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67 articles avec politique

A propos de bilan

Publié le par memoire-et-societe

 La Constitution de la Vème République a été conçue en 1958 par et pour Charles de Gaulle.Il l' a utlisée durant onze ans, mais peut-être pensait-il qu' elle ne lui survivrait pas. Ebranlé par les évènements de 68, il a perdu de peu en 1969 un referendum sur le Sénat et la Décentralisation. Tirant la conclusion de son échec, il a aussitôt démissionné de la présidence de la République. Il décédait un an plus tard.Le bilan de ces onze années n' est pas mince : fin de l' instabilité gouvernementale (mal endèmique de la IVème ), arrêt de la guerre d' Algérie, indépendances africaines, développement de la dissuasion nucléaire, réconciliation franco-allemande, élection du président au suffrage universel, renforcement de l' influence de la France au niveau international, notamment dans le tiers-monde.

Georges Pompidou lui a succèdé. Septennat abrégé par la maladie et entâché par une erreur historique : l' entrée de la Grande Bretagne dans la CEE , récusée pourtant par de Gaulle, pour faire contrepoids à la puissance industrielle de l' Allemagne. Aujourd'hui l' Allemagne, réunifiée, est deux fois plus forte que la France, et l' Angleterre a eu tout loisir de torpiller de l' intérieur le projet d' Europe fédérale.
Surgit Valéry Giscard d' Estaing. Ce pseudo aristocrate amateur d' amours ancillaires et de safaris africains, sera un président de transition, soucieux de l' élargissement constant de la Communauté européenne sous l' oeil vigilant de l' ami américain. Que reste-t-il de VGE? Des histoires pas claires de diamants, quelques souvenirs de petits déjeuners avec des éboueurs, d' airs d' accordéon, et d' accident de voiture "à l' heure du laitier " sur le trajet qui va de chez une maîtresse à l' Elysée.Une vraie intelligence barrée par une réelle légèreté.

Chirac fait battre Giscard en 1981(celui-ci avait contribué à vaincre de Gaulle en 1969). C'est " l'alternance " appelée à "changer la vie ". Pour la première fois dans la Cinquième République, un socialiste accède à la magistrature suprème. Sauf qu' il n' est peut-être pas vraiment socialiste, ayant été auparavant bien des choses : étudiant d' extrème droite avant guerre, fonctionnaire à Vichy  puis résistant, élu de centre droit  puis de centre gauche, très ferme ministre de la Justice au temps de la guerre d' Algérie puis anticolonialiste résolu après le conflit, champion de l' Union de la Gauche se fixant pour objectif  l' élimination du P.C.Le "Florentin " se veut européen pour l' Histoire: il pousse à la création de l' euro, auquel n' adhère naturellement pas Mme Thatcher. Ah oui : Mitterrand (c'est de lui qu' il s' agit ) a aussi abaissé à 60 ans l' âge de la retraite. Les dernières années de son second septennat sont pathétiques : le vieux monarque, rongé par le cancer, libéré des secrets de sa vie privée, ne dialogue plus qu' avec la Transcendance, incarnée pour l' occasion par Jean Guitton et Jean d' Ormesson. Le  "socialisme " expire sous les yeux d' un Jacques Chirac fin prêt. Le Roi est mort, vive le Roi.

Chirac aurait fait une aussi brillante carrière politique sous la Troisième République : président du Conseil radical, quelque part entre le père Queuille, Camille Chautemps et Yvon Delbos. Ces gens-là avaient une recette : trouver le point d' équilibre et ne plus en bouger. Chirac a retenu la leçon, serré des mains et hanté le Salon de l' Agriculture.

 Point en sa faveur : il a professionnalisé l' Armée et évité de l' envoyer en Irak, avant de finir lui- même en correctionnelle. En 12 ans de règne, ce n' est quand même pas époustouflant.

Aussi son successeur Sarkozy  s' est-il empressé de prendre le contre-pied de ce roi fainéant et coûteux. Il n' a cessé de s' agiter, souvent  trop et mal, mais a réformé. Plutôt en marche arrière qu' au profit du pouvoir d' achat. La crise en est-elle responsable? En partie, à la rigueur. Le patronat a été bien servi mais la désindustrialisation s' est poursuivie, les plans sociaux multipliés, la précarité accrue, le chômage des jeunes intensifié. On en viendrait presque à regretter l' immobilisme chiraquien, la fourberie mitterrandiste et les fantaisies giscardiennes.

Bilan : vous trouvez que la France a eu de la chance depuis 43 ans, vous?

 

 

 

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L'abstention est-elle marginale?

Publié le par memoire-et-societe

  L'article de ce blog intitulé "Premier Parti de France", écrit le 15 septembre 2011 et republié en date du 26 janvier 2012, évoquait le problème récurrent  et croissant de l' abstention électorale. A quelques jours des Présidentielles, les sondages confirment : un Français sur trois envisage de ne pas aller voter. Non qu' il se désintérêsse de la politique, nécessaire au fonctionnement  d' une société, mais parce qu' il est las de s' associer à un système dont il perçoit qu'il ne répond ni aux réalités économiques ni aux exigences minimales de la morale publique.

Bien sûr, la seule abstention ne saurait être une solution aux besoins d' orientation, d' organisation et d' administration d' une formation sociale quelle qu' elle soit. Elle marque un coup d' arrêt, un tournant encore non violent. S' abstenir, c' est refuser de coller une rustine de plus sur un pneu usagé,tout  en tenant compte des griefs régulièrement opposés à cette attitude : reniement de l' âpre combat des Anciens pour la conquête d' un droit d' expression fondamental, manque de solidarité avec des peuples qui luttent aujourd'hui encore pour arracher une liberté qui nous parait aller de soi..

Moins qu'une condamnation , la question réclame une élucidation politique, s' agissant d' un phénomène qui s' impose peu à peu à la vie nationale. Le mot national n' est pas neutre : le droit de vote ne signifie pas la même chose partout et  tout le temps.Il n' a pas une valeur identique en Birmanie et en France, et, pour un Français, le même poids en 2012 qu' en 1945.

L' abstention actuelle a des causes que la classe politique ne veut pas voir:

1. L'absence de charisme de ses leaders. La droite n'a jamais trouvé de dauphin à de Gaulle et la gauche de successeur à Mendès-France.C' est loin. Le recul est  patent, émaillé de scandales multiples et répétés, incarné par le déclin général du  pays et de troubles rapports de ses responsables à l'argent .De Gaulle et Mendès n' ont pas été indiscutables, non, ils ont engendré haines et calomnies, mais ils forçaient quelque part le respect. Notre peuple a besoin d' admirer  pour reprendre confiance. Il n' y a hélas pas de candidat  avéré à ce porte vacant.

2.On a les dirigeants que méritent les institutions : d' ou la crise de la représentativité. L' inadaptation de nos structures aux  exigences de la mutation contemporaine est  flagrante. Mais personne n' ose toucher à l' équilibre savant des intérêts corporatistes, résister à la pression ou au chantage des lobbies, faire fi du clientèlisme,  remettre en cause privilèges et passe-droits, tenir ferme le discours de l' intérêt général .Nos dispositions électorales, qui placent le pays en situation d' attente permanente ( élections européennes, présidentielles, législatives, sénatoriales, régionales, cantonales, municipales, à des dates différentes et pour des mandats de durée inégale), fruit d' un invraisemblable et ruineux  "mille feuilles" à prétention décentralisatrice, déconcerte le citoyen, au demeurant mal informé des responsabilités précises de ces foules de gestionnaires, et  lui laisse une impression de gaspillage de l'argent public dont on ne cesse, par ailleurs, de lui seriner qu' il fait cruellement défaut.

3.Enfin, le découragement populaire que reflète ce taux élevé d' abstentions, le sentiment répandu d' abandon et d' impuissance, expriment le mal-être qu' induisent  le règne de l' ultralibéralisme, la financiarisation d' essence anglo-saxonne de l' économie avec ses délocalisations tous azimuts,son chômage endèmique et, de façon globale, sa vision  marchande de la planète.

L' abstention, dans ce cadre, n'est pas une démission, mais s'affirme un geste annonciateur éminemment politique. Elle somme le Prince de respecter l' homme avant de satisfaire l' actionnaire, d' honorer le producteur avant de flatter le spéculateur.Elle en appelle à ceux qui s' apprêtent à aller déposer dans une urne faussement transparente un bulletin d' adhésion à leur propre aliénation.

 

 

 

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Insurrection dans l' urne

Publié le par memoire-et-societe

Le 18 mard 2012, à la fin d' un dimanche de pluie, le " Front de Gauche ", militance émancipée des appareils archéo-stalinien et néo-mitterrandiste, réunissait 100.000 personnes place de la Bastille. Pour certains, le jour anniversaire de la naissance de la Commune d 1871 venait se mêler à l' approche des élection présidentielles, et la symbolique aux sondages.

Le peuple de Gauche, qui a besoin de rêve, s' est  toujours cherché un tribun et une tribune. Ce soir-là, c'était le tour de Jean-Luc Mélenchon dont, jusque là, le parcours, du trotskisme soixante huitard aux trente années de parlementarisme social-démocrate, n' avait présenté rien de très original. Mitterrandolâtre comme Lang, ministre de Jospin avec Strauss-Kahn, sénateur en compagie de Mauroy, l' homme était embarqué sur un long fleuve tranquille lorsque l' effondrement du P.C et le score de sa secrétaire générale, Marie-George Buffet,(1,93% aux présidentielles de 2007), a libèré un premier rôle. Un vieux routier "lambertiste " (fraction trotskiste des années 70) ne s' y trompe pas : la nature ayant horreur du vide, il convient de le combler sans attendre.

Pas question, bien sûr, de filer au P.C pour y prêcher une sorte de repentance réformiste. Mélenchon crée, début 2009, sa propre structure, groupuscule nommé "Parti de Gauche ", inspirée de l' aile avancée du socialisme allemand " Die Linke " .Là ou est son coup de génie, c' est dans l' alliance nouée dans la foulée avec un P.C trop délabré pour mettre la barre bien haut. Exit  Marie-George, arrive Pierre Laurent, inoffensif apparatchik dont Mélenchon ne fait qu' une bouchée. Le P.C, même réduit à l' état de friche politique, n'en demeure pas moins appétissant : des racines ouvrières, des pratiques de masse confirmées, des syndiqués éprouvés et disciplinés, une familiarité garantie avec le monde de l' entreprise, des élus de banlieues difficiles, des réseaux qui ne demandent qu' à être sollicités, bref un magot militant dont aucun notable socialiste n' oserait  même rêver.

Du coup, Mélenchon se révèle tribun populaire. Il sait parler, manier l' ironie et la saine colère, sa culture politique, sinon révolutionnaire, l' y autorise, sa verve et son bagoût en font un Marchais pour classes moyennes, ses apparitions télévisées répondent aux fantasmes des bobos sous la rude écorce du débater version prolo. On court à ses meetings, autant pour voir l' artiste que pour s' imprègner de ses diatribes contre les banquiers, les grands patrons et les ministres UMP.

Dans la gauche blasée, la démagogie on a un peu l' habitude. Elle dessine depuis des lustres les frontières de notre démocratie bourgeoise. Sans mettre en doute les convictions de Mélenchon (il a refusé d' avance un maroquin chez Hollande) , évitons la griserie des formules, cessons de feindre ignorer que dans nos sociétés voter est finalement cautionner, entrer dans un jeu ou la Finance use , à chaque élection, de chantage (à la crise, la compétitivité, l' évasion fiscale, etc)

Il était sympa, Mélenchon, en ce Grand Soir de pluie, à la Bastille. Il a honoré le contrat, derrière une barricade de bulletins de vote, et, dans les banlieues, on est rentré "regonflé à bloc", prêt à voter Hollande au second tour, ce qui est "le moindre mal", n'est-ce pas?

Après, que peut devenir Mélenchon? Tributaire du P.S pour arracher une poignée de député(e)s, et du P.C s'il veut sauver son potentiel miltant, il ne risque que l'anéantissement en tant que force politique, les deux vieux "partis frères" une fois requinqués, finissant  toujours  par se réconcilier un moment pour dégager les intrus.Fin de l'insurrection.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Pour les femmes

Publié le par memoire-et-societe

  Le candidat socialiste aux élections présidentielles précise que s'il est élu, il rétablira le ministère des " Droits de la femme ". On ne peut que l'en féliciter. Les femmes représentent plus de la moitié de la population française. C'est dire que la tâche ne manque pas;

Ayant été comme beaucoup d'autres successivement  fils, frère, mari et père, je m' autorise légitimement un Droit d' opinion en la matière, le probléme intéressant d'ailleurs la société dans sa totalité. Le premier écueil consiste, je crois, à démêler l'essentiel de l' anecdotique

Il règne dans l' air, s' agissant de la condition féminine, on ne sait quelle manière de paternalisme bobo, d'indulgence patriarcale et de tolérance lexicale qui fleurent  le politiquement correct  mais qui, comme dans le domaine de l' immigration, éveillent  le doute. Voter la suppression du mot "mademoiselle", ajouter "e" à auteur ou écrivain, célébrer la femme en mars et , depuis Pétain, la mère en mai, bon, c'est toujours ça qui aide à  refouler  le sexisme ordinaire. Mais ne nous laissons pas enfumer.

Puisqu' il s' agit de "ministère", donc d' institution publique, il  faut que celui-ci  s' implique à tous les niveaux dans les problèmes témoignant de la fragilité et de l' injustice du sort  fait encore à des femmes: la persistance du nombre de viols, le développement du proxénétisme, la non application de l' égalité salariale. La réponse pénale ne suffit pas forcément.

Des concertations diplomatiques (démantèlement de réseaux internationaux ), des actions systèmatiques. d'information et de prévention, sont aussi nécessaires. Le champ d' intervention est étendu.

75.000 femmes sont violées chaque année en France, disent les statistiques.10% à peine portent plainte. Il s' agit de crimes qui envoient leurs auteurs, quand ils sont démasqués, aux Assises. Pourtant, le chiffre varie peu. Ou bien les peines sont insuffisantes, et il convient alors de les rehausser, ou bien, en cas de multirécidivistes, les délinquants sont  des malades à "traiter". Le premier "droit " d' une femme n' est-il pas en effet de  vivre sans se sentir menacée constamment d'agression?

En 2011, les profits mafieux ont battu tous les records. Parmi les "activités" les plus rentables figure la prostitution. Jamais les filières du proxénétisme n'ont été aussi nombreuses, jusques et  y compris dans l' entourage de personnages éminents... Tous les continents contribuent à cette prospèrité. C'est donc de nouvelles initiatives de  coopération interétatique qui peuvent entraver avec efficacité un trafic ravalant la femme au rang d' esclave sexuelle.

L' égalité des salaires hommes-femmes a bien fait l' objet d' une loi. Mais il est plus facile de promettre la parité ministérielle (encore que...) qu' une équité salariale que maintes entreprises s' appliquent précisément à ne pas appliquer. Il existe aujourd'hui 25% d' écart entre les rémunérations masculines et, à travail égal, celles de certaines femmes vicimes d' une double, voire d' une triple exploitation : en tant que salariée, en tant que femme, et parfois en tant qu' immigrée.

 Viol, proxénétisme, salaires, trois questions ( récurrentes) que la (ou le?) future ministre serait sans doute bien inspirée de placer sur le dessus de la pile de dossiers qui l' attendent.

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Trois Europes ?

Publié le par memoire-et-societe

   La crise économique et financière qui frappe l' Europe depuis 2008, venant après une série de secousses initiées par le choc pétrolier de 1974, est révélatrice de contradictions majeures longtemps niées, masquées ou, dans le meilleur des cas, minorées. A savoir: l' utopie d'un fédéralisme sans élan populaire, les sourdes réticences anglo-saxonnes, les effets d' une profonde mutation du monde.

L' après-guerre a été marqué par le rêve européen qui a réuni : en France les socialistes de la S.F.I.O et les démocrates-chrétiens du M.R.P dans les gouvernements de la IV ème République, et en Europe occidentale des personnalités comme les Français Jean Monnet et Robert Schuman, l' Allemand Adenauer, l' Italien de Gaspéri et le Belge Paul-Henri Spaak. D' abord incarné par la CECA (Communauté Charbon-Acier), le projet fédéraliste s'est précisé dans le Traité de Rome associant six nations fondatrices et largement homogènes: France, Allemagne, Italie, Bénélux. Sorte d' âge d'or jusqu' à un premier "élargissement ", voulu par G.Pompidou, offrant notamment à la Grande Bretagne la faculté de rejoindre la C.E.E.

Les conceptions anglaises étaient connues: elles visaient en matière européenne à la formation d' une zone de libre-échange, à l' exclusion de toute construction politique. La suite a confirmé cette position que certains imaginaient faire évoluer. Qu' il s' agisse de budgets communautaires, de monnaie, de défense ou de politique étrangère, Londres n' a cessé de manifester sa volonté de faire bande à part, ses priorités réelles demeurant, sous un cabinet travailliste comme sous un cabinet conservateur, la souveraineté insulaire, l' allianca atlantique et la pérennité du Commonwealth. Ainsi l' Europe devrait-elle se contenter d' être une sorte de club libéral et mondialiste sans rapport avec les espérances d' unification initiales.

Cette façon de voir était aussi celle du Département d' Etat américain qui, de 1946 à 1992, fin de la guerre froide, a relègué l' Europe au role d' assistant et s' est substitué à elle en Asie et au Moyen Orient. Sans faire ouvertement obstacle à une organisation politique, les U.S.A  se sont en même temps arrangé pour que le ciment ne prenne pas et que les divergences intra-communautaires ne s'apaisent guère, poussant par exemple à des "élargissements" susceptibles de rendre insoluble la gestion  de l'ensemble du continent.

Dernier élément qui modifie la donne: l' irruption sur la scène mondiale de grands "émergents" disposant à la fois d' espaces étendus, de populations  nombreuses, de ressources naturelles importantes, d' industries à main d' oeuvre peu couteuse,  constituant par conséquent des marchés de premier ordre.

Le tableau est assez sombre: il montre une Europe se repliant tendanciellement  vers la conservation et  la consommation plutôt que vers l' innovation et la production . Là n' est pourtant pas le pire: il est dans la fracture de plus en plus évidente qui sépare entre eux les membres de la C.E.E,  et met en lumière l' impossibilité du renforcement des liens communautaires. Telle qu' elle est, l' Union ne marche pas.Ses peuples ne sont pas acquis au projet d' "Etats Unis d' Europe".

Après des décennies de Traités, de Sommets, de Référendums, la carte de l' Europe dessine ainsi  trois aires bien distinctes:

     -les pays résolument hostiles à une forme structurée d' intégration, comme le Royaume Uni, géographiquement européen, intimement eurosceptique.

     -au nord de la zone euro, une région économiquement dynamique, tenant à bout de bras la monnaie commune.

     -une région méridionale, fortement endettée, peu compétitive et en proie à un chômage de masse.

La crise a approfondi les clivages au point  que la dépendance des uns aux autres devient insupportable à tous, et que le continent ne pourra éviter  un choix décisif: ou garder l' euro dont les nations les plus riches se voient condamnées à assurer en permanence la survie, ou  se résoudre à créer deux monnaies proches et différentes, à l' instar des dollars américain et canadien,  correspondant  au niveau des économies respectives.

Trois Europes? Ce n'est pas la "Patrie européenne" jadis sublimée. Mais peut-être plus réaliste que le statu quo  et plus responsable qu' un piteux retour à vingt sept monnaies nationales.

 

 

 

 

 

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Senghor et les hommes politiques français

Publié le par memoire-et-societe

J'ai été huit ans, de 1971 à 1979, le collaborateur de Léopold-Sédar Senghor au Sénégal. Le voyant ainsi fréquemment et effectuant des voyages à ses cotés, j'ai recueilli de sa bouche des opinions dont j'ai jusqu'ici évité de faire état en raison de la réserve qu' impliquait mon statut et pour donner, avec le recul,  plus de crédibilité à ses  propos.

J'ai aimé l' homme qu' il était, bon mais lucide, habile sans etre retors. Je le situe dans la lignée des grands humanistes de son siècle, Jaurès, Gandhi, Luther King, Mandéla. De la fin de la seconde guerre mondiale à l'indépendance de son pays en 1960, il a été parlementaire et ministre français. Il a donc fait ses classes parmi le personnel politique de l' époque (on n'y voyait guère de femmes), et noué là des relations qui conféraient un écho particulier à sa parole.

Senghor a connu tout le monde. Socialiste à 20 ans, il a voué au général de Gaulle, dont il a été ministre en 1958, un respect et une fidèlité jamais démentis, meme si cela lui a valu des haines tenaces. Il a conservé à Georges Pompidou, gaulliste également mais passé à droite, après avoir incité en khagne le jeune Sénégalais à lire les éditoriaux de Blum dans " Le Populaire ", une amitié sans faille, comme à Aimé Césaire, (avec qui il a fondé le mouvement de la Négritude), devenu, lui, député communiste de la Martinique.

Blum est mort en 1950. L' évoquant, Senghor n' omettait jamais d' ajouter avec une vraie émotion : " Il était généreux " . Mais c' est le juriste Edgar Faure, avocat au procès de Nuremberg, et dans le gouvernement duquel Senghor a été pour la première fois promu ministre, qui l' a initié aux subtilités et aux arcanes de la vie parlementaire. Avec Mendès- France a existé une estime réciproque, empreinte d' une cordialité qui ne s' est pourtant pas muée en complicité, le rapport au gaullisme y faisant quelque part obstacle.

Dans ce conciliant arc-en-ciel, des ombres : le rival ouest-africain, l' Ivoirien Félix  Houphouêt-Boigny, député puis ministre comme Senghor, et  flanqué d'un redoutable manoeuvrier, François Mitterrand, parfois ministre de la France d' outre-mer. Senghor et Mitterrand n'ont jamais sympathisé. Les évènements les poussaient dans des directions opposées : la concurrence entre l' UDSR-RDA de Mitterrand-Houphouêt et les Indépendants d' outre-mer, autre groupe-charnière auquel s' était affilié le Sénégalais après sa démission de la S.F.I.O, le P.S de l'époque ; puis le ralliement de Senghor à de Gaulle en 1958; enfin et surtout le soutien public du chef d' Etat africain au Général lors des élections présidentielles de 1965 ou se présentait  Mitterrand. Ce dernier, touché par le socialisme à 55 ans, se gaussait ouvertement du " socialisme à la sénégalaise ". " C' est un orgueilleux ", répliquait Senghor, qui a payé chèrement, à  tous les sens du terme, l' entrée en 1976 de son pays dans l'  "Internationale Socialiste ". Quand Mitterrand a accèdé au pouvoir suprème en 1981, le président-poète avait quitté la vie politique depuis un an...

Entre Giscard d' Estaing et Senghor, le courant ne passait guère mieux. Rien ne rapprochait l'agrégé de grammaire du financier : venant à la suite de Pompidou, lecteur d' Eluard et amateur du peintre abstrait Poliakoff , le polytechnicien accordéoniste sorti des chateaux n' offrait guère d'intéret pour le chantre de la Nègritude. Les affinités personnelles ne sont pas étrangères aux rapports interétatiques : durant un septennat, France et Sénégal se sont regardés en chiens de faîence. Senghor avait vite tranché : " Il est intelligent, reconnaissait-il parlant de V.G.E . Mais il est léger... "

 

 

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Trop "émergents"?

Publié le par memoire-et-societe

Le tiers-mondisme,né dans les années cilquante, et l'altermondialisme, son successeur, se trouvent aujourd'hui affaiblis par l'"émergence", c'est-à-dire la rapide croissance économique d'un certain nombre de pays jusqu'alors rangés, selon des formulations variées, parmi les plus déshérités.
Les " émergents" donc, sont si bien entrés dans le processus de la mondialisation libérale qu'ils sont à leur tour devenus des Etats dont les orientations recoupent étroitement celles de leurs anciens colonisateurs ou leaders impérialistes: accumulation capitaliste, surarmement, financiarisation systématique de l'économie et de la société, formation d'élites dirigeantes et de classes moyennes avides de consommations plus ou moins gaspilleuses, idéologie manipulatrice basée sur la logique du profit, le fétichisme de la marchandise et la mutation du salarié en petit actionnaire.

La problèmatique a donc glissé pour rejoindre, en partie du moins, l'évolution de l'Occident depuis les débuts de l'industrialisation. Mimétisme qui semble en quelque sorte consacrer la précédente domination,sinon l'absoudre.

Quel sort alors pour les pauvres de ces pays ex-pauvres? et, question annexe: comment éviter que les riches des pays ex-pauvres contribuent à appauvrir encore les pauvres des pays riches?

En un mot, la dualité  familière aux milieux anticolonialistes nations capitalistes colonisatices- nations prolétaires colonisées  répond de moins en moins à la réalité. A la distinction classique entre un nord colonisateur blanc et un sud colonisé non blanc se substituent progressivement une lutte des classes planétaire et des conceptions sociales en opposition, non dessinées pour le coup par la seule géographie. La pensée libérale ne s'arrete plus aux tropiques. Paradoxalement son anti-modèle, soucieux de justice redistributive, s'affirme dans la zone d' ou est partie la colonisation: la " vieille Europe", vouée aux gémonies par la Droite internationale, notamment les candidats républicains aux élections américaines.

De ce fait, le clivage s' approfondit entre partisans et  adversaires de la régulation des marchés, thuriféraires et  critiques du  libre-échange, porte-voix du libéralisme d' essence anglo-saxonne et avocats d'une rationalisation  des flux ou mouvements financiers apte à neutraliser la spéculation.

Un élément supplémentaire complique donc désormais une lecture intelligible de la situation: l'irruption sur la scène politico-économique de néo-bourgeoisies locales mais impliquées dans le marché mondial à des niveaux déterminants ( énergie, industrie lourde, matières premières ) et s' appuyant aussi sur le réseau toujours impuni des paradis fiscaux. La nature ambigue de cet acteur social, privilégié dans un pays resté globalement misèreux, n'échappe pas à l'observation: rassurants a priori  pour le système, les "émergents " constituent cependant une menace inédite pour les classes dominantes de la société post-industrielle occidentale. L'invasion, par exemple, de la production asiatique sur les marchés euro-américains en témoigne.

Ainsi s'esquisse subrepticement une manière d' ethno-capitalisme qui ajoute aux phénomènes habituels de classe un "trop-plein d'émergence" difficile à escamoter. "La priorité est à l'économie, la primauté à la culture", affirmait Senghor. La phrase a cessé d' etre une formule. Elle a partout déjà trouvé sa pratique.

 

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Notations

Publié le par memoire-et-societe

La crise financière et économique qui frappe en priorité la zone euro a mis en évidence des institutions jusqu'alors peu connues, bien qu'anciennes dans le monde boursier, surtout anglo-saxon: les Agences dites de notation. Trois d'entre elles se partagent 94% du marché:

- Standard and Poors, filiale de Mac Graw-Hill, installée à New-York. Après avoir réduit la note des Etats-Unis en aout 2011,elle a annoncé "par erreur" la diminution de celle de la France en novembre pour la confirmer en janvier. S.and P. est actuellement sous le coup d'une enquete de la "Security and Exchange Commission", controlant l'activité boursière à l'instar de la COB en France, en raison de sa notation "opaque" de certains titres peu de jours avant la crise des "subprimes" de 2007.

- Moody's Corporation, créée en 1909 à New-York. En volume, c'est la première agence mondiale d' analyse financière: 40% du marché.

-Fitch Ratings, fondée elle aussi à New York. Suite à sa fusion en 1997 avec IBCA Limited, elle s'est déplacée à Londres sous la houlette de l' énarque milliardaire Marc Ladreit de Lacharrière, patron de la holding Fimalac et, entre autres, ancien numéro 2 de l' Oréal.
Ce sont ces "big three" qui terrorisent les économies, menaçant constamment de faire grimper par leurs obscures évaluations les taux du crédit et d'alourdir ainsi des dettes de plus en plus considérables. Bien entendu, la tete du client, son positionnement politique, et l' interet du moment ne sauraient etre indifférents à ces "scientifiques" officines. Standard and Poors, francophobe et anti-obamiste, ce qui a le mérite de la clarté, non contente d'avoir enlevé un A à l' Etat français, s' en est prise dans la foulée à la Caisse des Dépots, à des Collectivités locales,des Banques et des Assurances. Mais a fait preuve d'une étrange indulgence pour la Grande Bretagne de M.Cameron qui résiste si bien aux franco-allemands.

Inutile de préciser que les protestations ne manquent pas. Le premier amendement de la Constitution américaine stipule, il est vrai, que des entreprises comme les Agences en question ne peuvent, au nom de la "liberté de parole", etre tenues pour responsables des conséquences de leurs "opinions". Mais chacun sait bien que leurs avis pèsent sur les choix des investisseurs. D'ou le problème de leur indépendance et des conflits d'intéret. Exemple: quatre jours avant sa faillite en 2001, les Agences notaient la multinationale texane Enron au maximum. Nous avons fait, d'autre part, allusion aux "subprimes" : début 2008, Moody's donnait encore sa meilleure note à des produits "structurés" (c'est-à-dire recourant à des montages financiers peu fiables) émanant d'établissements bancaires en difficulté notoire.

La Commission Européenne a dénoncé le role des Agences dont les avis, dans la crise grecque, alimentaient ouvertement la spéculation, quitte ensuite à  évaluer à zéro l'économie du pays. L'Autorité des Marchés Financiers et  l' OCDE ont rejoint les critiques adressées auxdites  Agences: défaut d'anticipation, discontinuité des notations engendrant des variations chaotiques des cours, manque de lisibilité de la logique qui détermine les "dégradés" et  les "épargnés".

Du coup, l'idée de création d'une Agence publique européenne de notation fait son chemin.Le vice-chancelier allemand Westerwelle, le Commissaire européen au Marché intérieur Michel Barnier, le ministre des finances de la zone euro Jean-Claude Junker, s' y montrent favorables.Quoi qu'il en soit, devant les dégats enregistrés, et faute de mieux, le principe de régulation s'impose, qui devrait réduire les marges de manoeuvre d'auxiliaires de la spéculation comme les trop fameuses "big three".

 

 

 

 

 

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Une vieille affaire

Publié le par memoire-et-societe

Nicolas Sarkozy, qui n'en manque pas une, et n’est pas à l’heure actuelle candidat à sa succession (relire à ce sujet l'article " A droite" du 23/09/1), insiste sur le fait que " les Français ne travaillent pas assez ". Dans un pays ou le chômage frise les dix pour cent, c'est chercher comment perdre encore des voix.

La vérité est que le MEDEF veut profiter des élections présidentielles pour en finir avec les 35 heures, son épouvantail favori. A cet effet, l'organisation patronale a fait une nouvelle fois appel à l' Institut COE-Rexecode, à son service, pour déterrer des chiffres jetés à l'opinion sans nuance ni précision. "En dix ans, déclare l’Institut en question, le salarié français a vu son temps de travail diminuer de 14%". Dit comme ça, il y a presque de quoi expliquer la perte du triple A : la responsabilité de notre échec incombe aux smicards qui ne bossent pas.
Bien sur, l’insinuation ne résiste pas à l'analyse :

- d'abord, la santé de l'économie n'est pas déterminée par la durée du travail qui n'en est qu'un élément. Ainsi en Allemagne, référence obligée, la durée réelle du travail, contrairement à ce qu'affirme Rexecode, est, en moyenne, comparable, sinon légèrement inférieure dans plusieurs secteurs de l'industrie, aux temps français hors heures supplémentaires.
-Rexecode ne prend pas en compte des informations qui conduisent à relativiser son calcul : le temps partiel est plus répandu en Allemagne ; l'évolution démographique diffère : à la croissance de la population française (+ 8 millions d'habitants en 10 ans) s'oppose la décroissance de la population allemande (- 3 millions).

-la durée du travail sans évaluation de l'indice de productivité, impliquant le degré d'organisation de l'entreprise, les compétences et le type de fonctionnement  activité productrice ou travail aliéné), ne prouve rien.

-la présence au travail des cadres et des travailleurs indépendants, non comptabilisée, oscille selon les études entre 50 et 60 heures par semaine.
Au demeurant, le problème du travail en France est moins celui du total des heures effectuées que celui de l'absentéisme du à un mal-être diffus chez  beaucoup de salariés, à leur état semi dépressif, que le nombre grandissant de suicides en entreprise et la crainte permanente du "plan social" ou de la délocalisation, éclairent cruellement.

Le fond de cette vieille affaire est donc ailleurs. Comme dans chaque période de marasme économique et conjointement de régression sociale, la moindre perspective de limitation du temps de travail est aussitôt qualifiée par le patronat de "fatale pour la compétitivité". Cela confère alors au conflit une dimension quasi idéologique. L'égoïsme de classe ne supporte pas la remise en cause des profits et du mécanisme de l'offre et de la demande qui fonde l'économie libérale.

Le scénario est trop connu: il n'occulte pas la longue lutte au XIXème siècle pour la journée de 10 heures, ni celle des 40 heures en 1936. Que le patronat annonce régulièrement la ruine définitive de l'économie n'émeut pas grand monde. La solution ne saurait  être de travailler toujours plus: elle consiste davantage à trouver un équilibre justifiable entre le producteur et l'actionnaire.

 

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L'Europe en dominion

Publié le par memoire-et-societe

Faites le compte : les légèretés aristocratiques de Giscard, la monarchie affairiste de Mitterrand, l'inertie dorée chiraquienne, les coups de menton ruineux  de Sarkozy,  il y a là de quoi  plaquer une nation au sol. C'est d'ailleurs ce qui se produit.
A ce triste constat se reconnaît, parait-il, le "pessimisme français". Il est vrai qu'il  y a eu avant les "trente glorieuses". C'est si loin. Le "cher et vieux pays" est aussi celui du TGV, de la fusée Ariane, de la puce électronique et de l'énergie nucléaire. Il bougerait donc encore. Mais comment ? C’est la question dans la mesure ou les marchés financiers et les spéculations bancaires, se servant de la législation européenne, s'appliquent à en faire un dominion.

Les Français ont répondu comme ils pouvaient en refusant le projet de traité constitutionnel de 2005.Pour autant, ils ne sont pas sauvés de l'emprise d'un Capital dont le coeur bat sur l'autre rive de l'Atlantique. L'impérialisme, pour survivre, a besoin d'un continent européen dépendant.

Deux dates seulement :

Octobre 1973.Les économies européenne et japonaise prospèrent. Elles conquièrent des parts de marché sur tous les continents. Bref, elles font de l'ombre. Henry Kissinger, secrétaire d' Etat de Nixon depuis trois semaines, atterrit chez  le grand ami moyen-oriental des U.S.A, le roi Fayçal d'Arabie, producteur numéro 1 de l' OPEP (21 % des exportations mondiales de brut). L'inflation, provoquée par le coût de la guerre du Vietnam, frappe de plein fouet les Etats-Unis. Kissinger s'entend avec Fayçal pour porter le prix du baril de pétrole de 3 à 18 dollars, ralentir la production, et mettre l'embargo provisoire sur la fourniture aux pays industriels. Les déficits extérieurs du Japon et de l'Europe, dépourvus de ressources pétrolières, plombent alors leurs économies. La crise mène à la stagflation.

Janvier 2008.Baisse (contrôlée) du dollar face à l'euro et crise des "subprimes" (prêts hypothécaires à risque) en juillet 2007, après le relèvement brutal des taux directeurs par la Federal Reserve Bank, provoquent une nouvelle flambée du prix des carburants qui porte de 90 à 145 dollars le baril tandis que les U.S.A, au sous-sol gorgé d'or noir, remplissent leurs stocks stratégiques. Une fois encore, les économies "périphériques", poussées à l'endettement, sont mises hors combat. Les agences de notation, toutes américaines, achèvent le travail en laissant en permanence planer- sauf sur l'Angleterre dont les finances sont pourtant tout sauf brillantes- la menace d'une dégradation de la confiance des marchés. Ce n'est plus la stagflation mais la récession.

Ce retour des mauvais coups portés à l'Europe continentale mal défendue, n'est pas, bien sur, sans arrière-pensée politique. Le plus remarquable, dans cet acharnement à casser le développement autonome des "alliés occidentaux", est sans doute l'ingéniosité des stratégies de mise en échec. L'Europe ne saurait, quoiqu'il arrive, devenir une rivale. Elle est destinée au statut de dominion économique qui laisse aux Anglo-Saxons les mains libres pour la grande négociation sur le partage du monde avec l'Asie.

 

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