A.Rolland de Renéville,écrivain

Publié le par memoire-et-societe

Quasiment ignoré, le projet littéraire d' André Rolland de Renéville est encore à évaluer. Né en 1903 dans une famille de l' aristocratie tourangelle, il grandit auprès d' une mère férue de spiritisme et, tout jeune, s' intéresse aux rapports entre poésie et métaphysique.

Ses premiers recueils, publiés à compte d' auteur, dont "Ténèbres peintes" préfacé par Philippe Soupault, annoncent son essai "Rimbaud le voyant" (1929) qui attire l' attention des surréalistes. Ceux-ci le courtisent, mais Renéville est engagé avec un groupe rival fondé par les Rémois René Daumal et Roger Gilbert-Lecomte, "Le Grand jeu".

Pour Renéville, la conception occidentale, purement individualiste, du Moi, voue la poésie à l' échec. Dans cette optique, il considère tout engagement personnel, politique ou autre, susceptible de porter ombrage à l' univers mystique. Il oppose donc une fin de non recevoir aux avances d'un Breton alors lié au marxisme.

1932 marque un tournant. Aragon se trouvant inculpé de "provocation au meurtre" après la publication de "Front rouge", Renéville désavoue le texte dans la RNF. Mais c' est lui que condamnent, puis excluent, ses amis du "Grand jeu" pour "attitude contre- révolutionnaire". Le mouvement ne lui survit d' ailleurs guère. Il est dissout à la fin de la même année sans qu' on puisse établir une relation entre les deux faits.

Certains, comme le poète-dessinateur Maurice Henry, rejoignent le Groupe surréaliste. Renéville, désormais disponible, préfère débattre de chez lui avec Vitrac, Desnos, Michaux, Artaud ou même...Breton. Il s' applique à jouer l' homme de bonne volonté, à jeter un impensable pont entre la vie onirique et le discours trotskiste, les rêves et les tracts. Constamment assis entre deux chaises a priori peu conciliables.

A sa manière, Renéville est un classique, au sens nervalien. Il avance dans un espace purement intérieur selon des règles intransigeantes : à la recherche, du poème à l' essai, de ce point d' où, précise Breton, "la vie et la mort, le réel et l' imaginaire, le passé et le futur, le communicable et l' incommunicable, cessent d' être perçus contradictoirement".

Jusqu' à sa mort en 1962, Renéville écrit peu, électron écouté de la mouvance d' un Surréalisme auquel il n' a jamais appartenu : "Univers de la parole" en 1944, "La Nuit, l' esprit" en 1946, "Sciences maudites et poètes maudits", "Souvenir de René Daumal". Il dirige, pour la collection de la Pléïade, la publication des oeuvres complètes de Rimbaud, avant de créer en 1947 une revue désormais introuvable, "Les cahiers d' Hermès".

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