LE SECRET DE MADAME FAVART

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Le nom de Favart est familier aux Parisiens puisque c' est celui qu' on associe à l' Opéra Comique, appelé aussi "Salle Favart".

Charles-Simon Favart était un entrepreneur de spectacles, auteur et compositeur de pièces et de chansons à succès sous le règne de Louis XV. C' est dans les coulisses d' un théâtre qu' il rencontre une jeune et jolie actrice, Justine Duronceray, qui devient son épouse et sera involontairement à l' origine de ses déboires.

En 1746, Maurice de Saxe,  aristocratique dignitaire allemand choisi par le Roi Louis pour commander les Armées françaises, décide de s' adjoindre une troupe de comédiens afin de suivre et distraire ses soldats en campagne. Il recrute ainsi la Compagnie de Favart.

Le Maréchal de Saxe a 50 ans. Madame Favart 31 de moins. Elle est un moment la maîtresse du glorieux militaire, puis décide de rompre, son mari averti ne pouvant supporter cette infortune.

Maurice de Saxe, grand collectionneur de femmes, ancien amant de la belle Adrienne Lecouvreur qu' il partageait avec Voltaire et qui fut, dit-on, empoisonnée par une rivale, la duchesse de Bouillon, puis favori de la future tsarine Anne 1ère (qui l' a éconduit parce qu'il "honorait" conjointement la chambrière de la princesse),   de Saxe donc, prend très mal les choses. C' est  son honneur seigneurial et  sa donjuanesque réputation qui se trouvent en jeu. Il fait adresser au couple des lettres de cachet.

Justine (prénom d' ailleurs quelque peu sadien) se réfugie au couvent. Charles- Simon part se dissimuler dans un village des environs de Strasbourg. En 1748, Louis XV fait don  à de Saxe du château (délabré) de Chambord, en hommage à ses victoires. Ce dernier poursuit de plus en plus belle Justine de ses assiduités, alternant menaces et promesses.
De guerre lasse et pour venir en aide à son époux malade, madame Favart se rend à Chambord. Les lettres de cachet sont oubliées. En droit français, cela est aujourd'hui très exactement qualifié de  "viol par contrainte morale", passible devant les Assises, et selon l' article 222-23 du Code pénal, de 15 ans de réclusion.

Justine reprend en 1749 sa brillante carrière d' auteure et d'interprète,  jusqu' à son décès en 1772. Charles lui survit vingt ans, et disparaît dans le tintamarre de la Révolution Quant au maréchal, ayant affirmé l'arbitraire primauté des caprices du pouvoir, il meurt en 1750 des suites d' un duel l' ayant opposé au prince de Conti. Quoique des rumeurs aient aussi circulé selon lesquelles il aurait banalement succombé à un gros rhume contracté en son château, où les travaux de rénovation et, semble-t-il, de chauffage, n' étaient pas encore achevés

Mais là aussi le secret fut gardé. 

Publié dans histoire

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