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Société et inflexibilité

Publié le par memoire-et-societe

Le patronat explique depuis quelques années que l' un des grands remèdes au manque de compétitivité dont souffre la France, résiderait en l' accroissement de la flexibilité dans l' usage des salariés. Autrement dit que l' utilisation de ceux-ci devrait mieux coïncider avec les carnets de commande des entreprises, lesquelles sont freinées par des jours et des horaires indifférents à la conjoncture. Le salarié pourrait ainsi, sans qu' on touche au nombre des heures légales d' emploi, travailler une semaine moins que prévu et davantage la semaine suivante. C' est économiquement défendable. C' est humainement discutable, dans la mesure où la formule (beaucoup moins répandue ailleurs qu' on l' affirme) fait fi de la vie du salarié, mis à la disposition de son employeur dimanches et fêtes compris.

La flexibilité est donc à la fois une thérapie sensible au patronat et un renoncement réclamé au monde du travail. Mais quelle contrepartie offre-t-on alors à ceux dont on insiste pour bousculer l' existence personnelle et familiale, voire parfois la santé par un perpétuel changement du rythme d' activité?

S' agissant maintenant de la société française, je reste frappé par des chiffres qui se présentent, eux, inflexibles : un enfant d' ouvrier ou de petit paysan a une chance sur cent de se hisser au rang de cadre supérieur, un enfant de grand patron ou de haut fonctionnaire jouit du risque zéro d' être un jour ouvrier. Le régime de classe constitue un domaine où le manque de flexibilité ne contrarie pas.

En 1969, Chaban-Delmas, premier ministre, avait dénoncé, inspiré par le sociologue Michel Crozier et son conseiller Jacques Delors, une "société de castes". L' expression avait irrité le président Pompidou et sa conseillère, Marie-France Garraud. Pour enfoncer le clou, Chaban avait proposé "la nouvelle société", basée sur un dialogue permanent patrons-syndicats comme en Allemagne, assorti d' une "économie sociale de marché". Après 45 ans, dont 14 de mitterrandisme, 5 de jospinisme et 2 de hollandisme, on peut dire que, du point de vue des écarts de classe, les choses ont bien peu avancé. Le MEDEF se montre plus intransigeant que jamais quant à la politique consensuelle de l' emploi et plus gémissant que toujours en matière de fiscalité. Les syndicats, amaigris, redoublent de prudence : la CGT s' est résignée au réformisme, la CFDT assiste fidèlement mais sans grand effet les gouvernements de centre gauche.

Bref, le séculaire égoïsme de classe d' une bourgeoisie qui a été longtemps le meilleur sergent recruteur du communisme et qu continue de piloter à vue, se porte bien. L' ascenseur social est en panne, toute avancée se voit contredite par une mondialisation qui n' induit que du chômage, l' électeur ne distingue plus l' intérêt qu' il y a à se déplacer. Entre l' inflexibilité systémique et l' instabilité croissante de l' emploi, les conditions de la démotivation et, par suite, de la décadence du pays, sont réunies.

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Gance et la polyvision

Publié le par memoire-et-societe

J' ai collaboré, de 1955 à 1957, à un hebdomadaire depuis longtemps disparu, intitulé " Demain". La dernière page de chaque numéro y était systématiquement réservée à une personnalité de la Culture, invitée à s' exprimer en toute liberté.
Le journal a ainsi publié de nombreux écrivains français ou étrangers, de Roger Vailland à Jean Cassou et Emmanuel Berl, d' Arthur Koestler à William Saroyan et Erich-Maria Remarque, des musiciens, des comédiens, des cinéastes, tels Fellini et Abel Gance.

C' est ce dernier que j' évoquerai ici. Il était entré un jour dans les bureaux de la rédaction, accompagné d' une jeune femme qu'il a présentée : " Ma collaboratrice, Mademoiselle Nelly Kaplan." On disait de Gance, alors âgé de 67 ans, qu' il était l' un des fondateurs du cinéma moderne avec l' Américain Griffith et le Soviétique Eisenstein.

Au demeurant, c' était un homme d' une grande simplicité, souriant, courtois comme on l' était jadis, une petite lueur d' ironie dans l' oeil, sa chevelure blanche auréolant son visage. Nelly Kaplan tenait en main l' article que nous attendions : "Le temps de l' image éclatée" ( publié dans le n° 22 du 10 mai 1956). Elle en a résumé le contenu avec un léger accent importé de son Argentine natale. Le titre était d' elle, le texte renouait avec une démarche interrompue trente ans auparavant quand, à l' avènement du "parlant", les " commerçants", tels des vautours, se sont jetés sur l' art du cinéma pour en faire une lucrative industrie.

Cette mutation, Gance l' a payée d' années de renoncement à la création. Et là, devant Nelly Kaplan et moi, il semblait soudain rasséréné, comme si ce simple article allait lui offrir une revanche, et redonner sa chance à l' élan brisé du cinéma dont in n' avait jamais cessé de rêver.

J' ai l' écrit sous les yeux : " La clé du cinéma de demain git dans la vision simultanée de plusieurs images (...) La polyvision, en introduisant cette musique visuelle, élargira brusquement les paupières. Nous revenons à l' "Origine de la Tragédie" de Nietzche (...) Le cinéma-mouvement, mis à mal depuis l' origine du parlant, va reprendre ses extraordinaires prérogatives et jouer en 1956 la carte de la polyvision comme la musique a joué et gagné au XIVème siècle, la carte de la polyphonie."

J' ai gardé un moment contact avec Gance. Nous avions même envisagé, avec le renfort du critique d' art Otto Hahn, un scénario que nos quatre délires mêlés ont vite rendu irréalisable. La vie nous a dispersés. J' ai commencé à partir en Afrique, Otto a introduit le "pop'art" en France, Nelly a tourné "La Fille du pirate" et écrit des textes surréalistes sous le pseudo de Belen. Gance, le visionnaire du cinéma-fiction, a continué de réfléchir à la naissance de "l' image virtuelle". Il est mort à 92 ans. Une rue du XIIIème arrondissement de Paris porte aujourd'hui son nom.

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Henri Mahé à la trace

Publié le par memoire-et-societe

L' entre-deux-guerres a été riche en personnages hors du commun, comme si les rescapés d' une des plus sinistres boucheries de l' Histoire avaient cherché à rattraper dans la liberté et la révolte une jeunesse escamotée.

Henri Mahé a vécu ainsi, bien qu' il ait échappé de peu au "casse-pipe". Né en 1907 à Paris de parents bretons, il a grandi à la Mouff ', qui lui a enseigné l' argot des chiffonniers, puis, après un stage aux Beaux-Arts, enchainé avec un premier boulot : aide-comptable aux Galeries Lafayette. Pas longtemps. A 20 ans il s' instituait peintre attitré des cirques et des bordels, et louait une péniche sur la Seine, " La Malamoa ", vite devenue le rendez-vous à la mode d' arsouilles, qui avaient baptisé leur hôte "Riton-la-Barbouille ", et de leurs avocats, de chansonniers, de gadz'arts, de grandes gueules et de petites vertus.

Un soir de 1929, la journaliste Aimée Barancy est arrivée là, flanquée de l' actrice Nane Germon et d' un étrange docteur Destouches, plus âgé de 13 ans que Mahé, et qui allait devenir peu de temps après célèbre sous le nom de Louis-Ferdinand Céline. Le courant est passé aussitôt entre le beau gosse de la Mouff ' et l' écrivain potentiel (il a commencé la rédaction du "Voyage"). Mahé a accepté d' aller décorer la salle de bains de Céline, rue Lepic : une amitié naissait, qui n' a pas manqué de brouilles, suivies d' autant de réconciliations. Croisant les compères sur les pentes de Montmartre, Abel Gance les appelait "Verlaine et Rimbaud", sans plus d' identification.

Puis une période faste s' est offerte au peintre-décorateur "people". A son imagination étaient tour à tour livrés les murs du "31",bordel de luxe de la Cité d' Antin, des cinémas Rex, Elysée-Gaumont, Paramount-Capucines, du paquebot "Normandie", du prestigieux restaurant londonien "Quinto's", du night-club "Montyon", du Balajo, le temple du musette. Gance lui confiait les décors de quatre de ses films, son personnage apparaissait dans "Voyage au bout de la nuit", il obtenait le Prix Blumenthal réservé aux artistes-décorateurs, et se faisait construire un bateau à lui, "L' Enez Glaz".

La guerre et l' occupation n' ont pas ralenti cette activité multiforme. Mais ses "mauvaises fréquentations" lui ont valu quelque disgrâce à la Libération. Boudé, sinon "épuré", il est allé prendre du champ à Quimper où il a retrouvé la peinture de chevalet. En 1948 il était de retour dans la capitale, chargé cette fois de la "déco" du Moulin Rouge. Il a eu en 1949 le rare courage d' entreprendre le voyage du Danemark où étaient réfugiés Céline, le pestiféré, sa femme, Lucette Almanzor, et leur chat Bébert. Le but officiel était de peindre un portrait du maudit. Les retrouvailles ont de suite mal tourné, et il n' y a point eu finalement d' autre portrait que celui de Céline sur Mahé en 1952, dans " Féerie pour une autre fois"...

Ce dernier avait déjà récupéré son statut d' artiste bobo et d' écrivain mondain un peu voyou, auteur d' un roman sur le milieu, " Charonne's Hotel ", ami de Mistinguett, du colonel Rémy, le fondateur d' un réseau de renseignements gaulliste, et des familiers, aisément interlopes, des nuits parisiennes. Mahé est désormais fêté a Copenhague, à Mexico où il a peint une fresque à la gloire de Toulouse-Lautrec, publiant d' autre part deux volumes sur ses souvenirs, " La Brinquebale avec Céline ", et sa correspondance, " La Genèse de Céline ", lequel amnistié puis installé à Meudon, était alors mort depuis presque dix ans sans l' avoir revu.

A 68 ans, les gènes bretons de Mahé ont fini par l' emporter. Il s' est embarqué sur un " trois-mâts" pour le tour du monde. Il est mort à la première escale, New York.

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Vers le chemin des urnes ?

Publié le par memoire-et-societe

Harlem Désir a été un catastrophique dirigeant du P.S : il est bombardé Secrétaire d' Etat aux affaires européennes.

Dominique Voynet a été un épouvantable maire de Montreuil : elle est nommée Inspectrice d' Etat.

Cette manie de recaser, après échec, les membres de la caste politique, n' est certes pas nouvelle. Chaque Président, de droite comme de gauche, promeut copains et copines. Mitterrand n' avait-il pas en partant doté ses deux secrétaires personnelles d' un titre de haut fonctionnaire ? Le Sénat, comme le Conseil Economique, le "tour extérieur" du Conseil d' Etat, et une série de " Hautes Autorités" ou "Comités Supérieurs" ne sont-ils pas des refuges particulièrement appréciés des recalés du suffrage universel ? Le tout, bien sûr, aux frais du contribuable.

Il faut croire que cette fois Hollande a fait fort puisque même le président socialiste de l' Assemblée, Bartolone, a critiqué la nomination de Voynet, tandis que la Droite interpellait le gouvernement sur la désignation de H.Désir à une fonction stratégique.

Ces choix en effet ne sont pas des plus heureux. Voynet, médecin de profession, chassée par les électeurs de sa ville d' origine, Dôle, s' était trouvé comme point de chute Montreuil où elle a battu de peu le sortant communiste en 2008. Elle vient d' abandonner de son propre chef la ville, qu' au bout de 6 ans de gestion elle a rendu aux communistes en état de quasi faillite.

Quant à H.Désir, ex-président d' un "SOS Racisme" piloté en réalité par Mitterrand auquel il doit sa carrière, il n' est pas exempt de tout reproche. Il traine depuis fin 1998 une condamnation de 18 mois de prison avec sursis pour recel d' abus de biens sociaux ( emploi fictif ). Il est vrai que son successeur , Cambadélis, a fait mieux : affaire Agos (foyer de travailleurs immigrés ) : 5 mois de prison avec sursis en janvier 2000, affaire de la MNEF : 6 mois avec sursis en juin 2006, les deux fois pour emploi fictif...

Tant de "récompenses" pour mauvais services relèvent de moeurs que l' état de crise où se trouve le pays rendent plus choquantes encore. On gèle les prestations sociales et les salaires publics, fort bien : que les sacrifices soient partagés. Mais qu' on arrête en même temps de servir ses vieux potes, qui ne sont pas spécialement modèles de vertu républicaine.

Le P.S préparerait une campagne militante destinée à ramener vers le chemin des urnes les électeurs de gauche en fuite. S' y prend-il bien ?

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Pouvoir politique et "illusion" électorale

Publié le par memoire-et-societe

Réagissant à l' article "La nouvelle abstention" du 11 avril dernier, une lectrice m' écrit notamment : " Le vote est l' un des rares moyens d' expression théoriquement à la portée de tous (...) Certains pays comme la Belgique ont rendu le vote obligatoire. Après l' abstention catastrophique du dernier scrutin, je m' étonne que le débat sur le sujet ne soit pas ouvert."

Tout d' abord, le débat est ouvert, au niveau philosophique, depuis que l' Etat existe. C' est l' actualité qui lui confère son importance neuve, qui met en cause l' invalidité du système politique en vigueur. Notons en passant qu' en Belgique, le vote obligatoire n' a pas empêche le pays de rester 18 mois non gouverné. Au demeurant sans dommage, puisque le taux de chômage et l' endettement y sont parmi les plus faibles d' Europe, et que la fiscalité semble y attirer une phalange conséquente de contribuables et électeurs français.

Mais j' en viens à la remarque qui a choqué ma lectrice : le vote, demandais-je, ne devient-il pas un choix de nanti ? Regardons les résultats des Municipales de mars dernier : on y relève qu' on a beaucoup plus voté à Neuilly sur Seine qu' à Neuilly sur Marne, ou dans l' élitiste 6ème arrondissement de Paris qu' à Villejuif, ancien fief communiste de Vaillant-Couturier et à Limoges, socialiste depuis 102 ans. "Les faits sont plus têtus qu'un lord-maire", dit un proverbe anglai riches courent aux urnes et que les cités pauvres s' en écartent, l' observateur est tenté de chercher une explication. Le Système, songe-t-il alors, doit être plus bénéfique aux premiers qu' aux seconds. Si "nanti" ne convient pas, remplaçons-le par "privilégié", statut "théoriquement", c' est le moment de le dire, aboli depuis la nuit du 4 août 1792 ...

La liberté d' expression ne s' arrête pas quand elle ne va plus dans le sens qu'on souhaite. A force de n' applaudir que ce qui agrée et de vitupérer ce qui se présente autrement, on perd de l' audience : c' est le point faible d'un certain boboïsme. Il faut être simpliste comme un dirigeant américain pour ramener la "démocratie" à une élection. Voyez l' Afghanistan ou, plus près, la réinstallation triomphale de la momie Boutéflika.

Lois électorales torturées (avec 15 à 20 % des suffrages le F.N obtient 2 députés, avec 2,5% les Verts un groupe parlementaire), médias contrôlés par le gouvernement et les grands patrons, chantages et pressions divers, les soixante- huitards scandaient déjà : " Elections, piège à cons !". Ils voulaient aussi dire que la partie se joue ailleurs que dans les récipients, même devenus transparents, tendus aux foules : par exemple au Forum de Davos, aux Conférences du Bilderberg et dans les bureaux cossus de la BCE à Francfort.

Comble du comble, nous vivons dans un régime plombé par six consultations directes (municipales,départementales, régionales, législatives, présidentielles, européennes) qui entretiennent un climat permanent d' électoralisme, retardent des décisions urgentes, occultent des priorités compliquées, inquiètent des élus soucieux surtout de préserver une durée différenciée des mandats apte à pérenniser un partage laborieux des postes et des budgets.

Un Président "sondé" à 18%, 60% d' abstentions dans les banlieues sensibles : c' est quoi la question ? Je ne doute pas du civisme de ma lectrice. Mais il ne suffira pas de marteler "votons! votons ! " pour répondre à la problématique présente. Ce qui est dénommé le Système a appris à digérer toutes les oppositions. L' unique chose qui lui fasse peur est une désertion massive des citoyens qui signifierait de facto son congé, et obligerait à penser une mutation en phase avec les aspirations d' une société encore inexplorée.

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La nouvelle abstention

Publié le par memoire-et-societe

Le fait le plus saillant des récentes élections municipales en France n' est peut-être ni la poussée d' extrême droite ni le recul socialo-gouvernemental, conformes finalement à un mouvement pendulaire fréquent en période de crise, mais le taux-record atteint une fois de plus par l' abstention : 36,9% selon le chiffre officiel, plus de 50% dans nombre de zones urbaines pauvres. On dépasse là l' effet conjoncturel d' un mécontentement. Depuis trente ans, le phénomène s' accentue, élection après élection, dans les classes populaires et le "bas" de la classe moyenne. On le remarque, on s' en indigne bruyamment, puis la vie politique reprend comme si de rien n' était.

Or la question finit par présenter une importance digne de plus d' attention: c'est celle de la validité de tout un système de représentation. Des dirigeants qui s' imposent en réalité grâce au soutien d' une proportion réduite mais influente de citoyens aisés, ne peuvent voir que leur autorité contestée. Au- dessous d' un certain seuil, la démocratie n' est qu' une minoritocratie.

Chacun connait les griefs opposés à l' abstention : reniement d' un droit arraché après de longues luttes aux forces les plus conservatrices ; démission qui laisse le champ libre à l' aventure et crée un vide propice à la dictature ; trahison envers ceux qui, par le monde, luttent contre l' oppression pour obtenir une droit que d' aucuns se permettent de dédaigner.

Ces arguments ne sont pas négligeables ( encore que des "élections libres" ne suffisent pas à asseoir la liberté...). Cependant une analyse plus serrée de la tendance abstentionniste dans les pays développés en réduit la portée :

- la jeunesse ne vit plus le vote comme une conquête, mais comme une sorte de quitus que lui réclame un Système incapable de répondre aux attentes naturelles du citoyen : emploi,logement, avenir. Ce n' est pas en lui ressassant la chance qu' elle a de se rendre aux urnes pour conforter une classe politique dont le comportement est loin de susciter son admiration, qu' on risque de la convaincre.

- de plus en plus d' électeurs sont gagnés par le sentiment que le pouvoir se joue dans des couloirs plus que dans les isoloirs. Lobbys corrupteurs, corporatismes arrogants, réseaux ou clubs privilégiés, leur semblent les véritables inspirateurs de dispositions législatives qui visent à favoriser des intérêts particuliers au détriment de l' intérêt général. Pour beaucoup, les dés sont pipés. D' où un attentisme et un repliement qui soulignent non le détachement de la Cité, mais une méfiance croissante à l' égard des institutions et des individus qui la régentent.

- dès lors voter devient une affaire de "nanti", un renfort indirect à la domination de classe. Le comportement de maints élus confirme d' ailleurs ce point de vue. Face à cette situation, l' abstention est appréhendée comme un acte politique de protestation. Pourquoi un chômeur, fils de chômeur et père d' un probable chômeur ou "travailleur pauvre", irait-il porter son bulletin à quelqu'un qui passe de temps en temps lui serrer hâtivement la main sur un marché ?

Cherchez l' erreur : la précarité et l' exclusion en hausse, dans un pays où le niveau moyen d' éducation est élevé, ne diminuent pas l' abstention. Elles la nourrissent

P.S. Je remercie tous ceux qui m' adressent leurs commentaires en demandant des compléments d' information. Je répondrai, bien sûr, à chacun, m' excusant d' avance du délai de réponse que peuvent exiger parfois leurs questions. Continuez.

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"Le Chautard"

Publié le par memoire-et-societe

Il existe " le Chautard" comme existent "le Littré", "le Larousse", "le Robert, ou, en médecine, "le Vidal. Sauf que "le Chautard" est consacré à une langue non reconnue et dédaignée : l' argot. L' argot est pourtant consubstantiel à toute langue, ou plutôt à l' éphémère de toute langue. Il évolue avec elle. Si elle disparait, il disparait.

Car en réalité, c' est une contre-langue : celle des marginaux, des déclassés, des laissés pour compte. Des taulards et des putes. Davantage donc le code des asociaux que la distrayante trouvaille de l' imagination populaire qu' y voient de loin des bobos, à l' instar du parler-jeune cueilli à la sortie des lycées ou du verlan affadi des parents qui s' efforcent de montrer qu' ils sont toujours "dans le coup". L' argot est une violence transférée dans les mots. Traité par Audiard et dit par Bernard Blier ou André Pousse, il amuse. A Bois d' Arcy, langage usuel et exclusif, il effraie.

Emile Chautard -dont un parfait homonyme est allé réussir à Hollywood dans les années 30- relevait de l' aristocratie ouvrière qu' on trouvait dans le monde de l' Imprimerie, notamment au Syndicat des Correcteurs où s' était regroupée une élite révolutionnaire. Typographe et fier de l' être, Chautard a réservé son temps libre à la langue verte et à trois ouvrages : "Goualantes de La Villette et d' ailleurs" (1929), "Glossaire typographique" (1937) et surtout -né en 1863, il a alors 68 ans- " La Vie étrange de l' argot ", paru en décembre 1931 chez Denoël, lequel avait publié deux ans plus tôt " Hôtel du Nord", d' Eugène Dabit.

Fin 1931...Denoël...vous ne voyez pas? c' est le moment où Céline achève " Voyage au bout de la nuit" pour le même éditeur. De là à déduire que Chautard, Dabit, Céline, se sont rencontrés, réciproquement lus, sinon influencés... Céline n' a-t-il pas d' ailleurs dédié à Dabit, en 1937, "Bagatelles pour un massacre"? Avant ceux-la, hérauts de la "littérature prolétarienne", l' argot avait déjà ses références : Villon, Hugo, Schwob, Rictus, Bruant ( argotier de cabaret) l' avaient célébré en l' employant. Des lexicologues s' étaient penchés sur lui : Larchey, Delvau, Dauzat, pour ne citer qu' eux. Mais ce qui distingue Chautard des autres, c' est l' intérêt qu' il porte aussi aux utilisateurs, les argotiers. Fruit d' une fréquentation assidue des zincs et des bordels ou d' une infiltration parmi les aumôniers des prisons avec iconographie appropriée. Plan de Paris de la Voyoucratie du moment. Enquête à actualiser en continu, comme il en va généralement en matière de sociologie.

Que Céline, dont on ne dira jamais assez l' importance, ait librement puisé dans "le Chautard" est évident. Médecin de dispensaires des banlieues déshéritées, il trouvait dans le livre de l' ouvrier typographe, l' élargissement et la confirmation de ce qu' il rencontrait quotidiennement dans son métier et ses relations (les peintres Henri Mahé et Gen Paul, par exemple). L' écrivain ne pouvait que s' en satisfaire. Selon Henri Godard, son exégète, "Mort à crédit", paru en 1936, emprunte davantage encore que "Le Voyage" à la Somme du "Chautard". Et Céline de résumer en 1957 : " C' est la haine qui fait l' argot (...) L' argot est fait pour exprimer les sentiments vrais de la misère."

Cela lui a permis en tout cas de fixer au plus juste la vision existentielle qu' il veut conférer à son oeuvre. Au point de se prendre au jeu en prolongeant "le Chautard" par des créations de termes combinant la brutalité naturelle de l' argot et une "mesure" propre à ne pas laisser le lecteur se faire kidnapper par la société du spectacle. L' argot entrait dans la Littérature par la grande porte.

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Sur la "seconde génération" ( surréaliste )

Publié le par memoire-et-societe

Le 15 décembre 1929, André Breton publie le "Second Manifeste du Surréalisme". Il y accentue notamment l' engagement politique du mouvement dans la mouvance marxiste-léniniste, en marquant d' ailleurs une préférence pour l' option trotskiste. Il règle au passage des comptes avec plusieurs de ses compagnons de la première heure, et non des moindres: Artaud, Desnos, Soupault, Ribemont-Dessaignes, Prévert, Leiris, Queneau, Tanguy, Masson, Vitrac, Miro, Baron et d' autres. Les victimes de cette "purge" ne se laissent pas faire. Une douzaine d' entre elles publient, dès janvier 1930, une réponse intitulée "Un cadavre", reprise du texte du Groupe lors du décès d' Anatole France. D' autres refluent vers des revues comme "Documents 34" de Georges Bataille, ou " Le Grand Jeu", créée par Lecomte, Daumal et R,Vailland. Crevel et Rigault se sont suicidés. Le surréalisme "organisé" a besoin, c' est le cas de le dire, de sang neuf.

Les fidèles Naville et Péret changent alors "La Révolution Surréaliste" en le "Surréalisme Au Service De La Révolution" (SASDLR dans le langage courant), en juillet 1930. Les nouveaux adhérents au Groupe sont dès lors, pour l' essentiel, de jeunes militants révolutionnaires: Char, Georges Sadoul, Mayoux, Thirion, Unik, Nadeau, Hugnet, Léro, Pastoureau, Marcel Jean, par exemple.

J' ai précisément rendu visite, en 1992, à Marcel Jean, "Villa des Arts", un hameau d' artistes derrière le cimetière Montmartre . Un long et souriant vieux monsieur m' a ouvert un atelier submergé de toiles de son ami Oscar Dominguez, au mur, sur le dessus d' une armoire, près du piano. Mais enfoui aussi sous ses propres dessins pour impressions textiles, ses eaux-fortes, des décalcomanies automatiques, des frottages partout. Couleurs déconcertantes sous le ciel parisien de la verrière. Nous nous mettons à parler de ses rencontres : Duchamp, Arp, Man Ray, Brauner, auxquels il a dédié des médaillons frappés par la Monnaie. Du "Groupe Octobre" des frères Prévert. De ses séjours à l' étranger, à New York, à Budapest surtout où il a passé la guerre, se liant avec le philosophe Arpad Mezei. Ensemble, ils ont écrit sur Lautréamont, puis publié une monumentale " Histoire de la peinture surréaliste", en 1959. Ses convictions sont ancrées à gauche, sa foi dans le surréalisme viscérale. Avant-guerre, les "gens" traitaient ses semblables de dangereux psychopathes. Marcel Jean est mort en 1993, au bout d' une vie éblouie par ses rapports inattendus avec le fameux "Hasard objectif".

Henri Pastoureau, je ne l' ai jamais vu. Nous avons correspondu. Etudiant de philo à la Sorbonne en même temps que Nadeau, marxiste régionaliste trempé de freudisme, jouant volontiers du gourdin contre les "Camelots du Roy", il a déboulé dans le surréalisme à 20 ans. Vite ami avec Péret, Tanguy, Eluard, Bataille, Lély, il est de toutes les bagarres, de préférence dans les églises comme à Saint-Séverin, lors de l' " Affaire Carrouges", du nom d' un philosophe qui s' était mis en tête de rapprocher le surréalisme du christianisme. Avec Robert Lebel, Maurice Henry, Marcel Jean, Hérold et d' autres, il claque alors la porte de Breton, jugé trop mou en la circonstance. Prisonnier de guerre dans la banlieue de Berlin, il a écrit en allemand des poèmes d' inspiration hölderlienne dont il m' a confié des doubles, envoyés à un éditeur qui ne me les a jamais rendus. Lors de la publication de son premier recueil en 1936, "Le corps trop grand pour un cercueil", son préfacier, Breton cela va de soi, a reconnu en lui " un des rares poètes originaux de sa génération ", soulignant là un mélange de lyrisme maitrisé, de don pour l' ellipse, et d' humour nourri de dérapages sémantiques. Pastoureau est disparu en 1996, laissant derrière lui des souvenirs parus chez Nadeau : " Ma vie surréaliste" (éd. Lettres Nouvelles", 1992).

Il a encore existé une troisième génération, après guerre, mixant vieux grognards (Péret, Mayoux, Brauner, Toyen, Lam ) et nouvelle vague (Duprey, Legrand, Bédoin, Schuster, José Pierre, Bounoure, Jean Benoit,Joyce Mansour) pour citer les plus actifs. Breton s' est éteint en 1966, mais, quoiqu' il en fût, l' Aventure surréaliste était depuis longtemps terminée.

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