Overblog Suivre ce blog
Administration Créer mon blog

Guerres

Publié le par memoire-et-societe

La stratégie mondiale des Etats occidentaux a de quoi rendre perplexe. Pour prendre l'exemple de la France, le pays, surendetté, s'est  impliqué dans trois conflits "domestiques" sous des prétextes divers : en Libye, en Côte d'Ivoire, en Afghanistan. Ses navires de guerre,ses chasseurs-bombardiers, ses militaires, s'y activent sous mandat international que ses alliés et elle-même se sont employés à obtenir au motif de protéger des civils ou faire respecter des droits dont ces justiciers savent aussi se montrer parfois  peu soucieux.

Pour sauver les habitants de Benghasi, on a donc bombardé ceux de Tripoli. Le malheureux, mort sous les projectiles de nos démocraties, a ainsi la consolation de nous faire savoir, grâce à son trépas, qu'il a pu contribuer à la survie de son compatriote de Cyrénaique auquel on a épargné les obus du colonel Khadafi.

Depuis l'expédition sur le canal de Suez en 1956(4.000 victimes dans la médina de Port-Said et une déroute diplomatique mémorable pour les franco-britanniques) par le même genre d'intervenants, à l'époque les gouvernements Guy Mollet et Anthony Eden, on s'étonne peu dans cette région du monde des paradoxes occidentaux. Cette nouvelle "intervention" coûte quotidiennement un million d'euros aux contribuables français. On ne sait encore ou est passé Khadafi. Total et B.P voient l'avenir en rose pétrole.

En Cote d'Ivoire, c'est la" protection des résidents étrangers" qui a, paraît-il, primé. Tant mieux pour les quelques centaines d'entre eux (souvent des bi-nationaux  ne connaissant pas leur "métropole") qui refusent le"rapatriement", en se félicitant que les soldats français de l'opération"Licorne" appuient l'assaut des partisans du pro UMP Ouattara contre ceux du pro PS Gbagbo. Les intérêts de M.Bolloré, un ami, sont à l'abri.

En Afghanistan, les "terroristes" font l'objet d'une offensive décennale conduite par le Pentagone. Ni l'exécution tétévisée à la Maison Blanche de Ben Laden ni l'envoi de renforts en "forces spéciales" et en armes sophistiquées n'ont eu l'air d'affaiblir l'adversaire. Numériquement, les 3.000 victimes du 11 septembre sont maintenant vengées. Sadam Hussein est mort, comme d'ailleurs 4OO.OOO autres Irakiens. La solidarité atlantique est rétablie. Certes, le mollah Omar, à l'instar du nommé Khadafi, demeure introuvable. Mais des élections approchent ici et là  : il est temps de parler "retrait".75 morts sur 4000 soldats professionnels engagés sur le "terrain", on ne s'en tire pas trop mal. Le pipe-line ? Quel pipe-line ?

Bienheureux stratèges de notre Occident qui, défendant nos intérêts, consomment avec bonne conscience les jeunes vies et les milliards empruntés, et se vouent sans compter à la victoire de cette cause suprême : la financiarisation de la planète !

 

Publié dans actualité

Partager cet article

Repost 0

Triangle post colonial

Publié le par memoire-et-societe

Le schéma est particulièrement lisible en région parisienne, mais on le trouve aussi dans plusieurs autres agglomérations en France : c'est celui d'une urbanisation rappelant ,volens nolens, la configuration de villes de l'ex empire colonial.

En gros la société hexagonale s'articule de plus en plus aujourd'hui autour de trois groupes de population distincts :

- l'oligarchie, formée de ceux qu'on pourrait encore qualifier de "grands-blancs"(1). Classe politique, hauts fonctionnaires, grands patrons, élites culturelles, figures marquantes des profession libérales, occupent les centre-villes résidentiels ou historiques. "Intra muros" d'où le prix de l'immobilier et le coût de la vie écartent les autres catégories sociales. Dans un faible rayon se concentrent les pouvoirs : politique, financier, médiatique, et la richesse culturelle de la cité européenne. Un sentiment de caste, étranger au traditionnel clivage droite-gauche, rassemble cette aristocratie du savoir et de l'argent ; Ce n'est donc point par hasard que certains nomment ses membres "les Colons".

- la majorité des immigrés provenant d'anciennes colonies et installée dans des quartiers dits ouvriers, puis des banlieues récemment urbanisées, ou, plus exactement, des zones d'habitat collectif (tours, barres). Une partie importante de cette population s'y voit comme "néo-colonisée", donc en état d'infériorité et d'opposition avec le pays d'accueil


- enfin, et là réside un caractère relativement spécifique de la modernité territoriale,le peuplement "petit-blanc" (salariés,artisans, petits commerçants, retraités), évincé des centre-villes par les prix du logement mais rebuté par le multiculturalisme et par l'incivisme attaché à l'image de cités-ghettos. Se développe ainsi un habitat pavillonnaire péri-urbain, au pouvoir d'achat entamé d'emblée par le coût des transports et l'éloignement des lieux principaux de consommation culturelle (théâtres, musées, etc) mais surtout  par la distance séparant du lieu de travail, quand le travail existe. Classe populaire "blanche", pieds-noirs d'un nouveau genre, majoritaires cette fois, qui cherchent dans la protestation (vote extrême ou abstention) une expression politique. Négligé par les stratèges des partis de gouvernement, dédaigné par les technocrates politiques (voir les analyses de Terra Nova), le citoyen blanc-pauvre semble voué à n'être que la cible ou l'enjeu de démagogies électorales portées par ce triangle néo-colonial ou le fossé religieux et culturel fracture, une fois encore, la solidarité de classe.

  Thème de réflexion non inutile pour ceux qui se proposent désormais de gouverner un corps social en voie de fragmentation et dominé par l'égoïsme ploutocratique.

 

 

(voir notre ouvrage "Clio et les grands-blancs". Editions Libertalia,2010)

 

 

Publié dans société

Partager cet article

Repost 0