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82 articles avec societe

L' émigration silencieuse

Publié le par memoire-et-societe

  Avec ses innombrables retournements, l' Histoire n'a jamais économisé les paradoxes. Nous l' avons mentionné dans "Clio et les Grands-Blancs" (1), s' agissant de l' immigration africaine en Europe qui a conduit les populations indigènes à s'expatrier vers les anciennes métropoles, y reproduisant, au sein de banlieues ghettoîsées, les conditions de vie et d' habitat (blog "Triangle post-colonial" du 13/8/2011) des capitales territoriales des Empires.

   Il existe désormais des situations que l'émergence de zones auparavant non économiquement développées rendent inédites: l' arrivée en ces lieux d' immigrés en quête d'emploi provenant de l' ex pays colonisateur. Tel est le cas avec la migration croissante de Portuguais vers l' Angola, due à une décennie d' expansion spectaculaire de celui-ci L' heure est au retour, discret,du descendant ou du compatriote du colon. 

   Vieille possession du Portugal dans le sud-ouest africain et forte aujourd'hui de vingt millions d' habitants, la République d' Angola n' a accèdé à l' indépendance qu'en 1975. Le pétrole avait commencé à y être exploité en 1954 : le pays est  membre de l' OPEP depuis 2007. Son taux de croissance est de près de 10% l'an (15%  pour l'industrie). La société française Total y possède un gisement sous-marin géant, Pazflor. Chinois et Américains sont également présents.

   Cette oléocratie dynamise naturellement une économie globale qui sollicite des cadres et des techniciens absents du marché local et ouvre des perspectives inespérées à la main d'oeuvre qui accourt d' un Portugal lourdement embourbé dans la crise. L' attrait du "pétro-diamant" ( l' Angola est en même temps un gros producteur de pierres précieuses ) sur les jeunes et les chômeurs lusophones se fait irrésistible. Les activités dérivées (sous-traitance,commerce, services )offrent de leur côté de multiples possibilités dont la population autochtone est incapable de profiter : faute de qualification 70% des indigènes végètent sous le seuil de pauvreté, de ce fait le revenu par tête et l' espérance de vie sont parmi les plus bas du continent, le chômage et l' analphabétisme voisinent 50%, les écarts de richesse ne cessent de croître.

   On  débouche  de la sorte sur une configuration curieuse : la reconstitution,quarante après une décolonisation formelle, sui

vie d' une longue guerre civile, d' une domination étrangère qui fait de l' ex-colonisé l' assistant de l' ex-colonisateur pour l' écopage de ses sans emploi, bref sur une sorte de recolonisation par l' économie à partir des difficltés  " métropolitaines"  du moment. Occasion de souligner un problème majeur du sous-développement: l' insuffisance chronique (et voulue ?) de formation de cadres autochtones, et le rôle de " vase communicant " que la spéculation financière entend faire jouer aux "émergents", structures d' accueil secondes de la main d' oeuvre nomadisée dont elle a besoin. Laquelle pérennise d'ailleurs le fossé  technologique qu'aucune décolonisation n' a pu entamer.

   L' immigration silencieuse ne doit évidemment pas grand'chose au hasard. Grecs, Espagnols, Italiens et autres entrent eux aussi dans la stratégie relookée d' un Capital qui  "assouplit" les salariés par les délocalisations et le tarissement des anciens bassins d' emploi en vue de sauver sa propre domination sur le marché mondial.

 

   P.S. Il n' est pas évoqué ici des migrations plus singulières et moins signifiantes : par exemple, l'exil de 10.000 jeunes Français par an au seul Québéc, ni celui de nombreux retraités au Maroc qui offre aux pensionnés européens l'avantage d' un pouvoir d' achat accru et d' un climat plus ensoleillé...

 

(1)"Clio et les Grands-Blancs, la décolonisation inachevée " ( éditions Libertalia, 2010 )

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Contre-sens

Publié le par memoire-et-societe

   Il semble avéré que dans les pays européens où les droits de la personne sont inscrits dans des lois, l' individualisme ne cesse de progresser ( et avec lui les phénomènes de retrait : élections, école, travail ). De  là à l' égocentrisme, la distance se réduit sous le flou du terme de liberté . Ainsi, certains des accommodements auxquels est soumis ce dernier concept peuvent-ils constituer un obstacle à l' égalité républicaine chère aux discours officiels.

   D' une part, l 'aspiration libertaire qui hante nos sociétés, dans la continuité du mouvement soixante huitard, encourage des revendications parfois irréalistes, d' autre part le contrôle bureaucratique des individus par le biais de technologies sophistiquées mène à une sorte de désidentification générale.

   C' est cette contradiction qui engendre l' inattention à l'autre et l' indifférence à tout, l' enfermement catégoriel et la priorité actuelle des intérêts particuliers. Je pensais à cela à propos de l' acharnement des syndicats médicaux à défendre et consolider un privilège à mon avis indécent : les dépassements d' honoraires des spécialistes.Chacun sans doute a connu un jour l' obligation de s' adresser à l' un d' eux; chirurgien ou cardiologue,parodonte ou ophtalmo, et de devoir règler un tarif représentant plusieurs fois le montant du remboursement de la Sécurité Sociale, quand la moitié des Français n' a pas de quoi souscrire à une Mutuelle complémentaire.
   S' il ne s'agit pas là d" égoïsme sous le faux nez de la liberté, c' est qu' il ne reste rien à comprendre.Dans un pays de trois millions et demi de chômeurs enregistrés, où le pouvoir d' achat régresse avec une infaillible régularité, où les jeunes, les retraités, les femmes seules, se débattent dans une croissante précarité, les "spécialistes " (qui ne quittent pas les centres-villes, observent pour la plupart des horaires de bureaucrates, et ramassent la mise ) sont des dangers publics.

   Les élites, toujours promptes à s' émouvoir devant un mouvement de société, s' inquiètent du développement du communautarisme. Que ne s' alarment-elles pas, parallèlement, du comportement anti-social des lobbys qu' elles protègent et qui les protègent !

   Si le communitarisme est en effet " clivant ", c" esr parce qu'il correspond non seulement à un problème culturel mais encore à une exclusion par l'argent et à un réflexe corrélatif de solidarité. Quant aux " libertés " invoquées à tout bout de champ par les égoîsmes de haut niveau, elles demeurent ce qu' elles sont : des contre-sens. 

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L' individu et le gouverné

Publié le par memoire-et-societe

   L'ambiguité des sociétés contemporaines ne cesse de s' affirmer. Alors que l' homme, au sens générique, marque son désir d' autonomie, la société exige de lui une intégration croissante. Situation qui en fait un Janus moderne, tendu vers l' individualisme d' un côté, englouti par l' addition des servitudes règlementaires de l' autre.
   Cet écartèlement entre tropisme libertaire et formatage citoyen est la source de tensions multiples. L' ego, pris dans le maillage serré des interdits, contrôles et sanctions, cherche à s' en libérer comme il peut. D' où des comportements marginaux allant de la dérive délinquante, dans le pire des cas, à la simple dérobade, dans le meilleur.
   La démotivation, la démission, le repli, deviennent significatifs de l' époque. Ainsi l' absence scolaire -et, pourquoi le cacher, l' absence scolaire dans les milieux  défavorisés, notamment immigrés- est un fait notoire. L' école a cessé d' être ressentie comme un moyen de promotion pour devenir une contrainte institutionnelle, n' ouvrant guère de perspective. La débrouille, les petits boulots, voire les combines et les trafics, sont perçus plus immédiatement fiables et rémunérateurs.
   L' absentéîsme professionnel, quant à lui, surtout dans les branches réputées pénibles et mal payées, telles le bâtiment et l' hôtellerie, connait une hausse constante. Arrêts-maladie, absences non justifiées, abandons définitifs du  travail  se multiplient. L' automation, la mécanisation, la substitution à tout dialogue de la  rigidité hiérarchique, éloignent les salariés d' un réel intérêt pour leurs tâches. Le manque de  possibilité créatrice détache le producteur de ce qui est produit. L' abstentionnisme électoral enfin (40% aux élections de mai et juin 2012 ) illustre un recul récurrent de l' esprit civique et de l' attention portée à l' administration de la Cité.

   Tout cela traduit à vrai dire une sourde montée de la protestation et l' approfondissement du fossé entre des valeurs officielles ( l' Ecole, le Travail, l' Etat- nation ), les " élites",  et les masses populaires. Les grandes agitations révolutionnaires ne semblent  pas d' actualité. L' heure est plutôt au repliement personnel, au recul des solidarités, à la perte de confiance dans les corps intermédiaires ( le taux de syndicalisation dans le privé en France est de moins de 5%¨), qui affaiblissent les représentations, écartent silencieusement la population des pouvoirs, et sont censés figurer une sorte de revanche contre l' oppression sociale.
    La crise est aussi le révélateur d' autrechose que la crise, de  plus ancien, de plus malsain, qui transcende les rituels clivages partisans et sépare le citoyen de l' organisation du Corps social et de son fonctionnement. Quand l' individu ne se reconnait plus dans le gouverné, la sirène commence à retentir.

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Bobos, boboïsme (2)

Publié le par memoire-et-societe

   Le bobo, qui s' est récemment rapproché du pouvoir, a encore d'autres caractères que  ceux déjà évoqués : notamment le dada de la géopolitique et  une indéracinable  foi en l' écrit comme moyen de communication  supérieur.

   Bobo ne saurait  fixer son attention sur les seules limites de l' hexagone. Il circule.Laissons de côté les visites incontournables comme Venise, Manhattan, Prague, Louxor, Marrakech ou la Grande Muraille. Le mythe américain commence à dater. Le monde arabe devient inaccessible. De nouvelles destinations se proposent : les Maldives, la Patagonie, l' Ouzbékistan,la route de la Soie,  à la rigueur le Chemin de Saint- Jacques (dans son austère partie espagnole).

   En politique étrangère, les orientations de Bobo sont  claires : il  faut  garantir partout la démocratie incarnée par  des élections libres tout en soutenant l' effort du (ou de l' ex) tiers-monde contre l' impérialisme, incarné par les scandaleux profits des Multinationales planqués dans les paradis fiscaux.

   Israêl pose problème : les amis juifs de Bobo, journalistes au Nouvel Observateur ou à France Culture, avocats, universitaires,  l' assurent unanimement  que l' antisionisme est  de l' antisémitisme. Or, moralement, impossible de s' opposer au Peuple de la Schoah. Or, concrètement,  ces "colonies" qui ne cessent de grignoter la Cisjordanie (pardon: la Judée- Samarie) finissent par faire mauvais effet. Impartial, Bobo est embêté de penser qu' Arafat a été empoisonné par le Mossad, après que Rabin eût été assassiné par un Hébreu fanatique. Conclusion : il évite le sujet, renvoyant les adversaires dos à dos et passe à autrechose.

   Les Etats-Unis, malgré Obama, s' enfoncent dans le  marécage réactionnaire (santé publique, avortement, pollution, dérégulation , etc.). Ce  grand pays "toujours en mouvement ", parait avoir perdu la vertu libératrice acquise au temps du nazisme et de l' ère stalinienne. De Bush père à Bush fils, on est passé de Charybde en Sylla.

   L' Europe....Ah, l' Europe, ça ne marche jamais et c'est nécessaire. Nous n' avons pas fini de manger notre chapeau avec les Britanniques  qui se prennent pour une grande puissance. A part  les Allemands, là-dedans, qui fait encore le poids? les Grecs? le Sud? Bobo est internationaliste et  pragmatique, c' est  dans son capital génétique. C'est pourquoi  il demeure français-critique, partisan de l'intégration assumée, d' avancées des moeurs sur  le   modèle scandinave, de la tolérance et  de l'  ouverture. Il a  signé une pétition pour l' interdiction de la corrida, a une copine végétarienne, et accepte le port  du voile intégral.

   Le " déclin " français ne trouble pas ses nuits.Superbobo envisage avec placidité le démembrement de la Nation, vieux rêve de nos amis anglais empêtrés dans la question écossaise. Il n' est pas a priori hostile à une " Europe des Régions ", genre cantons suisses. Pragmatisme toujours: ainsi  Flamands belges , Basques espagnols, Ligue lombarde, Corses et  autres Bretons bretonnants foutraient la paix à tout le monde. L'essentiel  reste  dans la solidarité (politique ) avec la France  d' Outre-périf.

   Bobo a lu et lit encore. Des "vrais livres " comme " Tristes tropiques", " Belle du Seigneur ", " Voyage au bout de la nuit ", "Lolita", " L' Archipel du Goulag", " Discours sur l' anticolonialisme ", " Le Premier homme ". Il a depuis longtemps abandonné aux rongeurs Bernanos et Robbe-Grillet. Malraux-sauf " Les Conquérants "- lui semble en baisse.Quant à Sartre...Houellebecq? à confirmer.

   De toute façon, la fiction est un genre qu' il prise de moins en moins. Il lui préfère les essais ou les bios. Moins d' artifices. Puis l' informatique a tout changé. Le bobo nouveau est arrivé.

 

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Bobos,boboïsme

Publié le par memoire-et-societe

   Le boboîsme est un phénomène extensif répondant en gros à une promotion des classes moyennes et populaires du milieu des "trente glorieuses " (années 6O ). Il a engendré des comportements et types sociaux qui manifestent l' influence croissante de ces couches, tantôt issues de la petite bourgeoisie et porteuses de valeurs (égalité des droits, liberté d' expression ) parfois liées à la compassion vantée par le clergé, tantôt héritées de milieux modestes, soucieux  de ne pas paraitre renier leurs origines (en nombre au P.S ).

   Le bobo, qu'il soit un bourgeois relooké ou l' enfant  " arrivé" d'un  prolo, désormais gavé de caviar, correspond à des critères aisément  identifiables :

   - il privilégie le "sociétal " : le mariage homosexuel avant la désindustrialisation, la sauvegarde du loup dans les Alpes avant la fermeture de Citroên à Aulnay

   - il n'a guère de références idéologiques, et surtout pas marxistes, celles-là réduites au Goulag et contraires au style  de vie du bobo, en " casual " dans son loft  suburbain

   -il se veut confortablement instable dans sa carrière professionnelle et sentimentale, construite sur une mobilité en opposition avec le train popote de ses parents

   -il dédaigne définitivement les choix culturels et les loisirs populaires : sport, chanteurs, films, émissions de télé, etc.

   -il affiche un intérêt appliqué à l' égard du régionalisme dont il peut défendre les aspirations nationalistes. Il se revendique d' aîeux  flamands, a appris à danser la sardane, adore les matchs de pelote basque, a meublé sa résidence secondaire de lits bretons, et prépare la choucroute comme chez  Haeberlin. Mais il juge la province mortellement ennuyeuse (chiante) et le notable provincial, médecin compris, très plouc.

   -une chose menace son équilibre psychologique : cette tenace mauvaise conscience de " nanti " qui ne masque pourtant point un constant tropisme de classe dans ses fréquentations, ses faveurs gastronomiques qui ne vont pas aux restos du coeur et ses résidences de vacances qui n' ont rien à voir avec le camping des Flots bleus. Sentiment qu'il cherche à neutraliser par un militantisme un peu mondain, à peine paternaliste, une façon à lui de "se pencher sur " .Sur la misère, sur le sans-papier, sur les " expulsions ". D' exiger le vote des étrangers aux prochaines municipales. De  "trahir " avec ostentation et  fierté le milieu  égocentriste où il est enraciné, ivre de paradoxes, perclus de contradictions.

   Le bobo est " associatif ", attaché aux acquis sociaux, à l' Etat de droit, rallié au PACS, au mariage des prêtres, aux libertés démocratiques, à la défense du service public, y compris la SNCF, et  à  la mort dans la dignité, partisan de la laîcité, des produits bio,  du remboursement des médicaments, même de confort, pour l' augmentation du nombre des enseignants et  la diminution de celui des fonctionnaires,  la TIPP flottante, l' amélioration des conditions de détention, attentif  vraiment aux leaders de la gauche et du centre qui parlent " réformes ".

   Nous sommes tous des bobos français.

 

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Le "fait métis"

Publié le par memoire-et-societe

   Des mutations qui sont en train de redessiner la société française (parité homme-femme, reconnaissance des minorités ethniques et sexuelles,  vote des étrangers, ou droit de " mourir dans la dignité "), le plus spectaculaire parait bien être l' émergence du fait métis, fruit d' un multiculturalisme grandissant, encore difficilement reconnu par une forte proportion de Français.

   Le métissage n' est pourtant pas une nouveauté pour le pays. Depuis l' occupation de la Gaule par les Romains, puis l' irruption des Barbares, le métissage a été une caractéristique du peuplement de l' occident européen. Ces brassages de populations se sont ralentis avec l' établissement progressif d'un puissant Royaume, plus tourné  vers les conquêtes que résigné aux  invasions.
   L' immigration a donc été contenue, régulée et ajustée aux besoins du développement. La langue et  la culture françaises se sont imposées dans les Cours européennes. Les métissages se sont  trouvé réduits aux  "emprunts" effectués dans des zones d' expansion, alors que les apports ex térieurs étaient soumis à un filtrage vigilant.

   L' identité française s' est stabilisée autour de quelques notions prédominantes : la grandeur de la Patrie, l' omnipotence du pouvoir central (monarchie ou république), puis l' institution de la laîcité , la construction et la sauvegarde d' un Empire ultramarin entretenant  le sentiment de supériorité civilisationnelle de la métropole.Le terrain était ainsi balisé, figeant pour l' Histoire l' image d' un modèle indiscutable par le rayonnement de sa culture et les principes humanistes de sa politique.

   Le fédéralisme européen, la décentralisation, l' ouverture des frontières, les tropismes communautaires et  l' anti-impérialisme sont alors survenus comme  autant de ruptures avec la tradition. La promesse d' un Français moyen café au lait  et bi-sexuel, mangeant halal et écoutant du rock bouddhiste, est  à l' évidence un "saut " qui n' enchante pas le senior des Deux-Sèvres ou de la Haute Saône.Cependant le "fait métis" est déjà dans la rue, les écoles, sur les stades et dans les entreprises. L' immigration de masse, légale ou clandestine, paradoxe apparent de la décolonisation et conséquence prévisible de la liberté de circulation, la mondialisation des connaissances et des échanges avec le "net ", tout le rend de plus en plus incontournable.

   La France (source : INSEE avril 2012) compte 5millions,3  immigrés recensés, soit  8,4% de la population.42,5% sont nés en Afrique, représentant les trois premières colonies étrangères à savoir, dans l' ordre, l'algérienne, la marocaine et  l' ouest -africaine. Les immigrés musulmans sont évalués au nombre de 3 millions, 5.

   Ces chiffres  modifient  lentement  les comportements : l' universalisme proclamé reste un universalisme à  tendance hexagonale. Mais ce qui allait de soi il y a cent ou deux cents ans n' est plus de mise. La suprématie de l' Europe est  du passé,  et  l' ancètre gaulois s' est reconverti  dans la B.D.

   Reste à assumer. Faire du métissage, biologique ou culturel, un symbole de conciliation, comme l' ont  fait précédemment  toutes les grandes civilisations. Le fait métis en a chassé l' inconcevable acculturation et l' impossible refus de l' Autre. Démarche patiente mais d' autant plus nécessaire dans un Etat de droit. Contre un nationalisme raccorni,

contre des formalismes archaïques, le  " fait  métis " s' affirme comme une donnée de la modernité.

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Deuxième France

Publié le par memoire-et-societe

   La France " éternelle " ne s' est plus relevée de ses défaites du XXème siècle : de sa déroute militaire en 1940, qui l' a définitivement exclue du statut de grande puissance (alors que dans les années 20, l'armée française était considérée comme la plus forte au monde ), puis de l' échec de la décolonisation ( 1946-1962 ) qui a terni son aura internationale (le pays jouissait  jusque là du prestige de " patrie des Droits de l' homme " ).

   Armée mal préparée, Empire mal émancipé, où sont les responsabilités ? en gros, au sein des Etats-major de la IIIème République dans le premier cas, des partis de gouvernement de la IVème République dans le second. Ces coups ont ébranlé la société française au point de la conduire à une mutation qu'elle n'est pas parvenue à suffisamment maîtriser.

   La " première France " a disparu avec le général de Gaulle en 1970. Une nation n' est pas tenue de suivre la chronologie de ses Républiques. La nouvelle France qui a émergé a dû faire face à une double problèmatique: l' édification d' une Europe qui met en jeu la souveraineté des Etats, un multiculturalisme qui interroge la pérennité des identités.

   Cette seconde France ne sacralise pas le passé, à commencer par les symboles. Des footballers qui portent le maillot de l' équipe nationale refusent d' entonner " La Marseillaise ". Des cimetières militaires sont saccagés, les tombes de soldats morts pour la défense du pays taguées et souillées, le drapeau tricolore incendié le 14 juillet au fronton de certaines mairies. Epiphénomènes d' une question plus fondamentale: que représente aujourd'hui la notion de " patrie "?

l'unité librement assumée d' un peuple dans un espace précis, comme l' entend la loi républicaine, ou l' addition hasardeuse d' ethnies, de communautés et de micronationalismes seulement liés par un modèle social avantageux ? la prévalence du droit des minorités ou un devoir de solidarité au service d'une population partageant le même territoire, parlant la même langue et  vivant la même histoire?

   La "fibre " qui a animé plusieurs générations au moment où la patrie était effectivement " en danger ", fait souvent l' objet maintenant d' une espèce d' indulgence souriante . " Le cirque patrioticard " et  ringard cher aux associations d' Anciens Combattants semble l' affaire d' élus  surveillés par une clientèle citoyenne  nostalgique, d'ailleurs en voie d' anéantissement. Des commémorations se particularisent, comme s'il s'agissait de différencier martyrs ou victimes, en des lieux de recueillement réservés. Cette tendance à la spécificité des massacres participe elle aussi de l' agonie de la patrie au sens où l' entendait  la France d' il y a  un demi siècle. Mais en séparant les morts, on ne faclite pas le rassemblement des vivants.

   Le mot patrie, il est vrai, véhicule un concept patriarcal ( le Vaterland allemand). Or la seconde France, en panne d' ancêtre unique ( tel le Gaulois de jadis) introduit le doute : ses sujets, issus d' aîeux multiples, voguent-ils vers un même destin? A l' arrière-pensée séparatiste qui hante parfois ce questionnement, s' oppose l'exemple des Etats-Unis où la diversité ethnique a au contraire développé, malgré un lourd contentieux gènocidaire et esclevagiste, un chauvinisme conforté par un sentiment général de supériorité que dispense la dimension du pays.

   Cette foi en la patrie, comparée à la démotivation et au manque de confiance en l' avenir qui prévalent actuellement en France, cruel retour de flamme d' une splendeur défunte, devrait faire réfléchir. La République française, dans sa phase ascendante, avait su mobiliser des individus venus d' horizons épars qui ,cependant, n' avaient pas préalablement subi la domination coloniale. Avec le souvenir de celle-ci, entretenu par l' immigration de masse, la difficulté rencontrée par la métamorphose du pays que la réalité rend néanmoins  irréversible, est celle de la rénovation d' un contenu qui fasse consensus .

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Du parachutage en politique

Publié le par memoire-et-societe

   Le  "parachutage ", vieille pratique électorale des partis et des hommes politiques, semble de moins en moins accepté par les citoyens dont le niveau de connaissance et de conscience s'est accru avec l' amélioration et  la multiplication des moyens d' information. Paradoxalement, l'élargissement de l' horizon politico-économique (européanisation et mondialisation ) pousse le corps électoral à se rapprocher de son enracinement local. On n' accueille pas facilement  le "Parisien ", même familier des médias, descendant du train et de l' E.N.A  avec la  recommandation d' une instance abstraite, étrangère à la culture du terroir. Raison pour laquelle Rastignac  se contorsionne afin de  trouver une attache, des origines,  au besoin lointaines et souvent  peu convaincantes, avec la "province "  qui justifie son  exaltation.

   La " base " , sauf à l' extrème gauche, est  mue moins par des considérations  idéologiques que sociologiques.. D' ou la difficlté de la greffe. L' actualité fait, bien sûr, songer à Ségolène Royal, encore qu' elle fût  déjà présidente de la région Poitou-Charentes, laminée à La Rochelle par le chauvinisme  hypocritement exploité par la Droite, ou à Jack Lang, pathétique survivant de l' ère mitterrandienne, dont le nomadisme électoral  trahit sa totale indifférence aux  autochtones.

   L' argument habituel du parachuté est  de souligner qu' on est  "député de la Nation ", non d' un bout de territoire issu d' un découpage servant au mieux le parti de ceux qui se sont  chargés de ce travail de confiance. Distinguo subtil et spécieux qui passe au-dessus des têtes laborieuses. Effectivement, pourquoi alors des circonscriptions? pourquoi pas des listes nationales de candidats, destinées, au moins en partie, à désigner des "représentants " à la proportionnelle? N' éviterait-on pas ainsi d' exclure du Parlement des millions de citoyens pour en surestimer quelques millions d' autres? Pourquoi? Parce que le député ou la députée incarnent  bien un lien particulier avec la région qui l' a  élu(e), avec sa population, son histoire, ses particularités, parce qu' on apprécie d' entendre un "enfant du pays", qu' on a cotoyé à l' école, sur le terrain de foot, à l' usine ou au bureau,   parler au nom de la collectivité natale. Nul besoin pour autant de remonter au Moyen- Age, l' essentiel est de "vivre  parmi ", de partager un quotidien, de s' ancrer dans les  réalités immédiates. Trop de parachutés négligent ce contrat  parce que leur ambition est ailleurs.

A  peine élus, ils disparaissent  pour cinq ans du paysage, se contentant de brefs passages à la télévision régionale, de quelques coups de piston ici ou là, d' un clientèlisme sans empathie ni proximité. Ils gèrent leur siège comme on traite une affaire. Dans le département de l' Oise, une dynastie d' industriels en offre un exemple éloquent. "Monsieur le député est absent, mais voyez son suppléant qui lui rendra compte de votre visite à sa permanence. "

   Pour autant, il convient de ne pas tomber dans l' excès inverse, le topocentrisme ,médiocre esprit de clocher qui étrécit  la  vision et  conduit à tout appréhender par le petit bout de la lorgnette. Ce micro régionalisme, parfois servi sous forme de nationalisme  mal calibré, peut  préserver du parachutage courant. Il n' est pas, de ce seul fait, porteur de sens et  de progrès. L' expérience, la compétence, la notoriété ,  le réseau de relations, la réputation d' intégrité et d' engagement  d' une personnalité  "extérieure"  constituent  aussi des atouts dont  auraient tort de se priver les responsables  locaux  d' une organiation. Si d' ailleurs l' électeur est  flatté du choix de sa contrée par un personnage éminent, tout  bascule.

   Il est donc difficile de trancher. L' arrivisme vulgaire qu' essaient  de masquer  bien des parachutages,  ne devrait  pas entraver  l' émergence de producteurs d' idées et de gestionnaires de talent  dont  toute vie politique a besoin. Au citoyen  de distinguer, quand il le peut, le bon grain de l' ivraie...

 

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Démonarchiser la République

Publié le par memoire-et-societe

   Plus que les morceaux de bravoure, effets de manche, coups de menton, engagements, assurances,déclarations solennelles  dont nous avons été électoralement abreuvés depuis des semaines, un simple fait  m' a marqué. Voir, il y a quelques jours, le président de la République assis à côté du présentateur du Journal télévisé, comme n' importe quel invité venu promouvoir son film, son livre ou sa performance sportive. Coup de com' ? peut-être, mais ajusté. Ce qu'en auront retenu les gens, c'est la symbolique : le " président de tous les Français " n' est pas un être " à part ", issu d' on ne sait quelle essence supérieure .Il peut se montrer aussi humble que les millions de citoyens qui l' ont choisi.

   Car la monarchie répubicaine, retaillée en 1958 aux dimensions particulières de Charles de Gaulle, cette monarchie récupérée depuis par une série de moindres carrures, est assez insupportable.Une société castée, où le mépris de classe culturel est la loi, n' est pas une démocratie. Pas plus que la ploutocratie américaine où ,seuls, les milliardaires ont le droit de prétendre au pouvoir. Répétons-le : le système  politique de l' Occident qui consiste en élections préparées par un  tir de barrage  médiatique permanent soumis à l' argent  n' est pas démocratique.

   Bien sûr, le réflexe est de dire : faut-il préférer le régime de Khadafi ou d' al Assad? Le problème n' est pas  que structurel, il est aussi mental. S' émerveiller du fait qu' un président se déplace pour se faire interviewer, ou qu' un ministre prenne le métro et connaisse le prix de la baguette de pain, est en soi révélateur du mode habituel de fonctionnement  d'un pays. Le défaut de notre République est de bétonner l' édifice social quel que soit l' intermède électoral : Mitterrand  s' est  coulé avec délices dans la Constitution et des allures qu' il avait dénoncées dans l' opposition, pour  installer un bricolage  courtisan digne du Grand Siècle.

   En même temps une oligarchie multicartes mettait la main sur les principaux  pôles de décision politico-économiques. L' élitisme du nom faisait place à celui du milieu. Issus des mêmes grandes Ecoles, les nouveaux aristocrates vivent, en dépit de leurs théoriques clivages partisans, de manière identique, fréquentent d' analogues types de lieux et de gens, affichent des goûts comparables et passent avec une semblable facilité d' un ministère à la présidence d' une grande entreprise. Leurs rémunerations, indemnités, primes et retraites sont pareillement indécentes, protégées par une invulnérable solidarité d' égoîsme corporatiste.

   Ces marquis de la nouvelle ère, et les quelques arrivistes    qu' ils cooptent  pour donner le change, font preuve d' une effroyable morgue, et quand ils sont " bobos ", car  revendiquant des origines familiales modestes, d' un paternalisme inégalable.

   Giscard, son accordéon et ses éboueurs, Mitterrand en pantalons de velours avec ânes et panier de bûches au bras, ou ,dans un autre genre, Sarkozy et son bling-bling ,  D.S-K et ses parties plus ou moins fines, tous ces princes  ont offert  tant d' images que le Français  "normal " se méfie. Mais je ne sais trop pourquoi, Hollande assis paisiblement à côté de Pujadas pour  répondre à des questions qui n' avaient pas l' air soufflées, je n' ai pas trouvé ça malsain. Naturellement, ça ne ralentit pas la pluie des plans sociaux  ni la dégringolade de l' Europe .Ce n' est  pas ce que je veux dire. Simplement, sans  vouloir  être  bon public, un  peu de démonarchisation  républicaine, ça fait du bien.

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" Les Français "(2)

Publié le par memoire-et-societe

 La population française connait depuis trois décennies un changement spectaculaire de paysage démographique : d' une part avec une immigration intensifiée et diversifiée, d' autre part avec un mouvement d' expatriation concernant les jeunes en priorité.Le premier des deux phénomènes est relativement ancien et continu, le second nouveau, davantage lié à l' évolution de la conjoncture mondiale. L' ensemble contribue à redessiner une France que les générations anciennes auraient  peut- être parfois du mal à reconnaitre.

 L' immigration, c'est-à-dire la somme des personnes nées hors des frontières nationales de parents étrangers, comptait fin 2011, 11,8% des 65 millions d' habitants du pays, dont 7,8% en provenance de l' extérieur de l' Union Européenne. La disparition de l' Empire et l' acquisition en 1962 de l' indépendance par l' Algérie ne sont sans doute pas indifférentes au rythme soutenu de l' immigration non européenne vers l' ancienne métropole jouissant d' une image de prospérité et de facilité d' emploi. Cette réputation a ainsi attiré des populations déshéritées, souvent d' origine rurale, peu alphabétisées  et qualifiées: main d' oeuvre facilement exploitable, vouée aux  tâches ingrates et mal rémunérées, proie idéale d' employeurs et de marchands de sommeil sans scrupules.

 Au souhait d' intégration qu' exprimait cette première génération d' arrivants, en attente de mieux-vivre et de dignité, a succèdé le refus révolté d' un fort contingent de ses descendants, ignorés du pays d' origine de leurs parents et fréquemment mal perçus par le pays d' accueil qui leur délivrait néammoins un passeport.

 A l' opposé, on note,

dans une nation au taux d' émigration traditionnellement faible comme la France, une augmentation des départs, induisant une fuite des cerveaux, signe de récession. S' ajoutent à cela la désertion civique et physique de gens fortunés, obnubilés par le souci de mettre leurs revenus à l' abri du fisc, et la vague des délocalisations entrainant dans sa course de nombreux cadres et leurs familles.

 Le nombre d' expatriés français a doublé entre 1995 et 2011, passant d' un million à un million sept cents mille dûment recensés dans les consulats, en réalité à plus de deux millions, beaucoup d' émigrants négligeant de se  faire immatriculer. Le taux annuel d' expatriés s' est ainsi élevé depuis 2007 à la moyenne de 6%. La majorité se fixe dans un autre pays de l' Union, mais on remarque aussi une poussée vers l' Amérique du nord et, plus récemment, vers la zone  Asie-Pacifique. Partout ,le nombre de diplômés y  est également en nette augmentation.

 Immigrés légaux ou illégaux d' un côté, expatriés de l' autre, ce chassé-croisé participe du changement de la structure démographique : la population d' origine étrangère  y devient plus jeune que celle d' essence indigène ,annonçant à terme

une recomposition ethno-culturelle évidente. En témoigne déjà le binôme que forment un "ministère de la Ville",  chargé de gèrer les questions posées par l' impatience d' une immigration massive, et un  " ministère des Français de l' étranger et de la Francophonie ", représentant les droits et intérêts des résidents expatriés.

 La qualité même de "Français " parait en perte de vitesse.On peut  y voir plusieurs raisons : une décolonisation tardive et maladroite, une comparaison constante  négative avec d' autres nations comme les U.S.A  et l' Allemagne en matière de technologie et d'économie, le déclin depuis la déroute de 1940 de la puissance militaire française, et un recul linguistique et culturel subséquent .

 D' un point de vue politicien maintenant, la surenchère électoraliste qui prévaut à propos des "Français de l' étranger " n' a de comparable que la scandaleuse omerta qui l' entoure. Longtemps limitée à une représentation de trois sénateurs (mais à quoi sert le Sénat?), la population des expatriés a vu sa projection parlementaire exploser : Giscard a porté le nombre de ces sièges sénatoriaux pour le moins spécifiques à 6, puis Mitterrand à 12. Sarkozy ne pouvait en rester là : il a fait voter en 2008 une révision constitutionnelle qui prévoit l' élection de 11 députés (ce qui fait au total 23 parlementaires...) pour nos seuls compatriotes hors frontières (dont une bonne partie de bi-nationaux ), alors même qu' on vise à réduire le nombre des députés à 4OO. Si ce n' est pas du clientèlisme, ça !

Imaginez le fromage ! Mme Montchamp, MM. Thierry Mariani et Frédéric Lefèvre, tous anciens ministres UMP, ont vite flairé le coup: des citoyens isolés, déconnectés, focalisés sur des revendications catégorielles , bien incapables de fomenter une grève ou de perturber un service public, et éparpillés sur des espaces gigantesques: un siège comme nul n' osait en rêver !

 Aussi le concept " Français de l' étranger " fait-il un tabac, même s' il doit coûter une petite fortune au franchouillard

scotché à son terroir. C' est pourtant de telles combines et de bien d' autres que crèvent à petit feu le budget de l' Etat

et la santé du contribuable.

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