Quartier insensible

Publié le par memoire-et-societe

Quand on sort de la station de métro Porte du Bonheur, il faut prendre à gauche l' Avenue Permis de séjour. La Cité d' Or, c' est tout de suite. A combien? peut-être deux-trois cents mètres, on ne peut pas la manquer. On distingue d' abord son gazon anglais, débordant sur le trottoir comme une moquette que personne n' ose fouler, même si aucun panneau d' interdiction n' y est planté. Les tags, regroupés dans un espace "ad hoc", proclament : " Vive les keufs!", " Céfrans,et fiers de l' être!", " Sionistes, Sarrasins, même combat!". A côté, une affiche tricolore intacte : " Avec le Front National, halte à l' angélisme! "

On continue, entre lauriers roses et bougainvillées. Aucun abribus vandalisé, pas une voiture incendiée, deux distributeurs de billets en service. Passe un car de CRS décapotable. Les fonctionnaires du maintien de l' ordre y sont tête nue, des balcons fleuris, les habitantes, le visage parfois enveloppé dans un léger fichu multicolore, leur adressent des baisers auxquels ils répondent d' un geste amical de la main.

Au coin des rues, dans les halls d' immeubles et les cages d' escalier, des ados avenants distribuent des barres de chocolat suisse, au bon lait des Alpes. L' agence Pôle Emploi a été définitivement fermée. On a cloué des planches sur la porte. On débat pour savoir s'il faut réutiliser le local comme édifice religieux ou comme bijouterie.

Sur les terrasses, les enfants guettent le retour du travail de leur père dont ils lorgnent l' attaché case. A l' école Jean Jaurès, des enseignantes épanouies dispensent des leçons d' histoire avalisées par la Commission paritaire des Cultes et de la Laïcité qui se charge aussi du problème de la présence des filles à la piscine, de la viande au réfectoire et des horaires des prières. Chrétiens et non chrétiens se sont entendus pour fusionner un certain nombre de Fêtes qui, sans cela, rendraient la scolarisation impossible. A la sortie des classes, les élèves échangent des invitations à des goûters d' anniversaire qu' entérinent les mamans se croisant à la supérette.

L' hôpital Louis Pasteur a été agrandi et le personnel doublé pour éviter toute promiscuité sexuelle. Le service de gynécologie est entièrement féminisé. Mais l' imam, le rabbin et le curé de la paroisse sont autorisés à circuler dans l' établissement.

M. le Maire, du Front de Gauche, soupire dans son bureau fraîchement rénové grâce au crédit voté par les élus immigrés. " Le plus dur dans les quartiers insensibles, songe-t-il, c' est la tranquillité."

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