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L'euro entre social-démocratie et néo-gaullisme

Publié le par memoire-et-societe

Les discours successifs, et contradictoires, des politiques, des banquiers et des économistes (tantôt dramatisants, tantôt rassurants) rendent difficile au citoyen-contribuable la faculté de se faire une idée juste sur l'avenir de l'euro. Les gouvernants ne laissent aux gouvernés, préalablement passés à la moulinette médiatique, que le choix de cautionner, tous les cinq ans, le champion d'un parti dit précisément "de gouvernement".

Dès lors, pas étonnant que nombre d'électeurs, notamment jeunes, découragés par des perspectives peu attirantes, se détournent d'un débat ou personne ne leur offre une solution "crédible".

L'euro, donc...voilà une monnaie censée constituer un pas décisif vers l'édification d'une union politique susceptible de tenir tête aux appétits des "blocs":U.S.A,Chine, puis pays appelés "émergents"(Inde, Brésil).Vue au demeurant assez hâtive, qui occulte l'Histoire intra-occidentale, marquée pourtant par une question rarement évoquée quoique réelle : la volonté du monde anglo-saxon de dominer le continent européen. Dans cet esprit, deux formules jamais démenties méritent d'être retenues : le vieux précepte "diviser pour régner", et la déclaration du Premier britannique Disraeli au 19ème siècle : "L'unité du continent est un révolver braqué sur l'Angleterre".

Bref, Londres comme Washington ne cessent, comme l'a rappelé Sarkozy,"de détester l'euro", incapables d'admettre à l'ouest une entité concurrente. Aussi, le sabotage de la monnaie européenne ne désarme-t-il pas : incitations à l'élargissement continu de la Communauté au détriment, bien sûr, de sa cohésion (des lobbies anglo-américains s'activent pour faire entrer la Turquie à Bruxelles), dumping monétaire, multiplication des mesures de protectionnisme par les avocats du libre échange et les adversaires de la régulation des marchés, manipulations sur le prix du pétrole toujours payé en dollars, rapports ambigus avec des Agences de notation, etc. On jurerait que tout est conçu pour désintégrer in fine un projet fédéral trop autonome.
Sarkozy, si atlantiste au début de son mandat présidentiel, paraît désormais convaincu que l'intérêt économique de la France et la chance politique de l'Europe résident pour l'essentiel dans la coopération franco-allemande. Il en fait l'axe de sa diplomatie."Réenchanter le reve français" pourrait alors signifier un retour revisité à l'"Europe des Patries", ou plutôt des deux Patries, une " Françallemagne" apte à engager le dialogue avec l'Asie.

Dans une telle éventualité,le State Department et la City iront-ils jusqu'à jouer la social-démocratie(en l'occurrence F.Hollande) contre la menace d'un néo-gaullisme ?

 

Publié dans politique

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Racisme anti-arabe, laicisme anti-islamique

Publié le par memoire-et-societe

Le racisme relevant politiquement de la droite dure, et me situant, quant à moi, "à gauche", encore que le terme soit bien flou,je ne trouve pas grand'chose à dire du racisme anti-arabe,sinon pour le récuser. En revanche, le laïcisme anti-musulman semble davantage mériter l'attention par son ambiguïté et ses effets.

Imaginons qu'on considère comme étrangers aux valeurs républicaines les millions de suffrages recueillis par le Front National et les autres millions de votes exprimés par des pratiquants musulmans, que resterait-il, si l'on y ajoute 40 % d'abstentionnistes, de la représentativité démocratique ? une phalange de notables issus d'un électorat du genre de celui du Sénat (les fameux Grands Electeurs) pour "débattre", à l'abri des coups de tabac des réalités.

Laissant à d'autres le soin de la chasse à l'Arabe, la gauche réformiste ne s'interdit pas pour autant l'anti-islamisme. Historiquement d'ailleurs l'un des sujets de rupture entre les 2ème (social-démocrate) et 3ème Internationales (communiste) a été l'anticolonialisme qui,  fondamental pour le léninisme, n'a jamais fait partie intégrante de la culture social-démocrate, plus attentive à une sorte d'embourgeoisement du prolétaire européen qu'à l'émancipation du colonisé.

Anti-impérialisme d'un coté, paternalisme assimilateur de l'autre.

Je songe encore à des hommes  reconnus "à gauche" comme Paul Rivet et Albert Bayet, ralliant finalement le camp de l'Algérie française par peur de l'instauration d'un pouvoir islamiste qui n'était en rien l'enjeu de la guerre de libération nationale.

 

Là réside l'équivoque qui voit aujourd'hui Marine Le Pen se faire la championne de la laïcité, aux cotés d'ailleurs du pro-sioniste Alain Finkielkraut, quoique les visées de chacun soient opposées.

L'anti-islamisme n'est-il pas dès lors en train de devenir ce qu'a été, il n' y a pas si longtemps, l'anticommunisme ? les cibles en tout cas ne paraissent pas si éloignées : ce sont bien des masses pauvres qui cherchent une issue à la misère sociale.

Du coup les discours redondants sur la neutralité de l'école et le respect (tardif) des identités tombent à côté de la plaque. Ils dissimulent, aux yeux de leurs principaux destinataires, les immigrés, une volonté de domination qui risque de faire de la laïcité en question une tortueuse affaire de Blancs.

On le sait, ce qui est excessif est insignifiant...mais alléchant pour les pêcheurs en eau trouble.

 

Publié dans politique

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Les intellectuels juifs, la Gauche, Israël

Publié le par memoire-et-societe

Je ne méconnais pas la difficulté qu'il y a, pour un non-juif, à aborder des questions relatives à la communauté juive en France, la seconde de la diaspora après celle des Etats-Unis. Aussi vaut-il mieux préciser d'emblée d'ou l'on parle:mon père, l'un des 80 parlementaires à avoir voté en juillet 1940 contre Pétain, a été déporté de la Résistance au sinistre camp de Mauthausen (Autriche), puis est devenu, en 1946, membre du gouvernement de Léon Blum.

Car le soupçon d'antisémitisme,qui répond aujourd'hui à la moindre critique touchant à l'Etat d'Israël, devient, à force, un réflexe qu'on doit, si possible, commencer par essayer de désamorcer. J'ai, pour le peuple juif, surtout pour son intelligentsia , dont l'apport à la modernité est de premier ordre, une considération particulière. Je connais son histoire. Je n'ignore pas ses souffrances. La Shoah est, comme l'esclavage, comme la condition ouvrière, l'une des formes tragiques de l'histoire contemporaine.

Cela établi, je demande le droit de retracer une évolution que j'ai eu loisir d'observer depuis une cinquantaine d'années s'agissant de nombre d'intellectuels juifs. Comptant un long moment parmi les anticapitalistes les plus révolutionnaires (Trotski, Rosa Luxemburg, Marcuse, Walter Benjamin) les juifs tendent maintenant vers une autre analyse du système dominant dans les sociétés occidentales. Analyse qui se fonde sur le ralliement à quelques objectifs-clés : l'économie de marché, le souci de la communication, l'extension de la mobilité, la recherche et la spécialisation. Il est vrai qu'entre temps l'altérité minoritaire s'est trouvée moins menacée et que des juifs ont acquis de plus en plus de responsabilités dans la politique, l'économie et les finances, les industries culturelles. La disparition du paria a effacé la pugnacité du penseur- militant. La mue ne signifie pas pour autant un manque de présence. Rassuré sur sa sécurité, l'intellecuel juif se voue à la production de savoirs nouveaux: exit le marxisme, vive le libre-échange. On est juif par solidarité. Plus par audace critique ou rébellion.
La clé du changement est, à l'évidence, à chercher dans le soutien à l'Etat d'Israël devenu au fil des ans l'allié privilégié des Etats-Unis, sa tête de pont au sein du monde arabe et son porte-voix idéologique en Méditerranée orientale. D'où  un cas de conscience pour ceux qui voyaient dans la création d'un Etat juif en 1948 la perspective d'un modèle social inédit, puis cette interrogation:peut-on se dire de "gauche" quand on justifie de fait  les agissements d'un Liebermann et de ses pareils ? Les crématoires n'étaient sans doute pas un "détail". Le sort des Gazaouis ne l'est pas  non plus.

Loin de moi l'idée que les Israéliens sont  "monobloc" : il y a chez eux des va-t'- en guerre et des pacifistes, des ultra-religieux et des libres-penseurs, des racistes et des anticolonialistes, des forcenés du Grand-Israël et des conciliateurs inlassables, bref un 'éventail d'opinions qui  excluent toutefois les Palestiniens, commodément regroupés sous le vocable de "terroristes".

Le tournant historique de l'intelligentsia juive de France est clairement perceptible. Esquissé dès 1967, le rapprochement avec la droite au sens large, donc avec certains socialistes, s'est confirmé sous la poussée de la passion islamophobe (voir à ce sujet les déclarations du CRIF et de la LICRA).Ce soudain conformisme "démocratique" fait de quelques beaux-parleurs, tel l'ineffable B-H Lévy, les délégués reconnus d'un courant de type néo-conservateur . Aboutissement d'une "maturation" dont on  discerne mal l'intérêt qu'elle pourrait présenter pour ceux qui souhaitent un avenir apaisé dans le monde, mais qui se dévoile dans l'approbation inconditionnelle de boute-feux censés nous protéger de nouveaux barbares vivant depuis des décennies dans des camps de fortune. En ces circonstances, le déporté  Hessel n'est qu'un munichois alors que Pierre Nora exalte une identité, française c'est vrai, fort éloignée de nos vécus quotidiens. Depuis sa version 45, où le judaïsme rejoignait le projet socialiste, l'intellectuel juif a en tout cas fait du chemin: il a accepté, une fois institué en Etat, de se faire oppresseur.

Plutôt que de recourir mécaniquement à une dénonciation d'antisémitisme, voire, s'agissant de juifs critiques, de "haine de soi"(!), il serait plus logique pour lui d'admettre que les U.S.A et la France sont  les centres d'accueil d'une intelligentsia réactionnaire. Les pères ont cru au bolchévisme, les fils se sont engagés, derrière Raymond Aron, sur la voie du libéralisme mondialisé, les petits-fils se mobilisent pour la cause d'un nationalisme belliqueux. Ainsi, une intégration réussie exacerbe-t-elle finalement l'ethnocentrisme...

 

Publié dans histoire

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