Jean-Fançois Chabrun : la Culture contre l' Histoire (2)

Publié le par memoire-et-societe

Il existe un trait commun à une partie de la jeunesse intellectuelle française des années 1930 et 40 : son opposition résolue à l' idéologie nazie et, conjointement, son intérêt pour la culture allemande moderne.

Jean-François Chabrun fait partie de cette catégorie. Il est né à Mayenne en 1920,  d'un père professeur de Droit, parlementaire social-chrétien proche de Marc Sangnier. Khâgneux, le jeune homme est attiré par le mouvement  Dada, né à Zurich pendant la première guerre mondiale, et commence à collaborer à  "Réverbères ", la revue qui relaie les idées dadaïstes en France.Dans le numéro 3 de la publication, Chabrun attire l' attention par le compte-rendu qu'il fait d' une exposition vue pendant l' été 1938 en Allemagne intitulée l' "Art dégénéré "(Entartete Kunst ),  condamnant sans appel l' art contemporain comme " juif ". André Breton, le " pape du Surréalisme ",  lui propose alors de le rejoindre au sein de la Fédération Internationale d' Art  Révolutionnaire Indépendant (la FIARI ) qui ne survivra pas aux évènements de 40: Breton s' est exilé aux Etats-Unis, ses amis sont dispersés.

En mai 1941, accompagné de quelques rescapés des " Réverbère " et cautionné par Eluard, Chabrun reprend le flambeau de la lutte culturelle antinazie. Il est le principal fondateur d' une nouvelle publication, " La main à Plume ", titre emprunté à Rimbaud  (" Une Saison en enfer "), ou il affirme la pérennité d' un "Surréalisme de l' ombre ", fidèle à l' enseignement de Breton. C' est durant cette période que Chabrun, initialement trotskisant, rallie le P.C. "Par souci d' efficacité, expliquera-t-il, et par solidarité avec le courage des militants communistes dans la clandestinité." ( 8 collaborateurs de la MAP ont été fusillés ou déportés ).

La Libération venue, Chabrun  entre comme grand reporter au quotidien de Jean-Richard Bloch, " Ce soir ". Mais le Parti  lui demande en 1946 de devenir l' assistant d' Aragon que Chabrun dépeint en graphomane mondain, continuant d' écrire les six volumes des " Communistes " tout en conversant au téléphone. L' exécution de son ami Laszlo Rajk en 1949  à Budapest consomme la rupture de Chabrun avec le stalinisme. Il revient à l' écriture comme essayiste et critique d' art, et en particulier à ses amours de jeunesse, collaborant avec Armel Guerne à un ouvrage sur " Les Romantiques allemands",et  adaptant  l' oeuvre de Christian-Dietrich Grabbe , " Don Juan et Faust ",  pour la télévision.

Toutefois, quand Breton revient à Paris en mai 1946,il ne manifeste aucune marque de reconnaissance à Chabrun pour avoir, malgré tout, "tenu la boutique". Sans doute n' apprécait-il pas que le Surréalisme ait vécu sans lui, et surtout que son  "héritier" se soit associé au " renégat " Aragon. Le "Groupe " reconstitué observe donc la loi du silence sur  " La Main à plume ".

Puis, un matin de février 1966, boulevard du Montparnasse, près du " Dôme " ou se réunissaient les Surréalistes, Chabrun voit émerger de la brume hivernale  une silhouette lourde,lente et pathétique : Breton. Ils ne se sont pas revus  depuis 1939. Ils se saluent, puis  Breton, regard perdu, confie : " Je me sens seul à crever " . Il meurt peu après, en septembre. Devenu à son tour septuagénaire, Chabrun rédige en 1992 une lettre ouverte de douze pages  dont il m' a donné copie:" Que je vous admire, cela va de soi, écrit alors le responsable du "Surréalisme de l'ombre " . Mais encore, cher André Breton, je vous aime beaucoup. Et  de plus en plus."

Jusqu' à la fin de sa vie, en 1997, Chabrun est ainsi resté  viscéralement attaché à ce que lui avaient apporté d' essentiel  les "manières d'être " du romantisme allemand et  du surréalisme français, Novalis et  Breton : le rêve, la nuit, le hasard, la liberté.

 

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Michelle Gasq veuve Chabrun 28/05/2012 16:53

Article tres bien documente.J'en suis tres touchée .
JFC vous a remis une copie de sa lettre a A Breton vous dites.
Il me serait agréable de savoir qui vous êtes ,nous pourrions peut -être échanger des informations précieuses.

Cordialement,
Michelle Chabrun.

Michelle 04/12/2015 22:17

réponse du 15/01/2015 à Clément
Nous avons fréquenté beaucoup de personnes avec Alain Pierre Pillet . Si vous êtes Jean Louis Clément je me souviens très bien de vous et des discutions animées , arrosées et enfumées avec un groupe d'amis et notamment les Térossian .Quelle année???
Sinon veuillez m'excuser pour ma mémoire défaillante.Les amis de mes amis étant mes amis c'est tout naturellement que je vous adresse mes cordiales salutations.

clement 15/01/2015 17:49

Michelle chabrun bonjour
nous nous sommes vus avec app très brièvement.
souvenez vous
amicalement