" L' ami Pissaro "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Si l'on s' accorde à voir en William Turner (1775-1851) un précurseur de l' Impressionnisme, on s' entend également pour considérer Camille Pissaro (1830-1903) comme l' un de ses pères.

Attachante figure que celle de ce très grand artiste, à l' honneur en ce moment à Paris, tant au musée Marmottan qu' à celui du Luxembourg.

Né aux îles Vierges, alors possession danoise aux Antilles, et issu d' une famille de commerçants juifs portugais, le jeune peintre quitte tout pour rejoindre la capitale française. Là, d'atelier en atelier, il s' intègre bientôt à l' avant-garde artistique, admirant Corot, Courbet,Millet, avant d' inspirer Cézanne, Gauguin et Sisley. D' Ingres à Monet, de Renoir à Degas, Pissaro fréquente tous ceux qui comptent alors dans le milieu de l' Art.

Il s' installe à Pontoise, voisin du docteur Gachet, médecin de Van Gogh, et de Daubigny, habitant tous deux Auvers sur Oise. Pissaro se focalise ainsi sur les paysages fluviaux et agrestes qu' il découvre entre Pontoise et Paris, et qu'il peint sur le motif . S' amorce dès ce moment le "Chemin des Impres sionnistes", devenu désormais l' objet d' une intense curiosité culturelle ( le circuit Pissaro proprement dit va de Louveciennes à Bougival par Marly le Roi et comporte une quinzaine de reproductions d' oeuvres sur les lieux de leur création).

Pissaro ne quitte cette patrie artistique qu' à deux reprises. En 1870, quand les Prussiens pillent son atelier et y dérobent plusieurs centaines de toiles. Il se réfugie à Londres où séjourne Monet.Puis une seconde fois, lors de la fièvre anarchiste de 1894, quand, menacé d' arrestation, il fuit en Belgique et y retrouve le libertaire Elisée Reclus.

Car "l' ami Pissaro", connu pour sa générosité de coeur et d' esprit, a de solides convictions qu' il partage avec la plupart des peintres du quartier de "La Nouvelle Athènes" à Montmartre, écolos avant la lettre. Adepte des théories de Proudhon et de Bakounine, Pissaro milite aux côtés d' Emile Pouget, anarcho-syndicaliste à l' origine de la naissance de la CGT, et de Louise Michel, la célèbre "Vierge rouge" de la Commune. Il collabore au journal "Les Temps nouveaux" de Jean Grave où il défend la position de "l' art pour l'art" contre Kroptkine.

Pissaro était ce qu' on nomme un anarchiste individualiste, plus enclin à la non violence qu' à la terreur, au débat d' idées qu' à l' usage des armes, plus tenté par les réunions du "Club social" que fréquentait également Rodin qu' à l' attaque des agences bancaires. Son idéalisme transpire dans l' exceptionnelle sérénité que dégage sa vision des bords de Seine à l' époque heureuse où des champs, des chemins de terre, des arbres et des fleurs y régnaient encore.

 

 

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