" LA MORRIS "

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Championne olympique du poids, du disque et du javelot, championne de France de football avec le Red Star Olympique, victorieuse de Paris-Nice et du Bol d' or automobiles (elle se fera plus tard enlever les seins pour faciliter l' usage du volant), détentrice de la meilleure performance cycliste mondiale sur 5km en 1924, plusieurs fois championne de France en natation et water-polo, plongeuse de haut vol, boxeuse, haltérophile, tireuse à l' arc, compétitrice motocycliste, monitrice équestre, professeur de tennis et aviatrice, "la morris", comme on l'appelait, née en 1893 dans une famille bourgeoise parisienne, a d' abord été une ambulancière et estafette héroÏque sur le front de la Somme et à Verdun.

Ses mensurations n' avaient rien d' exceptionnel (1m66 pour 68 Kgs), mais elle était un phénomène de puissance musculaire, doté d' une volonté de fer. Ayant opté pour le genre "garçonne" en vogue pendant les "années folles", bagarreuse, provocatrice, cheveux ras, fumant trois paquets par jour , arborant la cravate, vêtue en permanence de pantalons et de vestons d' homme, elle parlait comme un charretier, était proche de Cocteau, de Joséphine Baker, et vivait en couple avec la comédienne Yvonne de Bray ( grande amie de Colette), personnage principal de "La Folle de Chaillot", la pièce de Giraudoux.

L' homosexualité n' était toutefois pas, à l' époque, tolérée dans le milieu sportif. Ecartée des Jeux de 1928 pour conduite scandaleuse et "mauvais exemple", Violette Morris commence à multiplier les propos injurieux sur la France, " pays dégénéré, enjuivé et négrifié", qui reprennent ceux de la propagande raciste des Ligues d' extrême droite. " Invitée ", dit-on, par Hitler aux Jeux de 1936 à Berlin, elle y aurait été alors recrutée par les services de renseignement allemands.

Dès 1940 en tout cas, elle collabore avec le chef des S.S à Paris, Helmut Knochen. On murmure qu' elle torture des résistantes rue Lauriston où opère le sinistre duo Bonny-Lafont. Si les sentiments pro-nazis de "la Morris" ne font aucun doute, néanmoins les preuves de ses crimes manquent encore, les archives de la Gestapo française ayant été incendiées par Bonny lui_même. 

La fin de cette femme hors norme est à l' image de sa vie. Tentant d' infiltrer les réseaux gaullistes, elle a été abattue en avril 44 par les combattants du maquis normand "Surcouf", près de Lieurey, dans l' Eure. L' ordre de la supprimer émanait de Londres, après accord du général de Gaulle. Elle allait avoir 51 ans.

Naturellement, les aventures de Violette Morris ont stimulé la plume des journalistes-historiens. De nombreux articles et ouvrages lui sont consacrés. Voici les derniers, publiés en 2019 :

Gérard Cortanze: "Femme qui court" (éd. Albin Michel)

Rey, Golic, Krys : " A abattre par tous les moyens " ( BD en 2 vol. Futurolis éd.)

Publié dans histoire

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :
Commenter cet article