Gouverner, choisir, mécontenter

Publié le par memoire-et-societe

Gouverner, c' est choisir, avait coutume de dire Mendès-France. Il avait mis fin en un mois à la guerre française d' Indochine qui durait depuis huit ans. Il avait accordé l' autonomie interne à la Tunisie en effervescence et aboli le privilège des bouilleurs de crû, stimulant séculaire de l' alcoolisme. Il a tenu le coup sept mois. Mais on se souvient de lui.

Choisir est quasiment produire du mécontentement et se forger des tas d' ennemis. A bon escient de préférence. C' est ce que refuse de voir Hollande qui, en deux ans, a réalisé ce tour de force : se mettre 85% des Français à dos (sondage récent) sans rien choisir du tout. On peut en déduire que ce n' est pas le fiasco récurrent de ses prophéties ( sur la dette, le chômage, la sortie de crise ) qui va lui donner maintenant la hardiesse que ne lui a pas insufflée le "délai de grâce". Il conduit la France, on le sait, comme il menait son Parti, en louvoyant l' oeil rivé sur l' élection à venir. De là, l' immobilisme qui prévaut à la tête de l' Etat.

On se demande d' ailleurs pourquoi un homme, après quarante ans d' activité politique ininterrompue, commet encore des bévues qu' on ne passerait pas à des débutants: déclarations sans lendemain, sous-estimation des réalités, initiatives en porte à faux, rodomontades qui se traduisent par une perte inquiétante de crédibilité, vie privée frisant la comédie de boulevard. On a du mal à suivre.

Ce président est indéniablement intelligent. Ce pays est riches d' idées et de potentialités. Il devrait jouer un autre rôle dans l' animation de l' Europe et l' orientation de la politique mondiale. L' explication est-elle alors le handicap que constitue le poids d' un parti de gouvernement partagé entre un discours pseudo révolutionnaire qui rassure sa base et son ralliement inavouable au social-libéralisme? Mollet puis Mitterrand offrent des références : l'un avec son recul sur la décolonisation, l' autre avec un "ni-ni" sanctionnant l' abandon de la "rupture avec le capitalisme". Le piétinement devant l' obstacle serait ainsi le point faible du réformisme parlementaire qu' ont successivement incarné la SFIO, puis le Parti socialiste, et Hollande l' héritier fidèle d' un parcours chahuté par la guerre froide et la "pensée unique".

Le non-choix est en soi un choix qui ne satisfait personne. Hollande, après avoir beaucoup mécontenté malgré lui, ne peut plus assumer que des lendemains qui déchantent.

Pendant ce temps, la Droite "sérieuse" abat son atout maître : Juppé. Il y a longtemps qu' est annoncée dans ce blog la "solution Juppé" (voir: "A droite", du 23/09/11, et "Juppé encore", du 2/10/13). La logique est en effet qu' "il y aille". Fusible de Chirac à la mairie de Paris et à Matignon, ministre complimenté des Affaires étrangères, spectaculaire maire de Bordeaux, il a des amitiés au centre droit et au centre gauche. Bref, il remplit les conditions exigibles de rassembleur et de décideur dans une situation économique et financière plus que difficile. Au second tour de 2017, face aux vaines promesses du P.S ou aux tirades démago du F.N, ses chances sont réelles. Le mécontentement ne vient qu' après.

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Remy 25/08/2014 18:04

Plutôt que Jupé, pourquoi pas Lagarde ? uen femme pour changer, d'une intelligente éclairante, reconnue au niveau international, et sans avoir eu besoin d'exil... et dont le compagnon serait Corse !