Mémoire de Frédéric Pottecher

Publié le par Jean-Pierre Biondi

J' ai commencé à travailler à la RTF (Radiodiffusion-télévision française) fin 1956, dans une émission d' information intitulée "Paris Vous Parle", qu' animait Pierre Desgraupes. Le chroniqueur judiciaire en était Frédéric Pottecher. Il était le neveu de Maurice Pottecher, créateur du "Théâtre du Peuple" de Bussang, dans les Vosges, ancêtre du "Théâtre National Populaire" de Jean Vilar.

Grand, massif, fort d' une voix de tragédien, Pottecher emplissait la cabine technique afférente au studio quand il venait conter l' audience d' un procès. Sa présence au micro constituait à elle seule un spectacle. C' est qu' il ne lisait pas sa chronique, il la jouait, alternant, en ancien comédien, la voix péremptoire des juges, l' éloquence des défenseurs, l' accablement des inculpés.
Très hostile à la peine de mort, qui existait encore, Frédéric ne se contentait pas du chemin de son bureau au prétoire. Il demandait à voir les accusés dans leurs cellules, consultait les avocats, interrogeait les magistrats. Je me souviens d' un jour où il a évoqué devant moi une visite à la prison de la Santé : " Tu te rends compte, disait-il avec émotion, il y a là-dedans des gosses de 17 ans avec, tatoué sur le cou : découper suivant le pointillé ! "

J' avais pour cet être chaleureux, rigoureux et juriste consommé, une profonde sympathie. Ainsi sommes-nous allés ensemble exposer, vers 1962, devant le Comité central de la Ligue des Droits de l' Homme, que présidait l' ancien ministre Daniel Mayer, les procédés de colonisation de la RTF et les multiples entorses à la liberté de l' information sous le règne du ministre Alain Peyrefitte, de fâcheuse mémoire.

En 1968, lors de la longue grève de l' ORTF, Pottecher s' est à nouveau courageusement engagé pour le Droit d' informer. Il l' a payé d' une disgrâce qui l' a contraint à émigrer sur l' antenne d' Europe n°1. Pottecher n' était pas un militant partisan, simplement une conscience que la familiarité des souffrances humaines poussait à des indignations et vers des valeurs qui recoupaient celles de la "gauche".
Il a "couvert" avec la même passion tous les événements de son temps : les procès de Pétain, Eichmann, Salan, Barbie, Touvier, Marie Besnard et Dominici, l' assassinat de Kennedy ou l' affaire Patrick Henry, passionné de Justice et d' Histoire jusqu' à sa fin, en 2001. Il est mort à l' Hotel-Dieu, à côté du Palais de Justice de Paris, un jour d' automne. Puis on a emmené sa dépouille pour l' enterrer en paisible terre vosgienne, avec les siens, sa part de labeur accomplie

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costa janine 04/01/2015 17:52

j'aimer les informations de l'époque, ou il y avait plus d'intéret qu' à l'heure actuelle ou j'avais eu la télévision en 1946 pionnier de l'époque. j'ai suivi lorsque tu était sur antenne 2 avec patrik lecocq je crois amitiée janine