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67 articles avec politique

De l' audace, toujours de l' audace

Publié le par Jean-Pierre Biondi

On n'est jamais si bien servi que par soi-même. A l' occasion de la Fête du 14 juillet, Hollande s' est félicité de son "audace". Sans doute baignait-il dans la griserie de deux Accords qui, juge-t-il, lui doivent beaucoup. Si on y regarde de près, on constate que ces Accords, l' un arraché à coups de nuits blanches, l' autre au terme de 12 ans de palabres, sont en partie des trompe l' oeil (quelle audace que de faire voter par les députés français la retraite à 67 ans...pour les Grecs!).
Mais en l' affaire, la curiosité réside dans les contorsions diplomatiques menées en notre nom. Alors que sur le dossier grec, le président de la République jouait à Bruxelles le superconciliateur, le ministre des Affaires étrangères Fabius se montrait à Vienne le plus intransigeant des négociateurs. Bien plus intransigeant que l' Américain John Kerry, trainant pourtant l' image de " Grand Satan". Comment expliquer la contradiction?

L' Accord de Vienne, consacrant publiquement l' isolement d' Israël, et démontant ses tentatives de dramatisation, est une avancée dans le règlement pacifique de la crise du Moyen Orient. Obama en est l' orfèvre, Hollande et Fabius en ont été les saboteurs. La politique extrémiste de la France dans la région s' est encore accentuée depuis 2012. Déjà, à propos de la Syrie, le Quai d' Orsay s' était déchaîné, tentant en vain d' entraîner Washington dans une intervention terrestre contre Damas.

Résultat des courses : Fabius est obligé maintenant de ramer pour positionner l' économie française sur un marché de 100 millions de consommateurs où les autres pays industrialisés, plus avisés, sont à l' oeuvre. La question se pose : Fabius est-il vraiment à sa place?

Cherchez en tout cas l' audace dans cette voie de gendarmisation "socialiste" et solitaire tous azimuts : vous y verrez du néo conservatisme inavoué.

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Nos amis américains

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Arrive ce qui devait arriver. L'opinion française découvre clairement ce que nos gouvernants de droite comme de gauche savent depuis longtemps: le peu de cas que les USA font des pays qu' ils ne craignent pas.

Sarkozy puis Hollande, chacun à leur façon, ont multiplié les gages à l' égard de Washington : sur la nouvelle politique américaine de guerre froide envers les Russes, sur le projet de traité commercial Etats-Unis-Europe, sur le paiement par le contribuable français d' un "dédommagement" fixé par la justice américaine, la SNCF ayant transporté entre 1941 et 1944 des Juifs vers les camps nazis, etc.

Cela n' évite à personne d' être espionné nuit et jour. Ne remontons pas à Eisenhower qui, en 44, voulait mettre la France sous tutelle administrative et financière directe. On peut envoyer la frégate de La Fayette, reconstituée à grands frais, sur les côtes américaines, célébrer l' anniversaire du cadeau de la Statue de la Liberté : l' impérialisme, lui, n' a pas d' amis. Seulement des affidés sous surveillance, qu' il traite comme quantité négligeable.

C' est pourquoi les vaines contorsions de nos princes ont quelque chose de pathétique et d' humiliant.

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Jusqu'au cou

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Luther King avait fait un rêve. J'ai fait un cauchemar: au second tour des présidentielles de 2017, on avait le choix entre Hollande et Sarkozy. Moi Citoyen, habitant Paris, je me jetais alors dans le fleuve le plus proche, la Seine. Je ne dois pas être seul à raisonner ainsi.

Le vieux refrain "au premier tour on choisit, au second on élimine" ne marche plus. Au second tour, j' élimine les deux. C' est cela que confirment d' ailleurs, sondage après sondage, les électeurs

Les Partis, forts de leur anachronisme, leurs compromissions, leurs mensonges,sont devenus des repoussoirs. Mais ils continuent , congrès après congrès, de nous y enfoncer jusqu' au cou. Ce n' est pas de déclinisme que nous souffrons. C' est de tristesse.

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Europe : une ouverture?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La montée des mouvements populistes en Europe traduit sans doute une déception davantage qu' une franche hostilité à l' idée européenne. Plus précisément une déception telle qu' elle engendre de l' hostilité.

Voici une institution, la Communauté Européenne, qui coûtera de 2014 à 2020, 908 milliards d' euros minimum, mais probablement plus, à une série de pays affectés par la crise et dénombrant 6 millions de chômeurs de moins de 25 ans. On pourrait à la rigueur souscrire au montant d' un pareil budget s' il se concrétisait par des signes de redressement et de solidarité. On va hélas dans un autre sens : le repliement sur les égoïsmes nationaux. L' Europe, "berceau des sciences", reste le wagon de queue de la mondialisation.

Où en est la nécessaire harmonisation fiscale et salariale? où en sont la diplomatie et la défense communes? les prémisses d' une construction politique crédible ? Les "directives" européennes (contredisant souvent les lois nationales qu' elles annulent) pleuvent de Bruxelles à propos de questions dérisoires (l' une des dernières interdit la fessée...) n' aboutissant au mieux qu' à dresser contre elles des catégories professionnelles exaspérées.

Il est vrai que certains technocrates semblent n' être là que pour entraver la coopération dans le continent enfin pacifié. Cette situation n' est pas un hasard. Il est, une fois encore, le produit d' une stratégie familière aux Anglo-Saxons, en l' occurrence le Commonwealth, conforté par l' influence américaine (voir sur le sujet nos chroniques " L' euro entre social-démocratie et néo -gaullisme" du 30/10/2011, et " Exploser l' euro" du 22/11/2011 ).

La tactique en ce domaine est simple et efficace : diviser pour régner. C' est ainsi qu' en poussant systématiquement à " l' élargissement" ( on en est à 27 membres ), on multiplie les occasions d' oppositions, et donc on freine d' autant toute avancée unificatrice, préjudiciable par définition. Des lobbyistes patentés parcourent inlassablement les couloirs du Parlement de Strasbourg pour expliquer le "danger" de telle loi ou l' "intérêt" de telle autre, appuyer la candidature de la Turquie, défendre la disparition de la corrida, chanter les vertus du libre échange, marchander sa contribution, jouer les fourmis du nord contre les cigales du sud, les détenteurs de monnaie nationale contre l' "euroland", critiquer certaines interventions militaires et pas d' autres, justifier l' insularisme dans l' espace Schengen, etc.

Ce sabotage scientifique assassine le Traité de Rome à petit feu. C' est une issue que ni Pompidou, qui a fait entrer la Grande Bretagne dans la CEE dès le départ de de Gaulle, ni Giscard, qui aurait ouvert la porte à la terre entière, n' avaient prévu. Aussi un net courant d' opinion se forme-t-il dans divers milieux français et étrangers pour remettre à plat le projet européen. L' idée est de partir d' une nouvelle association limitée, dans l' esprit de l' ex Communauté Charbon-Acier, entre partenaires sincères dans leur volonté d' intégration et répondant à une véritable cohérence géographique. Le tout sur un modèle ayant retenu le message délivré par l' échec du referendum de 2005, à savoir moins de technocratie et plus de démocratie.

A ce prix, peut-être la suggestion d' une ouverture véritable sera-t-elle apte à stopper la progression des populismes qui, pour l' instant, occupent le proscenium.

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22 mars

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il est à prévoir que les proches élections départementales françaises se traduiront par une nouvelle poussée de l' abstention, fait politique majeur depuis une bonne dizaine d' années.

La Vème République est visiblement à bout de souffle, mais l' oligarchie refuse, bien sûr, la nécessaire remise en cause qui aboutirait à son propre effacement. On ne demande pas à des privilégiés du pouvoir de se faire hara-kiri. La Vème République est un régime monarchique vieux de 57 ans, conçu par et pour un homme, de Gaulle. Celui-ci en a bénéficié durant 11 ans, achevant une décolonisation que la IVème était dans l' incapacité de régler, et renforçant la position de la France sur la scène internationale. Tout aurait pu s' arrêter là. La nomenklatura ne l' entendait évidemment pas ainsi. Pompidou, malade, a régné cinq ans à peine sur la lancée de son prédécesseur, le charisme en moins, tout en esquissant la modernisation d' une économie déjà vieillissante.

Avec Giscard, on a retrouvé, sous un vocabulaire rajeuni, la monarchie familière de la bourgeoisie orléaniste provinciale (le referendum de 1969, qui avait provoqué le départ de de Gaulle, l' annonçait). Puis, avec l' avènement de Mitterrand, fruit de la rivalité Giscard-Chirac, cette exception typiquement française : une monarchie socialiste assaisonnée de social-affairisme, "les années fric".

Chirac ensuite, a été le Roi fainéant de cette dynastie décadente : douze ans de moelleux déclin où, les trente "glorieuses" oubliées et l' endettement n' inquiétant personne, l' Etat s' est aisément habitué à vivre au-dessus de ses moyens. Ce gaullisme élimé, teinté de radicalisme corrézien, a fait soudain place à la voyoucratie des Hauts de Seine, Pasqua, Balkany et consorts. C' est le rejet du sarkozisme qui a créé Hollande, alliage de bonhomie et d' irrépressible appétence social-libérale. Lequel Hollande, après stage de réflexion auprès de la chancelière Merkel, a chargé ses fougueux janissaires, Valls et Macron, d' imposer le Bad Godesberg revu par Astérix dont on parlait depuis des décennies dans les embrasures de fenêtres.

La Vème a pensé à tout, et le bilan n' est pas terrible. Le problème n' est donc pas d' élire des conseillers cantonaux, personne, mais vraiment personne, sauf les lobbys à l' affût de galette budgétaire et les apparatchiki soucieux de leur avenir, ne s' intéressant au contenu de cette enfumade . Ce que, de l' avis des sondeurs, attend la majorité des citoyens pour retourner aux urnes, c' est le glas d' institutions obsolètes qui châtrent notamment les chances de croissance et les moyens d' une plus équitable redistribution, bref un changement de République. Aux "politiques" de proposer (ne serait-ce qu' un rééquilibrage constitutionnel entre Exécutif et Législatif), aux électeurs remotivés de trancher.

L' égocentrisme de l' UMP et du PS, l' irréalisme d' un populisme qui n' aboutirait qu' à couper la France de l' Europe, les râles pathétiques de la "gauche de la gauche", tout aujourd' hui ne semble-t-il pas, approfondissant la crise de la représentativité démocratique, pensé pour inciter à rester chez soi le 22 mars? Là n' est sans doute pas la solution miracle. Mais, au-delà du geste de renoncement d' un citoyen sur deux, une façon encore pacifique de rappeler l' espoir de vrai renouveau.

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Remue-ménage et prudence citoyenne

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le paysage politique français est effervescent. A deux ans et quelque de la "Présidentielle", positionnements, rapprochements,accointances se dessinent en fonction d' un élément nouveau : le passage effectif au tripartisme. La présence électorale déterminante du Front National, introduisant dans le débat la notion de "valeur républicaine", en ajout à l' habituel clivage gauche-droite, en est, bien sûr, la raison.

Hollande, après son accession au pouvoir dans l' impréparation et l' incertitude, a pris du métier. Il muscle l' Exécutif libéral-socialiste avec un noyau dur : Valls-Le Drian-Cazeneuve-Macron. Le congrès du PS en juin n' y changera rien : les "frondeurs" n' ont pas d' espace à gauche, tandis que se développe l' abstention populaire.

C' est donc à droite que réside l' inconnue,. Le retour politique du conférencier Sarkozy est un flop. Il engendre une dispersion que cet ex- président de la République est bien incapable de juguler. Juppé reste le seul à pouvoir éviter une candidature centriste de poids en 2017. Mais le maire de Bordeaux risque de se voir affaibli dans son propre camp par le "jeune" Lemaire, encouragé en sous-main par le chef de l' UMP. Fillon, à l' affût, observe en peaufinant un programme cohérent et détaillé. Son vrai rival est désormais Juppé, ce qui peut le rapprocher un moment de Sarko...

Curieux rassemblement d' ailleurs que ce mouvement dont la base est toujours à la droite du sommet, donc loin d' être sourde aux sirènes d' un FN ne rêvant que de casser en mille morceaux ce parti conservateur et d' en ramasser les miettes. L' état d' alerte, - qui n' empêche pas PS et FN de se donner au besoin un coup de main tout en s' excommuniant bruyamment, façon Mitterrand-, appelle une défense de leurs intérêts commune aux deux "formations de gouvernement", la social-libérale et la libéral-étatique, du moins à leurs états-majors, guettés par une identique menace populiste. Le "ni-ni" est fait pour l' électeur et le militant, il n' est pas à la hauteur de "responsables nationaux"...

Dès lors, on est en droit de s' attendre à des rencontres et pourparlers discrets, annonçant des accords rendus "nécessaires" par les élections départementales et régionales. Les charlatans de tous poils goûtent ce genre de terrain meuble. Prophètes bidons, experts douteux, maîtres à penser suspects, éditomanes en chaleur , faisans philosopheurs, ces pollueurs rodés se nourrissent de telles périodes de flottement. Qu' ils se trompent dans leurs pronostics, que leurs analyses n' éclairent rien et embrouillent tout, qu'ils engagent les hommes de pouvoir sur des voies sans issue, n' affecte en rien leur assurance (rappelons-nous seulement le rôle catastrophique d ' un B-H. Lévy en Libye).

Pour le citoyen, le moment est venu de redoubler de prudence. A l' égard de politiques affolés pour leur avenir personnel, sans doute, mais aussi de ces conseilleurs qui ne paient jamais.

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Rappeler qui, là-dedans, est le patron

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La décision "historique" prise le 22 janvier dernier par la Banque Centrale Européenne de lutter contre la menace déflationniste par un rachat massif des dettes des Etats affiliés à l' euro, mérite le décryptage. A considérer la tête de la chancelière Merkel le soir même, on comprenait que cette mesure recueillait sa totale désapprobation et que la dirigeante s' était inclinée, au terme d' une nuit de négociation sans pitié, devant plus fort qu'elle.

Il y a un moment que l' inflexibilité allemande, freinant avec obstination les conditions nécessaires à une reprise de la croissance en Europe, irritait sérieusement les stratèges économiques et politiques occidentaux. Ils ne pouvaient notamment plus accepter que des pays de l' importance de la France et de l' Italie continuent de filer tout droit vers la faillite. Le risque (vous voyez d' ici l' aubaine pour les Chinois?) était trop grand.

Un premier signal a donc été adressé à la chancelière (qui allait répétant que l' Allemagne, après des années de restrictions, n' était pas là pour éponger les déficits de ses voisins) à travers la hausse du dollar ou, si l' on préfère, la baisse de l' euro, ramené sans coup férir à sa valeur de départ.

Cependant, l' avertissement ne semblait pas avoir été correctement perçu par l' opinion locale qui laissait filtrer des tendances à l' euroscepticisme et à la xénophobie. Il a donc été décidé de passer à la vitesse supérieure : la baisse significative des taux d' intérêt et du baril de pétrole, confortée par la mise en exploitation du gaz de schiste outre Atlantique , montraient déjà la détermination américaine à aider "les alliés européens" à sortir du pétrin.

Le terrain avait été préalablement préparé : des gens "sûrs" (Mario Draghi à Francfort, Mariano Rajoy à Madrid, Christine Lagarde à Washington, auxquels on pourrait ajouter Emmanuel Macron à Paris) , tous proches ou intégrés au milieu bancaire international, sont aux manettes. Le coup de maître a été, en janvier 2014, le ralliement public du gouvernement socialiste français au libéralisme ("social"). Hollande, modèle d' intelligence antiterroriste, n' hésitant même pas à s' exprimer devant le Forum Economique Mondial de Davos, devient alors la coqueluche du Système. Finement joué. La malheureuse Angela peut rengainer ses indices en hausse et son record de commerce extérieur. C' est ça, la "real politik".

Cela dit, la promotion de Hollande, renforcée par la publicité mondiale donnée à sa gestion des attentats salafistes de Paris, n' est pas sans effet de politique intérieure, si l' on en juge par le redressement spectaculaire de sa cote de popularité. Voilà qui parait susceptible de changer la donne pour 2017. Pour peu que l' opération Draghi améliore la conjoncture, comme l' espèrent bien la Maison Blanche et les "traders", les chances de ce socialiste si coopératif ne peuvent que croître.

Il est quand même bon de rappeler, de temps à autre, qui est le patron là-dedans.

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Qu' allons-nous pouvoir vraiment devenir?

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' opinion mesure-t-elle la gravité de la crise politique en France? La plus grave, probablement, depuis la Libération. Plus grave économiquement qu' en 1958, socialement qu' en 1968. C' est là l' effet navrant d' un système en bout de piste, livré à des chefs d' Etat inaptes, malgré leurs 40 ans de vie publique : Sarkozy, un bateleur parvenu, Hollande, un invertébré moqué à l' étranger.

Les dénominations partisanes elles-mêmes ne cachent plus que des coquilles vides. Mitterrand avait dézingué le P.C, Hollande saigne le P.S. Qu' est encore "la Gauche"? Y dénicher un ouvrier qui va voter (sinon F.N) ou y rencontrer un étudiant membre d' une section socialiste, relève de la performance. La France se droitise par défection de la gauche sociologique. Les classes populaires sont dépolitisées, les classes moyennes acquises au libéralisme, les syndicats découragés, les intellos placardisés. Quel contrepoids crédible offre le monde du travail aux attaques patronales ou à un populisme qui plaide pour la justice par le nationalisme xénophobe?

" La Gauche" n' a d' autre ressource que de réussir, par ci par là, un coup sans lendemain comme un vote à l' Assemblée en faveur de la création de l' Etat palestinien, même si l' on sait que le duo Hollande-Fabius bloquera un "voeu" déplaisant à Tel Aviv, ses agents en France et, plus révélateur, à maître Collard au nom du Front National (1). Ce vote est certes une satisfaction pour les connaisseurs, il demeure sans effet sur l' ensemble des citoyens. En attendant, la Gauche n' a toujours ni unité, ni projet, ni programme, ni leader. Que représente le parti majoritaire in situ? quelques baronnies et clientèles en peau de chagrin? les prochaines consultations territoriales risquent bien de le confirmer.

A droite, l' habituel panier de crabes, derrière les exhibitions effusionnelles. L' insistance mise à filmer les embrassades rend celles-ci suspectes. Pour être prosaïque, tout tourne autour d' une question unique : en 2017: Sarko ou pas Sarko? La partie se joue sur la délimitation des "primaires" dont seul le principe est acquis. Contenues, celles-ci bénéficient au chef de l' UMP (ou son héritière), coincé dès lors entre les Centristes et le F.N. Elargies, elles profitent à ses multiples rivaux spéculant sur l' apport centriste, voire le ralliement d' une frange d' électeurs de gauche saturés de promesses sans suite et de scandales à répétition.

D' ici là, tout sera matière à contestations : le nom de l' organisation, les postes, le partage de la parole et des subsides, les choix programmatiques, les visites à l' étranger, les interventions médiatiques, le contrôle des moyens d' action, etc. Sur le fond, la Droite parlementaire est confiante. Vue la décrépitude du pouvoir en place, elle tient pour assurée sa présence au second tour des présidentielles. Perspective qui contribue à aiguiser les appétits, donc à rendre plus âpre la compétition interne. A condition, bien sûr, que la situation ne tourne pas au vinaigre dans les deux ans à venir.

En un tel paysage, on ne peut éluder une éventualité inédite : l' accession de Marine Le Pen à la présidence de la République française. C' est pourquoi chacun de ses mots prend dorénavant un relief particulier et pourquoi on acquiert l' impression que le flot des critiques, contradictoires ou redondantes, qui lui est réservé finit par tomber à plat ou la servir. L' autre jour, dans la même phrase, un politologue, Dominique Reynié, assurait avec force que les "fondamentaux" du F.N, définis par le racisme, l' antisémitisme et l' autoritarisme, n' avaient jamais varié avec les décennies puis, dans la foulée, précisé que le programme du Mouvement versait dans le socialisme façon "Front de Gauche". Voilà qui, en tout cas, nous éloignerait bigrement du temps où Jean-Marie Le Pen allait aux U.S congratuler Ronald Reagan.

De la même manière, certains assurent que le torchon brûle entre dirigeants frontistes, le père, la fille, la nièce, le conseiller politique et autres, mais on constate que la présidente est réélue à l' unanimité, ce qui lui vaut aussitôt , des mêmes, le qualificatif d' anti-démocrate. Les communicants grand public semblent faire preuve en ce moment d' un flottement dans l' argumentation qui doit réjouir l' ex conseillère municipale d' Hénin-Beaumont.

Pour le pays, l' essentiel n' est sans doute pas dans ces polémiques secondaires. Il est dans l' hypothèse d' un abandon de l' Europe par la France, dans cette interrogation centrale : le luxe d'une souveraineté totale est- il encore à notre portée? Dette, chômage de masse, compétitivité, réindustrialisation, politique d' intégration : est-il aujourd'hui possible de répondre seul à ces priorités, dans un monde où les économies sont imbriquées les unes dans les autres, les entreprises menacées en permanence par la concurrence et la spéculation, les monnaies soumises à la conjoncture mondiale? Quel est, en cas de repli, la chance d' une puissance moyenne?(2). Si l' heure n' est pas encore aux réponses, elle suscite néanmoins un questionnement légitime.

(1) Il y a longtemps que le F.N entretient des relations avec l' extrême droite israëlienne (voir article "Les calculs du F.N du 28/1/2012) pour tenter de neutraliser la communauté juive en France.

(2) C' est consciente du danger d' isolement que Marine Le Pen s' efforce de développer un réseau d' alliances à l' étranger. Ainsi avec la Russie, dont le F.N défend la politique en Ukraine contre une bête noire commune : Bruxelles.

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Consultations

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Observez qui parle à qui : Valls fait un tour à Bordeaux, il confère avec Juppé ; il passe à Pau, il est reçu par Bayrou. Ces entretiens à mi-voix ne suggèrent-ils pas un axe "droite modérée-centre-gauche libérale" qui ouvrirait une perspective politique nouvelle ?.

Le Maire, candidat à la présidence de l' UMP, penche vers Juppé. Collomb, maire de Lyon, n' est pas insensible aux orientations prises par Valls. La CDU/CSU, parti d' Angela Merkel, apprécie Le Maire. Jouyet, bras droit de Hollande, déjeune avec Fillon dont il a été le ministre, très précisément aux affaires européennes. Juppé et Junker conservent des relations suivies : l' un en tant qu' ex ministre français des Affaires étrangères, l' autre qu' ex Premier ministre luxembourgeois, maintenant président de la Commission Européenne. Valls vient de rendre visite à Berlin au vice-chancelier du gouvernement allemand de coalition, leader des socialistes du SPD, Sigmar Gabriel. Macron vole de Bruxellex à Berlin. Ces chassés-croisés semblent bien jeter les bases, vue l' urgence, d' une relance européenne sous diverses formes de contacts droite-gauche.

Il n' existe pas, en politique, de pur hasard. Les Européens ne peuvent laisser la France tomber en faillite. Sa position stratégique, entre le nord et le sud du continent, l' interdit. Il est donc indispensable de rendre confiance à l' investissement et de réinsérer dans l' économie mondialisée le pays du général de Gaulle. Mais comment ?

En accélérant d' abord le clivage à l' intérieur du groupe parlementaire socialiste afin de générer et développer des réflexes de "salut public" destinés d' une part à atténuer la déculottée promise à la gauche aux. élections cantonales et régionales de 2015, d' autre part de relativiser une nouvelle poussée du Front National dans les "territoires". Aucun ralliement ne sera à négliger. Les meubles une fois sauvés, on pourra renverser le gouvernement grâce à quelques mesures aptes à élargir le camp des "frondeurs". Valls sait faire.

Bon, le gouvernement Valls est battu avec sa complicité. Quelques tours de piste pour trouver une impossible majorité de rechange, puis dissolution et élections générales sur le thème dominant de la " défense républicaine", mais courte victoire des partis "démocratiques".

Pas d' autre choix alors qu' un cabinet transitoire de coalition pour aller aux élections présidentielles de 2017, à la retraite définitive de Hollande et au gouvernement libéral élargi que vise cette longue marche. " Spéculations dignes du Café du Commerce", ironisera-t-on sans doute. Eh,eh...quand on tire sur le fil qui dépasse, la pelote se dévide sans effort...

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Grandes manoeuvres d' automne

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Les mouvements qui s' esquissent déjà en vue d' élections prévues normalement en mai 2017, illustrent à quel point l' autorité de François Hollande est affaiblie, alors que des crises internes secouent les principales formations de gouvernement : une UMP presque en état de guerre civile, un P.S pratiquement coupé en deux, un Centre multipolaire et incertain.
Dans ce contexte, le rapprochement, sinon l' accord , effectif depuis les élections municipales du printemps dernier entre Juppé et Bayrou acquiert un relief particulier. Les deux hommes, l' un à droite, l' autre au centre ( le MODEM combien de divisions ?), sont pleinement d' accord sur deux points dont ils font des priorités : barrer la route au Front National et épargner à l' Europe une dislocation qui serait due à la France.

Leur parade est dès lors identique : tenter de constituer une coalition du genre de celle prévalant en Allemagne, qui associerait au pouvoir, sous des formes à négocier et sur des objectifs clairs, l' aile sociale-libérale d' un P.S dont rien ne garantit qu' il n' aura pas explosé dans les deux ans à venir.

Les rôles semblent déjà distribués : à Juppé, habile et discret diplomate, le soin de neutraliser Sarkozy, élu probable à la tête d' une organisation branlante et guetté par les juges, à Bayrou, - qui exagère peut-être, au goût de son partenaire, le ralliement implicite de celui-ci à la stratégie que lui, Bayrou, défend avec conviction depuis des années - au maire de Pau donc, la tâche, dont il ne se cache guère, d' assumer la liaison avec les " sociaux-démocrates ouverts" ( entendez, outre le Premier ministre, Collomb, le maire de Lyon, Macron, Sapin, etc). Bayrou qui, rappelons-le, a voté Hollande au 2ème tour en 2012, doit cependant se garder d' "en faire trop" sous peine de "compromettre" Juppé aux yeux d'une fraction de la base UMP, tentée par des alliances circonstancielles avec le Front National. Rien n' est simple.

Malgré tout, le temps presse et seul un accord, même tacite, avec Valls pourrait créer, estime le duo, la dynamique nécessaire à la remobilisation d' une opinion découragée. C' est un pari, bien sûr, car il risque de se passer encore des tas de choses d' ici 2017.

Le recours au referendum parait exclu. Hollande le perdrait. Un renversement de majorité entraînant des élections générales anticipées déboucherait sur une co-habitation à laquelle nul n' est enclin et sur l' effacement parlementaire de ce qui surnagerait de la Gauche. Une cassure avec l' Europe consacrerait la ruine de l' Economie. Mais les ruades d' autres concurrents (Sarkozy et Fillon ici, Aubry et Montebourg là) ne manqueront pas de venir brouiller les cartes. Plane en outre la menace de troubles dans la rue ou d' attentats terroristes qui ajoute à la confusion.

Quoi qu' il en soit, la fin du quinquennat et la succession du Président actuel s' annoncent difficiles. Aucun des Partis classiques, ceux-ci plus ou moins désertés par leurs propres militants, n' est en mesure, de l' avis général, de l' emporter sans alliance élargie. Tous frôlent des scissions qui ne pourraient que faire le miel de l' incontournable Front National.

C' est pourquoi le projet de "grande coalition", encore dans les limbes mais prenant date et dessinant son territoire, devrait bénéficier au cours de ces prochains mois d' une audience renforcée et voir sa cote monter dans les sondages. Tel est, d' évidence, le sens de cette manoeuvre automnale.

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