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Responsabilité et irresponsabilité

Publié le par memoire-et-societe

Des sociologues ont mis l'accent depuis plusieurs années sur des traits de la société actuelle comme l'absentéîsme croissant au travail et à l'école et , corollaire, le recul de la conscience professionnelle et de l' ouvrage bien fait. S' il existe des manifestations de démotivation chez les dirigés, sans doute faut-il en chercher l' origine, autant que dans la déstabilisation due à la mondialisation, dans le sens de l' irresponsabilité et  la certitude de l' impunité des dirigeants. L' immoralité civique et sociale conduit à la démission collective: le volume atteint par l' abstentionnisme électoral en est une illustration.

Hommes politiques, hauts fonctionnaires, grands patrons -ce peut être les mêmes-, membres éminents de professions libérales, conseillers de ceci et experts de cela, ne se rejoignent pas que dans l' esprit de caste: ils sont de plus en plus solidaires dans l' usage de l' irresponsabilité et du cynisme. Inutile de dresser un tableau des indécentes rémunérations et indemnités que s' octroient les princes du 4.40 : au-delà des chiffres, c'est la sanction de l' échec qui vaut  attention. Quand celle-ci se traduit  par toujours plus de jetons de présence dans d' autres conseils d' administration ou ces seigneurs des affaires se sont mutuellement casés, on ne peut attendre du smicard qu' il joue au stakhanoviste. Il parait  que s'ils étaient moins payés,  l' étranger risquerait de nous enlever  "nos"  P.D-G. Ah oui? lesquels? Messier, peut-être ? ou bien Haberer ? Forgeard? Zacharias ? Le Floch-Prigent? Alors, profitons de l' aubaine pour les exfiltrer...

Dans une société ou l' erreur ne nuit pas à la carrière, le pouvoir est  forcément enclin à ne pas se soucier du poids des responsabilités ni  de  l' éthique qu' il est censé représenter. Ainsi, un ancien président  de la République, protégé contre la loi  par un ex-président du Conseil Constitutionnel, par ailleurs avocat de métier et opposant politique obscurément lié à l' affaire Elf, nous a-t-il offert  l' exemple d' une irresponsabilité suprème qui, à la fin des fins,  lui a coûté  deux ans avec sursis pour "emplois fictifs ", délit commis alors qu' il n' était pas couvert par l' immunité présidentielle. Dupont-Durand  y  aurait laissé sa chemise

Paradoxe : on dirait que devenu "chef ", il est tacitement  licite  de ne  se reconnaitre responsable de rien,et  notamment pas de ses responsabilités. Ni des gabegies (vaccins anti-grippaux), ni de la santé publique (médiator), ni de la pratique des rétrocommissions, ni des conflits d' intérêts (affaire Woerth-Bettencourt), ni des  scandales sexuels, pour n' évoquer que quelques faits récents .Monde lisse, inaccessible au concept de culpabilité, innocent  par définition. De puissants lobbies , des Ordres corporatistes datant de Vichy, des médias sous influence,  montent la garde pour protèger l' "establishment " et garantir ses privilèges. Il n' y  a, à rappeler cela, aucun moralisme excessif. Si les budgets s' effondrent, si le chômage s' étend, si les trains, la justice, l' éducation, les prisons, les hôpitaux, les logements, l' essence font souci, l' oligarchie donne l' impression de se sentir exonèrée de la situation.

Interviewés à visage découvert, les exilés fiscaux de Bruxelles et de Genève le confirment : ça roule pour eux. Noah, domicilié aux Etats-Unis, fait l' honneur à  Hollande de venir défiler contre Sarkozy. Prost, Forget, Halliday, vont tranquillement porter en Suisse l' argent amassé en France. Leur sentiment de responsabilité est  comme leur cote de popularité : intact.

Responsabilité, le maître mot semble exclusivement réservé au citoyen-contribuable-électeur. Un mot  "produit en France ", selon le voeu du conciliant François Bayrou.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Insurrection dans l' urne

Publié le par memoire-et-societe

Le 18 mard 2012, à la fin d' un dimanche de pluie, le " Front de Gauche ", militance émancipée des appareils archéo-stalinien et néo-mitterrandiste, réunissait 100.000 personnes place de la Bastille. Pour certains, le jour anniversaire de la naissance de la Commune d 1871 venait se mêler à l' approche des élection présidentielles, et la symbolique aux sondages.

Le peuple de Gauche, qui a besoin de rêve, s' est  toujours cherché un tribun et une tribune. Ce soir-là, c'était le tour de Jean-Luc Mélenchon dont, jusque là, le parcours, du trotskisme soixante huitard aux trente années de parlementarisme social-démocrate, n' avait présenté rien de très original. Mitterrandolâtre comme Lang, ministre de Jospin avec Strauss-Kahn, sénateur en compagie de Mauroy, l' homme était embarqué sur un long fleuve tranquille lorsque l' effondrement du P.C et le score de sa secrétaire générale, Marie-George Buffet,(1,93% aux présidentielles de 2007), a libèré un premier rôle. Un vieux routier "lambertiste " (fraction trotskiste des années 70) ne s' y trompe pas : la nature ayant horreur du vide, il convient de le combler sans attendre.

Pas question, bien sûr, de filer au P.C pour y prêcher une sorte de repentance réformiste. Mélenchon crée, début 2009, sa propre structure, groupuscule nommé "Parti de Gauche ", inspirée de l' aile avancée du socialisme allemand " Die Linke " .Là ou est son coup de génie, c' est dans l' alliance nouée dans la foulée avec un P.C trop délabré pour mettre la barre bien haut. Exit  Marie-George, arrive Pierre Laurent, inoffensif apparatchik dont Mélenchon ne fait qu' une bouchée. Le P.C, même réduit à l' état de friche politique, n'en demeure pas moins appétissant : des racines ouvrières, des pratiques de masse confirmées, des syndiqués éprouvés et disciplinés, une familiarité garantie avec le monde de l' entreprise, des élus de banlieues difficiles, des réseaux qui ne demandent qu' à être sollicités, bref un magot militant dont aucun notable socialiste n' oserait  même rêver.

Du coup, Mélenchon se révèle tribun populaire. Il sait parler, manier l' ironie et la saine colère, sa culture politique, sinon révolutionnaire, l' y autorise, sa verve et son bagoût en font un Marchais pour classes moyennes, ses apparitions télévisées répondent aux fantasmes des bobos sous la rude écorce du débater version prolo. On court à ses meetings, autant pour voir l' artiste que pour s' imprègner de ses diatribes contre les banquiers, les grands patrons et les ministres UMP.

Dans la gauche blasée, la démagogie on a un peu l' habitude. Elle dessine depuis des lustres les frontières de notre démocratie bourgeoise. Sans mettre en doute les convictions de Mélenchon (il a refusé d' avance un maroquin chez Hollande) , évitons la griserie des formules, cessons de feindre ignorer que dans nos sociétés voter est finalement cautionner, entrer dans un jeu ou la Finance use , à chaque élection, de chantage (à la crise, la compétitivité, l' évasion fiscale, etc)

Il était sympa, Mélenchon, en ce Grand Soir de pluie, à la Bastille. Il a honoré le contrat, derrière une barricade de bulletins de vote, et, dans les banlieues, on est rentré "regonflé à bloc", prêt à voter Hollande au second tour, ce qui est "le moindre mal", n'est-ce pas?

Après, que peut devenir Mélenchon? Tributaire du P.S pour arracher une poignée de député(e)s, et du P.C s'il veut sauver son potentiel miltant, il ne risque que l'anéantissement en tant que force politique, les deux vieux "partis frères" une fois requinqués, finissant  toujours  par se réconcilier un moment pour dégager les intrus.Fin de l'insurrection.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Jean-Fançois Chabrun : la Culture contre l' Histoire (2)

Publié le par memoire-et-societe

Il existe un trait commun à une partie de la jeunesse intellectuelle française des années 1930 et 40 : son opposition résolue à l' idéologie nazie et, conjointement, son intérêt pour la culture allemande moderne.

Jean-François Chabrun fait partie de cette catégorie. Il est né à Mayenne en 1920,  d'un père professeur de Droit, parlementaire social-chrétien proche de Marc Sangnier. Khâgneux, le jeune homme est attiré par le mouvement  Dada, né à Zurich pendant la première guerre mondiale, et commence à collaborer à  "Réverbères ", la revue qui relaie les idées dadaïstes en France.Dans le numéro 3 de la publication, Chabrun attire l' attention par le compte-rendu qu'il fait d' une exposition vue pendant l' été 1938 en Allemagne intitulée l' "Art dégénéré "(Entartete Kunst ),  condamnant sans appel l' art contemporain comme " juif ". André Breton, le " pape du Surréalisme ",  lui propose alors de le rejoindre au sein de la Fédération Internationale d' Art  Révolutionnaire Indépendant (la FIARI ) qui ne survivra pas aux évènements de 40: Breton s' est exilé aux Etats-Unis, ses amis sont dispersés.

En mai 1941, accompagné de quelques rescapés des " Réverbère " et cautionné par Eluard, Chabrun reprend le flambeau de la lutte culturelle antinazie. Il est le principal fondateur d' une nouvelle publication, " La main à Plume ", titre emprunté à Rimbaud  (" Une Saison en enfer "), ou il affirme la pérennité d' un "Surréalisme de l' ombre ", fidèle à l' enseignement de Breton. C' est durant cette période que Chabrun, initialement trotskisant, rallie le P.C. "Par souci d' efficacité, expliquera-t-il, et par solidarité avec le courage des militants communistes dans la clandestinité." ( 8 collaborateurs de la MAP ont été fusillés ou déportés ).

La Libération venue, Chabrun  entre comme grand reporter au quotidien de Jean-Richard Bloch, " Ce soir ". Mais le Parti  lui demande en 1946 de devenir l' assistant d' Aragon que Chabrun dépeint en graphomane mondain, continuant d' écrire les six volumes des " Communistes " tout en conversant au téléphone. L' exécution de son ami Laszlo Rajk en 1949  à Budapest consomme la rupture de Chabrun avec le stalinisme. Il revient à l' écriture comme essayiste et critique d' art, et en particulier à ses amours de jeunesse, collaborant avec Armel Guerne à un ouvrage sur " Les Romantiques allemands",et  adaptant  l' oeuvre de Christian-Dietrich Grabbe , " Don Juan et Faust ",  pour la télévision.

Toutefois, quand Breton revient à Paris en mai 1946,il ne manifeste aucune marque de reconnaissance à Chabrun pour avoir, malgré tout, "tenu la boutique". Sans doute n' apprécait-il pas que le Surréalisme ait vécu sans lui, et surtout que son  "héritier" se soit associé au " renégat " Aragon. Le "Groupe " reconstitué observe donc la loi du silence sur  " La Main à plume ".

Puis, un matin de février 1966, boulevard du Montparnasse, près du " Dôme " ou se réunissaient les Surréalistes, Chabrun voit émerger de la brume hivernale  une silhouette lourde,lente et pathétique : Breton. Ils ne se sont pas revus  depuis 1939. Ils se saluent, puis  Breton, regard perdu, confie : " Je me sens seul à crever " . Il meurt peu après, en septembre. Devenu à son tour septuagénaire, Chabrun rédige en 1992 une lettre ouverte de douze pages  dont il m' a donné copie:" Que je vous admire, cela va de soi, écrit alors le responsable du "Surréalisme de l'ombre " . Mais encore, cher André Breton, je vous aime beaucoup. Et  de plus en plus."

Jusqu' à la fin de sa vie, en 1997, Chabrun est ainsi resté  viscéralement attaché à ce que lui avaient apporté d' essentiel  les "manières d'être " du romantisme allemand et  du surréalisme français, Novalis et  Breton : le rêve, la nuit, le hasard, la liberté.

 

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Jean Carrive : la Culture contre l' Histoire

Publié le par memoire-et-societe

Il est réconfortant de songer que, malgré les trois guerres qui ont déchiré entre elles la France et l' Allemagne, l' intensité des échanges culturels n'a de fait jamais baissé. Artistes et intellectuels divers ont en effet continué d' enjamber le Rhin, s' influençant et s' inspirant mutuellement.

Le fauvisme, le cubisme, le surréalisme en France, le Cavalier bleu, le Pont, Dada en Allemagne ou en Suisse allemande,

Kandinsky et Gropius d' un côté, Matisse et Le Corbusier de l' autre, ont illustré une symétrie et une complémentarité spectaculaires.Comme en réponse à Nietzche, Heidegger, Rilke et Kafka qui engageaient la philosophie et la litterature modernes de langue allemande sur des voies inédites, Zola, Proust, Céline et  Camus renouvelaient  totalement le roman français.
Entre ces deux pôles " qui avaient des choses à se dire", galeristes, revuistes, traducteurs, jouaient les intermédiaires. Jean Carrive a incarné l' un de ces relayeurs culturels

A Bordeaux, ou il est né et décédé dans une famille protestante modeste, on pourrait compter sur les doigts d' une main les gens pour qui son nom évoque quelque chose. Il y avait du d' Artagnan chez lui, et  André Breton y a même flairé du Rimbaud quand en 1923 il  a invité à venir à Paris ce "terroriste gascon " pour l' inscrire l'année suivante sur la liste des 19 noms énumérés dans le Manifeste ( du Surréalisme ) des  personnes ayant " fait acte de surréalisme absolu ". Du Mouvement, qu' il quitte en 1927, en même temps qu' Artaud, Delteil, Soupault, Limbour et Vitrac,Carrive garde une inaltérable  empreinte par son goût de l' hérésie et son penchant pour l' écriture automatique.

Mais ce sont la poèsie et la philosophie allemandes qui lui offrent soudain la  perspective qu' il espèrait : Schlegel plus que Marx, Hölderlin et Novalis avant Goethe et Schiller. De Magdebourg à Düsseldorf et Göttingen, il multiplie les "petits boulots ", poursuit une licence d' allemand, se lie avec Max Ernst, et écrit, en pleine montée du nazisme, des poèmes mystiques.A Breslau, il épouse Lotte, fille d'un architecte juif  francophobe.Le  "mousquetaire égaré en Silésie " désarme son beau-père en se passionnant pour deux auteurs que lui fait découvrir Lotte : le poète autrichien Rainer Maria Rilke et le romancier tchèque Franz Kafka.

Qand il rentre en France, il a trente ans et s' applique aussitôt à traduire ce dernier. Alexandre Viallatte l' a précédé. Marthe Robert le suivra. Evitant un retour à la vie littéraire parisienne, il se fixe dans une maison paysanne que sa famille possède en Gironde. Là, il accueille Balandine, amie de Rilke, mère de l' écrivain Pierre Klossowski et du peintre Balthus, avant d' y  abriter des membres de sa belle famille et des antinazis allemands.
Ses premières traductions de Kafka, " Au bagne " et " L'épée ", paraissent en 1939, au moment de la déclaration de guerre, dans l' ignorance et l' indifférence générales. Carrive choisit dès 1940 de Gaulle, avec lequel il correspond. Parallèlement, il étudie les théologiens germanophones  Thomas Platter et Karl Barth. La traduction de " La muraille de Chine " est publiée en 1944 par Pierre Seghers. Le Praguois  reste encore confidentiel , étouffé par la découverte des écrivains américains après quatre ans d' abstinence. Cependant,  la santé de Carrive, gravement  pulmonaire, décline avec rapidité. Il est contraint d' arrêter l' importation des  nouveaux auteurs allemands à révéler au public français. Le 21 janvier 1963, Klossowski prononce au cimetière Girardin de Bordeaux sa "Commémoraison ", révérence à l' homme qui s' était voué à la conciliation  de deux hautes Cultures européennes  regrettablement séparées par les avatars de l' Histoire.

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Pour les femmes

Publié le par memoire-et-societe

  Le candidat socialiste aux élections présidentielles précise que s'il est élu, il rétablira le ministère des " Droits de la femme ". On ne peut que l'en féliciter. Les femmes représentent plus de la moitié de la population française. C'est dire que la tâche ne manque pas;

Ayant été comme beaucoup d'autres successivement  fils, frère, mari et père, je m' autorise légitimement un Droit d' opinion en la matière, le probléme intéressant d'ailleurs la société dans sa totalité. Le premier écueil consiste, je crois, à démêler l'essentiel de l' anecdotique

Il règne dans l' air, s' agissant de la condition féminine, on ne sait quelle manière de paternalisme bobo, d'indulgence patriarcale et de tolérance lexicale qui fleurent  le politiquement correct  mais qui, comme dans le domaine de l' immigration, éveillent  le doute. Voter la suppression du mot "mademoiselle", ajouter "e" à auteur ou écrivain, célébrer la femme en mars et , depuis Pétain, la mère en mai, bon, c'est toujours ça qui aide à  refouler  le sexisme ordinaire. Mais ne nous laissons pas enfumer.

Puisqu' il s' agit de "ministère", donc d' institution publique, il  faut que celui-ci  s' implique à tous les niveaux dans les problèmes témoignant de la fragilité et de l' injustice du sort  fait encore à des femmes: la persistance du nombre de viols, le développement du proxénétisme, la non application de l' égalité salariale. La réponse pénale ne suffit pas forcément.

Des concertations diplomatiques (démantèlement de réseaux internationaux ), des actions systèmatiques. d'information et de prévention, sont aussi nécessaires. Le champ d' intervention est étendu.

75.000 femmes sont violées chaque année en France, disent les statistiques.10% à peine portent plainte. Il s' agit de crimes qui envoient leurs auteurs, quand ils sont démasqués, aux Assises. Pourtant, le chiffre varie peu. Ou bien les peines sont insuffisantes, et il convient alors de les rehausser, ou bien, en cas de multirécidivistes, les délinquants sont  des malades à "traiter". Le premier "droit " d' une femme n' est-il pas en effet de  vivre sans se sentir menacée constamment d'agression?

En 2011, les profits mafieux ont battu tous les records. Parmi les "activités" les plus rentables figure la prostitution. Jamais les filières du proxénétisme n'ont été aussi nombreuses, jusques et  y compris dans l' entourage de personnages éminents... Tous les continents contribuent à cette prospèrité. C'est donc de nouvelles initiatives de  coopération interétatique qui peuvent entraver avec efficacité un trafic ravalant la femme au rang d' esclave sexuelle.

L' égalité des salaires hommes-femmes a bien fait l' objet d' une loi. Mais il est plus facile de promettre la parité ministérielle (encore que...) qu' une équité salariale que maintes entreprises s' appliquent précisément à ne pas appliquer. Il existe aujourd'hui 25% d' écart entre les rémunérations masculines et, à travail égal, celles de certaines femmes vicimes d' une double, voire d' une triple exploitation : en tant que salariée, en tant que femme, et parfois en tant qu' immigrée.

 Viol, proxénétisme, salaires, trois questions ( récurrentes) que la (ou le?) future ministre serait sans doute bien inspirée de placer sur le dessus de la pile de dossiers qui l' attendent.

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Trois Europes ?

Publié le par memoire-et-societe

   La crise économique et financière qui frappe l' Europe depuis 2008, venant après une série de secousses initiées par le choc pétrolier de 1974, est révélatrice de contradictions majeures longtemps niées, masquées ou, dans le meilleur des cas, minorées. A savoir: l' utopie d'un fédéralisme sans élan populaire, les sourdes réticences anglo-saxonnes, les effets d' une profonde mutation du monde.

L' après-guerre a été marqué par le rêve européen qui a réuni : en France les socialistes de la S.F.I.O et les démocrates-chrétiens du M.R.P dans les gouvernements de la IV ème République, et en Europe occidentale des personnalités comme les Français Jean Monnet et Robert Schuman, l' Allemand Adenauer, l' Italien de Gaspéri et le Belge Paul-Henri Spaak. D' abord incarné par la CECA (Communauté Charbon-Acier), le projet fédéraliste s'est précisé dans le Traité de Rome associant six nations fondatrices et largement homogènes: France, Allemagne, Italie, Bénélux. Sorte d' âge d'or jusqu' à un premier "élargissement ", voulu par G.Pompidou, offrant notamment à la Grande Bretagne la faculté de rejoindre la C.E.E.

Les conceptions anglaises étaient connues: elles visaient en matière européenne à la formation d' une zone de libre-échange, à l' exclusion de toute construction politique. La suite a confirmé cette position que certains imaginaient faire évoluer. Qu' il s' agisse de budgets communautaires, de monnaie, de défense ou de politique étrangère, Londres n' a cessé de manifester sa volonté de faire bande à part, ses priorités réelles demeurant, sous un cabinet travailliste comme sous un cabinet conservateur, la souveraineté insulaire, l' allianca atlantique et la pérennité du Commonwealth. Ainsi l' Europe devrait-elle se contenter d' être une sorte de club libéral et mondialiste sans rapport avec les espérances d' unification initiales.

Cette façon de voir était aussi celle du Département d' Etat américain qui, de 1946 à 1992, fin de la guerre froide, a relègué l' Europe au role d' assistant et s' est substitué à elle en Asie et au Moyen Orient. Sans faire ouvertement obstacle à une organisation politique, les U.S.A  se sont en même temps arrangé pour que le ciment ne prenne pas et que les divergences intra-communautaires ne s'apaisent guère, poussant par exemple à des "élargissements" susceptibles de rendre insoluble la gestion  de l'ensemble du continent.

Dernier élément qui modifie la donne: l' irruption sur la scène mondiale de grands "émergents" disposant à la fois d' espaces étendus, de populations  nombreuses, de ressources naturelles importantes, d' industries à main d' oeuvre peu couteuse,  constituant par conséquent des marchés de premier ordre.

Le tableau est assez sombre: il montre une Europe se repliant tendanciellement  vers la conservation et  la consommation plutôt que vers l' innovation et la production . Là n' est pourtant pas le pire: il est dans la fracture de plus en plus évidente qui sépare entre eux les membres de la C.E.E,  et met en lumière l' impossibilité du renforcement des liens communautaires. Telle qu' elle est, l' Union ne marche pas.Ses peuples ne sont pas acquis au projet d' "Etats Unis d' Europe".

Après des décennies de Traités, de Sommets, de Référendums, la carte de l' Europe dessine ainsi  trois aires bien distinctes:

     -les pays résolument hostiles à une forme structurée d' intégration, comme le Royaume Uni, géographiquement européen, intimement eurosceptique.

     -au nord de la zone euro, une région économiquement dynamique, tenant à bout de bras la monnaie commune.

     -une région méridionale, fortement endettée, peu compétitive et en proie à un chômage de masse.

La crise a approfondi les clivages au point  que la dépendance des uns aux autres devient insupportable à tous, et que le continent ne pourra éviter  un choix décisif: ou garder l' euro dont les nations les plus riches se voient condamnées à assurer en permanence la survie, ou  se résoudre à créer deux monnaies proches et différentes, à l' instar des dollars américain et canadien,  correspondant  au niveau des économies respectives.

Trois Europes? Ce n'est pas la "Patrie européenne" jadis sublimée. Mais peut-être plus réaliste que le statu quo  et plus responsable qu' un piteux retour à vingt sept monnaies nationales.

 

 

 

 

 

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