Société et inflexibilité

Publié le par memoire-et-societe

Le patronat explique depuis quelques années que l' un des grands remèdes au manque de compétitivité dont souffre la France, résiderait en l' accroissement de la flexibilité dans l' usage des salariés. Autrement dit que l' utilisation de ceux-ci devrait mieux coïncider avec les carnets de commande des entreprises, lesquelles sont freinées par des jours et des horaires indifférents à la conjoncture. Le salarié pourrait ainsi, sans qu' on touche au nombre des heures légales d' emploi, travailler une semaine moins que prévu et davantage la semaine suivante. C' est économiquement défendable. C' est humainement discutable, dans la mesure où la formule (beaucoup moins répandue ailleurs qu' on l' affirme) fait fi de la vie du salarié, mis à la disposition de son employeur dimanches et fêtes compris.

La flexibilité est donc à la fois une thérapie sensible au patronat et un renoncement réclamé au monde du travail. Mais quelle contrepartie offre-t-on alors à ceux dont on insiste pour bousculer l' existence personnelle et familiale, voire parfois la santé par un perpétuel changement du rythme d' activité?

S' agissant maintenant de la société française, je reste frappé par des chiffres qui se présentent, eux, inflexibles : un enfant d' ouvrier ou de petit paysan a une chance sur cent de se hisser au rang de cadre supérieur, un enfant de grand patron ou de haut fonctionnaire jouit du risque zéro d' être un jour ouvrier. Le régime de classe constitue un domaine où le manque de flexibilité ne contrarie pas.

En 1969, Chaban-Delmas, premier ministre, avait dénoncé, inspiré par le sociologue Michel Crozier et son conseiller Jacques Delors, une "société de castes". L' expression avait irrité le président Pompidou et sa conseillère, Marie-France Garraud. Pour enfoncer le clou, Chaban avait proposé "la nouvelle société", basée sur un dialogue permanent patrons-syndicats comme en Allemagne, assorti d' une "économie sociale de marché". Après 45 ans, dont 14 de mitterrandisme, 5 de jospinisme et 2 de hollandisme, on peut dire que, du point de vue des écarts de classe, les choses ont bien peu avancé. Le MEDEF se montre plus intransigeant que jamais quant à la politique consensuelle de l' emploi et plus gémissant que toujours en matière de fiscalité. Les syndicats, amaigris, redoublent de prudence : la CGT s' est résignée au réformisme, la CFDT assiste fidèlement mais sans grand effet les gouvernements de centre gauche.

Bref, le séculaire égoïsme de classe d' une bourgeoisie qui a été longtemps le meilleur sergent recruteur du communisme et qu continue de piloter à vue, se porte bien. L' ascenseur social est en panne, toute avancée se voit contredite par une mondialisation qui n' induit que du chômage, l' électeur ne distingue plus l' intérêt qu' il y a à se déplacer. Entre l' inflexibilité systémique et l' instabilité croissante de l' emploi, les conditions de la démotivation et, par suite, de la décadence du pays, sont réunies.

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costa janine 08/05/2014 15:45

je suis tout à fait d'accord , ex: ma fille travailler à paris au quotidien du médecin en tant que secrétaire de direction au service de la mise en page des p annonces .voulant se rapprocher de moi dans le travail est impossible, trop de références pour avoir un salaire non comparable à celui de paris elle a 55 ans trop agée pour étre embaucher car l'employeur préfére une candidate jeune et sans expériance .c'est pour cela que de partout il y a des problémes voici mon opignion qui n'engage que moi .janine