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Boutique

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Paris ne s' enseigne pas en voiture, ni dans un car, ni dans des guides. Une ville aussi bourrée d' Histoire s' apprend à pied, au hasard plus que dans des circuits imposés. Elle est alors un luxe capricieux qui réclame du temps.

Si donc la fantaisie du badaud vous mène vers le quartier de la Nouvelle Athènes, berceau du romantisme français,récemment réhabilité sous le nom de Sopi (South Pigalle), empruntez la rue Clauzel. Elle va s' achever dans la rue des Martyrs, à côté de là où le clarinettiste Milton Mezz Mezzrow a longtemps animé un club de jazz réputé. Le peintre Ernest Hébert y a eu aussi son atelier.

Au n°14, une galerie d' estampes japonaises tenue par Akihiru Aoyagi occupe l' ancienne boutique du Père Tanguy, célèbre marchand de couleurs peint par Van Gogh et Monet. Quand on connait l' influence de l' estampe (ukiyo-e) sur les artistes de l' époque, on  admet vite quelque parenté avec la galerie actuelle.

Au-dessus de la porte cochère de cet immeuble sans caractère particulier, une plaque : " Ici se trouvait la boutique du Père Tanguy. S' y rencontraient Anquetin, Bernard, Cézanne, Gauguin,Guillaumin, Renoir, Russel, Toulouse-Lautrec et Van Gogh". Auxquels on peut ajouter Pissaro, Monet, Vignon et Sisley.

Julien Tanguy, originaire des Côtes du Nord, était venu à Paris où il avait choisi de s' établir marchand de couleurs en 1870. Anarchiste militant, il avait participé à la Commune de 71 et échappé de justesse à la déportation en Nouvelle Calédonie. Après 4 ans de prison, il regagne sa boutique qu' il ne quittera plus jusqu' en 1892, deux ans avant sa mort.

Le père Tanguy est tout ce temps la parfaite illustration de la chanson de Brassens "Les Copains d' abord", en l' occurrence  des inconnus qui se nomment Monet, Renoir ou Van Gogh. Il achète leurs premières toiles six francs six sous. Les critiques le repèrent et commencent à affluer, attirés également par les oeuvres d' un petit nouveau, Paul Cézanne.

A ces glorieux rapins, le Père Tanguy offre des couleurs et des repas, et prend en dépôt, dans son étroite arrière boutique, leurs tableaux qu' il est chargé de vendre. Sans lui, qui sait si l' Impressionnisme aurait connu le même destin?

 

Publié dans culture

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" L' ami Pissaro "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Si l'on s' accorde à voir en William Turner (1775-1851) un précurseur de l' Impressionnisme, on s' entend également pour considérer Camille Pissaro (1830-1903) comme l' un de ses pères.

Attachante figure que celle de ce très grand artiste, à l' honneur en ce moment à Paris, tant au musée Marmottan qu' à celui du Luxembourg.

Né aux îles Vierges, alors possession danoise aux Antilles, et issu d' une famille de commerçants juifs portugais, le jeune peintre quitte tout pour rejoindre la capitale française. Là, d'atelier en atelier, il s' intègre bientôt à l' avant-garde artistique, admirant Corot, Courbet,Millet, avant d' inspirer Cézanne, Gauguin et Sisley. D' Ingres à Monet, de Renoir à Degas, Pissaro fréquente tous ceux qui comptent alors dans le milieu de l' Art.

Il s' installe à Pontoise, voisin du docteur Gachet, médecin de Van Gogh, et de Daubigny, habitant tous deux Auvers sur Oise. Pissaro se focalise ainsi sur les paysages fluviaux et agrestes qu' il découvre entre Pontoise et Paris, et qu'il peint sur le motif . S' amorce dès ce moment le "Chemin des Impres sionnistes", devenu désormais l' objet d' une intense curiosité culturelle ( le circuit Pissaro proprement dit va de Louveciennes à Bougival par Marly le Roi et comporte une quinzaine de reproductions d' oeuvres sur les lieux de leur création).

Pissaro ne quitte cette patrie artistique qu' à deux reprises. En 1870, quand les Prussiens pillent son atelier et y dérobent plusieurs centaines de toiles. Il se réfugie à Londres où séjourne Monet.Puis une seconde fois, lors de la fièvre anarchiste de 1894, quand, menacé d' arrestation, il fuit en Belgique et y retrouve le libertaire Elisée Reclus.

Car "l' ami Pissaro", connu pour sa générosité de coeur et d' esprit, a de solides convictions qu' il partage avec la plupart des peintres du quartier de "La Nouvelle Athènes" à Montmartre, écolos avant la lettre. Adepte des théories de Proudhon et de Bakounine, Pissaro milite aux côtés d' Emile Pouget, anarcho-syndicaliste à l' origine de la naissance de la CGT, et de Louise Michel, la célèbre "Vierge rouge" de la Commune. Il collabore au journal "Les Temps nouveaux" de Jean Grave où il défend la position de "l' art pour l'art" contre Kroptkine.

Pissaro était ce qu' on nomme un anarchiste individualiste, plus enclin à la non violence qu' à la terreur, au débat d' idées qu' à l' usage des armes, plus tenté par les réunions du "Club social" que fréquentait également Rodin qu' à l' attaque des agences bancaires. Son idéalisme transpire dans l' exceptionnelle sérénité que dégage sa vision des bords de Seine à l' époque heureuse où des champs, des chemins de terre, des arbres et des fleurs y régnaient encore.

 

 

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LESSIVEUSE ROSE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Jean Stern est journaliste à "Libération", juif et homosexuel. Il publie : " Mirage gay à Tel Aviv " (éditions Libertalia) où il aborde un sujet rarement évoqué : l' instrumentalisation du tourisme gay par le pouvoir israëlien dans le but d' enjoliver une image internationale écornée en consolidant au passage les finances locales.

Ainsi, quelques jours à peine avant de bombarder pour la ènième fois Gaza, les autorités militaires ont-elles accueilli un groupe d' homosexuels américains envoyé par le "Jewish Community Center Association" pour vanter la liberté de moeurs régnant dans l' Armée modèle que serait Tsahal.Pour mémoire,rappelons que  depuis 1967 au moins, celle-ci poursuit imperturbablement une colonisation dite sécuritaire en contradiction avec les engagements pris('accords d' Oslo)..

Tsahal se veut donc aussi libérale que l' armée néerlandaise dans un pays aussi impopulaire que la Corée du Nord.. La tâche est rude. D' où une stratégie marketing mythifiant la capitale, Tel Aviv, promue au niveau de San Francisco, Mykonos et Ibiza, et qualifiée ,de ce fait; de "lessiveuse rose".

Le calcul n' est pas absurde :des dizaines de milliers de "consommateurs" ont en 2016  laissé sur place plusieurs centaines de millions de dollars, amortissant et au- delà les voyages tous frais payés offerts à la presse et l' organisation de multiples manifestations susceptibles d' attirer la communauté gay occidentale. C' est le triomphe de la "pinkwashing". Vous viendrait-il l'idée de contester un point de la politique israëlienne, par exemple la négation de l' existence d' un peuple palestinien? hop, vous filez faire un tour au soleil-sexe-mer de Tel Aviv t.t.c et le malaise est dissipé. Vous croyez que la colonisation ("crime contre l' humanité"), le racisme, le capitalisme sauvage et ses inégalités peuvent exister dans le coin ? gagnez cette terre bénie où se côtoient fraternellement homos, bi et transsexuels de tous pays sauf arabes, et vous serez définitivement lavé de tout soupçon d' antisémitisme.

Vous contribuerez en même temps  à une oeuvre de salubrité publique en étouffant la réalité palestinienne sous les ébats onéreux d' étrangers protégés par une armée gay-friendly. L' homonationalisme couronné par le cynisme d' Etat : il fallait le faire. Nétanyaou l' a fait, Jean Stern s' en désole.

 

 

Publié dans actualité

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