De l' Angleterre (1)

Publié le par memoire-et-societe

   Le Royaume Uni (U K) est- il en train de devenir fictif ? L' Irlande, sauf les 6 cantons de l' Ulster, est indépendante depuis 1949. Le Pays de Galles, rattaché à la couronne d' Angleterre au16ème siècle, possède désormais une Assemblée nationale siègeant dans sa capitale, Cardiff. Enfin, en Ecosse, troisième communauté celte de Grande Bretagne, les indépendantistes ont obtenu, en mai 2011, la majorité au Parlement régional, et le leader du pays, Alex Salmond, a promis un referendum sur l' indépendance en 2014 dont le résultat parait acquis.

   Reste l' Angleterre (53 millions d' habitants),d' essence anglo-saxonne, où se concentre la presque totalité des richesses des Iles britanniques. Mais si l' unité du royaume semble ainsi  fragilisée, le trône des Windsor, lui, reste solidement  arrimé. Le secret : dix siècles de co-existence  insulaire, mise à l' épreuve par la menace d' envahisseurs continentaux.

   Faut-il dès lors parler d' "invincibilité "? Rappelons qu' à l' origine les Normands de Guillaume le Conquérant  se sont emparés du pays à l' issue de la bataille d' Hastings (1066) et que la dynastie angevine des Plantagenêt  y a règné trois siècles. Par la suite, les velleïtés françaises d' invasion ont  tourné court, tant celle de Seignelay, fils de Colbert, en 1690, que celles de Phélypeaux de Pontchartrain, quinze ans plus tard, de Choiseul, le grand ennemi de William Pitt, et  de Claret de Fleurieu, alors ministre de la Marine de Louis XVI.

  Arrivé là, on se pose la question : Napoléon et  Hitler pouvaient-ils occuper l' Angleterre et , de leur point de vue, n' ont-ils pas commis une erreur en ne le faisant pas ?

   Napoléon n' a jamais cessé de caresser le projet, depuis 1798 où il a réuni à Boulogne les premiers moyens d' une attaque, à 1812 où, pressé par la coalition européenne, il y a renoncé. En 1801, 1804, 1805, 1808, il a élaboré des plans, rédigé des instructions, concentré des troupes, mobilisé des ports, rassemblé des bateaux. Son problème était qu' il n' avait pas, n' a jamais eu, une Marine militaire à la hauteur de son Armée de terre, ni non plus de la Royal Navy. Des amiraux peu motivés, restés souvent attachés à la monarchie, une logistique inadaptée au transfert de 70.000 hommes à travers la Manche, des équipages improvisés et  indisciplinés. Napoléon ne tarde pas en fait  à comprendre que son ambition est, dans ces conditions, peu réalisable. Il transforme alors, sans l' avouer, son dessein guerrier en stratégie politique. Il sait que les contraintes coûteuses de  la police permanente des mers étouffe l' économie anglaise et  ruine ses finances. A défaut d' envahir, il va laisser  planer une menace qui oblige l' ennemi à ne pas baisser la garde et  à s' user dans l' attente d' une éventuelle agression. La retraite de Russie et  le "chancre espagnol" finissent par éloigner de  l' esprit de l'Empereur l' image vaincue de ces îles noyées dans les brumes nordiques...

   Quand ses plus belles troupes, celles qui ont été ensuite décimées à Stalingrad, ont débouché sur les plages de Dunkerque, soutenues  par une aviation encore maîtresse du ciel et  des sous-marins performants, Hitler, en hésitant à franchir le Rubicon local, a perdu sa meilleure occasion de faire plier le genou à l' Angleterre. Le Führer, et avec lui  l' amiral  Raeder, redoutaient d' abord l' échec du transbordement de 250.000 hommes sur des barges à fond  plat, faiblement motorisées et offertes aux canons ennemis. En outre, le chef  nazi qui , dans son obsession raciste, voyait dans les Anglais des cousins aryens, cherchait à négocier avec les partisans de l' "apaisement" (Halifax, Chamberlain) un compromis selon lequel Londres garderait les mains libres dans l' Empire, et Berlin se satisferait de la gouvernance de l' Europe continentale. Mais Churchill vint couper court à ces palabres d' épiciers.

   Faute d' entente, Hitler change alors d' épaule et recourt à la manière forte: commence le "Blitzfrieg", destiné à terroriser les civils, et la préparation d'un  débarquement. De Dunkerque à Cherbourg, la Wehrmacht  fourbit ses armes en vue de l' opération "Lion de mer", ciblée sur l' axe  Portsmouth-Brighton. Acharnée, la Royal Air Force contrarie l' activité de Luftwaffe, d' autant que la recherche du compromis a  laissé un répit à la R.A.F pour mieux  s' organiser. La bataille aérienne se prolonge, l' automne et  ses grandes marées se profilent. Le 17 septembre, l' expédition est renvoyée au printemps 1941.

   Comme Napoléon, Hitler se résigne à spéculer sur l' asphyxie économique de l' adversaire, et la lassitude de son opinion publique. En juin 1941, l' Allemagne attaque...mais l' Union Soviétique. D' un débarquement sur les côtes anglaises, on continue, bien sûr, de parler. L' amiral Dönitz, successeur de Raeder, énumère des dates, sélectionne les lieux propices...Début 1944, Londres reçoit, du Pas-de-Calais et de Belgique,  les premiers V2, bombes aveugles, sans pilote. Mais ce sont les Alliés qui, en juin, débarquent en Normandie.

   Autant de faits qui peuvent sans doute contribuer à exliquer l' euroscepticisme  têtu d' outre-manche. Isolée par  la géographie et  par l' histoire, l' Angleterre ne croit profondément qu' en elle-même. ( à suivre )

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