Insurrection dans l' urne

Publié le par memoire-et-societe

Le 18 mard 2012, à la fin d' un dimanche de pluie, le " Front de Gauche ", militance émancipée des appareils archéo-stalinien et néo-mitterrandiste, réunissait 100.000 personnes place de la Bastille. Pour certains, le jour anniversaire de la naissance de la Commune d 1871 venait se mêler à l' approche des élection présidentielles, et la symbolique aux sondages.

Le peuple de Gauche, qui a besoin de rêve, s' est  toujours cherché un tribun et une tribune. Ce soir-là, c'était le tour de Jean-Luc Mélenchon dont, jusque là, le parcours, du trotskisme soixante huitard aux trente années de parlementarisme social-démocrate, n' avait présenté rien de très original. Mitterrandolâtre comme Lang, ministre de Jospin avec Strauss-Kahn, sénateur en compagie de Mauroy, l' homme était embarqué sur un long fleuve tranquille lorsque l' effondrement du P.C et le score de sa secrétaire générale, Marie-George Buffet,(1,93% aux présidentielles de 2007), a libèré un premier rôle. Un vieux routier "lambertiste " (fraction trotskiste des années 70) ne s' y trompe pas : la nature ayant horreur du vide, il convient de le combler sans attendre.

Pas question, bien sûr, de filer au P.C pour y prêcher une sorte de repentance réformiste. Mélenchon crée, début 2009, sa propre structure, groupuscule nommé "Parti de Gauche ", inspirée de l' aile avancée du socialisme allemand " Die Linke " .Là ou est son coup de génie, c' est dans l' alliance nouée dans la foulée avec un P.C trop délabré pour mettre la barre bien haut. Exit  Marie-George, arrive Pierre Laurent, inoffensif apparatchik dont Mélenchon ne fait qu' une bouchée. Le P.C, même réduit à l' état de friche politique, n'en demeure pas moins appétissant : des racines ouvrières, des pratiques de masse confirmées, des syndiqués éprouvés et disciplinés, une familiarité garantie avec le monde de l' entreprise, des élus de banlieues difficiles, des réseaux qui ne demandent qu' à être sollicités, bref un magot militant dont aucun notable socialiste n' oserait  même rêver.

Du coup, Mélenchon se révèle tribun populaire. Il sait parler, manier l' ironie et la saine colère, sa culture politique, sinon révolutionnaire, l' y autorise, sa verve et son bagoût en font un Marchais pour classes moyennes, ses apparitions télévisées répondent aux fantasmes des bobos sous la rude écorce du débater version prolo. On court à ses meetings, autant pour voir l' artiste que pour s' imprègner de ses diatribes contre les banquiers, les grands patrons et les ministres UMP.

Dans la gauche blasée, la démagogie on a un peu l' habitude. Elle dessine depuis des lustres les frontières de notre démocratie bourgeoise. Sans mettre en doute les convictions de Mélenchon (il a refusé d' avance un maroquin chez Hollande) , évitons la griserie des formules, cessons de feindre ignorer que dans nos sociétés voter est finalement cautionner, entrer dans un jeu ou la Finance use , à chaque élection, de chantage (à la crise, la compétitivité, l' évasion fiscale, etc)

Il était sympa, Mélenchon, en ce Grand Soir de pluie, à la Bastille. Il a honoré le contrat, derrière une barricade de bulletins de vote, et, dans les banlieues, on est rentré "regonflé à bloc", prêt à voter Hollande au second tour, ce qui est "le moindre mal", n'est-ce pas?

Après, que peut devenir Mélenchon? Tributaire du P.S pour arracher une poignée de député(e)s, et du P.C s'il veut sauver son potentiel miltant, il ne risque que l'anéantissement en tant que force politique, les deux vieux "partis frères" une fois requinqués, finissant  toujours  par se réconcilier un moment pour dégager les intrus.Fin de l'insurrection.

 

 

 

 

 

 

 

 

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