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Sur "l' ingérence"

Publié le par memoire-et-societe

Le "droit d' ingérence" est, sous son habillage humanitaire, l' une des plus hypocrites trouvailles politiques, sachant qu' il est : 1°) un privilège des Etats riches, par conséquent ni innocent ni égalitaire 2°) un moyen de protection et de maintien par la force d' un modèle extérieur dominant.

Le "droit d' ingérence" met en effet en scène deux catégories de dirigeants : les " Ingérants" familiers (Américains, Russes, Anglais, Français) et les "Ingérés", localisés de préférence en Afrique, Asie et Amérique latine. Le clivage entre eux passe par la puissance militaire, donc la loi du plus fort. Imagine-t-on une ingérence de la Somalie aux U.S.A, de la République Centrafricaine en France, de la Jordanie en Israël ?

On voit alors que ce "droit", même camouflé en "devoir d' assistance", relève des choix des plus armés. Quant à l' "humanitaire", en contribuant à banaliser l' ingérence, il accoutume l' opinion à l' idée que l' intervention des grandes puissances au détriment des souverainetés sans défense est fonction de la maturité et du sens des responsabilités innés des premiers.

Aussi, la liberté d' action que confère l' ingérence investit-elle les agissements des Grands, se partageant la gestion mondiale à travers le Conseil de Sécurité de l' O.N.U, d' une légalité inattaquable. Toute opposition à l' Ordre universel édicté par une minorité est ainsi condamnée à se radicaliser. La réplique va au terrorisme, aux milices, aux chefs de bande qui tracent dans le sang les contours de leur territoires et permettent à d' autres d' en profiter pour justifier une répression accrue.

Obsédés par l' édification d' un monde qui leur ressemble, les "Ingérants" optent dès lors pour sa reproduction absolue, parfaitement indifférente aux questions posées par les réalités sociologiques. Ainsi pour les Touaregs. Ainsi avec les communautés d' Afrique centrale. "Fallait-il donc laisser les salafistes prendre Bamako, ou les habitants de Bangui s' entretuer ?" demandent les esprits robustes. Non. Mais pas laisser non plus l' ex-colonisateur intervenir seul, directement, béni par Obama, abandonné par les Européens. L' oeil braqué sur l' uranium du Niger voisin, et des soldats français faisant le pire boulot dans l' ingratitude générale.

N' est-il point temps d' en finir avec ces zones réservées, ces " accords de défense" et ces "mandats d' ingérence" qui n' abusent personne, ces élections truquées, ces gouvernements fantoches, cette absence de perspective durable rappelant l' époque de la décolonisation manquée, le tout sous couleur d' instauration sine die de la "démocratie"?

Calquant, répétons-le, un modèle exogène lui-même en crise, les Etats-nations des anciens Empires européens, souvent éloignés du peuple par une oligarchie assimilée et corrompue, prétendent forger une conscience patriotique avec le cirque électoral présenté comme la panacée. Ils ne peuvent tabler que sur l' allégeance clientéliste des citoyens, qui ne saurait contrebalancer la vigueur de traditions communautaires religieuses et culturelles échappant à la logique étatique occidentale. Un Etat africain viable renvoie en priorité aux structures fondamentales des sociétés africaines, remarque qui vaut également pour les politiques d' intégration de certaines populations immigrées. Partir aujourd' hui d' autres bases ne semble qu' une mauvaise utopie.

Publié dans politique

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Le parcours limpide de Kikoïne

Publié le par memoire-et-societe

Il y a chez moi un tableau qui représente un poulet à demi déplumé, sur un coin de table. Près de l' animal des tomates, un petit pot bleu. Fond de briques rougeâtres. Des visiteurs s' approchent, cherchent à décrypter la signature, puis finissent par demander : "C'est un Soutine?"

Non, ce n' est pas "un Soutine", mais une oeuvre de Kikoïne. On raconte que quand ils étaient ivres, les deux jeunes peintres signaient l' un pour l' autre, en frères. Peut-être le tableau est-il alors de Soutine signé Kikoïne, autrement dit un faux Kikoïne et un vrai Soutine ?

Chaïm Soutine est une star de la première "Ecole de Paris". Michel (Mikhaïl) Kikoïne demeure moins coté, encore que de plus en plus prisé, notamment en Asie et dans son pays d' origine, la Biélorusse (partie ouest de la Russie devenue indépendante depuis la chute de l' URSS), où il a vu le jour en 1892. A 20 ans, il fait, comme Chagall, Kisling, Brancusi, Marcoussis, Lipchitz, Krémègne, Pascin, Mané-Katz, Survage, Zadkine, et plusieurs centaines d' autres artistes juifs d' Europe de l' est, le voyage sans retour à Paris, capitale des Arts.

Il s' installe, bien sûr, à "La Ruche", le phalanstère des "Montparnos", au fond du XVème arrondissement. et dès sa première exposition personnelle en 1919 est remarqué par la critique et les collectionneurs. Bientôt, il a la révélation de la lumière méditerranéenne qu' il va croiser avec celle d' Annay sur Serein, dans l' Yonne, où il a acquis une maison. A la fin des années 20, Kikoïne est "lancé". Le cubisme, le surréalisme, l' abstraction n' ont pas dérangé la régularité de son pas. Il est fidèle à ses premiers maîtres, Rembrandt, Chardin, Courbet, tout en se référant à l' expressionnisme, au fauvisme, aux nabis.

Pour autant, petit-fils de rabbin et naturalisé français, il n' oublie jamais son éducation judaïque et la tradition paysagiste russe. Sa palette s' enrichit en outre des effets de ses multiples séjours en Provence, puis en Israël où il est considéré comme un Soutine optimiste, témoin accompli d' un parcours qui l' a conduit, à l' instar de Foujita ou de Modigliani, via les "Années folles", d' un bourg perdu aux hautes marches de la reconnaissance artistique. Il meurt en 1968 à Cannes alors que viennent de retomber à Paris les clameurs de la révolte.

P.S. Le fils de Michel Kikoïne est le peintre Jacques Yankel, ex professeur à l' Ecole des Beaux-Arts de Paris.

Publié dans culture

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Blanchard l' incompris

Publié le par memoire-et-societe

Cet homme fut cassé. Toujours en marge. Marginal dans le surréalisme même. Mais admiré dans sa haute solitude par Breton, Eluard, Char, Péret, Michaux, Bachelard, Bousquet, Lévis-Mano, Béalu, Seghers, Pieyre de Mandiargues et quelques autres rares lecteurs. Allergique aux moeurs littéraires, préférant lire ses textes à ses poissons rouges.

Cassé de naissance à Montdidier (Somme). Apprenti forgeron à 12 ans, contre l' avis de l' instituteur, à 15 métallurgiste à Creil, ma cité natale, et dans divers bagnes industriels de la banlieue parisienne des débuts du XXème siècle. Puis il part à pied à Toulon s' engager dans la marine avec, pour seul bien, ses 18 ans, quelque chose de Rimbaud et une exceptionnelle fringale de connaissance. C' est à fond de cale, " à la lueur des quinquets", qu' il apprend les mathématiques, le grec, le latin et la philosophie, acharné à " rattraper la file des gens instruits". Reçu premier au concours d' ingénieurs-mécaniciens, on prédit à l' autodidacte une brillante carrière de marin. Il choisit de revenir à Paris en 1913 comme laborantin.

L' année suivante, il est l' un des premiers pilotes de l' escadrille de Dunkerque dont il sort couvert de médailles, miraculeusement rescapé, et entre dans l' industrie aéronautique. Son prototype, le Blanchard H.B.3, bat en 1924 deux records du monde d' altitude. Il crée alors les "Constructions Aéronavales Blanchard", dont le siège se fixe à Saint-Cloud.

Passant un jour devant la librairie José Corti, il remarque un titre de Paul Eluard et découvre du même coup le surréalisme, mouvement auquel sa nature indépendante lui interdit d' appartenir, mais mode d' expression qui correspond à la violence de sa révolte intime. Révolte enfouie mais totale, anarchisante, qui vise tout, le système politique (urinez dans les urnes!), la domination bourgeoise (mort à l' Etat!), les partis révolutionnaires, qualifiés de "gangs" voués "aux lendemains qui puent".

Il publie à compte d' auteur "Les Lys qui pourrissent", sous le pseudo d' Erksine Ghost, puis, sous son nom, "Malebolge", "écrit, note Joë Bousquet, à coups de fouet". Désormais, il attache plus d' importance à sa poésie, qui soigne son mal-vivre, qu' au reste, se moquant par ailleurs d' être lu ou pas. Blanchard est sans illusion : "Débuter à 60 ans, souligne-t-il, c' est atrocement ridicule". Mais évoquant " Les Pelouses fendues d' Aphrodite", Noël Arnaud déclare : " Dix hommes peut-être savent qu' un des plus grands poètes de notre temps porte son nom".

Remobilisé en 39, il reçoit une seconde Croix de Guerre, puis rejoint dès 1940 le Réseau de renseignements "Brutus" et le groupe de résistants de "La Main à plumes ". Il tient un journal de l' époque, transcrit plus tard par sa fille sous le titre de " Danser sur la corde". La tempête passée, le combattant revient au surréalisme personnalisé (oui au stupéfiant-image d' Aragon, non à l' écriture automatique façon Desnos), continuant de publier des plaquettes à diffusion confidentielle.

En 1955, parvenu à la retraite, il se réconcilie avec Montdidier. L' a-t-il jamais oublié, ce lieu détesté de sa souffrance d' enfant? Malebolge comporte un passage en langue picarde. C' est en Picardie qu' il mourra de ses blessures : en mars 1960, il glisse dans la descente familière qui mène du Prieuré au faubourg Saint-Martin de ses premiers pas, et s'y fracture le crâne. Aujourd'hui, la plaque de la rue qui porte son nom spécifie simplement : " ingénieur de l' aéronautique".

Petite bibliographie : "Les Barricades mystérieuses" (Poésie Gallimard)

"Débuter après la mort" (Plasma, 1977)

Publié dans littérature

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Et alors, l' Afrique?

Publié le par memoire-et-societe

Le 19 mars 2011, les aviations française et britannique intervenaient en Libye sous couvert des Nations-Unies pour empêcher un massacre de population à Benghazi (opération Ellemy). Belle occasion, en outrepassant la mission, d' en finir avec Kadhafi (fastueusement reçu fin 2007 à l' Elysée) pour Sarkozy, et son ami B.H.Lévy dit "Armons-nous et...allez-y!". En réalité, Benghazi, où en 2012 l' ambassadeur américain Stevens a été symboliquement assassiné le jour anniversaire du 11 septembre avec 3 de ses compatriotes, était un centre opérationnel de la CIA pour une large partie du Machrek. La chute du colonel ouvrait de fait un chemin aux jihadistes qui cherchaient à infiltrer le Sahel.

Le 11 janvier 2013, toujours avec le label du Conseil de Sécurité, environ 5000 soldats français arrivaient au Mali (opérations Serval, puis Hydre) pour interdire aux Islamistes la route de Bamako et l' idée de pousser sans doute vers l' Atlantique, en coupant l' Afrique de l' ouest en deux. Les envahisseurs autochtones, si l' on ose dire, étaient une addition de tribus locales insurgées (Touaregs) et d'éléments armés ayant reflué de Tripolitaine après la défaite du régime kadhafiste. La France installait en réponse un gouvernement à sa convenance tandis que les rebelles (terme qui rappelle étrangement d' autres époques) se retranchaient dans les massifs montagneux des confins algéro-libyens pour attendre le retrait de l' ex-colonisateur rhabillé en gendarme international.

Le 7 décembre 2013, le gouvernement de Paris, missionné une fois de plus par les instances de l' ONU, larguait 1600 hommes (aujourd'hui 2000) en Centre Afrique (opération Sangaris) afin de s' interposer entre communautés chrétienne et musulmane décidées à s' exterminer mutuellement. Ce qu' elles semblent d' ailleurs réussir à faire sans trop de difficultés.

La vigilance sans faille de la France a alors connu la consécration avec la réception grandiose de François Hollande à Washington. On imagine aisément le dialogue des présidents français et américain :

Obama : Bravo, mon cher François! Grâce à vous, je peux annoncer que le terrorisme est sous contrôle. Vous comprenez, après l' Irak et l' Afghanistan, il m' est difficile d' envoyer encore des boys aux quatre coins de la planète. Je suis donc ravi de trouver les poitrines de nos amis français pour ce boulot ingrat.

Hollande : Cher Barak, la France a un rôle historique en Afrique, comme vous le savez. Il est donc normal qu' elle figure au premier rang dans le maintien de l' ordre sur le continent. L' uranium du Niger le vaut bien.

Obama : O.K, François. Je reconnais vos droits tout à fait normalement historiques, et vous m' épargnez les emmerdes dans ce coin pourri. C' est que je n' ai pas que ça à faire : y a du business qui attend de l' autre côté, en Asie, vous comprenez, et on ne peut pas être partout. Alors je compte sur vous, my friend !

Hollande : Pas de lézard, ça va le faire, Barak. La France a l' habitude d' honorer ses engagements. Le salafisme ne passera pas, foi de Lévy!

Ce discours vraisemblable à quelques tournures près confirme l' ignorance où évoluent les dirigeants occidentaux. Nous avons déjà mentionné (voir "Mali attention!" le 24/01/13 et "Qui va croire qu' au Mali tout est réglé?" le 06/11/13) les conséquences déstabilisantes des gesticulations sarkozistes. Le Sahel est dans une phase de tempêtes dont on ne saurait prévoir ni les prolongements ni la durée. L' Afrique, à mesure que s' éloigne l' empreinte coloniale, se révèle un puzzle d' Etats sans lien convaincant avec les réalités ethniques et sociologiques. Ainsi la République Centrafricaine (ex Oubangui-Chari) est-elle un bricolage post-colonial de clans, tribus et réseaux communautaires parfaitement étrangers à la création d' un Etat-nation.

Arrêtons-nous sur le cas des Touaregs. Ansar Dine et le Mujao, leurs deux organisations en rébellion depuis des décennies contre le Mali pour la reconnaissance de leur statut particulier, font valoir à cet effet la combinaison du nomadisme inhérent à leur mode de vie et d' une hiérarchie sociale fondée sur le lignage. Droit de propriété et territorialité ne concernent pas leur population, intégrée de tout temps à un espace de campement et de tente. Dès lors, les revendications portent davantage sur la légitimation du lignage que sur la conquête de frontières ou le ralliement à une structure impliquant la sédentarisation et l' allégeance citoyenne. Mali, Niger, Libye, Algérie, Mauritanie en font l' expérience. La révolte des Touaregs s' incarne désormais dans une "Légion islamique" qui conduit les pasteurs au chômage vers une socialisation religieuse et militaire sans droits de douane, en contradiction totale avec le concept occidental d' Etat-nation. Un choix qui, ressenti comme une nouvelle lutte de décolonisation et méconnu hors du continent, interpelle une jeunesse arabo-africaine en attente d' avenir.

Savoir. Comprendre.Sortir du guêpier...Ne faudra-t-il pas qu'un jour les dernières forces spéciales, le dernier légionnaire, l' ultime hélicoptère d' assaut, quittent la région ?

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Où en sont les Droites?

Publié le par memoire-et-societe

Fidèle à une tradition datant de la monarchie, la Droite française continue de se diviser (d' accord, la Gauche aussi) en tendances distinctes et théoriquement inconciliables : Droite classique, Droite nationaliste, Droite moderniste. Les deux dernières semblent progresser dans l' opinion, et la première, la plus nombreuse mais ébréchée par la crise et ses luttes intestines, être en perte de vitesse. La fiscalité, l' identité, la sécurité, la défense de l' entreprise, forment les thèmes de leurs débats actuels.

Prise globalement, la Droite est majoritaire, avec de faibles oscillations, suffisantes parfois pour donner le sentiment d' une "vague" d' effrayante couleur. Ce qui constitue aujourd' hui une novation est la montée régulière d' un taux d' abstention révélant l' essoufflement du système, c' est-à-dire sa relative représentativité et l' urgence d' une mutation institutionnelle apte à revigorer la vie démocratique. Le citoyen, en se détournant du fonctionnement républicain et d' un personnel politique discrédité, annonce un sursaut qu' il sera difficile d' ajourner indéfiniment.

La Droite légitimiste, en débutant par elle, défend pour l' essentiel des valeurs qui n' ont connu depuis des lustres que de modestes retouches. Elle maintient ainsi la place prépondérante de la bourgeoisie conservatrice, laborieuse, soucieuse de ses deniers, dont Vichy flattait les aspirations : le bas de laine, le patriarcat, la xénophobie, et que le gaullisme a su récupérer à la faveur de la Libération. En dépit d' avatars partisans, du RPF à l' UMP, mais l' oeil rivé sur l' objectif, le Pouvoir, elle rassemble, non sans tiraillements, la France du patronat et du négoce, les hiérarchies militaire et religieuse, la haute fonction publique, les professions libérales, la puissance financière, bref l' oligarchie. Cette Droite a pris l' habitude se considérer comme détentrice naturelle des palais de la République, peinant à admettre l' accès aux Affaires d' une Gauche, même "raisonnable", qui mêle diplômés dévoyés (les énarques roses) et défilés de syndicalistes décomplexés.

La Droite identitaire, elle, exclue du jeu parlementaire grâce à des arrangements politiciens, tient un discours fort différent. Il existe, depuis Daudet, Maurras et la Cagoule, une solide tradition extrémiste à laquelle ont sacrifié nombre de leaders légitimistes repentis : Longuet, Madelin, Goasguen, Léotard, Devedjian et autres. Cette "famille de pensée", de nature plus plébéienne que la précédente, se caractérise par un national-populisme jaloux (la préférence nationale) et une radicalité qui la mène au bord, et parfois au coeur, du racisme. Toutefois la ligne "dédiabolisante" imprimée par sa nouvelle direction au Front National, pour prendre cet exemple, vise une intrusion dans le champ républicain , au grand dam des dirigeants de l' UMP alors obligés de se droitiser davantage pour retenir des électeurs tentés de passer à la concurrence. Ces chassés-croisés éventuels font, bien sûr, le miel d' une frange d' ultras usant d'une surenchère gratifiante en ces temps de chômage, d' immigration et d' europhobie. Bouclage des frontières, protectionnisme commercial, retour au franc, la répétition de tels mots d' ordre n' est pas sans impact sur une opinion déboussolée.

Enfin la Droite moderniste (atlantiste, européïste, néo-libérale), à califourchon sur un centre gauche à tonalité social-chrétienne et un centre droit pragmatique, fasciné par le modèle américain et la réussite allemande, incarne le dernier volet de ce triptyque hétéroclite. Du lointain MRP à la récente UDI, en passant par le Giscardisme ou le MODEM, elle n'a cessé, sans dédaigner les responsabilités gouvernementales, de se chercher un champion consensuel. Bayrou? recalé par l' UMP qui lui impute la défaite de Sarkozy. Borloo? léger à côté de certains candidats probables pour 2017. Après V.G.E, fortement épaulé en 1974 par Chirac contre Chaban et fortement affaibli en 1981 par le même contre Mitterrand, morne plaine. Il y a le potentiel électoral : mais toujours pour servir d' appoint.

Quand on observe de près, on constate donc que, sous le terme élastique de "Droite", co-habitent des groupes sociaux qui n' ont de commun que leur opposition au socialisme, concept aux frontières mal définies. Néanmoins, cet antisocialisme de principe ne recouvre aucune unité de pensée et d' action : on ne verra pas MM. Le Maire et Gollnisch sur la même estrade. Qui peut affirmer pour autant que l' électeur UMP n' est pas prêt à voter pour le candidat F.N contre le "danger" d' une gauche détestée ? La porosité croissante à la base n' infirme-t-elle pas la rectitude verbale au sommet? Les élections du printemps ne vont pas tarder à nous éclairer sur le sujet.

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L'arme linguistique

Publié le par memoire-et-societe

La démographie, la langue et l' économie forment un trépied sur lequel s' appuie une majorité d' Etats-nations. C' est pourquoi la place de sa langue, écrite et parlée, demeure fondamentale pour l' avenir, entre autres, de la France. Des années passées aux côtés de Léopold-Sédar Senghor au Sénégal m' ont associé à un vaste projet de francophonie qui s' est ensuite réduit à quelques bureaucraties népotistes et onéreuses, sans impact véritable sur les mutations mondiales.
Les Français sont aujourd'hui les principaux responsables (sous prétexte d' échapper à un éternel soupçon de "néo- colonialisme") de la médiocre santé du... français. Ils semblent juger la "Francophonie" comme une sorte d' inévitable concession aux Québécois, Wallons et autres qui, voués à une lutte farouche pour la survie de leur langue natale ou d' emprunt, craignent,eux, son recul international. Paris croit apaiser leurs appréhensions en finançant les institutions multilatérales et brouillonnes mentionnées plus haut, ou en créant un portefeuille hybride coopération - francophonie confié à un ministre de seconde zone. Cette attitude paternaliste, voire condescendante, est une lourde et tenace erreur qui aboutit à abandonner aux seuls francophones non français la défense concrète de la langue commune.

Les références au "Commonwealth à la française", ou l' élargissement continu du système à des pays qui n' ont rien à voir avec le concept même d' intérêts solidaires francophones, sont les preuves d' une dérive vaniteuse de la problématique. Une langue est une arme.Il faut partir de là. Nous ne sommes plus, tant s' en faut, à l' époque de Rivarol et du discours sur l' " Universalité de la langue française". On constate combien il est devenu difficile de garder à la seconde langue diplomatique la situation et le statut qui lui sont théoriquement conférés. Non seulement l' anglais international est actuellement l' outil privilégié des Sciences, de la Technologie, de l' Economie, mais 15 à 20 autres langues sont désormais plus parlées que celle de Molière.

Ces faits étant largement connus, il n' en est que plus alarmant de noter le peu de réaction du pouvoir politique à la dégradation syntaxique et terminologique du "parler-français". N' évoquons même pas la déroute de l' orthographe, y compris chez les "clercs" : enseignes commerciales, messages publicitaires, échanges électroniques, concourent à la défigurer pour en faire la version phonétique de l' inculture. Il n' est ni réac ni spécialement élitiste de déplorer la dépersonnalisation engendrée par pareil état de choses, sans rapport avec l' évolution naturelle de toute langue. Il s' agit là de vandalisme identitaire.

On marche d' ailleurs sur la tête : l' attention prioritaire dont semblent jouir "les langues régionales", minoritaires dans leur propre espace, rend perplexe. Dans quel idiome familier un Corse et un Breton devraient-ils donc s' adresser l' un à l' autre? un baragouin anglicisant de cent mots? un sabir truffé de jurons ethniques? Le raccornement linguistique n' annonce qu' une folklorique agonie, ne patronne qu'un degré zéro du savoir, à mi parcours entre le microparticularisme et la mondialisation uniformisante. Il est un moment où le passéisme vernaculaire parait aussi suicidaire que l' utopie espérantiste.

Une langue commune n' est pas un choix jacobin parce qu' elle est le produit de siècles, d' évènements divers, jusqu' à créer une entité historique. Celle des peuples qu' elle a rassemblés. En ce sens, elle prend valeur de frontière à défendre. Toute "Patrie" est toujours "en danger". Mieux vaut risquer de faire "vieux jeu" en le rappelant que de le laisser ignorer à des générations futures soudain désarmées.

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Avec Schaeffer

Publié le par memoire-et-societe

Sanctionné en 1968 après la grève des journalistes de l' ORTF, j' ai été courageusement recueilli par le responsable du "Service de la Recherche", Pierre Schaeffer, qui a osé me caser à la tête d' un département "Information" créé pour la circonstance.
J' ai passé deux ans (1969-71) auprès de cet homme alors considéré comme visionnaire du son et de l' image, chef de file de l' avant-garde audio-visuelle. Polytechnicien, ami de Jacques Copeau, disciple de Gurdjieff, et grand théoricien de la "musique concrète", c' était un personnage hors norme. Il a, diva outragée, consacré une partie de sa vie à se bagarrer contre l' administration de la radio-télévision publique qui estimait qu' il coûtait fort cher à l' entreprise au regard d' une production maigrelette. C' est d' ailleurs pourquoi Schaeffer réservait une autre partie non négligeable de son temps à répéter que "plus on monte, plus c' est pourri" et à parcourir le monde, en quête d' une reconnaissance internationale qui devait lui permettre ensuite de négocier des projets de budget vertigineux, vite ramenés à la portion congrue au mépris de la santé de notre chef comptable.

C' est dire que ce Service, dont la réputation d' anticonformisme et d' insouciance trésorière était reconnue de tous, attirait la foule des créateurs sans domicile fixe, et constituait en lui-même un "show" dont le maître des lieux s' ingéniait à faire le chiffon rouge des inspecteurs et contrôleurs d' Etat. Cinéastes expérimentaux, ethno-acousticiens, néo-concertistes, psycho-phénoménologues, électrographistes, post soixante- huitards du type Lapassade (Paris VIII) que les Situationnistes venaient là traiter de "gros con", se bousculaient pour entendre la Parole que Schaeffer délivrait d' un ton blasé à un parterre,au sens le plus littéral du terme, d' étudiantes extasiées.

Le "bureau" du patron introduisait d' emblée dans l' atmosphère de dérision raffinée et de flegmatique improvisation qui prédominait. Il s' agissait, à l' étage, d' une très vaste pièce richement moquettée et entièrement vide. Pas de meuble, de dossier, pas même la moindre feuille de papier. Une chaise ordinaire unique, sur laquelle Schaeffer daignait s' asseoir, sa serviette de cuir sur les genoux, pour écrire. Quand il tenait réunion, sans ordre du jour ni horaire précis, les participants prenaient donc place par terre, en arc de cercle.
Pour le reste, la " Recherche" investissait un bel hôtel particulier (le Centre Pierre-Bourdan), ceint de gazon à l' anglaise et situé à deux pas de la "Maison ronde" (Radio France). Schaeffer y avait fait aménager un ensemble spécialement incommode, peuplé de bouts de couloir, de niches, de faux balcons, de demi cagibis, d' embrasures-surprises et autres recoins tarabiscotés d' où émergeait à tout instant quelque chercheur affairé. L' image de ruche ne pouvait manquer de saisir l' esprit du visiteur, le décor de lui rappeler un tableau de la Commedia dell' Arte.

De cet antre surréalisant sont cependant nés des "objets de communication" (i.e. des émissions) qui ont marqué les années 60-70, tels "Les Shadoks", les séries "Un certain regard" et "Vocation", les oeuvres de compositeurs comme Pierre Henry, François Bayle, Bernard Parmigiani.

En 1974, Chirac a fait éclater l' ORTF, que personnellement j' ai quitté depuis trois ans, en un chapelet de structures et de chaînes. Je me trouve à des milliers de kilomètres au moment où mon ancien service est fondu dans un Institut de l' Audio-Visuel (INA) plus tourné vers l' archivage que vers l' expérimentation. Alors Schaeffer, atteint par l' âge de la retraite, est retourné à ses travaux personnels de musicologue et de théoricien. De lui, je garde aujourd'hui le souvenir ému d' un pionnier incompris et parfois maladroit, qui a néanmoins ouvert en France les pistes dont ont su s' inspirer des formes de communication contemporaine.

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Dumont Jules, martyr marginal

Publié le par memoire-et-societe

L' affaire est bien décalée : l' histoire d' un oublié du show résistanciel. Inutile de chercher dans les volumes de l' "Histoire intérieure du Parti Communiste Français" de Robrieux, vous n' y trouverez nulle mention du héros en question. Cet effacement relève des silences auxquels l' Histoire se prête souvent. Dumont n' était pas pourtant un personnage falot. On le rencontre dans les Souvenirs d' André Marty, Angelo Tasca, Auguste Gillot, entre autres. Jamais dans l' iconographie officielle du "Parti des fusillés".

Jules, Joseph Dumont, fils de cordonnier, était né en 1888 à Roubaix. Lors de la première guerre mondiale, il a participé à tous les grands combats, de la Somme, où il a été blessé, aux Flandres, où il a été gazé en 1918. Parti sergent, il est rentré capitaine, bardé de médailles.

Il a quitté l' Armée en 1920 pour la région de Meknès, au Maroc où il avait fait son service militaire. L ' Administration coloniale, la misère populaire et la pression des banques sur de petits colons comme lui, l' ont conduit à la lecture, interdite dans le Protectorat, de "L' Humanité", avant d' en faire un communiste convaincu.

Etroitement surveillé, il a bientôt été arrêté pour propagande subversive, et expulsé du pays par un tribunal militaire. Son brutal départ, sans sa famille, a accéléré, par solidarité, la constitution du Parti communiste marocain.

A son retour à Paris, le Komintern l' a envoyé comme conseiller militaire en Ethiopie, pays agressé par l' Italie fasciste, d' où il a gagné Madrid pour prendre la tête d' une centurie des Brigades Internationales, puis du bataillon "Commune de Paris", enfin le commandement de l' importante brigade "La Marseillaise" jusqu' en 1938. Mobilisé l' année suivante en tant que lieutenant-colonel de réserve de l' armée française, il a, dès l' armistice de 1940, repris contact avec le P.C qui l' a alors nommé directeur-gérant du quotidien "Ce Soir". A ce titre, il a été chargé de négocier avec l' ambassadeur allemand Otto Abetz l' autorisation de reparution du journal, en parallèle avec une démarche identique entreprise par Catelas pour "L' Humanité". Finalement, c' est Hitler qui a tout stoppé en revenant sur le droit préalablement accordé par Abetz.

Dumont, de son côté, avait plongé dans la clandestinité, préparait une évasion des députés communistes de la prison du Puy, et siégeait depuis sa création au sein du Comité militaire national des F-T.P. sous le nom de "colonel Paul". Ciblé par la Gestapo, il a été capturé fin 1942, sauvagement torturé avant d' être fusillé le 15 juin 1943 au Mont Valérien, à 55 ans.

Itinéraire héroïque d' un responsable de la Résistance armée : pourtant son nom ne figure nulle part. Ses camarades de combat ont disparu. Leurs héritiers l' ignorent. Ses descendants sont dispersés (l' un de ses fils, arabisant, a été conseiller du président Senghor à Dakar) et sans trace concrète de son existence. Le Parti pour lequel il s' est sacrifié a mis les scellés sur sa mémoire.

L' explication de cette disgrâce n' est pas savante. En juin 1940, alors que l' Internationale était encore liée par le pacte germano-soviétique, le PCF a été incité à réclamer à l' occupant allemand la faculté de reparaitre pour sa presse. Duclos, en charge de l' organisation (Thorez était à Moscou) a mis en route, sous l' égide du patron de la Commission des Cadres, Tréhard, la double démarche en direction d' Abetz. Mais entre temps (les communications avec le Komintern étaient longues et compliquées), Staline avait changé d' avis. Tréhard se retrouvait donc publiquement désavoué. Par la suite, jamais le Parti ne lui a confié de nouvelle responsabilité. Quant à Dumont et Catelas, tous deux fusillés par les Nazis, ils ne posaient plus de problème. Tous les témoins de ce faux pas avaient quitté la scène, et l' image du Parti sortait intacte de cette trouble péripétie.

P.S. Des lecteurs ayant demandé comment se procurer "Chroniques franco-citoyennes", ouvrage papier tiré de ce blog, voici l' adresse électronique : ww.morebooks.fr

Publié dans histoire

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