INES ARMAND OUBLIEE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Elle a été non seulement une figure de la révolution soviétique de 1917, à l' instar de Zinoviev, Trotski ou Boukharine,, mais également le grand amour de Lénine. Ce double "emploi" joue-t-il dans la moindre notoriété de l' intéressée au regard de ses homologues masculins? Inès Armand, née Elisabeth Pécheux d' Herbenville en 1874 à Paris, fille d' un chanteur français d' opéra connu sous le nom de Théodore Stephen, est en tout cas plus oubliée qu' eux par l' historiographie.

Elle n' avait que cinq ans quand sa tante, professeur de piano de la richissime famille russe Armand, dont l' aïeul avait été officier dans l' armée napoléonienne, emmena la petite orpheline à Moscou. Elle y reçut une éducation bourgeoise, apprit à parler cinq langues, devint Inessa, et se fit habiller par les grands couturiers parisiens. Elle épousa à 19 ans le fils aîné de sa famille d' accueil, en eut quatre enfants avant de fuguer, à 26 ans, avec le frère cadet de son mari qui n' en avait que 17 mais lui fit un fils supplémentaire avant de mourir lui-même de la tuberculose.

Indifférente aux scandales, Inès adhéra alors au bolchévisme, ce qui lui valut d' être déportée en Sibérie d' où elle parvint à s' enfuir à Paris. C' est là, dans le milieu des révolutionnaires exilés, qu' elle rencontra Ilitch Oulianov, alias Lénine, qu' elle connaissait déjà de nom. Il a 40 ans, elle 35. Le coup de foudre est réciproque. Lénine est installé avec épouse ( Nadia Kroupskaïa) et belle-mère, 4 rue Marie-Rose, dans le XIVème arrondissement, à l' époque encore prolétarien (le modèle de vie du leader bochévik, comme d' ailleurs ses gôuts artistiques et littéraires sont plutôt petits-bourgeois). Mais le temps d' un révolutionnaire professionnel est précieux. Fasciné par la beauté et la personnalité d' Inès, Lénine la fait déménager au n°2 de cette rue banale, dans l' immeuble voisin du sien (transformé un certain temps en musée par le P.C).

Les amants, devenus fusionnels, voyagent de congrès en congrès, fréquentent ensemble le gotha socialiste : Kautsky, Jaurès, Adler, Rosa Luxembourg, Martov , etc. Ce qui survit de leurs échanges (peu d'écrits) montre qu' Inès et Lénine s' influencent réciproquement quant à la lutte des classes, au défaitisme révolutionnaire et à la lecture du marxisme. C' est encore ensemble que, délaissant les bistrots de la porte d' Orléans, ils décident de regagner par tous les moyens la Russie en éruption.

Mais, une fois là-bas, sonne le glas de leur romantique communion. . Leurs rencontres se raréfient. Il faut préserver l' image sacrée d' un Lénine vertueusement concentré sur la Cause. De son côté, Inès a accepté des responsabilités au Parti, notamment sur les questions féminines. En réalité, elle est épuisée par les vingt ans qu' elle vient de vivre. Elle succombe, à 46 ans, au choléra dans un village caucasien où Lénine l' a envoyé se reposer. On inhume la militante au son de l' "Internationale", dans la nécropole du mur du Kremlin. On efface la maîtresse.

Lénine est inconsolable, ce qui constitue le plus probant aveu public. Malade lui aussi, il survit trois ans et demi à Inès, de plus en plus retiré dans les environs de la capitale russe. Selon ses proches, l' intraitable révolutionnaire s' "humanise" alors, quittant "le masque d' acier" (il ne tutoyait personne sinon Martov et...Inès) que le combat anticapitaliste lui avait depuis si longtemps plaqué sur le visage. Il repose aujourd'hui, à quelques mètres de la femme qu' il a aimée.

Publié dans histoire

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Alix de Hesse de Darmstadt 20/06/2020 01:13

heureusement qu'elle a été oubliée !!!!