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48 articles avec histoire

Mémoire de Frédéric Pottecher

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai commencé à travailler à la RTF (Radiodiffusion-télévision française) fin 1956, dans une émission d' information intitulée "Paris Vous Parle", qu' animait Pierre Desgraupes. Le chroniqueur judiciaire en était Frédéric Pottecher. Il était le neveu de Maurice Pottecher, créateur du "Théâtre du Peuple" de Bussang, dans les Vosges, ancêtre du "Théâtre National Populaire" de Jean Vilar.

Grand, massif, fort d' une voix de tragédien, Pottecher emplissait la cabine technique afférente au studio quand il venait conter l' audience d' un procès. Sa présence au micro constituait à elle seule un spectacle. C' est qu' il ne lisait pas sa chronique, il la jouait, alternant, en ancien comédien, la voix péremptoire des juges, l' éloquence des défenseurs, l' accablement des inculpés.
Très hostile à la peine de mort, qui existait encore, Frédéric ne se contentait pas du chemin de son bureau au prétoire. Il demandait à voir les accusés dans leurs cellules, consultait les avocats, interrogeait les magistrats. Je me souviens d' un jour où il a évoqué devant moi une visite à la prison de la Santé : " Tu te rends compte, disait-il avec émotion, il y a là-dedans des gosses de 17 ans avec, tatoué sur le cou : découper suivant le pointillé ! "

J' avais pour cet être chaleureux, rigoureux et juriste consommé, une profonde sympathie. Ainsi sommes-nous allés ensemble exposer, vers 1962, devant le Comité central de la Ligue des Droits de l' Homme, que présidait l' ancien ministre Daniel Mayer, les procédés de colonisation de la RTF et les multiples entorses à la liberté de l' information sous le règne du ministre Alain Peyrefitte, de fâcheuse mémoire.

En 1968, lors de la longue grève de l' ORTF, Pottecher s' est à nouveau courageusement engagé pour le Droit d' informer. Il l' a payé d' une disgrâce qui l' a contraint à émigrer sur l' antenne d' Europe n°1. Pottecher n' était pas un militant partisan, simplement une conscience que la familiarité des souffrances humaines poussait à des indignations et vers des valeurs qui recoupaient celles de la "gauche".
Il a "couvert" avec la même passion tous les événements de son temps : les procès de Pétain, Eichmann, Salan, Barbie, Touvier, Marie Besnard et Dominici, l' assassinat de Kennedy ou l' affaire Patrick Henry, passionné de Justice et d' Histoire jusqu' à sa fin, en 2001. Il est mort à l' Hotel-Dieu, à côté du Palais de Justice de Paris, un jour d' automne. Puis on a emmené sa dépouille pour l' enterrer en paisible terre vosgienne, avec les siens, sa part de labeur accomplie

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Paradoxe

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La colonisation n' a pas été qu' affaire d' aventuriers partis chercher fortune outre-mer en pillant et en asservissant. Elle a impliqué également des femmes et des hommes laborieux, sincèrement désireux de contribuer à la modernisation et au développement global de pays alors jugés comme "inférieurs". Inférieurs à un modèle "universaliste", parce que basé sur les Grands Principes de la Révolution française, donc, d' une certaine façon, ethnocentré.
Ainsi de nombreux enseignants, médecins, religieux, chercheurs, se sont-ils assignés pour tâche de "hisser" des sociétés "en retard" au niveau "avancé" qui était celui de leur propre pays.

Cette démarche, qualifiée d' assimilationniste, a été le choix politique de la colonisation française. Que rêver, pensait alors un progressiste, de mieux pour le colonisé que d' en faire un Français à part entière, parlant, pensant, vivant comme son bienfaiteur proclamé? Un tel projet impliquait un important appareil administratif où des milliers de fonctionnaires de tous grades s' appliquaient à transposer fidèlement l' organisation et les méthodes métropolitaines pour la théorique promotion de l'indigène.

Certes, l' intéressé demeurait tatoué par son origine, mais l' espoir lui était offert de devenir à terme le quasi égal de son colonisateur. La bonne volonté à ce propos était partout : le drapeau tricolore flottait sur les bâtiments officiels comme dans n' importe quelle préfecture, les noms des rues célébraient les grands personnages d' une prestigieuse Histoire importée, les frontières faisaient l' objet d' un découpage jusque là inconnu mais révélateur de l' attention flatteuse portée aux ressources des territoires.

Le Parti socialiste SFIO lui- même, dénonçant dans ses congrès et par la bouche de ses leaders, les excès du colonialisme, réclamait inlassablement pour les contrées ultramarines plus d' intégration civique, plus d' égalité sociale, plus de fraternité raciale ( alors que le mouvement communiste avait pris au contraire position en faveur de l' indépendance immédiate).

Ce genre de baiser au lépreux n' était en revanche pas la tasse de thé de la colonisation anglaise. Là où les Français construisaient des bureaux es des missions, les Britanniques ouvraient des comptoirs commerciaux et des agences bancaires. Quand la SFIO discourait sur les perspectives de l' assimilation, le Parti travailliste optait pour l' association et la non ingérence dans des affaires locales souvent indémêlables avec leurs questions de castes, de tribus et d' ethnies. Un business avisé était préférable à dix ronds de cuir impuissants.

Aussi, l' irruption du problème des Indépendances n' a-t-elle pas eu les mêmes effets dans les possessions françaises et dans les dominions de Sa Majesté. Mounbatten, en Inde, a laissé sans heurt le pouvoir à Nehru. En Indochine, il a fallu huit ans de guerre sanctionnés par la défaite de Dien Bien Phu pour permettre à Ho Chi Minh d' accéder à la tête du Nord Vietnam. L' indépendance de l' Algérie dite française a provoqué un drame historique. Celle de l' Egypte n' a guère remué l' Angleterre, qui avait déjà de longue date négocié son retrait.

Aujourd' hui les historiens font leur miel de la fin des Empires européens. Et c' est là qu' émerge le paradoxe: tandis qu' on loue le "respect" britannique de l' identité du colonisé qui n' était en réalité qu' une indifférence plutôt méprisante ( pas de métissage, par exemple), on condamne l' oppression culturelle française ( l' éternel french bashing) qui se voulait au fond une main tendue, fidèle à l' esprit des "Lumières". Ce type de retournement historique n' est pas exceptionnel. Il peut laisser parfois, aux plus convaincus, un léger goût d' amertume.

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Dieppe 42

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Au printemps de 1942, Staline, dont l' Armée contient depuis plus d' un an, au prix d' énormes pertes en hommes et en matériel, l' offensive des meilleures troupes allemandes contre l' URSS, fait appel aux Anglo-Saxons pour qu' ils ouvrent un front à l' ouest, susceptible d' alléger la résistance soviétique au bord de la Volga.

Si les Américains, qui n' ont encore que la pointe des pieds dans la guerre, se déclarent devant Molotov, ministre moscovite des Affaires étrangères, favorables sur le principe, Churchill et Montgomery se montrent plus réservés: le premier parce qu' il souhaite une contre-attaque en Afrique du nord ou dans les Balkans plutôt que sur les côtes françaises, le second parce qu' il juge une opération de grande envergure en Europe militairement prématurée et la constitution d' une sorte de tête de pont -Dieppe en l' occurrence- qu' on élargirait progressivement, une vue de l' esprit

Cependant Lord Mounbatten, chef des Forces combinées et proche de la famille royale (il est l' oncle du prince Philip), s' entend avec le président Roosevelt pour arracher la décision d' une intervention rapprochée. Montgomery est neutralisé par son envoi en Egypte avec mission de stopper Rommel et l' Afrika Korps dans le déser libyen. Churchill s' incline. Est ainsi élaboré le projet Rutter, engageant au premier plan des unités terrestres canadiennes qui n' ont jamais combattu.

Prévu pour le 8 juillet, Rutter est annulé au dernier moment en raison de l' état de la mer et des exécrables conditions atmosphériques. Mais Mounbatten ne renonce pas : il reporte le débarquement au 19 août, sous le nom cette fois de "Jubilee". Les Allemands, qui n' ont pas tardé à avoir vent de tous ces préparatifs, s' organisent en conséquence. Ils étoffent leurs effectifs (la 302ème Division d' infanterie, avec en appui une Division blindée stationnée à Amiens et une Brigade SS cantonnée à Vernon), et renforcent les capacités de leurs fortifications.

L' assaut terrestre demeure confié aux Canadiens qu' on n' a pas pour autant associé au plan d' ensemble de l' opération, notamment dans sa dimension aero-navale. Le jour venu, à cinq heures du matin, 6.000 hommes s' élancent sur un front de plages de vingt kilomètres autour du port de Dieppe où ils sont attendus de pied ferme.1 255 d' entre eux sont tués d' emblée dont nombre de francophones du régiment de fusiliers "Mont Royal", 3300 blessés ou faits prisonniers. Des sous-marins allemands, soudain surgis parmi les péniches de débarquement, font carton plein. Quelques maigres éléments canadiens, ayant franchi le tir croisé des batteries installées dans les niches des falaises voisines, parviennent à s' infiltrer. On se bat au corps à corps dans le Casino et des rues proches du port, coupées d' épais réseaux de barbelés. Nulle part les Allemands ne plient.

En moins de quatre heurs, l' échec est consommé. Préparation insuffisante, évaluation erronée des forces adverses, ignorance des renseignements dont disposait l' ennemi, manque de coordination durant l' action entre l' état-major resté en mer et les troupes au sol, choix inapproprié des sites de débarquement, l' assaillant a tout faux. Tous les chars sont détruits, jonchant la plage, 98 avions sont tombés sous les coups de la FLAQ, la défense anti -aérienne, 30 péniches ont sombré, rendant le réembarquement des survivants, en fin de matinée, encore plus dramatique. 40 Dieppois sont morts, 600 Allemands ont été tués ou blessés.

Radio Paris présente naturellement les choses comme le sacrifice délibéré, après Dunkerque et Mers el Kébir de fâcheuse mémoire, de Français et Francophones réduits à l' éternel rôle de chair à canon.(1) Mais ce qu' on retient d' abord de ce couac sanglant est que, même habillé par la suite en simple test destiné, selon les Alliés, à sonder les moyens défensifs de la Wehrmacht, l' exécution n' a jamais été à la hauteur de l' intention, a fortiori du voeu initial de création d'un deuxième Front pour le bien des Soviétiques et la plus grande gloire de Lord Mounbatten, finalement assassiné en 1979 par un militant de l' I.R.A.

(1)Lire à ce propos "L' histoire inédite des militaires canadiens-français durant la seconde guerre mondiale" de Pierre Vennat (éditions du Méridien, Montréal,1994).

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La fin discrète de l' anticolonialisme de papa

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La décolonisation a mobilisé plus de trente ans de ma vie. Elle m' a certes valu des embûches mais aussi le privilège de rencontrer des hommes et des femmes d' exception, noms perdus comme ceux de Pierre Stibbe, Jean Rous, Claude Gérard, et de pouvoir aider, autant que j' ai pu, des responsables de "peuples dominés" : Bourguiba, alors mis en résidence surveillée à Chantilly, Messali Hadj, reclus à Gouvieux, le président Senghor à Dakar. Cela demeure pour moi un sujet de fierté.

Aujourd'hui, les passions de ce temps sont retombées. Sans doute la décolonisation n' est-elle pas achevée (voir les Collectivités d' outre-mer et la Palestine), mais le problème semble "résiduel" (sauf aux intéressés, naturellement). La violence djihadiste occulte les réalités impérialistes, en leur servant d' alibi. L' anticolonialisme, qui au demeurant n' a jamais fait spécialement recette parmi les Français, était un composant majeur du combat à gauche jusqu' au bout des années 70 ( luttes de libération nationale, abolition de l' apartheid, défense des Droits aux US.A) . Entré discrètement dans l ' Histoire, il véhicule maintenant une sorte d' archaïsme inoffensif ou nostalgique qui invite plutôt à la clémence.

Plusieurs raisons expliquent cette évolution, s' ajoutant au mouvement de balancier propre à la vie politique et, dans le cas de la France, qui a possédé le second Empire colonial du monde, à une perte évidente d' actualité :

- d' abord,probablement, les nombreuse déceptions engendrées, du point de vue démocratique occidental, par les Indépendances. La désillusion n' a pas eu partout la même cause : effet corrupteur du néo-colonialisme ici, égoïsme des bourgeoisies nationales là, fanatisme religieux et anti-occidental ailleurs

- un anticolonialisme idéalisé qui était étranger aux colonisés eux-mêmes, et construit sur des schèmes intellectuels, idéologiques, éthiques, culturels préétablis, donc souvent erronés dans les faits. L' altruiste démarche qui avait conduit certains au devoir de "rachat", sorte de "baiser au lépreux", et d' autres à l' affirmation de la solidarité de classe, n' était pas "respectée".

- l' indifférence des jeunes Européens, qui estiment désormais suffisant de désavouer le passé colonialiste et raciste de leurs prédécesseurs, et se tournent davantage vers le problème du réchauffement climatique menaçant la totalité de l' humanité

- l' effondrement du parti communiste qui était l' unique Organisation française à soutenir massivement, depuis sa création en 1921, les mouvements et militants coloniaux, et l' a payé de son sang (Iveton fusillé, Audin assassiné, Laban, Maillot, Caballero morts les armes à la main), et d' innombrables emprisonnements, révocations, poursuites judiciaires, saisies de journaux, sanctions pécuniaires ou autres brimades

- la disparition progressive des grandes figures de l' anticolonialisme : Sartre, Guérin, Charles-André Julien, Germaine Tillion, Fanon, Vidal-Naquet, Césaire, etc.

- le souvenir négatif qu' a gardé le Pays des guerres de décolonisation : défaite dans la lointaine Indochine d' un Corps Expéditionnaire sacrifié, conflit d' Algérie qui a impliqué toute une génération pour un abandon final ayant laissé à l' Armée l' amère conviction d' avoir été "trahie" par Paris, et non vaincue sur le terrain

-la rancoeur tenace des centaines de milliers de familles, contraintes de quitter une terre où elles étaient implantées depuis des générations

- enfin les difficultés de co-existence nées de la forte immigration d' anciens colonisés imposant le communautarisme, voire, à la seconde génération, exhalant la haine de leur pays d' accueil

Cette accumulation a mis un terme à la saga de l' anticolonialisme de papa. Elle n' a pas étouffé pour autant la poursuite du combat anti-impérialiste sous d' autres formes : l' altermondialisme dénonçant une financiarisation entière de la planète, ou l' exaspération identitaire dont le djihadisme, s' abritant derrière des justifications religieuses, est en partie une manifestation désespérée

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Vent debout

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Evoquant dans ses "Mémoires" le banquier britannique John Law, Ecossais promu Contrôleur général des Finances du Régent, Philippe d' Orléans, le moraliste Louis de Saint-Simon écrivait: " Law raisonnait comme un Anglais, et ignorait combien est contraire au commerce et à ces sortes d' établissements (les banques), la légèreté de la nature (française), son inexpérience, l' avidité de s' enrichir tout d' un coup, les inconvénients d' un gouvernement despotique, qui met la main sur tout, qui n' a que peu ou point de suite et où ce que fait un ministre est toujours détruit ou changé par son successeur."

Le "french bashing" (voir notre article du 28/09/2012) auquel les Anglo-Saxons se livrent sans se lasser sur les "grenouilles papistes", montre que depuis 1723 notre réputation de légèreté n' a guère varié. La hâte et les facilités des condamnations anglaises ne sauraient s' embarrasser de considérations psycho-culturelles. Reste qu' à l' origine, les Français constituaient un peuple de laborieux laboureurs et d' artisans habiles, attachés à leurs terroirs, dont les descendants se sont inscrits à Pôle Emploi. Pas de banquiers non juifs, peu d' esprit "industriel", ce n' était pas leur truc. Aussi n' ont-ils jamais comblé le retard, pris au 19ème siècle, sur les Anglais, puis les Allemands. C'est également pourquoi ils ont gagné plus de prix Nobel de Littérature que d' Economie.

Au pays de Descartes, c' est là un paradoxe, les choses apparaissent difficilement ajustées aux critères d' efficacité et de simplification qu' implique l' ordre rationnel : aussi bien quant à l' usage fluctuant de l' argent public, qu' à l' étrange multiplication des cloisonnements bureaucratiques, au maigrichon souci de l' intérêt général, au goût immodéré de la paperasse, des colloques ésotériques, des comités fantomatiques, des copinages commémoratifs, des Rapports sans utilisateur, ou encore qu' à la manie latine de recaser les perdants, de pistonner les proches, de complaire aux lèche-bottes.

Le résultat est une société en relatif décalé, où l' on ne se console pas des savoir-faire abandonnés, dont les diplomates se drapent dans une vision anachronique du prestige, les enseignants s' accrochent à des méthodes pédagogiques périmées, les psy bloquent sur des nostalgies soixante huitardes et les représentants syndicaux, de moins en moins représentatifs, sur une image obsolète du salariat, bref où la réforme n' est pas le changement mais la garantie de la continuité.

Je ne sais si tout cela additionné suffit à expliquer le peu de satisfactions, hormis l' épuisante victoire de 1918, enregistrées par nos gouvernants depuis Waterloo : défaites militaires, de Sedan à Dien Bien Phu, et politiques ( ainsi, la décolonisation puis l' intégration des étrangers ), ou convulsions sociales, comme les "Trois Glorieuse"(1830), l' Insurrection ouvrière de 1848 et la Commune social-patriotique de 1871. Déceptions, longtemps masquées par la domination démographique et la référence révolutionnaire, qui se sont conclues par des alternances de régime : chronologiquement, la Restauration, la Monarchie de Juillet, la Seconde République, le Second Empire, la Troisième République, l' Etat Français (Vichy), les Quatrième puis Cinquième Républiques. Une instabilité suggérant que la France, phare des indépendances nationales du XIXème siècle, n' a finalement jamais trouvé ses marques dans la dynamique capitaliste qui, à travers la globalisation, vient de lui a asséner un coup de massue supplémentaire.

Aujourd'hui souffle sur le "cher et vieux pays" et son peuple, auxquels m' attachent encore plus leurs déboires, un "vent debout" les désignant comme maillons faibles d'un Système que ses adversaires réfléchis et ses fossoyeurs inconscients s' activent à terrasser. A qui échappe la nécessité d' une "mise à jour" urgente et générale? Déficits et chômage records, amateurisme et déchéance morale du monde politique, impression d' impuissance du pouvoir, suradministration souvent redondante et gaspilleuse, inflation réglementaire sans suivi, progression accélérée mais logique du national-populisme, projet de découpage régional baroque, politiquement irresponsable, culturellement ignare, harcelantes menaces terroristes, alignement sur Washington et ses plus inconditionnels protégés , perte d' influence et de fiabilité en Europe, provocations ou désordres intérieurs (Calais, Notre Dame des Landes, drones se baladant sur les sites nucléaires, groupes de casseurs ambulants), hésitations et reculs ministériels (écotaxe, barrage de Sivens), investissements mal ficelés, fiscalité paralysante, atouts gâchés en dépit d' un modèle social enviable, lui-même accusé d' encourager l'assistanat et la fraude, les clignotants sont au rouge. Cependant , des charters de milliardaires continuent, de Chanel en Vuitton, de déverser à Roissy les consommateurs d un luxe qui , dans cette atmosphère de fin de règne, donne une image renversée de la réalité.

La réalité? des cadres et classes moyennes appauvries et démotivées, des classes populaires abandonnées au chacun pour soi, des jeunes qui s' exilent, comment repousser alors le sentiment rampant de la fragilisation d' une Nation pourtant gâtée par la nature, construite patiemment, pièce après pièce, par consensus et sacrifices, comme toute Patrie ? Ah, taisez-vous donc un peu, Cassandre!

Eh non, la bicoque institutionnelle est bien en train de s' effondrer sur la Gaule, ex Grand Pays de deux mille ans d' Histoire ! Sixième République, ou autre chose?

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Les Boches

Publié le par memoire-et-societe

On célèbre à Paris les 70 ans de la Libération. "Les Boches", c' est sous ce terme aujourd'hui abandonné, que la majorité des Français désignaient alors leurs ennemis allemands. J' ai cherché l' origine exacte de ce mot qui exprimait une violente haine.

Le "Larousse" mentionne "péj. et pop.", sans s' étendre outre mesure. Le "Petit Robert" stipule : "vieilli, fam. et injurieux. Des avions boches ont bombardé la gare! (Mart.du G.)". J' ai trouvé sur Ia toile une explication selon laquelle boche serait un suffixe argotique sur le type de ca-boche ou rigol-boche, séparé d' al-boche (tête de bois) à l' époque de la guerre de 1870. Le terme a connu son apogée entre 1914 et 1945, malgré la concurrence de "Frisés", "Fridolins", "Chleuhs" et autres "Doryphores". Emile Chautard ("La Vie étrange de l' argot") précise qu' alboche, puis boche, étaient utilisés par les argotiers de La Villette pour évoquer l' "entêtement" des ouvriers allemands, nombreux en région parisienne à la fin du XIXème siècle.

En août 1940 (j' avais onze ans), je suis rentré, avec ma mère et ma soeur, de notre "repli" gascon. A la gare de Vierzon, qui concrétisait la "ligne de démarcation" entre "zone libre" et "zone occupée", le train a stoppé un long moment. Des dames de la Croix Rouge se précipitaient vers les wagons pour servir du thé dans des gobelets en fer. Je me suis avancé vers la fenêtre ouverte, et c' est là, sur le quai, que j' ai vu mon premier "boche".

La quarantaine, court sur patte, légèrement ventripotent, sans arme. Je m' étais préparé à l' apparition du cavalier uhlan qui coupait volontiers la main des enfants. Je n' irai pas jusqu' à dire que le pépère qu' on offrait à mon regard me décevait. Mais il dénotait.

J' ai eu, par la suite, l' occasion de faire plus ample connaissance avec ses compatriotes nazis qui avaient tendance à perquisitionner notre maison et à s' intéresser à mon père. Quant au Boche ordinaire, je le croisais chaque jour, gravissant avec une note de concupiscence les pentes de Montmartre, allant ou revenant de l' exercice, montant la garde devant de luxueux hôtels réquisitionnés.

Aujourd'hui, je rencontre, aux mêmes endroits, leurs petits- enfants comme touristes. Ils ne se font pas remarquer. Willkommen! D' Allemagne (ex Bochie) parviennent des relents sympathiques de pacifisme, d' écologie et de proposition de vie "alternative"; Les jeunes Français raffolent de Berlin. J' y souscris sans rancune, sinon sans mémoire. Puisqu' il faut "faire l' Europe", autant zapper une bonne fois les Boches.

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Procès

Publié le par memoire-et-societe

Des parents et des amis m' ont parfois demandé d' écrire mes "souvenirs". Je renâclais dans la mesure où je voyais mal l' intérêt d' un témoignage somme toute secondaire sur l' ensemble des évènements que j' ai pu connaitre.

Toutefois, j' évoque aisément les moments précis qui ont pu faire sens dans ma vie. Ainsi ai-je assisté, à 16 ans, à l' ouverture de deux procès historiques : celui de Philippe Pétain et celui de Pierre Laval, où mon père, à peine rentré de déportation, avait été désigné comme juré parlementaire.
Le " procès Pétain" a débuté par une accablante journée de chaleur en juillet 1945 devant la Haute Cour, au Palais de Justice de Paris. Magistrats, avocats, jurés, journalistes innombrables, gardes et spectateurs s' y pressaient. Quand Pétain est entré par une porte latérale sous le crépitement des flash, le silence s'est fait. L' accusé, en tenue de maréchal, a gagné sa place, face au président Mongibeaux qui lui avait prêté serment sous l' occupation, a posé son képi étoilé, et décliné son identité. Puis il a lu, debout, une déclaration contestant la validité du Tribunal, avant de préciser qu' il ne répondrait à aucune question.

Le procureur général Mornet, qui avait fait fusiller des "poilus" pour "défaitisme" durant la 1ère guerre mondiale et sollicité en 1941 sa participation à la Commission chargée de "dénaturaliser" les juifs, a pris la parole avec véhémence. C' était son travail. Pétain, de marbre, regardait ailleurs. De temps à autre, l' un de ses avocats se penchait pour lui parler à l' oreille. Le vieillard (89 ans) hochait un peu la tête. De la tribune du public, au-dessus du jury, je contemplais l' homme aux cheveux blancs qui concentrait sur lui toutes les passions du Pays. Ce procès, auquel je ne suis plus retourné, ,a duré trois semaines, et s' est conclu par une condamnation à mort commuée en détention à perpétuité. Pétain est décédé à l' ile d' Yeu six ans plus tard.

Laval, homme politique, était aussi loquace que Pétain, le militaire, s' était montré silencieux. Quand son procès s' est ouvert, le 5 octobre de la même année, nous étions à nouveau, ma mère et moi, dans la tribune surplombant la salle aux fenêtres haut perchées, découvrant un morceau de la Sainte Chapelle. Est apparu un individu assez petit, au teint olivâtre, qui s' est assis sur un banc vide. Ses avocats boycottaient la séance pour protester contre une instruction "bâclée" et un accès, selon eux "incomplet", au dossier. Lui était d' abord convaincu qu' il allait sauver sa tête, compte tenu des services rendus aux uns et aux autres.

Mornet et Mongibeaux, dont le zèle se nourrissait de l' espoir d' être promu à la présidence de la Cour de Cassation, sont passés à l' attaque jusqu' au moment où Laval, se dressant soudain et frappant violemment la table, a hurlé : "Mais vous étiez aux ordres de mon gouvernement à cette époque, vous qui me jugez! ". Au fond de la salle un jeune homme, fils d' un ministre de Vichy, Cathala, a applaudi. " Arrêtez immédiatement le perturbateur!" a ordonné Mongibeaux.

La séance s' est achevée dans le brouhaha et la confusion. Le 9, Laval était condamné. Le 15, jour de son exécution, il tentait de s' empoisonner. On lui a fait un lavage d' estomac avant de le fusiller, attaché à sa civière verticale, sur un chemin longeant la prison de Fresnes.

Je n' éprouvais aucune indulgence pour les responsabilités assumées par les deux personnages, mais j' avoue ne pas être sorti de là avec une haute opinion de l' indépendance de la Justice.

Quand mon père est mort d' un accident de voiture en 1950, nous avons reçu à la maison beaucoup de lettres de condoléances que je me chargeais d' ouvrir. Un matin, j' ai tiré d' une enveloppe une photo de Pétain. Au dos, était écrit à l' adresse de ma mère : " Il est crevé, le salaud. Tant mieux! ".

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Administration de la mémoire

Publié le par memoire-et-societe

Je l' avais visité au début des années 60 : Natzwiller-Struthof était le camp de concentration installé par les Nazis dans l' Alsace annexée, au-dessus de la ville de Schirmeck. Il était, comme ses semblables, destiné à l' élimination des "ennemis irrécupérables du Reich". Plus de 25000 déportés y avaient laissé la vie.

Le lieu était alors presque en l' état. Il avait en 1945 servi un moment de centre pénitentiaire pour collaborationnistes. En 1950, on avait classé "monument historique" cette clairière pentue, ceinte d' un triple rang de barbelés et d' une série de miradors proches les uns des autres. Un jour, un détenu muni d' une perche avait réussi à sauter les obstacles. Les chiens l' avaient vite débusqué entre les sapins. Il avait fait le tour du camp une corde au cou avant d' être pendu au son du violon sur la Place d' Appel, devant les autres prisonniers disposés en carré. Le SS commandant le Struthof, Josef Kramer, lui, s' est pendu tout seul, en 1945.

Passée la porte, se dressait la longue cheminée du crématoire auprès de laquelle de Gaulle avait inauguré en 1960 le "Memorial de la déportation". En contrebas, les restes d' étagements de baraques noirâtres, jusqu' au Revier où des "chercheurs", comme le professeur August Hirt, ami d' Himmler, expérimentaient de nouveaux gaz toxiques. Rien de plus sinistre que cet ensemble noyé les trois quarts du temps dans les brumes de la forêt vosgienne.

Récemment, l' un de mes petits-fils, âgé de 16 ans, a émis le voeu d' aller sur place. Devoir de mémoire oblige, je suis retourné au Struthof. Un vaste parking payant et grillagé nous a accueillis. Nous avons ensuite emprunté une allée macadamisée jusqu' au " Centre européen du résistant-déporté ", cube de verre brillamment éclairé, doté d' une billetterie électronique et d' une boutique de produits dérivés (albums, DVD). Dans la vaste salle, des photos de camps hitlériens, de Dachau à Buchenwald, de Mauthausen, où a été mon père, à Auschwitz, Neuengamme, Ravensbrück ou Dora. Des légendes, des panneaux rédigés par des historiens.

Pour accéder au site, il a fallu ressortir, reprendre, ticket d' entrée en main, l' allée jusqu' à une étroite ouverture latérale du portail. Des files de scolaires s'y pressaient, encadrées par des adultes qui s' efforçaient d' imposer une réserve en rapport avec la solennité de l' endroit. Des couples plus âgés parlaient allemand.

Là, surprise : le camp était vide ! sur toute son étendue, des passages zigzaguaient entre des rectangles bordés de pierres qui figuraient l' emplacement des baraques disparues. Seuls survivaient un block-témoin, narrant la vie concentrationnaire, et, tout au fond, en bas, le bâtiment-laboratoire de Hirt et de ses collègues.

Des groupes suivaient placidement le fléchage "sens de la visite", tel qu' indiqué par l' Administration de la mémoire. Tout était impeccablement ratissé et indolore. Mon petit-fils n' a fait aucune observation. On avait châtré l' émotion à laquelle il s' était, sans doute, préparé.

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Dumont Jules, martyr marginal

Publié le par memoire-et-societe

L' affaire est bien décalée : l' histoire d' un oublié du show résistanciel. Inutile de chercher dans les volumes de l' "Histoire intérieure du Parti Communiste Français" de Robrieux, vous n' y trouverez nulle mention du héros en question. Cet effacement relève des silences auxquels l' Histoire se prête souvent. Dumont n' était pas pourtant un personnage falot. On le rencontre dans les Souvenirs d' André Marty, Angelo Tasca, Auguste Gillot, entre autres. Jamais dans l' iconographie officielle du "Parti des fusillés".

Jules, Joseph Dumont, fils de cordonnier, était né en 1888 à Roubaix. Lors de la première guerre mondiale, il a participé à tous les grands combats, de la Somme, où il a été blessé, aux Flandres, où il a été gazé en 1918. Parti sergent, il est rentré capitaine, bardé de médailles.

Il a quitté l' Armée en 1920 pour la région de Meknès, au Maroc où il avait fait son service militaire. L ' Administration coloniale, la misère populaire et la pression des banques sur de petits colons comme lui, l' ont conduit à la lecture, interdite dans le Protectorat, de "L' Humanité", avant d' en faire un communiste convaincu.

Etroitement surveillé, il a bientôt été arrêté pour propagande subversive, et expulsé du pays par un tribunal militaire. Son brutal départ, sans sa famille, a accéléré, par solidarité, la constitution du Parti communiste marocain.

A son retour à Paris, le Komintern l' a envoyé comme conseiller militaire en Ethiopie, pays agressé par l' Italie fasciste, d' où il a gagné Madrid pour prendre la tête d' une centurie des Brigades Internationales, puis du bataillon "Commune de Paris", enfin le commandement de l' importante brigade "La Marseillaise" jusqu' en 1938. Mobilisé l' année suivante en tant que lieutenant-colonel de réserve de l' armée française, il a, dès l' armistice de 1940, repris contact avec le P.C qui l' a alors nommé directeur-gérant du quotidien "Ce Soir". A ce titre, il a été chargé de négocier avec l' ambassadeur allemand Otto Abetz l' autorisation de reparution du journal, en parallèle avec une démarche identique entreprise par Catelas pour "L' Humanité". Finalement, c' est Hitler qui a tout stoppé en revenant sur le droit préalablement accordé par Abetz.

Dumont, de son côté, avait plongé dans la clandestinité, préparait une évasion des députés communistes de la prison du Puy, et siégeait depuis sa création au sein du Comité militaire national des F-T.P. sous le nom de "colonel Paul". Ciblé par la Gestapo, il a été capturé fin 1942, sauvagement torturé avant d' être fusillé le 15 juin 1943 au Mont Valérien, à 55 ans.

Itinéraire héroïque d' un responsable de la Résistance armée : pourtant son nom ne figure nulle part. Ses camarades de combat ont disparu. Leurs héritiers l' ignorent. Ses descendants sont dispersés (l' un de ses fils, arabisant, a été conseiller du président Senghor à Dakar) et sans trace concrète de son existence. Le Parti pour lequel il s' est sacrifié a mis les scellés sur sa mémoire.

L' explication de cette disgrâce n' est pas savante. En juin 1940, alors que l' Internationale était encore liée par le pacte germano-soviétique, le PCF a été incité à réclamer à l' occupant allemand la faculté de reparaitre pour sa presse. Duclos, en charge de l' organisation (Thorez était à Moscou) a mis en route, sous l' égide du patron de la Commission des Cadres, Tréhard, la double démarche en direction d' Abetz. Mais entre temps (les communications avec le Komintern étaient longues et compliquées), Staline avait changé d' avis. Tréhard se retrouvait donc publiquement désavoué. Par la suite, jamais le Parti ne lui a confié de nouvelle responsabilité. Quant à Dumont et Catelas, tous deux fusillés par les Nazis, ils ne posaient plus de problème. Tous les témoins de ce faux pas avaient quitté la scène, et l' image du Parti sortait intacte de cette trouble péripétie.

P.S. Des lecteurs ayant demandé comment se procurer "Chroniques franco-citoyennes", ouvrage papier tiré de ce blog, voici l' adresse électronique : ww.morebooks.fr

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Mort de chagrin

Publié le par memoire-et-societe

La célébration du centenaire de la guerre de 14 me remet en mémoire une histoire pathétique. J' étais, en 1940, "replié", comme on disait alors, dans une ville du Midi et élève de 6ème au lycée où s' employaient deux jumeaux, les frères Roux. L' un, dit Roux-bagnole, était le chauffeur de l' établissement, l' autre, le concierge, naturellement dénommé Roux-bignole.
Roux-bignole était un invalide de la guerre précédente, au souffle court et à la patte raccourcie. A Verdun, un morceau d' acier lui avait labouré la poitrine et une pierre bousillé le péroné. On l' avait évacué sans connaissance, des premières lignes au poste de secours le plus proche. Les brancardiers l' avaient tellement secoué, de boyau en tranchée, que la douleur l' avait réveillé et que le chirurgien avait pu lui confier : "Vous avez un éclat d' obus dans le poumon. On va vous proposer l' opération. Refusez, sinon vous y resterez." Conseil avisé: la ferraille s' était peu à peu enkystée dans les chairs et le mutilé avait survécu.

Les prof' titulaires étant mobilisés, on avait, pour les cours, appelé à l' aide des enseignants retraités minés, eux, par les infirmités de l' âge, donc souvent défaillants. Ainsi, un jour de fin mai 40, le prof' de math' s' étant porté pâle, on avait dû confier la classe à la garde de Roux-bignole qui avait imprudemment annoncé : " Vous pouvez faire ce que vous voulez, mais pas de chahut." Bien entendu, quelques minutes plus tard, c' était l' enfer. Plusieurs grimpaient le long des colonnes qui supportaient le plafond, d' autres se mesuraient à coups de boulettes de papier mâché ou jouaient à tue-tête à la bataille navale.

A un moment, le plus costaud d' entre nous, carrure de futur rugbyman, avait bondi sur l' estrade pour chanter : "Je ne suis pas celle qu'on pense / Je ne suis pas celle qu' on dit / Je sais me conduire dans l' existence...". Alors, un cri. C' était Roux-bignole, levé à demi : " Comment?... Les Allemands... sont aux portes... de Reims...et vous... et vous...z' avez le coeur... le coeur à faire... les clowns! " Puis il s' était affalé en pleurs sur le bureau. Un silence s' était établi qu' avait rompu la cloche annonçant la fin de la permanence. Nous avions laissé Roux-bignole, toujours sanglotant, dans la classe déserte.

Le lendemain, la loge du lycée était restée fermée. Juin arrivait, amenant dans la ville des flots de réfugiés dont des officiers encore en uniforme, ayant abandonné leurs soldats pour fuir dans leurs voitures personnelles avec femme et enfants. Le lycée avait fermé a son tour. Nous trainions, avec les copains, dans le désordre des rues et la panique générale. Un matin, j' étais tombé nez à nez avec Roux-bagnole. J' avais, par politesse, demandé des nouvelles de son frère.Il s' était raidi et avait seulement répondu : " Tu ne sais pas? Il n' a pas supporté la défaite. Il est mort de chagrin."

P.S. J' imagine volontiers un film tiré de ce récit avec le comédien Jean-Pierre Darroussin dans le rôle de Roux-bignole...

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