dans deux analyses fouillées : "Etudes sur l' argot" (1900 ) et "François Villon" (publication posthume,1912).

Qu' aurait encore produit cet esprit fécond s'i avait vécu la durée d' une vie "normale"? Handicapé dès la trentaine par une série d' opérations de l' abdomen Schwob s' est éteint au lendemain de la réalisation d' un vieux rêve de jeunesse : un voyage à l' île de Samoa, sur les traces de Stevenson.

On redécouvre Marcel Schwob, après cent ans de solitude...Etudes savantes, Colloques, Rééditions de poche, Numéros spéciaux, se succèdent, comme pour compenser le temps perdu. Profitez de l' occasion. Elle ne peut décevoir aucun consommateur de merveilleux. 

Publié dans littérature

Partager cet article
Repost0

QUI LIT ENCORE...X?(4)

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Victor Margueritte était fils d' un général qui s' était illustré pendant la guerre de 1870. C' est sans doute à cause de cette hérédité qu' il est entré dans le métier des armes. Lieutenant de cavalerie au "Cadre noir de Saumur", il abandonne ce premier choix pour se consacrer à la Littérature où son frère aîné Paul s' était déjà fait une place.

Victor, pur produit de la culture militaire et de ses valeurs, amorce alors un virage qui le pousse vers ce qu' on nomme "les idées avancées". Antinationaliste, dreyfusard, féministe, pacifiste intégral, il se rapproche peu à peu de la sensibilité communiste avant finalement de rallier, par haine de la guerre (et du président Raymond Poincaré qui n' aurait pas cherché à l' abréger...), l' idée de la collaboration.

Dans cet esprit, Margueritte était entré en contact, vers la fin des années 20, c' est-à-dire avant l' accès d' Hitler au pouvoir, avec Gustav Stresemann, ministre allemand des Affaires étrangères et co- lauréat, aux côtés d' Aristide Briand, du Prix Nobel de la Paix. Après la seconde guerre mondiale, les Archives de la Wilhelmstrasse ont révélé que le gouvernement de la République de Weimar finançait les publications (revues et livres) de Margueritte dans le cadre de sa propagande de réconciliation européenne.

Le moment le plus marquant de la carrière de Victor Margueritte a cependant été la publication en 1922 de son roman " La Garçonne ". Coup de tonnerre dans le ciel bleu de la sérénité chrétienne : un écrivain aborde publiquement le thème  de l' homosexualité féminine en milieu bourgeois. On retire aussitôt sa Légion d' Honneur à l' auteur. Il est certes excommunié mais vend le livre à plus d' un million d' exemplaires, est traduit d' emblée en vingt langues et adapté au théâtre et au cinéma.

L' ouvrage est d' autant plus "scandaleux" qu' il dénonce la débauche au sein même de l' élite . L' héroïne, Monique Lorbier, jeune décoratrice financièrement indépendante, a décidé de vivre sa vie sexuelle aussi librement qu' un homme, autrement dit sans tabou, pas même, en l' occurrence, le lesbianisme.


Le libelle, favorable de fait à l' égalité des Droits hommes-femmes et à la libération des moeurs a été pourtant désavoué par le courant féministe de l' époque, soucieux de ne pas laisser confondre féminisme et libertinage.

L' "immoralité" parait aujourd'hui anachronique. De Victor Margueritte, l' opinion ne retient plus , et encore, que le faux pas d'une passion pacifiste qui l' a conduit jusqu' à sa mort, en janvier 1942, à la limite d' un soutien objectif au nazisme.
 

Publié dans littérature

Partager cet article
Repost0