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83 articles avec societe

Premier Parti de France

Publié le par memoire-et-societe

Le suffrage universel (accordé aux Françaises en 1945 seulement) demeure partout une avancée significative du droit de chacun et de chacune à faire connaître ses choix de société. Dans les pays ou un tel droit n'existe pas, il constitue un objectif nécessaire à l'édification d'un régime de liberté.
Cependant, le recul acquis là où il fonctionne depuis longtemps, permet de penser qu'il ne suffit pas à lui seul à fonder la démocratie, donc qu'il ne constitue pas l'absolu auquel d'éminents penseurs s'efforcent de réduire la vie publique.
La manipulation de l'expression populaire par des lois électorales arrangées, des modes de scrutin alambiqués, des découpages de circonscription arbitraires, et autres tours de passe-passe, jette le doute sur la qualité du vote et la représentativité de l'élu. On n'aboutit qu'à diminuer la confiance des citoyens et à fausser les réalités sociales.

Sartre (1) considérait l'élection aujourd'hui comme un processus d'individualisation, c'est-à-dire, de dépolitisation. La versatilité de travailleurs offrant leur bulletin de vote à la droite au bout d'un mois de grève en 1968, ou de socialistes appelant à voter Chirac le matin et sifflant son élection le soir en 2002, en fournit l'illustration.
Ce genre de bouillie ou le mot magique "démocratie" sert à gommer les oppositions de classe, le sociétal à occulter le social, le concept de République à nier le multiculturalisme, et la protection de l'environnement à supplanter la tragédie du chômage, touche les régions du monde généralement classées parmi les plus libérales, au sens politique, par exemple les Etats-Unis et l'Europe occidentale. Le fort taux d'abstentions qu'y recueillent nonobstant les consultations électorales témoigne d'une crise persistante de la représentation et fait du "parti abstentionniste" le premier de France, au centre du paysage politique. Cette marginalisation volontaire d'une fraction importante de la population n'est pas neutre. Elle affirme l'abstention comme un choix enclin à refuser dans l'élection un mélange médiatisé de démagogie, d'opportunisme et de clientélisme.

Q.-Mais l'abstention ne fait-elle pas la chance des aventures (en clair du Front National) ?

R.-Ce qui fait, en premier lieu sa chance, ce sont les valises de billets éparpillées ça et là, les scandales de moeurs, les délits d'initiés, les rétro commissions, les emplois fictifs, les abus de biens sociaux, les collusions d'intérêt, les paradis fiscaux, l'enrichissement personnel avec l'argent du contribuable, les études-bidon, les subventions de complaisance, la distribution des sinécures, la désinformation, bref l'actuel tsunami de la corruption et du népotisme engendré par l'oligarchie.

Q.-Plus de gouvernement légitime, alors. Quoi ? l'anarchie ?

R.-Non, mais il y a des sortes de pouvoir dont on se passe déjà:la Belgique (le vote y est obligatoire) n'a plus de gouvernement depuis plus de 15 mois, mais ne connaît pas la crise financière. L'Italie de Berlusconi démontre qu'une gestion éprouvée de l'administration des choses peut suppléer à un mauvais gouvernement élu. Il y a bien sur, pour toute nation, des orientations à déterminer, des choix à faire:n'écartons pas dès lors l'idée que de la révolte citoyenne peut naître la mutation d'un système à bout de souffle. A commencer par la moralisation des pratiques politiques (o, fraîcheur d'âme !), la déprofessionnalisation des élus(pas plus de deux mandats pour les parlementaires comme pour le président), la transformation de partis rongés par la rouille en mouvements à l'abri des clivages devenus anachroniques, la maîtrise des lobbies, la suppression d'objets encombrants et ruineux comme le Sénat, l'amaigrissement du mille-feuilles qui, de la commune au Parlement européen, permet de caser les amis ou de se partager les places sans souci de l'évolution des réalités. Toutes suggestions que vous aurez du mal à trouver dans les programmes des "partis de gouvernement", mais éventuellement susceptibles de contribuer à ramener le citoyen vers les urnes.
Des sondages augurent pour 2012 une bonne phalange de sceptiques, d'hésitants, d'écoeurés. Dernière question:à quoi bon autoriser l'abstention si jamais personne ne prend en compte le rejet du trucage et, subséquemment, l'option "pêche à la ligne" ?

(1) Sartre. Elections, piège à cons. Situations X.Gallimard.1976.

 

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Entre décolonisation et multiculturalisme

Publié le par memoire-et-societe

J'étais présent lorsqu'un jour de 1973, intervenant devant l'Union Progressiste Sénégalaise, son Parti, Léopold Sédar Senghor dénonça ce qu'il a appelé "l'esprit d'agression et de violence des Albo-Européens, obsédés, ajoutait-il, par le désir de possession et de domination."

Cette formule; "Albo-Européens", me laissa songeur. Y avait-il des Européens non-blancs (ceux qu'on a nommé depuis les Nègropolitains) ? Vivant alors en Afrique, étais-je un  Albo-Africain ? et les Africains-de-souche pouvaient-ils adopter totalement un homme, même "nègrophile", de la couleur de leur colonisateur ? Mon statut de "toubab" me paraissait irréversible,verrouillé par une sorte de racisme inversé.

L'âpreté de Senghor m'avait aussi surpris. Emanant d'un esprit ouvert aux autres, de la lignée d'un Jaurès, d'un Gandhi, d'un Luther King, ce rejet sans nuance  ne correspondait ni à sa conception des relations humaines, ni au grand projet de sa vie:l'élaboration d' une Civilisation métisse universelle.

Cependant, je me remémorais l'acharnement de l'Occident à user de périphrases humiliantes pour désigner le continent d'ou s'exprimait le co-fondateur de la Négritude : "sociétés sous-développées", "pays les moins avancés", "nations en retard", toutes définitions avouant d'ailleurs un échec de la colonisation.

Du temps a passé. L'indigène, pauvre et majoritaire chez lui, est souvent devenu pauvre et minoritaire chez l'Albo-Européen dont l"avance", précisément, l'a fait rêver. L'Etat-nation africain, lui, a été façonné sur le modèle occidental, alors que la réalité inciterait à des regroupements plus facilement ethniques, et qu'une balkanisation calquée sur le partage colonial remontant à la conférence de Berlin en 1885 a été maintenue sous la pression des dispensateurs d'aides et de conseils. Ainsi va le Tiers-Monde, rebaptisé le Sud, coulé dans une décolonisation intermédiaire ou des Etats, juridiquement indépendants et politiquement non souverains, végètent sous la coupe de gouvernements nationaux et d'intérêts étrangers.

Sombre micmac d'où ont soudain émergé tous ceux qu'on appelle, faute de mieux, les-jeunes-de-banlieue. Euro-Africains donc, puisque nés sur le sol français de parents nés en Afrique,les voici postés à la croisée du modèle consumériste et culturel américain, de leurs origines ethniques, et d'une société christo-gauloise qu'ils sont, pour certains, résolument enclins à renier mais qui les marque pourtant. Ce triple parrainage, cette rencontre du rock, de la religion et du verlan engendrent une identité multiculturelle dont l'anticolonialisme et les aspirations libertaires, anti-étatiques en tout cas,sont des signes distinctifs. Au moment ou des rebelles à Benghazi brandissaient le drapeau français face à Khadafi, la police arrêtait, dans le Val de Marne, trois fils d'immigrés en train de le brûler : le sentiment de subir une situation néo-coloniale venait contredire l'hommage des révoltés à l'emblème des Droits de l'Homme.

Ce genre de paradoxe devrait bien retenir un instant l'attention de l'opinion plutôt que les faits et gestes d'un personnage déconsidéré par le cynisme de ses moeurs:pourquoi de jeunes Français refusent-ils une nationalité à laquelle leurs parents ont longtemps aspiré, et se veulent-ils étrangers là ou leurs prédécesseurs, étrangers, se voulaient français ?

 

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Triangle post colonial

Publié le par memoire-et-societe

Le schéma est particulièrement lisible en région parisienne, mais on le trouve aussi dans plusieurs autres agglomérations en France : c'est celui d'une urbanisation rappelant ,volens nolens, la configuration de villes de l'ex empire colonial.

En gros la société hexagonale s'articule de plus en plus aujourd'hui autour de trois groupes de population distincts :

- l'oligarchie, formée de ceux qu'on pourrait encore qualifier de "grands-blancs"(1). Classe politique, hauts fonctionnaires, grands patrons, élites culturelles, figures marquantes des profession libérales, occupent les centre-villes résidentiels ou historiques. "Intra muros" d'où le prix de l'immobilier et le coût de la vie écartent les autres catégories sociales. Dans un faible rayon se concentrent les pouvoirs : politique, financier, médiatique, et la richesse culturelle de la cité européenne. Un sentiment de caste, étranger au traditionnel clivage droite-gauche, rassemble cette aristocratie du savoir et de l'argent ; Ce n'est donc point par hasard que certains nomment ses membres "les Colons".

- la majorité des immigrés provenant d'anciennes colonies et installée dans des quartiers dits ouvriers, puis des banlieues récemment urbanisées, ou, plus exactement, des zones d'habitat collectif (tours, barres). Une partie importante de cette population s'y voit comme "néo-colonisée", donc en état d'infériorité et d'opposition avec le pays d'accueil


- enfin, et là réside un caractère relativement spécifique de la modernité territoriale,le peuplement "petit-blanc" (salariés,artisans, petits commerçants, retraités), évincé des centre-villes par les prix du logement mais rebuté par le multiculturalisme et par l'incivisme attaché à l'image de cités-ghettos. Se développe ainsi un habitat pavillonnaire péri-urbain, au pouvoir d'achat entamé d'emblée par le coût des transports et l'éloignement des lieux principaux de consommation culturelle (théâtres, musées, etc) mais surtout  par la distance séparant du lieu de travail, quand le travail existe. Classe populaire "blanche", pieds-noirs d'un nouveau genre, majoritaires cette fois, qui cherchent dans la protestation (vote extrême ou abstention) une expression politique. Négligé par les stratèges des partis de gouvernement, dédaigné par les technocrates politiques (voir les analyses de Terra Nova), le citoyen blanc-pauvre semble voué à n'être que la cible ou l'enjeu de démagogies électorales portées par ce triangle néo-colonial ou le fossé religieux et culturel fracture, une fois encore, la solidarité de classe.

  Thème de réflexion non inutile pour ceux qui se proposent désormais de gouverner un corps social en voie de fragmentation et dominé par l'égoïsme ploutocratique.

 

 

(voir notre ouvrage "Clio et les grands-blancs". Editions Libertalia,2010)

 

 

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