L' EUROPE ENTRE DEUX FEUX

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On nous convie à désigner prochainement de nouveaux députés européens. C' est un rendez-vous qui ici, en France, ne fait pas courir les foules (l' abstention dépasse en général 50%) et ne mobilise pas davantage les grandes pointures politiques. Par exemple, aucun président de la République n' a jamais été siéger à Strasbourg, malgré ses professions de foi européïste  enflammées.

Le fédéralisme ne semble décidément pas "mordre" sur la France d' en-bas, même si le pays figure parmi les fondateurs de la C.E.E. Où est le problème? Pas seulement dans la difficulté d' un peuple chargé d' Histoire à accepter la réduction de son influence relative. D' autres, l' Espagne, l' Autriche, aujourd'hui l' Angleterre, connaissent cela. L' explication est autre: elle réside surtout dans le fait que l' Etat-nation demeure, à tort ou à raison, le plus sûr rempart d' une société, alors que continue de prévaloir le sentiment d' une grande fragilité structurelle d' une Institution communautaire lointaine, abstraite et autoritaire. L' Europe regorge d' hommes "de raison". Elle manque d' amoureux.

De ce fait, les menaces s' accumulent sur un continent simultanément attirant pour sa prospérité économique et son impuissance politique. Je pèse mes mots : la "vieille Europe" est la cible de deux " serial killers", l' impérialisme américain d' une part, le fanatisme islamique de l' autre. Nier encore cela est de la cécité, je suis désolé. Ou plus : de la complicité.

Le rêve anglo-saxon ( "diviser pour régner" ) qui consiste à faire du continent un dominion à ajouter à son Commonwealth libre échangiste, n' est guère nouveau. Il a été longtemps anglais et politique. Il est désormais américain et financier. 

L' agressivité de l' Islam, elle, vient notamment d' un contentieux plus ancien qui ressuscite les rancunes nées des interventions successives du christianisme et du capitalisme en Orient (croisades, colonisation, pillage des ressources naturelles, racisme). Le jihadisme pense venue l' heure d' une revanche conquérante s' exprimant dans la violence terroriste . C' était prévisible.

Marchandisation et totalitarisme religieux se concurrencent pour s'emparer des territoires qui leur échappent. L' Europe occidentale figure en tête de liste. Elle peine à régenter le multiculturalisme, intégrer l' immigration de masse, gérer, depuis le premier choc pétrolier, les problèmes d' économie, son endettement, son chômage, sa corruption. Pris entre deux feux, l' euroatlantisme anglophone et l' eurafricanisme arabophone, le continent rencontre de plus en plus de difficulté à, comme disait Mao, "marcher sur ses propres jambes". Cela lui est-il encore possible? Ou une forme de démocratie libérale, celle des "Lumières", menace-t-elle de s' éteindre avant le combat décisif: l' inéluctable affrontement de la Chine et de l' Occident? et le choc, chez nous Européens, entre le business et la nouvelle "route de la soie"?

C' est là un enjeu majeur de la proche consultation.

Publié dans politique

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