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politique

CNews, cluster de l' ultradroite

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le risque de contamination n' existe pas qu' en médecine. Il sévit sous d' autres formes, par exemple dans les médias, avec un virus identifié mais non maîtrisé : la haine.

Trump a longtemps disposé du concours de Fox News, chaîne de propagande continue du milliardaire Rupert Murdoch. Un Français a puisé l' inspiration dans les mêmes eaux en acquérant CNews, Vincent Bolloré, milliardaire lui aussi, et en offrant l' antenne aux voix racistes et fascisantes.
Il suffit en effet d'ouvrir un récepteur d' images pour en faire la constatation. A patir de 17heures  défilent sur CSNews des "consultants","experts", "chroniqueurs", "animateurs" et "éditorialistes" voués à l' éducation des masses par des considérations dont, depuis des lustres, on avait fini par oublier l' incomparable parfum.

Etrange coîncidence, le phénomène se développe "en même temps" que la Gauche s' effondre (voir chronique  " Le Mouvement social méritait mieux" du 18 mars dernier) et que la France se droitise encore.

La tête de gondole de ce renouveau ne semble plus Marine Le Pen mais Eric Zemmour, idéologue de grande consommation au service des citoyens rendus disponibles par 40 ans d' incompétence et d' absence de vision historique. Ainsi, le nommé Zemmour profite-t-il, par la grâce de M. Bolloré, de 5 heures hebdomadaires d' écran pour matraquer le bon peuple avec des élucubrations fumeuses et des nostalgies hors sol qui le placent à droite toute du "Rassemblement National". En temps de crise, aucun ridicule n' est exclu.

Le contribuable, vous et moi, finançons un CSA (Conseil Supérieur de l' Audio-visuel) en charge du juste équilibre de la parole poltique. Ne serait'il pas opportun qu' il demande à cette occasion la diminution du temps de parole d' un "essayiste" dont on dit par ailleurs qu'il serait candidat aux présidentielles de 2022? 

Et serait-ce une censure que de réguler pour le coup le flot des missionnaires qui font qotidiennement cortège à l' idéologue en chef, les Praud, Rioufol, Goldnagel, Béglé, Dassier, Cluzel, Elisabeth Lévy, G.Lejeune ou Ménard, dont la raison d' être  est  la haine pathologique de l' Arabe (sans pétrole ni dollar)?  Tous ces gens tissent peu à peu, en alternant insultes, menaces, mensonges, omissions calculées et hypocrites insinuations, un climat dépressif dont la nocivité accuse effectivement le danger de " séparatisme", et rapproche le pays du régime de propagande et de conditionnement qui est l' objectif de ces stratèges en studio.

Le problème est donc bien politique: la puissance financière instrumentalise, par l' emploi des sorciers- idéologues et des intervenants complices de CSNews, une partie de l'opinion. Elle attise la division et cherche à opposer des Français les uns aux autres. La classe politique, qui n' a que le mot " démocratie" à la bouche, devrait montrer qu' elle se soucie aussi de la pollution programmée des esprits.

 

 

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ANSCHLUSS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L'Etat d' Israel annonce qu' il intégrera à son territoire mercredi prochain 1er juillet 2020 deux zones de Palestine actuellement occupées. "Il est temps d' annexer des pans de la Cisjordanie" a, en toute simplicité, proclamé le Premier Ministre Nétanyaou.

Ce nouveau viol du Droit international, discrètement relevé par les médias occidentaux, appelle pourtant un minimum d' observations :  

- qui ose encore s' opposer résolument à la stratégie de conquête menée par Israel depuis 1967 : annexion de Jérusalem-est, colonisation du plateau syrien du Golan, installation de 650.000 colons sur 150 implantations, transfert de la capitale à Jérusalem, et maintenant, annexion de la vallée du Jourdain et de la Judée- Samarie? Les justifications avancées peuvent varier : tantôt sécuritaires comme pour le plateau du Golan, tantôt historico-religieuses comme en Cisjordanie. Elles ne convainquent personne mais nul ne les sanctionne.

- comment neutraliser l' expansionnisme sioniste et sa volonté d' évacuer de l' Histoire l' existence et le souvenir du peuple palestinien : retrait des accords de paix d' Oslo, meurtre du Premier Ministre Rabin favorable à la solution des 2 Etats que rend désormais impossible le projet d' annexion d' un tiers du territoire palestinien et qui créera une frontière commune avec la Jordanie, donc de nouvelles exigences et garanties de sécurité pour les immigrants israeliens?

- l' habitude du "fait accompli", surtout à la veille des élections présidentielles américaines, vient du sentiment d' impunité des dirigeants d' Israel, nourri par le soutien inconditionnel de Donald Trump et des communautés juives de l' étranger (cf chronique " La dédiabolisation en marche" du 21/12/2011). On se souviendra en passant de l' indignation spécialement véhémente de celles-ci quand Poutine a réannexé la Crimée en 2014 et, plus encore, au moment où Sadam Hussein a envahi le Koweit (1991).

- On peut noter la sérénité qu' engendre du côté israelien la domination d' une armée comme Tsahal, équipée des matériels les plus onéreux et les plus modernes face à une population dotée de pierres et de bâtons.

- Enfin , n' est-il pas quelque peu paradoxal de voir refusée la création d' un Etat à un peuple installé, par des arrivants continuant à se référer simultanément à d' autres nationalités qu' israelienne ( celles d'un pays de naissance ou d' adoption, par exemple )? Le cas est, à ma connaissance, unique au monde.

Au nom de quoi, de quelle justice, quelle morale, de quel respect d' autrui, se dressera-t-on désormais contre l' arbitraire ? Cet Anschluss ramène 80 ans en arrière, à l' Annexion en 1938 de l' Autriche. Ou à un colonialisme anachronique qui invite cyniquement les habitants d' un pays à "faire fleurir" un morceau de désert privé d' eau et de terres cultivables. Je réponds d' avance à d'intolérants contradicteurs , comme le faisait Stéphane Hessel , ancien déporté : critiquer la politique de force d' un Nétanyaou n' est pas de l' antisémitisme, de même que critiquer celle peu humaine de Mme Thatcher en Irlande n' était pas de l' antiféminisme.

Finissons-en avec ces commodités-là ! Je souhaite le maintien de l' Etat d' Israel mais dans ses frontières légitimes, tout comme je défendrai encore et toujours l' égalité de droit entre  protestants et catholiques, Irlandais du nord et  du sud.

Merci encore de votre attention.

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L' ETAT FRANCAIS ET L' ETAT DE LA FRANCE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' autorité de l' Etat français dont le Parlement vote des lois dont une partie ne connait jamais d' application, ne manque pas d' interroger. Ce recul institutionnel est observable depuis la fin brutale du septennat Pompidou, le premier choc pétrolier, l' alignement giscardien sur les Etats-Unis et l' élargissement inconsidéré de la Communauté européenne. La balance commerciale a alors commencé à se dérégler, le déficit à se creuser, le nombre des chômeurs à se multiplier.

La victoire de la gauche en 1981 a été d' abord une réaction contre cette dégradation. Puis Mitterrand s' est mis à nationaliser à 100% pour, deux ans après, changer de politique, découvrir l' économie de marché, chasser les ministres communistes et remplacer Mauroy par Fabius.

Trois septennats et un quinquennat plus tard (deux sous Mitterrand, le reste sous Chirac), la France comptait au-delà de 3 millions de chômeurs déclarés et sa dette avoisinait les 80% du Produit Intérieur (PIB). Son influence historique dans le monde arabe s' était volatilisée , son crédit culturel en Afrique , en Amérique latine et en Europe de l' Est sensiblement amoindri.

Les agissements  de Sarkozy en Libye, à l' origine du meurtre de son ex sponsor électoral Kadafi et de l' extension jihadiste en Afrique noire (fait qu' on ne rappelle jamais assez ), la burlesque nullité de Hollande qui désindustrialise à tout va en promettant "l' inversion de la courbe du chômage ", complètent cette peinture du déclin national.

Les déboires se sont ainsi accumulés : incapacité à tenir les engagements pris à Bruxelles sur les 3% maximum de déficit du PIB et, surtout, délabrement  des services publics : non seulement de l'  Hôpital mais encore de l' Ecole, des Tribunaux,  Commissariats,  Prisons,  Transports en commun,  Infasructures (réseau routier, ponts, lignes ferroviaires ) , ou du Logement social. En 2005, les banlieues flambent. Chômeurs, précaires, petits retraités, endossent en 2018 un gilet jaune et descendent dans la rue jusque dans les plus modestes bourgades.

La France se classe première, du moins en Europe, pour les prélèvements fiscaux  et le nombre des fonctionnaires purement administratifs. Certaines de ses plus grandes entreprises industielles appartiennent désormais à des étrangers, d' Alstom à Sanofi ou aux Chantiers navals de Saint-Nazaire. En revanche, l' Etat a totalement raté l' avènement du numérique tandis que Mitterrand, visionnaire du passé, s' acharnait à promouvoir  Gorbatchev dont les Russes ne voulaient absolument pas.

Qui peut alors s' étonner que la classe politique soit de moins en moins respectée, les autorités de moins en moins obéies, et que les abstentionnistes se fassent toujours plus nombreux? Pas grand monde. D' où cette question: pourquoi l' Etat fonctionne-t-il si difficilement à un prix si considérable? L' incompétence ruineuse d' une série de dirigeants, la décadence du souci de l' intérêt général,  sont sans doute partie prenante d' un bilan qui n' annonce rien de rassurant à l' heure du tsunami économique engendré par l' épidémie de coronavirus ( la  " discipline" observée pendant le confinement est assurément davantage due à la trouille qu' aux menaces gouvernementales. )

Elle, cette isuffisance de nos maîtres, n' explique pas tout. La structure de l' Etat-nation est inadaptée à l' état du monde, à son évolution. Elle est gaulliste, donc anachronique, avec une tête de géant pour un corps de nain, un Exécutif omnipotent et un Parlement rabougri. A la dimension du Général en 1958, quoi, pas à celle d'un Mitterrand,  d' un Sarkozy ou d' un Macron qui s'y sont lovés avec gourmandise .L' électoralisme et le clientélisme, les lobbies, les corporatismes, la technocratie, la ronde des minorités, les démagogies, s' y sont taillés des morceaux de choix. L' amincissement annoncé du millefeuilles s' est soldé par un redécoupage loufoque en Régions qui se prennent pour des " Länder", se dotent de roitelets à caser dans le coin (Bertrand, Morin Wauquiez) et mobilisent une couche supplémentaire de "collaborateurs" étrangers aux "territoires". La décentralisation conçue sur une soudaine inspiration du duo Hollande-Sapin  n'est qu' une foutaise qui ne durera pas.

Trop centralisée, la France? oui, dans certains domaines, pas dans tous non plus. Mais un Etat souffreteux, mal rééquilibré, sacrifiant la ruralité dans une mosaïque fantaisiste et la création de microcentralisatismes autour de sous-capitales qui déplacent les problèmes avant même d' avoir pu les régler. Macron refuse la nécessité d' une mutation plus profonde ( la VIème République). Il a été élu sur le thème de réformes relatives  qu' il n' arrive d' ailleurs pas à mener à bien. Il n' a pas été à l' heure au rendez-vous indispensable du renouveau qu' attend un pays paupérisé, morcelé, déçu, et maintenant accablé par l' épidémie. Ce président sera balayé sans, espérons-le,  trop de casse.  L' Etat a assez trinqué comme ça.  Pensons dorénavant, d' abord et surtout, à la France et à sa population précarisée.

 

 

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LA CONQUÊTE DE L' EUROPE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

A ceux qui jugent mon propos excessif, je fixe rendez-vous dans cinq ans, après le second mandat de Trump. Ils pourront alors évaluer objectivement le pourcentage d' exactitude de mes prédictions. Je suis, en février 2020, totalement convaincu que l' Europe, ex colonisatrice s' il en fût, est à son tour en voie de réelle colonisation. La justice voudrait que ce soit les anciens colonisés qui profitent de ce retournement de l' Histoire. Il n' en est rien. L' arroseur est arrosé par plus peut-être arroseur que lui.

La menace date en vérité de la fin de la deuxième guerre mondiale, au prétexte du danger de stalinisation.

Eisenhower voulait déjà mettre administration et monnaie des pays libérés du nazisme sous tutelle directe (il était alors simple général...). Aujourd'hui, il s' agit de stopper, sinon le coronavirus, du moins le péril maoïste.

Dans les deux cas, l' Europe s' est retrouvée l' enjeu d' une rivalité entre puissants impérialismes : USA contre URSS, puis USA contre Chine populaire. Notre continent, premier marché commercial du monde, est, il est vrai, une proie alléchante pour qui sait jouer de ses contradiction internes. En fait, il n' existe pas moins de trois Europe dont les motivations et les attentes varient :

- une Europe de l' Est dont le souci primordial est le maintien du " bouclier américain" (OTAN) face au voisin russe

- une Europe du Nord dont chaque avancée provoque une riposte punitive de Washington ( ainsi l' exterritorialité scandaleuse du droit américain dans les échanges euro-iraniens)

-  une Europe du sud qui voit surtout la Communauté en tant qu' aide malade la garantissant contre la faillite

On songe dès lors au combat des Horace et des Curiace qui semble inspirer les objectifs de Trump : neutraliser la concurrence économique européenne, tuer dans l' oeuf les velléités expansionnistes chinoises. Pour ce, il faut donc faire place nette en étranglant  l' Europe bruxelloise par un retour au protectionnisme et par la conclusion d' une série d' accords bilatéraux excluant toute intervention communautaire.

L' Américain, il ne s' en cache guère, est décidé à en finir avec les résistances franco-allemandes. Après avoir dépecé Alstom, il a inscrit au programme Airbus, la BNP, SANOFI, le vin français et l' industrie automobile germanique, entre autres. Le marché de l' art lui- même n' est pas oublié. C' est financièrement juteux, et cela permet au passage d' en mettre un coup à la fameuse "exception culturelle française" (1).

La CIA est au travail. Les lobbys s' affairent. Le pouvoir des "Traders" a remplacé l' époque des "Marines", débarquant au Guatémala pour y imposer "United fruits". Les artificiers sont dans la place (Steve Bannon, conseiller politique de Trump jusqu' en 2017, navigue d' une capitale européenne à l' autre, par exemple). Que peuvent devenir à terme des pays dépendants sinon des dominions désindustrialisés, au budget ruiné, aux exportations agricoles limitées, au secteur tertiaire menacé, à la monnaie affaiblie et au niveau de vie en déclin ? un pendant touristico-culturel de l' Amérique latine.  Nos ex libérateurs se transforment en néo conquérants. La conjoncture, nos disputes, notre inconséquence, les y aident.

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(1) Cela paraîtra peut-être anecdotique. Cela ne l' est pas. A l' occasion de son 90 ème anniversaire, le Museum of Modern Art de New York (MoMA) a publié un luxueux catalogue. Les Européens, notamment français, y figurent en nombre jusqu' en 1945. Puis plus rien ou presque, pas une trace de la seconde Ecole de Paris ( De Staêl, Soulage, Bazaine, Manessier, etc) . L' Art moderne reconnu n' existe plus qu' aux Amériques, et ses productions atteignent des prix ahurissants. Ce business (marché en partie artificiel pour placement dans les coffres de paradis fiscaux)  prospère déjà sous le contrôle attentif  du capitalisme financier.

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LE MEPRIS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

A y regarder, la France est un Etat-nation qui vit depuis plus de deux siècles une crise sociale chronique. De la "Grande Révolution" à la Restauration, la Deuxième République, le Second Empire, la Commune de Paris, des grèves historiques (viticulteurs, mineurs, canuts, dockers, métallurgistes, cheminots, ouvrières du textile) au Front populaire, à la Résistance, la Libération et Mai 68, pour ne citer que les moments peut-être les plus éruptifs (revenant cycliquement comme les crises du capitalisme), pas de véritable répit.
En réalité, la confrontation entre le Peuple laborieux et les "Elites" successives n' a jamais cessé. Même en période de moindre tension (3ème République jusqu' à la guerre de 14-18, Trente Glorieuses), l' oligarchie n' a guère  cherché le rapprochement  ou exprimé une nuance de solidarité concrète, sauf rapport de force défavorable, à l' égard des gouvernés anonymes.

L' écart de revenus ne suffit pas à éclairer cette incapacité des dirigeants hexagonaux à unifier la nation derrière le chef de l' Etat. La clé de l' énigme se trouve aussi dans un élément qu' aucun avatar n' a encore dissipé : ce trait bien français qu' est le mépris aristocratique (ou bourgeois) affiché par les gens de pouvoir et, corollairement, le sentiment d' humiliation qu' en tire le citoyen "d' en bas." La morgue n' est pas de bonne politique. Le respect des autres peut exister indépendamment  de leur position sociale ou de leur origine familiale. Il est bizarre de rappeler cela en 2020.

Le roturier, ou plus tard le prolétaire, ont été considérés comme des colonisés blancs par une suite de "maîtres" allant des petits marquis d' hier aux grands patrons et hauts fonctionnaires (ils peuvent changer de casaque) d' aujourd'hui, via la bourgeoisie parvenue louis-philipparde ou les généraux versaillais, piteux vaincus des Prussiens et sanglants vainqueurs des ouvriers parisiens .

Oui, l' égoîsme de classe et le sentiment de supériorité (la fatuite complice des diplômés, par exemple) demeurent des composants du malaise social qui ronge ce pays. La caste change-t-elle de titulaires, l' arrogance et la rapacité la conservent dans ses privilèges et sa cécité plus ou moins feinte. Ses interlocuteurs ne sont plus les Rois et les Cours mais les Banquiers et les Lobbys. Monarchies ou Capitalisme financier, l' oligarchie est ouverte à toutes les situations, dès lors que le Capital  est sûr de la "fiabilité" gouvernementale et de la capacité à résister aux luttes inéluctables avec les  forces  du travail. Elle a parfaitement digéré la mondialisation libérale, la démocratie parlementaire et son arme majeure, le vote. L' élection est un exercice sous contrôle (loi électorale soigneusement ajustée, tripatouillage méthodique des circonscriptions), le monde des médias un domaine réservé à l' Etat  et à quelques grandes fortunes du type Dassault, Bolloré ou Lagardère, l' ascenseur social un élévateur surveillé par un système sophistiqué de réseaux. Ainsi, la ploutocratie prospère-t-elle...

Sauf quand, à un moment, le mépris en fait décidément trop, que le mécanisme se grippe, que les aiguilles s' affolent, que sur les ronds-points chômeurs et petits retraités se mettent à jouer aux sans culotte, qu' on s'applique à ne pas entendre les classes moyennes formant les gros bataillons de la France actuelle.  Le silence, encore une façon méprisante de répondre qui fait de moins en moins recette. Les transports s' arrêtent, les écoles ferment, les hôpitaux crient au secours, les ports, les raffineries, les tribunaux ont le hoquet, les forces de l' ordre sont épuisées et amères. En bout de chaîne, l' élu recueille ou cristallise une méfiance, voire une haine, souvent imméritées. Il est alors avéré que le régime républicain tel qu'il est devenu ne va pas survivre éternellement. 

D' autant que l' époque amorce un virage d' importance . Les principales options datant de l' après-guerre ( multilatéralisme, libre échange, construction d' une Europe fédérale ), paraissent faire place au retour du national, du bilatéralisme classique et du protectionnisme à l' américaine, stimulé par la généralisation du numérique et l' émergence de blocs concurrents comme la Chine et l' Inde. Les coutures craquent partout.

Un simple voeu pour notre cher et vieux pays : que la dynamique populiste, la défiance préalable envers toute action politique ( qui n' est pas en vérité de l' apolitisme), un ressentiment social séculaire, effets logiques du mépris et des scandales ( alors que ne se profile aucune solution de substitution au problème déterminant des institutions et de la représentation ) ne le conduisent pas à une réaction..."dictatocratique", 

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L' EUROPE ENTRE DEUX FEUX

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On nous convie à désigner prochainement de nouveaux députés européens. C' est un rendez-vous qui ici, en France, ne fait pas courir les foules (l' abstention dépasse en général 50%) et ne mobilise pas davantage les grandes pointures politiques. Par exemple, aucun président de la République n' a jamais été siéger à Strasbourg, malgré ses professions de foi européïste  enflammées.

Le fédéralisme ne semble décidément pas "mordre" sur la France d' en-bas, même si le pays figure parmi les fondateurs de la C.E.E. Où est le problème? Pas seulement dans la difficulté d' un peuple chargé d' Histoire à accepter la réduction de son influence relative. D' autres, l' Espagne, l' Autriche, aujourd'hui l' Angleterre, connaissent cela. L' explication est autre: elle réside surtout dans le fait que l' Etat-nation demeure, à tort ou à raison, le plus sûr rempart d' une société, alors que continue de prévaloir le sentiment d' une grande fragilité structurelle d' une Institution communautaire lointaine, abstraite et autoritaire. L' Europe regorge d' hommes "de raison". Elle manque d' amoureux.

De ce fait, les menaces s' accumulent sur un continent simultanément attirant pour sa prospérité économique et son impuissance politique. Je pèse mes mots : la "vieille Europe" est la cible de deux " serial killers", l' impérialisme américain d' une part, le fanatisme islamique de l' autre. Nier encore cela est de la cécité, je suis désolé. Ou plus : de la complicité.

Le rêve anglo-saxon ( "diviser pour régner" ) qui consiste à faire du continent un dominion à ajouter à son Commonwealth libre échangiste, n' est guère nouveau. Il a été longtemps anglais et politique. Il est désormais américain et financier. 

L' agressivité de l' Islam, elle, vient notamment d' un contentieux plus ancien qui ressuscite les rancunes nées des interventions successives du christianisme et du capitalisme en Orient (croisades, colonisation, pillage des ressources naturelles, racisme). Le jihadisme pense venue l' heure d' une revanche conquérante s' exprimant dans la violence terroriste . C' était prévisible.

Marchandisation et totalitarisme religieux se concurrencent pour s'emparer des territoires qui leur échappent. L' Europe occidentale figure en tête de liste. Elle peine à régenter le multiculturalisme, intégrer l' immigration de masse, gérer, depuis le premier choc pétrolier, les problèmes d' économie, son endettement, son chômage, sa corruption. Pris entre deux feux, l' euroatlantisme anglophone et l' eurafricanisme arabophone, le continent rencontre de plus en plus de difficulté à, comme disait Mao, "marcher sur ses propres jambes". Cela lui est-il encore possible? Ou une forme de démocratie libérale, celle des "Lumières", menace-t-elle de s' éteindre avant le combat décisif: l' inéluctable affrontement de la Chine et de l' Occident? et le choc, chez nous Européens, entre le business et la nouvelle "route de la soie"?

C' est là un enjeu majeur de la proche consultation.

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LE DILEMME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La démocratie dite participative et l' institution étatique traditionnelle semblent se détacher l' une de l' autre : c' est du moins ce que relèvent certains politologues à propos de la crise actuelle en France.

Faudrait-il alors y voir quelque revanche de nouveaux Girondins sur des Jacobins blasés, du fédéralisme sur le centralisme, de la participation sur la représentation, des ruraux et rurbains sur les métropolitains, de l' esprit libertaire sur la procédure autoritaire, de Proudhon sur Marx? Y voir la réponse d' un peuple excédé, non seulement par la surcharge et les inégalités fiscales, le grignotage de médiocres salaires et retraites,  l' amaigrissement du pouvoir d' achat,  la stagnation du chômage, mais encore par la mondialisation capitaliste, la contrainte consumériste, l' abêtissement publicitaire, la menace mortelle du dérèglement climatique, et, plus confusément, par un sentiment de désagrégation, de perte de prestige collectif aboutissant à un individualisme qui n' est que résignation et repli?

Bien sûr, toute société a besoin d' un minimum d' organisation. A cet effet, elle réclame des règles lui permettant de fonctionner. C' est là que se présente, pour un régime globalement démocratique mais affaibli, un dilemme impitoyable : quelle forme politique envisager, apte à prendre des décisions conformes à l' intérêt général en suscitant un maximum de consensus? La fin que s' assignait, au temps de sa splendeur, la théorie socialiste était de "substituer l' administration des choses au gouvernement des hommes". Mais qu' imagine-t-on pouvant maintenant servir d' amortisseur entre le démontage d' un Etat et l' avènement d' une Démocratie-nation libérale?

Le mouvement des "Gilets jaunes" est à cet égard instructif. Nombre de ses membres contestent le pouvoir étatique tout en sacralisant le passé historique de celui-ci: révolutionnaire sans doute en 1789, mais vite devenu totalitaire. Ce patriotisme sourcilleux, cette exaltation du terroir, dessinent, malgré toute la sympathie qu' engendrent  ces Français humbles, sincères et oubliés de l' oligarchie, comme une sorte de séparatisme. Les banlieues, les "quartiers", ne s' y trompent pas. Ils ne se sont guère solidarisés avec les déshérités d' un monde qui rejette souvent, pêle-mêle, la financiarisation, les lobby et les immigrés. A priori communautaristes par la force des choses, ces derniers ont des visées qui les détournent des litiges entre Gaulois...

On perçoit là les contradictions du populisme: une demande égocentriste de protection nationale et une volonté de relâchement du lien avec le corps social incarné, faute d' alternative, dans une structure qu' on a pris l' habitude de dénommer Etat.

République, Démocratie, Peuple ou Citoyen, leurs rapports s' obscurcissent. Visiblement, le régime actuel ne correspond pas aux attentes, après 40 années d' un scandaleux cafouillage. La France d' aujourd'hui a peu à voir avec celle de Charles de Gaulle. Aussi le "grand Débat National", au point où il est parvenu, ne parait-il pas suffire à déblayer convenablement les décombres, puis à repartir vers la solution qui s' impose : l' instauration d' une République, VIème ou non, revisitée et dératisée de la cave au grenier.

 

 

 

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SUR LA NATURE DE LA REVOLTE DES RONDS POINTS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le mouvement des "gilets jaunes" est, dans l' actualité récente, un événement qui, indépendamment des suites qu'il connaîtra, a mis en relief l' architecture réelle d' une société démocratique, la France, aspirée par le tourbillon de la mondialisation libérale.

Plusieurs phénomènes confirment l' observation :

1- Le mouvement est une action de classe d' inspiration hétéroclite. On y trouve des éléments d' extrême droite, ce qui explique le soutien prudent des partis de gauche et des syndicats de salariés,  peinant par ailleurs pour garder de l' influence dans les milieux populaires. L' essence prolétarienne de la révolte ne fait pas de doute : ouvriers, petits employés, chômeurs, déclassés divers, non représentés d' ailleurs à l' Assemblée nationale et souvent primomanifestants, forment le gros du peuple dit des "invisibles", nés à la clarté des carrefours. Ces humbles (petits boulots-petites retraites), ces intérimaires ou intermittents, ces assistés devenus abstentionnistes, ces "Gaulois" humiliés, bref tous ces exclus, ont depuis longtemps déserté les défilés traditionnels, les meetings grandioses et les bureaux de vote où l' on n' évoque guère la souffrance silencieuse du quotidien. Groupés autour d' une tente de fortune avec 3 jours de provision, ils se dotent d' une solidarité imprévue, sans étiquette ni proclamation, avec des mots directs que chacun assimile.

2- Le mouvement a une géographie nationale. Il dénonce sur l' étendue du pays la fracture béante entre élites urbaines et campagnes à l' abandon, surpopulation banlieusarde et désertification du domaine paysan. Beaucoup de ruraux parmi les interpellations opérées sur les barricades parisiennes : les provinces sont de retour. Mais peu d' immigrés, comme si le cosmopolitisme et la diversité culturelle menaçaient de fragiliser la communauté  d' objectifs.

3- Le mouvement a "promu" des catégories de population jus qu' alors plus effacées: les femmes et les plus de 60 ans, souvent au premier rang du conflit, y compris dans des actions violentes.

4- La nature libertaire de certaines options est évidente : rupture avec les rituels des syndicats officiels, durée des actions impliquant une véritable installation sur les lieux de manifestation, vigilance à l' égard de toute tentative de récupération partisane, réfutation des idéologues professionnels, remise en cause du système de représentation (notamment suppression du Sénat), priorité à la créativité des masses, récusation des schémas sociaux-démocrates et/ou totalitaires.

Autant de composants de la dynamique en cours. Le débat, qui s' internationalise, sur la démocratie libérale en est quelque part un moteur. C' est pourquoi la révolté des "gilets" est plus qu' un accès de mauvaise humeur : l' amorce de nouvelles formes de lutte en faveur d' un autre modèle de développement collectif.

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A PROPOS D' ARMEE EUROPEENNE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' idée d' armée européenne, réapparue dans l' actualité, n' est guère nouvelle. Deux pionniers de la construction fédérale, Robert Schuman, ministre des Affaires étrangères, et Jean Monnet, promoteur de la Communauté Charbon-Acier (CECA), y songeaient dès la fin de la 2 ème guerre mondiale et le début de la "guerre froide" (1947), en liaison avec le chancelier Adenauer.

L' idée même s' est aussitôt heurtée à la violente opposition des gaullistes, hostiles à toute réduction de souveraineté, et des communistes dénonçant une opération montée de Washington et du Vatican contre l' Union soviétique. Jacques Duclos traitait Schuman de "boche" à l' Assemblée nationale et, de Colombey, le Général rappelait que les fondements de la France se situaient dans une diplomatie et une armée totalement indépendantes.

Bien que ratifié sans accroc par les Allemands, le traité de la C.E.D a provoqué dans l' hexagone ce qu' on a nommé "une nouvelle affaire Dreyfus", tant les passions y ont agité l' opinion deux ans durant, hors distinction partisane ou presque. L' abbé Pierre, député social-chrétien, les radicaux Herriot, Daladier, Mendès-France, les socialistes Moch, Daniel Mayer, Savary (exclus de la SFIO pour indiscipline) figurent parmi les adversaires les plus résolus d' un projet qui n' a pas été sans conséquences. Ainsi l' élection (au 13ème tour) de René Coty comme président de la République est-elle l' effet d' une neutralisation réciproque d' un candidat cédiste et d' un anti-cédiste, et le vote de rejet final du 30 août 1954 a-t-il provoqué la démission de Monnet de la présidence de la CECA.

Si l' idée d' armée européenne se voit aujourd'hui relancée avec insistance par E. Macron, c' est paradoxalement sur des bases inversées: l' obsessionnel "danger communiste" n' existe plus (remplacé par la menace jihadiste?), l' isolationnisme prêché par Trump oblige les Européens à renforcer leur protection contre d' éventuels agresseurs que le président français désigne nommément (les U.S.A.,, la Russie, la Chine,,,)

Les obstacles ne manquent cependant pas:  maigreur d' une armée allemande de 170.000 hommes, survivance des nationalismes, et, surtout, absence d' une industrie d' armement transnationale : Airbus est, dans le domaine, au 7ème rang mondial (les 5 premières entreprises relevant de constructeurs américains soigneusement corrélés ente eux par le président Clinton)), Thalès au 12ème, Safran au 15ème. Les Belges viennent de renouveler leur aviation militaire avec des chasseurs-bombardiers U.S. Si la pensée Macron-Merkel est d' abandonner la "politique des petits pas" pour créer "d' en haut" une force de défense nucléaire continentale que, pour l'instant, possède et finance seul le contribuable français, dans un monde où l' attentat terroriste semble primer sur le lancement d' une bombe H appelant une réplique immédiate et équivalente, voilà bien une pensée qui mérite réflexion.

Et ce n' est pas l' affaiblissement des deux leaders dans leurs pays respectifs qui parait devoir impulser un irrésistible élan à ce serpent de mer âgé de quelques 70 printemps. Trouvez mieux.

 

 

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EQUIVOQUES D' UN VOYAGE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le voyage à Washington est non seulement flatteur pour l' ego des présidents français mais aussi obligé pour l' heureux déroulement de leur septennat ou quinquennat. Négocier dans son bureau (ovale) en tête à tête avec le dirigeant de la première puissance mondiale est une consécration à laquelle nul, sauf de Gaulle, n' a voulu échapper. La plupart du temps, avouons-le, sans grand succès .

La visite d' Emmanuel Macron n' a pas démenti la règle. Cela pour une série de raisons que, peut-être, le jeune chef d' Etat n' a pas prises suffisamment en considération :

- il s' agissait d' une " visite d' Etat", c' est-à-dire d' un voyage dont la finalité est plutôt d' affirmer la relation amicale entre deux peuples que de discuter les problèmes de l' heure, relevant,eux, de la "visite de travail". Priorité donc est accordée là à l' aspect festif et démonstratif. En l' occurrence le mélange des genres créait une confusion qui n' était pas un choix américain.

- il est toujours peu prudent d' annoncer haut et clair ses intentions (pour la circonstance la volonté d' infléchir la position de l' interlocuteur sur le traité de non prolifération nucléaire avec l' Iran), ce qui est une manière de tenter de lui forcer la main en l' embarrassant diplomatiquement.

- l' ambiguïté laissant croire que le Français était également une sorte de Monsieur Europe que nul n' avait pourtant mandaté. Effet dont personne n' a été dupe.

Ni sur le traité, ni sur la présence militaire américaine au Moyen Orient, ni sur le réchauffement climatique, ni sur les mesures protectionnistes des USA, Macron n' a obtenu la moindre concession
.
La chancelière Merkel talonne le Français à la Maison Blanche. Trump ira fin juin en Angleterre. On mesurera alors la sincérité du copinage si généreusement déployé par l' Américain, car tant de singeries laissent penser que le pesant Donald s' est joué du sémillant Emmanuel. Ce n' est sans doute pas un dîner sur la Tour Eiffel et un défilé de 14 juillet qui peuvent suffire à modifier l' orientation de l' ultraconservatisme d' outre atlantique!

Trump s'est, en réalité, l' oeil goguenard, borné à un "grand-fraternalisme"  illustré par l' époussetage d' une pellicule de l' épaule de son pote (qu' il souhaitait "impeccable"). On ne peut mieux signifier qu' une grande puissance ne saurait se faire dicter sa conduite par une moyenne, fût-elle une alliée...

Il ne faudrait pas, pour l' Elysée, multiplier les erreurs d' interprétation du genre sans risquer de perdre crédit. Macron n' est pas l' Europe, et l' Europe, sans armée ni diplomatie communes, n' impressionne pas les Américains d' aujourd'hui. Moins en tout cas que les Chinois et les Russes. Le reste n' est que plaisanterie. 

 

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