Pouvoir politique et "illusion" électorale

Publié le par memoire-et-societe

Réagissant à l' article "La nouvelle abstention" du 11 avril dernier, une lectrice m' écrit notamment : " Le vote est l' un des rares moyens d' expression théoriquement à la portée de tous (...) Certains pays comme la Belgique ont rendu le vote obligatoire. Après l' abstention catastrophique du dernier scrutin, je m' étonne que le débat sur le sujet ne soit pas ouvert."

Tout d' abord, le débat est ouvert, au niveau philosophique, depuis que l' Etat existe. C' est l' actualité qui lui confère son importance neuve, qui met en cause l' invalidité du système politique en vigueur. Notons en passant qu' en Belgique, le vote obligatoire n' a pas empêche le pays de rester 18 mois non gouverné. Au demeurant sans dommage, puisque le taux de chômage et l' endettement y sont parmi les plus faibles d' Europe, et que la fiscalité semble y attirer une phalange conséquente de contribuables et électeurs français.

Mais j' en viens à la remarque qui a choqué ma lectrice : le vote, demandais-je, ne devient-il pas un choix de nanti ? Regardons les résultats des Municipales de mars dernier : on y relève qu' on a beaucoup plus voté à Neuilly sur Seine qu' à Neuilly sur Marne, ou dans l' élitiste 6ème arrondissement de Paris qu' à Villejuif, ancien fief communiste de Vaillant-Couturier et à Limoges, socialiste depuis 102 ans. "Les faits sont plus têtus qu'un lord-maire", dit un proverbe anglai riches courent aux urnes et que les cités pauvres s' en écartent, l' observateur est tenté de chercher une explication. Le Système, songe-t-il alors, doit être plus bénéfique aux premiers qu' aux seconds. Si "nanti" ne convient pas, remplaçons-le par "privilégié", statut "théoriquement", c' est le moment de le dire, aboli depuis la nuit du 4 août 1792 ...

La liberté d' expression ne s' arrête pas quand elle ne va plus dans le sens qu'on souhaite. A force de n' applaudir que ce qui agrée et de vitupérer ce qui se présente autrement, on perd de l' audience : c' est le point faible d'un certain boboïsme. Il faut être simpliste comme un dirigeant américain pour ramener la "démocratie" à une élection. Voyez l' Afghanistan ou, plus près, la réinstallation triomphale de la momie Boutéflika.

Lois électorales torturées (avec 15 à 20 % des suffrages le F.N obtient 2 députés, avec 2,5% les Verts un groupe parlementaire), médias contrôlés par le gouvernement et les grands patrons, chantages et pressions divers, les soixante- huitards scandaient déjà : " Elections, piège à cons !". Ils voulaient aussi dire que la partie se joue ailleurs que dans les récipients, même devenus transparents, tendus aux foules : par exemple au Forum de Davos, aux Conférences du Bilderberg et dans les bureaux cossus de la BCE à Francfort.

Comble du comble, nous vivons dans un régime plombé par six consultations directes (municipales,départementales, régionales, législatives, présidentielles, européennes) qui entretiennent un climat permanent d' électoralisme, retardent des décisions urgentes, occultent des priorités compliquées, inquiètent des élus soucieux surtout de préserver une durée différenciée des mandats apte à pérenniser un partage laborieux des postes et des budgets.

Un Président "sondé" à 18%, 60% d' abstentions dans les banlieues sensibles : c' est quoi la question ? Je ne doute pas du civisme de ma lectrice. Mais il ne suffira pas de marteler "votons! votons ! " pour répondre à la problématique présente. Ce qui est dénommé le Système a appris à digérer toutes les oppositions. L' unique chose qui lui fasse peur est une désertion massive des citoyens qui signifierait de facto son congé, et obligerait à penser une mutation en phase avec les aspirations d' une société encore inexplorée.

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Fleury-Ligot 17/05/2014 10:42

Cher Jean-Pierre, oui, le système..j'avais 20ans en 1968. Et puis je me suis raliée aux dogmes républicains. Ton article m'éclaire.
Mais que pouvons donc nous faire??
Elizabeth