Triangle post colonial

Publié le par memoire-et-societe

Le schéma est particulièrement lisible en région parisienne, mais on le trouve aussi dans plusieurs autres agglomérations en France : c'est celui d'une urbanisation rappelant ,volens nolens, la configuration de villes de l'ex empire colonial.

En gros la société hexagonale s'articule de plus en plus aujourd'hui autour de trois groupes de population distincts :

- l'oligarchie, formée de ceux qu'on pourrait encore qualifier de "grands-blancs"(1). Classe politique, hauts fonctionnaires, grands patrons, élites culturelles, figures marquantes des profession libérales, occupent les centre-villes résidentiels ou historiques. "Intra muros" d'où le prix de l'immobilier et le coût de la vie écartent les autres catégories sociales. Dans un faible rayon se concentrent les pouvoirs : politique, financier, médiatique, et la richesse culturelle de la cité européenne. Un sentiment de caste, étranger au traditionnel clivage droite-gauche, rassemble cette aristocratie du savoir et de l'argent ; Ce n'est donc point par hasard que certains nomment ses membres "les Colons".

- la majorité des immigrés provenant d'anciennes colonies et installée dans des quartiers dits ouvriers, puis des banlieues récemment urbanisées, ou, plus exactement, des zones d'habitat collectif (tours, barres). Une partie importante de cette population s'y voit comme "néo-colonisée", donc en état d'infériorité et d'opposition avec le pays d'accueil


- enfin, et là réside un caractère relativement spécifique de la modernité territoriale,le peuplement "petit-blanc" (salariés,artisans, petits commerçants, retraités), évincé des centre-villes par les prix du logement mais rebuté par le multiculturalisme et par l'incivisme attaché à l'image de cités-ghettos. Se développe ainsi un habitat pavillonnaire péri-urbain, au pouvoir d'achat entamé d'emblée par le coût des transports et l'éloignement des lieux principaux de consommation culturelle (théâtres, musées, etc) mais surtout  par la distance séparant du lieu de travail, quand le travail existe. Classe populaire "blanche", pieds-noirs d'un nouveau genre, majoritaires cette fois, qui cherchent dans la protestation (vote extrême ou abstention) une expression politique. Négligé par les stratèges des partis de gouvernement, dédaigné par les technocrates politiques (voir les analyses de Terra Nova), le citoyen blanc-pauvre semble voué à n'être que la cible ou l'enjeu de démagogies électorales portées par ce triangle néo-colonial ou le fossé religieux et culturel fracture, une fois encore, la solidarité de classe.

  Thème de réflexion non inutile pour ceux qui se proposent désormais de gouverner un corps social en voie de fragmentation et dominé par l'égoïsme ploutocratique.

 

 

(voir notre ouvrage "Clio et les grands-blancs". Editions Libertalia,2010)

 

 

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