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RELECTURES

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Me voici à un moment de vie où l' on tend, dit-on, à relire plus qu' à découvrir. Se plonger une deuxième fois dans un  même ouvrage révèle en effet le désir de retrouver une émotion intime et parfois lointaine . Quel pourcentage d' oeuvres littéraires qui me sont connues cela concerne-t-il? Deux, trois %, je présume. Guère plus.

Je voudrais lister ici, en une sorte de bilan, quelques titres qui ont fait date dans mon esprit. Tous mes "coups de coeur" n' y figurent sans doute pas . Au moins ceux-la font-ils partie de mon Panthéon. Les mentionner suffit donc à inviter à la lecture de pages aujourd'hui quelque peu enfoncées dans la brume des années...Voici :

Jésus-la-Caille (1914) est une visite dans le Montmartre voyou de la Belle époque. Bars louches, hôtels misérables, sombres impasses, personnages troubles, argot oublié, c' est l' atmosphère qu' avant Simenon, Dabit ou Boudard , le poète Francis Carco a évoquée au grand plaisir du théâtre puis du cinéma qui en ont alors fait leur miel.

Histoires de Tabusse (1930). Un autre monde : celui d' un truculent cévenol des environs du Mont Aigoual, écolo avant l' heure. Ce montagnard fanatique d'indépendance est, sous la plume d' André Chamson, un libertaire dont la parole s' affirme d' une confondante modernité. Le cinéma a tiré de l' ouvrage un film qui, parait-il, s' est "perdu" (?)

Le Sang noir (1935) est un récit dont le véhément pessimisme s' apparente aux rugissements de Céline. Son auteur, Louis Guilloux, a été porté sur les fonts baptismaux par Gide, Malraux et Aragon, pas moins. "Le Sang noir ne met pas seulement en cause la bourgeoisie, déclare Guilloux. Il remet toute la vie en cause." Son héros, un vieux prof' surnommé "Cripure" est une figure de notre histoire littéraire. Maurice Maréchal l' a portée sur la scène de son théâtre.

Picardie (1943) J' ai toujours eu un faible pour Pierre Dumerchey, dit Mac Orlan, voguant, à ses débuts, entre Ubu et Dada, et influençant plus tard Boris Vian et Queneau. Les tribulations du sergent Saint-Pierre et de Babet Molina dans le régiment "Picardie", au XVIIIème siècle, est une fête de l' imaginaire. Narrateur de la trempe de Cendrars, Mac Orlan est aussi un maître du fantastique social.

Le Dieu nu (1951). Ce dieu la ne se dénude point. Il se nourrit principalement d' un érotisme retenu par les frustrations de l' hypocrisie sociale. Ou bien : Comment, selon Robert Margerit, une passion annoncée peut devenir la peau de chagrin qui châtre tous les élans de la vie amoureuse. " Le Dieu nu " est un chef d' oeuvre du genre.

La Mort des autres (1968) A mon avis, le plus émouvant et le plus méconnu des textes de Jean Guéhenno, fils d' ouvrier devenu écrivain. " La Mort des autres", c' est la mort dans les tranchées d' un camarade d' Ecole dont la mère ne possédait au monde que ce fils, unique et inégalable. Un réquisitoire accablant contre l' ineptie et la cruauté de la guerre.

L' Eternité plus un jour (1969) Titre inspiré par la pièce de Shakespeare " Comme il vous plaira ". Au bout d' une trentaine d' années de luttes, le héros, un contemporain, tire ce bilan désabusé : " Notre vie aura été sans cette joie qui nous était promise, et a été volée. " L' auteur, le poète Georges-Emmanuel Clancier s' est éteint en juillet dernier sans tambour ni trompette, à 104 ans. Je suis heureux de le relire. 

 

Publié dans littérature

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MEMOIRE HISTORIQUE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Trump vient encore d' adresser à son jeune ami Macron une vacherie ajustée.Comme on demandait à l' Américain, qui s' était déclaré "conquis" par la revue du 14 juillet à Paris, s' il envisageait une manifestation du même genre aux Etats Unis, il a répondu : "oh! c' est trop cher! " Quand on sait que le budget militaire américain est de très loin le premier du monde, la réplique est plutôt mufle.

Cela dit, ce milliardaire économe a mis le doigt sur une réalité : les dépenses insensées que les autorités françaises consacrent à fêter et célébrer l' Histoire, du village à la capitale. Aux U.S.A précisément, mais aussi dans bien d' autres pays, la célébration des moments historiques est regroupée en une journée fériée, en l' occurrence le "Memorial Day" où hommage est rendu aux morts des victoires (les deux guerres mondiales) comme des défaites (Vietnam).

En France, le sujet est, sans jouer sur les mots, explosif. Quand Giscard a voulu supprimer le congé du 8 mai (date qui, à vrai dire, ne renvoie pas à un succès exclusivement national) le tollé a été tel que l' auteur de la suggestion a vite fait machine arrière. Moyennant quoi les intransigeants du souvenir ont sauvé un de ces "ponts" qui font, dans notre pays, le charme d' un mois de mai de vacances pré-estivales aussi onéreux qu' improductif.

Le réseau routier, longtemps objet de fierté, se dégrade. Les trains, autrefois réputés pour leur ponctualité, accumulent les dysfonctionnements. Air France, qui fut l' une des meilleures compagnies aériennes internationales, part à vau l' eau. Pendant que la décentralisation offre à l' Etat l' occasion de refiler en grande partie la charge des services publics (écoles, hôpitaux, tribunaux, transports) aux collectivités locales en réduisant constamment leurs budgets, nos gouvernants impavides ne cessent de subventionner la Mémoire - que dis-je? toutes sortes de mémoires se relayant au long de l' année. Grandes batailles, armistices, esclavage, atrocités, déportations, tout est prétexte, devant des publics clairsemés ou "spécialisés", à mobilisation des élus, dépôts de gerbes, allocutions forcément redondantes, projets de musées thématiques, ou poses de plaques dont les passants ignorent l' objet.

Cette manie, qui fait sourire les Anglo-Saxons, toujours à l' affût d' une raison de moquer les Français, cette manne aussi qui permet de survivre à des tas d' associations parasitaires et fantomatiques, illustre ce qu' on nomme la "légèreté française", mais doit être électoralement rentable puisque aucun homme politique n' y voit rien à redire.

365 jours par an d' histoire mémorielle, sans rappel de quelques défaites, elles aussi mémorables, c' est beaucoup. C' est même trop pour demeurer signifiant. Quel homme vraiment d' Etat aura le courage de mettre de l' ordre dans ce fatras et cette gabegie?

Gardons le 14 juillet et le 11 novembre : de belles dates qui évoquent Poilus et Sans Culottes, et sur lesquelles peut se greffer tout le reste. Une nation robuste n' a pas besoin d' appeler à tout moment la publicité historique à la rescousse. Elle se suffit à elle même sans alourdir ses dettes.

Publié dans société

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SEPTENNAT

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le blog "Mémoire-et-Société" a sept ans d' âge : 426 articles, environ 20000 visiteurs et 27000 pages lues, sans aucune publicité, sur des thèmes et sujets ni distractifs ni people (mouvements de société, histoire littéraire, événements politiques) ne semble pas un score négligeable.
D' autant que ce travail a rencontré depuis deux ans des contrariétés et ralentissements dus aux avatars de l' existence (travaux parallèles et accidents de santé notamment).

L' année qui s' annonce, la huitième donc, demeurera orientée vers d' identiques problématiques : phénomènes marquants d' un monde en pleine effervescence géopolitique et géoculturelle, sans soumission à la stricte actualité, recherches sur une Histoire dont nous (franco-européens), sommes parfois, sans en avoir pleinement conscience, tributaires. "Mémoire-et-Société" entend être enfant de son Temps sans rien renier de ses racines.
Merci à ceux qui, en continuant de me lire, voire de me commenter, m' encouragent à continuer. Merci à ceux qui, peut-être, découvriront mon propos et y trouveront matière à réflexion. Merci enfin à toute l' équipe d' Overblog qui, depuis ces années, m' a abrité et accompagné avec sympathie et disponibilité.

Publié dans actualité

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