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In memoriam

Publié le par memoire-et-societe

   Je lis qu' en Israël certains ont sablé le champagne pour  fêter la mort de Stéphane Hessel. C' est terrible.

   Je salue avec le même respect la mémoire de Jaurès, de Gandhi, de Luther King et de Stéphane Hessel.

 

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La solitude de Maurice Loutreuil

Publié le par memoire-et-societe

   Il était né en 1885. Il est mort en 1925. Il n' a été reconnu comme peintre à part entière de l' Ecole de Paris qu'en 1965. Ce fils d' un clerc de notaire sarthois n' avait pas choisi la facilité: objecteur de conscience, atteint de tuberculose généralisée, artiste maudit, son existence a été une somme d' obstacles qui l' ont mené à une solitude proche de la misanthropie.

   Il a portant bénéficié, comme Van Gogh avant lui, de la solidarité constante d' un frère, Arsène, notaire à Mamers. Loutreuil,fou de peinture et de musique, se tourne d' abord vers la fresque qu' il part étudier en Italie.C' est là que va le chercher la guerre, après qu' il ait été reconnu " apte au service auxiliaire". Il opte pour l' insoumission ,gagne la Sardaigne et Naples où il est finalement arrêté et livré aux autorités françaises en 1916. On l' incarcère à Marseille : il obtient un non-lieu pour " folie raisonnante à type social".

   Il ne traine pas.En 1917, il est en Tunisie, vivant de la vente de portraits au crayon payables 1 franc. Mais il peint avec rage, dévoilant le trouble d' un art où  germe l' expressionnisme. Sa violence, la puissance de son trait, le projettent au-delà du fauvisme de ses débuts. Il est déjà un passeur de témoin.

   La guerre achevée, il rentre. Le monde a changé: la fresque est démodée, le surréalisme puis l' abstraction tiennent le haut du pavé à Montparnasse où se bousculent les artistes du monde entier. Il collectionne les petits boulots, s' éprend de l' aquarelliste Suzanne Dinkes, amie de Breton et de Masson, qui l' éconduit. De Céret, cité du Roussillon familière à Soutine, il écrit à son frère en 1919 : " Je vis seulement de pain et de quelques légumes (...) me passe de lait, beurre, fromage, linge blanc, matelas, café, tabac, coiffeur, etc. et de femme! "

   Nouveau retour: ses toiles ne peuvent le faire vivre mais une part d' héritage lui permet de s' acheter un pavillon à Belleville. Il y crée un "Salon des Oeuvres anonymes " qui le met en contact avec de nombreux mouvements d' avant-garde, bien qu' il n' adhère à aucun et s' obstine à s' isoler intellectuellement. 

   Peu à peu, sa peinture trouve un écho.Une galerie récupère son Salon où expose Matisse. Il se met à peindre des "Nus", mais c'est toujours la dèche. Il loue Belleville et s' aménage une cabane en planches où il meurt de froid au fond du jardin, confessant: " Mon existence s' est continuellement écoulée dans une telle horreur que je me suis depuis longtemps déjà désolidarisé d' avec mes contemporains. "

   Soudain, il part au Sénégal, parcourt la Guinée dans des conditions telles qu' elles dégradent un peu plus sa santé. Il revient épuisé, participe encore au Salon d' Automne de 1924. On l' amène à l' hôpital Broussais. De son lit, il écrit  sur ses modèles artistiques, Cézanne, Rodin, Renoir. Pendant ce temps, son atelier brûle à Belleville. Son ami et disciple Christian Caillard, neveu d' Henri Barbusse, parvient à sauver la plupart de ses toiles.

   Loutreuil s' éteint seul en janvier 1925, à moins de 40 ans, alors que le critique André Warnod recense les peintres français et étrangers appelés à représenter, selon la formule qu' il a créée à cet effet, " l' Ecole de Paris", les Derain, Léger, Chagall, Picasso, Modigliani et tant d' autres, devenus riches et célèbres. Loutreuil, lui, attendra des décennies avant de voir son nom et son oeuvre (environ 350 tableaux ) associés à ceux de cette prestigieuse phalange.

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Topographie d' un anniversaire

Publié le par memoire-et-societe

   Le 18 mars 2013 s' annonce un jour ordinaire.Sauf, quoiqu' il en soit, pour les amateurs d' Histoire, puisque ce sera le 142ème anniversaire de la Commune de Paris. Celle-ci a duré 71 jours, pour s' achever par la "Semaine sanglante" et le massacre des derniers insurgés au fond du cimetière du Père Lachaise.

   La Commune occupait  trois lignes dans mon livre de 1ère (le sujet a connu depuis des hauts et des bas) et  était confusément  associée à la présence des Prussiens qui encerclaient Paris. L' Ecole républicaine mentait  puisque l' un des motifs de l' insurrection de 1871, ainsi que l' a illustré  le ralliement patriotique du colonel Rossel, était l'insuffisance de la résistance du gouvernement dit de "Défense nationale" et  le désir du peuple, après des mois de blocus et de famine,de poursuivre la lutte contre l' envahisseur : c' est parce qu'ils interdisaient aux gardes nationaux  l' accès aux canons non utilisés que les généraux Lecomte et Thomas ont été  fusillés comme traitres dès le 18 mars.

   Je ne me suis donc jamais contenté de la version officielle. Vallès, Lissagaray, Vuillaume, ont laissé assez de récits incontestables. Etudiant, je montais fin mai, avec des cents et des mille, perdu dans la foule des drapeaux, au "Mur" (1), but annuel du pélerinage à la mémoire des 30.000 fédérés (chiffre régulièrement admis) victimes de cette guerre de classe d' une violence inédite (2).

   Je ne m' en tenais pas là.Je m' étais aussi traçé un parcours-souvenir de la rébellion qui m' entrainait sur des lieux marquants de son déroulement. Chemin de randonnée qui ne figure dans aucun Guide historique et polyglotte, mais  évoque  des barricades, des incendies, des exécutions, bref  les retombées de la haine et de la peur d' un Paris qu' on n'enseigne pas aux touristes.

   C' est à l' emplacement de l' actuelle basilique du Sacré-Coeur (3) qu' a achevé d' expirer  Eugène Varlin, qui avait précisément  tenté d' arracher à la foule  Lecomte et Thomas. Varlin incarnait l' une des plus nobles figures du mouvement ouvrier. Eviscèré, énucléé, démembré, la troupe est allé jeter ses restes dans une fosse du Père Lachaise. J' y songe quand je vois des multitudes insouciantes grimper au sommet de la colline, couronnée désormais d' une pieuse et pâle patisserie architecturale grâce aux  soins d' autorités attachées à faire oublier les    évènements qui ne flattent pas.

   En redescendant  Montmartre vers la gauche, on approche des vieux faubourgs, Saint-Martin et Saint-Denis, intégrés désormais au Xème arrondissement. De nombreux immigrés, des logements vétustes, de séculaires théâtres, d' assez misérables boutiques, et  la Mairie, rue du Château d' eau, tout près de la Bourse du travail. Une haute barricade se dressait  à l' angle de la rue du Faubourg Saint-Martin : c' était sur celle-la qu' avait choisi de se hisser le député Charles Delescluze, 62 ans, pour s' offrir aux balles versaillaises.

   Plus bas encore vers le centre, au bout de la rue du Temple, l' Hôtel de Ville : les Communards ont, le 24 mai, réduit en cendres ce palais renaissance, abri favori, selon eux, des tripotages et  des trahisons. N' a subsisté, trois ans durant, que " l' effroyable et admirable ruine" dont les lecteurs du Figaro réclamaient le maintien comme " témoignage édifiant de barbarie". On l' a reconstruit peu après, à l' identique.

   Sacrifiant l' héroïque Butte aux Cailles, cap à l' ouest, à l' extrème de la Ville, Porte du Point-du-Jour, endroit anodin, malgré son actuel " Centre d' animation Paris Jeunes". Le 21 mai, le lieu, voisin de la Seine et déserté (volontairement?), a permis à un espion d' y introduire les soldats versaillais. On imagine ceux-ci se glissant au petit matin le long des maisons endormies, vers la Porte Saint-Cloud, puis se répandant peu à peu dans les rues des Beaux Quartiers, sous les applaudissements, depuis leurs balcons, des élégants que ces Ruraux venaient "sauver". La Semaine sanglante commençait, promettant au général-marquis de Galliffet la victoire sur les ouvriers qu'il n'avait pu remporter face aux Prussiens.

   Le combat ramène sur le versant sud de Montmartre, après un crochet place Vendôme pour imaginer les débris de la Colonne vouée à l' Empereur, mise à  bas sur ordre de Gustave Courbet et  reconstruite en 1873 à sa charge. Nous sommes parvenus dans le quartier de la " Nouvelle Athènes", place Saint-Georges, devant la " Fondation Dosne-bibliothèque Thiers " où résidait le " bourreau de la Commune ". Les insurgés ont tout brûlé le 25 mai, et  sa belle-soeur a tout  restauré l' année suivante, aux frais du contribuable. Thiers n'y a cependant  jamais remis les pieds.

   Habitant le quartier, je m' arrête là. A chacun sa façon de ressusciter des circonstances qui, au fil du temps, ont quitté une mémoire plurielle pour entrer dans l' Histoire et, sans trop d' obstacles j' espère, dans les livres de 1ère.

 

 

(1) Le P.C., qui a acquis la fosse commune faisant face au Mur pour y enterrer ses dirigeants, a longtemps dominé, par ses bataillons militants, la commémoration de cette Révolution à sensibilités multiples (anarchiste, républicaine, démo-patriotique,etc.) 

(2) Depuis l' évocation de son centenaire (1971), la Commune ne fait plus l' objet de rassemblements  partisans.

(3) Eviter au passage  les ragots versaillais des livres  de l' acteur Lorànt Deutsch, et les récupérations démago de M.Guaino. On peut en revanche lire avantageusement, sur les usages politiques du passé, l' étude documentée de l' historien Eric Fournier : " La Commune n' est pas morte " (éd. Libertalia, 2013).

 

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Pour l' Alsace

Publié le par memoire-et-societe

   Je suis attaché à l' Alsace.Pas seulement pour ses sites ou ses monuments, pas seulement parce que mon épouse était alsacienne, mais pour l' abnégation avec laquelle les Alsaciens ont affronté en 75 ans trois guerres qui  ont écartelé cette malheureuse région.

   L' Alsace constitue l' un des motifs qui me rendent  résolument favorable à la coopération franco-allemande. Mon père, résistant, a pourtant  été déporté à l'épouvantable camp de Mauthausen. Ma belle-mère a changé quatre fois de nationalité : deux fois allemande, deux fois française. Elle lisait en allemand et parlait en dialecte. Française, elle ne l' est devenue qu' après sa scolarité puis à la fin de sa vie. Son fils aîné a été à 13 ans enrôlé dans la Jeunesse hitlérienne (HJ). De force naturellement.

   Durant l' occupation, l' instituteur allemand affecté à la nazification du village commandait deux oeufs et n' en consommait qu' un: l' autre, disait-il,était " pour le Führer ".
   140.000 Alsaciens et Mosellans ( les "Malgré nous") ont été versés d' office dans la Wehrmacht, puis expédiés sur le front de l' est. 40.000 d' entre eux sont morts. D'autres, prisonniers, ne sont sortis du camp russe de Tambov qu' en 1949. Les parents des déserteurs étaient  aussitôt envoyés au camp de concentration voisin du Struthof, dans les Vosges.

   Le 10 juin 1944, la Division SS " Das Reich" brûlait Oradour sur Glane (642 victimes civiles). Parmi les incendiaires, 13 Alsaciens, qui ont été jugés en 1953. L'un d' eux venait d' un village proche de celui de mon épouse. Ailleurs,un garçon, évadé, combattait dans les  Forces Françaises Libres, et son frère, incorporé, à Stalingrad.

   Peu de ralliés idéologiques au nazisme, émules de Charles Roos ( fusillé par les Français en février 1940 pour espionnage) en dépit de liens culturels anciens rattachant l' Alsace au monde germanique. Une poussée d' autonomisme en 1924,  quand le Cartel des Gauches entendait revenir, au nom de la loi de séparation de l' Eglise et de l'Etat, sur le statut concordataire dont jouit la région, ou 29 ans plus tard quand ont été mis en cause, au procès du génocide d' Oradour à Bordeaux, des "Malgré nous".

   L' instabilité juridico-identitaire, la phase, aujourd'hui révolue, d' a-linguisme où l' on s' accrochait au dialecte  parce qu' on ne savait parler correctement ni le français ni l' allemand, les périodes d' exode,avec les "protestataires" en 1871 et  les "évacués" en 1939, l' incompréhension ignorante  des " Français de l' intérieur" , une sorte de superpatriotisme qui semble vouloir excuser une espèce d' ambiguité, tout cela fait de l' Alsace , solide, généreuse, le creuset de la Réconciliation et  de la Paix du Continent. Et de Strasbourg, la vraie capitale de l' Europe , avant Bruxelles,  en voie de n'être  plus qu' une Babel anglophone et bureaucratique.   

 

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Mémoire de Catherine Pozzi

Publié le par memoire-et-societe

   On ne lit guère Catherine Pozzi. Son nom figure à peine dans les Anthologies, mais on écrit régulièrement sur elle. Elle a été  la poètesse à demi secrète d' une passion dont ses amis proches, Anna de Noailles, Pierre Jean Jouve, accompagnèrent la dramatisation.

   Issue de la haute bourgeoisie protestante (son père, chirurgien réputé, a été assassiné par un paranoîaque), élevée  dans l' habitude du luxe, elle rencontre très jeune écrivains et artistes : Rilke, Colette, Julien Benda, puis épouse sans passion Edouard Bourdet, auteur de théâtre qui sera administrateur de la Comédie française et auquel elle donnera un fils, Claude, futur grand Résistant et ardent militant anticolonialiste. Jean Paulhan la décrit comme une "grande jeune femme grâcieuse et laide",rongée très vite par la tuberculose qui finira par l' emporter à l' âge de 52 ans.

   D' elle demeurent ses "Journaux"( de Jeunesse jusqu' en 1906,  de femme, de 1913 à 1934: longue autobiographie signée Agnès), un essai "Peau d' âme", des poèmes récemment réédités par la collection Poésie de Gallimard, et une partie non détruite

de sa correspondance avec Paul Valéry qui fut l' homme de sa vie. Leur liaison dura huit ans. Liaison enfièvrée dont elle refusait de toutes ses forces de faire un adultère bourgeois. Lui venait de publier "Le cimetière marin" et était au faîte de sa gloire, avant de publier "Charmes" d'où on ne peut exclure l' ombre de Catherine, à côté de l' influence persistante de Mallarmé. Leur rupture fut pour elle une fin du monde.Blessée au plus profond, elle écrit: " Ce qui ne peut devenir nuit et flamme, il faut le taire", puis se retire de tout.
   On l' a beaucoup comparée à Louise Labé, lyonnaise contemporaine des poètes de la Pléïade. Son style néo-classique peut en effet y faire penser. Mais il est difficile de trouver quelque écho de la soif  d' absolu et de fusion qui habitait Catherine dans les Sonnets, même les plus élégiaques, de Louise. Les vers de " la belle Cordière" n' ont qu' un rapport lointain avec la tension qu' exprime, par exemple,  Nyx, écrit quelques jours avant la mort de l'amante de Valéry.
   Car la vie de celle-ci n'aura été en fait qu' une longue solitude qu' elle consigne avec une parfaite lucidité: " Je ne peux joindre les autres, confie-t-elle. Jamais." La maladie n' aura pas été le seul élément à avoir concouru à sa disparition prématurée. Catherine Pozzi témoigne, à travers son expérience amoureuse,d' une "souffrance à vivre" qui vaut sans doute plus que l' oubli.

 

 

 

P.S.   Une lectrice du blog intitulé "Nantais", du 4 février 2013, signale que  c' est au lycée Gabriel Guist'hau de Nantes, transformé en hôpital militaire, que Vaché et Breton se sont rencontrés pour la première fois,  en janvier 1916. Qu' elle soit remerciée de cette précision.   

Publié dans littérature

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L' affaire de Sakiet sidi Youssef

Publié le par memoire-et-societe

   Début février 1958, six soldats français du contingent, prisonniers du FLN algérien, étaient exécutés dans le Constantinois. Les auteurs de ce massacre ayant franchi le barrage électrifié( dénommé "Ligne Morice") s' étaient réfugiés en territoire tunisien par un tunnel débouchant dans les bâtiments de la douane du village de Sakiet sidi Youssef. Le samedi 9 février au matin, l' aviation française répliquait en bombardant l' agglomération.
   Travaillant alors à Radio-Tunis, j' ai été le premier journaliste européen arrivé sur place. La bourgade d' environ 1.500 habitants était groupée autour d' une artère principale est-ouest. Détruite, presque rasée, l' extrémité ouest englobait  la fameuse douane, les casernements de la Garde nationale et un local de la Croix Rouge destiné aux réfugiés algériens.
   Muni de mes premières informations, je téléphonais un "papier" à l' intention de l'émission "Paris Vous Parle" en relatant, sans un mot de commentaire, ce que j' avais constaté de visu. Mais dans la nuit un communiqué émanant du général Salan, commandant en chef en Algérie, démentait totalement l' opération et, du coup, mes propos. Aussitôt  trois députés "Algérie française"  interpellaient le gouvernement sur l' attitude du correspondant de la Radio nationale qui avait "trahi", et exigeaient ma tête.
   Les évènements, en se compliquant rapidement, sont venus à mon secours. Journalistes étrangers, diplomates, observateurs divers  affluaient et, en témoignant, confirmaient mes dires point par point. La Tunisie déposait plainte auprès du Conseil de Sécurité des Nations Unies pour atteinte à sa souveraineté. L' affaire s' internationalisait. Un négociateur américain, Murphy, était désigné pour dénouer la crise qui venait de s'ouvrir  et , au-delà, chercher une issue au grave conflit d' Algérie. Je n' ai pas été licencié.

   Quelques semaines plus tard éclatait à Alger l' insurrection du 13 mai,fomentée avec l' appui de l' Armée. Le général Salan se ralliait au général de Gaulle. La IVème République s' effondrait, jetant aux oubliettes les six soldats assassinés et  les 57 victimes du bombardement de Sakiet.

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Apolitisme

Publié le par memoire-et-societe

   La remontée spectaculaire de Berlusconi dans les sondages quelques jours avant les élections italiennes a de quoi alerter. Berlusconi, tout comme Tapie en France, est un délinquant qui devrait depuis longtemps être déchu de ses droits civiques. Donc inéligible.

   Mais alors qui sont tous ces citoyens qui se disent prêts à redonner le pouvoir au Cavaliere? en général, des gens qui déclarent qu' "ils ne font pas de politique et n' y connaissent rien." A quoi on peut rétorquer que, justement, avec un minimum d' attention, ils ne tarderaient pas à " y comprendre" quelquechose, s' agissant après tout de leur sort et de celui de leurs enfants.

   Si l' on gratte un peu, on découvre que ces "ignorants" vont quand même voter. Et si l' on gratte encore, forçant leur discrètion naturelle, qu' ils votent la plupart du temps à droite. Là se pose la question: pourquoi les gens qui se présentent comme "apolitiques" votent-ils à droite? Crainte d'une remise en cause de leur statut social? paresse intellectuelle et scepticisme spontané envers la novation institutionnelle, économique, sociétale?

   L' électeur apolitique se méfie de l' Etat, pourvoyeur incorrigible de fonctionnaires en surnombre et collecteur d' impôts immuablement croissants. C' est pourquoi l' apologie de l' individualisme et le discours néo-libéral flattent son oreille. Mais il n' hésite pas à en appeler au même Etat dès qu' on parle de toucher aux acquis sociaux qu' il avait d' abord combattus. En somme, l' Etat doit être là pour le défendre contre l' Etat, veiller sur sa niche fiscale et garantir sa santé et sa sécurité.

   L' apolitisme est un danger pour la vie démocratique : il récuse l' éducation civique sans laquelle une élection n' est que manipulation, la justification dont se repaissent les charlatans, affairistes et arrivistes de tous poils qui meublent les rangs des Partis dits de gouvernement. Il encourage par là l' abstention grandissante qui exprime ainsi son dégoût, non de la " res publica ", mais de ce qu' en font des politiciens insubmersibles, des avocats véreux et des journalistes douteux, tous forts de leur solidarité de caste.
   Berlusconi (n' a-t-il pas promis de rembourser les impôts?) réintronisé par le biais de l' apolitisme? Mauvais coup pour l' Italie. Affligeante défaite pour les espoirs de construction politique d' une Europe en perte de vitesse.

Publié dans politique

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Valdès Leal

Publié le par memoire-et-societe

   Un double écueil menace un artiste: l' ombre que peuvent lui porter ses contemporains, et l' inégalité de sa production. Deux maux dont a souffert Juan de Valdès Leal, peintre baroque de l' Ecole de Séville( 17ème siècle). De père portugais et de mère andalouse, Leal (il a pris le nom de sa mère) s' est trouvé au bon endroit, au coeur du Siècle d' or, mais au mauvais moment, à l' époque où triomphait dans la même cité son rival et ami Murillo.

   Visitant l' église San Jorge de l' hôpital de la Charité à Séville, je suis tombé en arrêt devant une toile, " In ictu oculi", allégorie de la Mort faisant partie de la série des "Vanités" due à Leal. Même typique sensation qu' avec Turner, Van Gogh, Gustave Moreau, Manessier ou Rothko, auxquels je dois l' émotion d' une grande rencontre.

   " In ictu oculi " (1672) était une commande de Miguel Manera, célèbre pour ses activités caritatives, dont l' édification de l' hôpital. La mission confiée à Leal était d' y réaliser des toiles évoquant la brièveté de la vie charnelle et la relativité des  richesses terrestres.

   Quand on pénètre dans la petite église, avalée par l' Hôpital, ouverte aux profanes mais réservée à l' usage des seuls religieux, on ne peut manquer le tableau: il est en hauteur, face à la porte, à côté d' une tribune, la nef  s' ouvrant sur la droite. " In ictu oculi " est une oeuvre d' éternité qui a trois siècles d' avance artistique. Ni les romantiques allemands, ni les peintres expressionnistes, ni les surréalistes de tous pays ne sauraient la désavouer.

   Jugée " insolite " pour l' époque, elle est en fait bien plus: poètique, violente, excessive,quasi iconoclaste ! A droite, sur un fond noir, se dresse la Mort. Squelette vertical et blème, plus ou moins grimpé sur le globe terrestre, tenant à bout de bras le manche d' une problable faux. A gauche, un amoncellement de gravas, livres déchirés, étoffes froissées, pierres, crânes humains, bois brisés, éclats colorés. Leal est un "luministe", qui tourne le dos à l' harmonie en vigueur dont Murillo avait su à ce moment se faire la référence.

   " In ictu oculi " est un trait de génie. Ni avant ni après, la production de Leal ne montre une telle force d' inspiration. Ses autres oeuvres, d' ordre religieux pour la plupart, sont souvent pesantes, conformistes, sinon bâclées.Un artiste n' est pas tenu de manifester une perpétuelle  créativité: un unique chef d' oeuvre suffit à l' immortaliser.

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Nantais

Publié le par memoire-et-societe

   Le lycée Georges-Clémenceau de Nantes mériterait une " Histoire particulière " qui, à ma connaissance, n' a pas été écrite ( une histoire officielle a été publiée en 2008 à l' occasion du bi-centenaire de l' établissement initialement dénommé "Grand Lycée de Nantes").
   Cela non en raison du nombre considérable de célébrités qui l' ont fréquenté, en vrac Chateaubriant, Corbière, Jules verne, Clémenceau lui-même, Lefèvre Utile ou Olivier Messiaen, mais pour la révolution culturelle dont, sans vraiment le savoir, il a été la source à la fin de la 1ère guerre mondiale.

   Tout commence par la personnalité de Jacques Vaché qui en 1913, à 18 ans, se fait renvoyer du bahut avec trois autres potaches, dont un certain Bellemère,connu plus tard sous le nom de Jean Sarment, pour " écrits subversifs ". L' année suivante, Vaché se retrouve au front, y est blessé, et retourne à Nantes pour y être soigné. C' est là , en janvier 1916, qu' il tombe entre les mains d' un interne en médecine parisien : André Breton.Ce dernier est vite subjugué par la personnalité et le comportement de ce dandy désinvolte qui lui révèle Jarry et se veut un umoriste (sans h), un pornographe du dessin et un peintre cubiste absolument scandaleux.

   Leur amitié prend fin avec la mort étrange de Vaché le 6 janvier 1919 dans une chambre d' hôtel. Vaché aurait succombé à une surdose d' opium. Sous le coup de l' émotion, Breton n' hésite pas à rapprocher ce décès des assassinats de Jaurès en 1914 et du leader spartakiste allemand Liebknecht, le 16 janvier 1919, quelques jours donc après la disparition de Vaché.L' empreinte de Vaché sur Breton ne se démentira plus. Ce dernier préface la même année la publication  des " Lettres de guerre ", où il distingue une " introduction au dadaïsme " et un adieu à la vie en forme d'ultime manifestation d' " umour ". Il institue ainsi l' ex lycéen nantais en précurseur du surréalisme.

  Camille Bryen, de son nom véritable Briand ( d'où le choix d' Aristide comme pseudo pour accroître la confusion avec l' homme d' Etat, lui aussi ancien élève du lycée Clémenceau ) entretient la flamme dans la bohème locale des années 25. En butte aux vengeances de la "bonne société " dont il dénonçait, en " écrits subversifs" eux aussi, les turpitudes (" affaire de la Close"), il gagne Paris en 1927 où il est aussitôt accueilli par les surréalistes. Il a 20 ans: recueils de poèmes, dessins,collages, peintures tachistes se succèdent. Arp, Duchamp, Picabia sont ses référents dans le milieu restreint de l' avant-garde artistique. Après guerre, il figure, avec Wols, Hartung, Mathieu, parmi les principaux représentants de l' " Abstraction lyrique " et son ami Audiberti, avec lequel il hante Saint-Germain des Prés, lui consacre un premier ouvrage.
   Bryen a cessé d' écrire pour se concentrer sur la peinture et la gravure jusqu' à sa mort en 1977. Il reste un nom marquant de " l' Ecole de Paris " : Butor, Mathieu, Restany, Marc Alyn, célèbrent son travail  " au- delà du tâchisme ". Il fait toujours l' objet de multiples expositions et acquisitons par les musées français et étrangers.

   Nantais encore, une des "gloires" du lycée Clémenceau, Louis Poirier, alias Julien Gracq. Il y est interne à partit de 1921 et n' y glane pas moins de sept prix d' Excellence et trois prix du Concours général.Entré à Normale Supérieure à 19 ans, Poirier découvre le Surréalisme à travers la lecture de Nadja. Agrégé d' Histoire-Géographie et diplômé de Sciences Po, il se retrouve professeur...au lycée Clémenceau. Là n' est pas ce qui compte: militant du Parti communiste du Front populaire au pacte germano-soviétique, il peine à concilier son engagement politique avec les débuts de son écriture qui se situe aux antipodes du " réalisme socialiste " prôné par le Parti.

   Son premier roman, " Au château d' Argol " qu'il signe de son pseudo Gracq, refusé par Gallimard mais accepté par José Corti avec une participation de l' auteur à la publication, l' apparente à Lautréamont, autre idole de Breton. Le pape du surréalisme ne tarit donc point d' éloges. La première année de parution, l' ouvrage est vendu à 130 exemplaires, mais l' engouement bretonien ne se relâche pas. Juste retour des choses, Gracq consacre en 1948 un livre à Breton, l' " héritier " de Vaché.

   L' une des denières oeuvres de Gracq, " La Forme d' une ville ", revêt un caractère particulier : celui d' une commémoration de la naissance intellectuelle de Louis Poirier, Jules Verne, Jacques Vaché et... André Breton, Nantais d' occasion. Une boucle semble  bouclée. 

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Retournement d' un retournement

Publié le par memoire-et-societe

   En 1956, l' insurrection algérienne, vieille de presque 2 ans, avait fait  tâche d' huile avec le soutien affiché du leader égyptien Gamal Abdel Nasser, lui même allié de Moscou. Le Q.G. des "rebelles", selon la formulation de l' époque, était installé au Caire d'où partaient les caravanes d' armes destinées au FLN.
   A Paris, sous le gouvernement socialiste de Guy Mollet, les nombreux partisans de l' Algérie française et les pro-sionistes faisaient campagne en faveur d' une intervention sur le canal de Suez, que Nasser venait de nationaliser. Le projet s' efforçait d'

 associer le Royaume Uni, toujours chatouilleux quant aux approvisionnements en pétrole et  à son accès à l' océan indien.

   Une expédition franco-britannique ( plan Mousquetaire) du meilleur style colonial est donc montée en novembre 1956 en direction de Port Saïd, entrée du Canal, alors que de son côté Israël se lançait dans la guerre du SinaÏ derrière  Ben Gourion. Si, en quelques jours, Tsahal avait atteint ses objectifs, les Européens, eux, enregistraient un retentissant  fiasco politique avec l' ultimatum américano-soviétique exigeant l' arrêt immédiat de l' opération. Moment-clé. Tout basculait soudain, les cartes étaient  redistribuées au Moyen Orient où l' angélisme des USA  venait remplacer les turpitudes des vieux empires coloniaux. Ce malheureux baroud amorçait  en outre l' agonie de l' Algérie française. Les lendemains du 13 mai 1958 étaient déjà contenus dans l' échec de Port-Saîd.

   Assiste-t-on aujourd'hui à une sorte de retournement du retournement d'il y a 55 ans? Avec la  guerre d' Irak et  son appui inconditionnel à Israël, l' autorité de Washington, dont il ne faut pas pour autant négliger les moyens de pression sur les pays islamiques, est affaiblie. Ce sont maintenant les anciens parias  français et  anglais qui, forts de leur expérience, jouent parfois les intermédiaires entre des leaders du printemps arabe et  un Département d' Etat  dépassé par la rapidité du changement  puis, il est vrai, moins polarisé sur la région. C' est en partie juste pour la Libye où s' est  tant agité Sarkozy , mais aussi pour ce qui concerne le Maghreb et  le Sahara.

   Ainsi le précepte selon lequel la Nature a horreur du vide se vérifie-t-il. Le monde arabe se cherche un interlocuteur occidental, et on n' est plus en 1956...

Publié dans histoire

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