LE DILEMME

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La démocratie dite participative et l' institution étatique traditionnelle semblent se détacher l' une de l' autre : c' est du moins ce que relèvent certains politologues à propos de la crise actuelle en France.

Faudrait-il alors y voir quelque revanche de nouveaux Girondins sur des Jacobins blasés, du fédéralisme sur le centralisme, de la participation sur la représentation, des ruraux et rurbains sur les métropolitains, de l' esprit libertaire sur la procédure autoritaire, de Proudhon sur Marx? Y voir la réponse d' un peuple excédé, non seulement par la surcharge et les inégalités fiscales, le grignotage de médiocres salaires et retraites,  l' amaigrissement du pouvoir d' achat,  la stagnation du chômage, mais encore par la mondialisation capitaliste, la contrainte consumériste, l' abêtissement publicitaire, la menace mortelle du dérèglement climatique, et, plus confusément, par un sentiment de désagrégation, de perte de prestige collectif aboutissant à un individualisme qui n' est que résignation et repli?

Bien sûr, toute société a besoin d' un minimum d' organisation. A cet effet, elle réclame des règles lui permettant de fonctionner. C' est là que se présente, pour un régime globalement démocratique mais affaibli, un dilemme impitoyable : quelle forme politique envisager, apte à prendre des décisions conformes à l' intérêt général en suscitant un maximum de consensus? La fin que s' assignait, au temps de sa splendeur, la théorie socialiste était de "substituer l' administration des choses au gouvernement des hommes". Mais qu' imagine-t-on pouvant maintenant servir d' amortisseur entre le démontage d' un Etat et l' avènement d' une Démocratie-nation libérale?

Le mouvement des "Gilets jaunes" est à cet égard instructif. Nombre de ses membres contestent le pouvoir étatique tout en sacralisant le passé historique de celui-ci: révolutionnaire sans doute en 1789, mais vite devenu totalitaire. Ce patriotisme sourcilleux, cette exaltation du terroir, dessinent, malgré toute la sympathie qu' engendrent  ces Français humbles, sincères et oubliés de l' oligarchie, comme une sorte de séparatisme. Les banlieues, les "quartiers", ne s' y trompent pas. Ils ne se sont guère solidarisés avec les déshérités d' un monde qui rejette souvent, pêle-mêle, la financiarisation, les lobby et les immigrés. A priori communautaristes par la force des choses, ces derniers ont des visées qui les détournent des litiges entre Gaulois...

On perçoit là les contradictions du populisme: une demande égocentriste de protection nationale et une volonté de relâchement du lien avec le corps social incarné, faute d' alternative, dans une structure qu' on a pris l' habitude de dénommer Etat.

République, Démocratie, Peuple ou Citoyen, leurs rapports s' obscurcissent. Visiblement, le régime actuel ne correspond pas aux attentes, après 40 années d' un scandaleux cafouillage. La France d' aujourd'hui a peu à voir avec celle de Charles de Gaulle. Aussi le "grand Débat National", au point où il est parvenu, ne parait-il pas suffire à déblayer convenablement les décombres, puis à repartir vers la solution qui s' impose : l' instauration d' une République, VIème ou non, revisitée et dératisée de la cave au grenier.

 

 

 

Publié dans politique

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