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82 articles avec societe

" Les Français "

Publié le par memoire-et-societe

Je n'écoute pas tout le  temps l' obsédante musique de la campagne présidentielle. Quelques notes le matin , quelques mesures le soir. Je vadrouille aussi sur Internet, mais avec modération. J'ai néanmoins observé le penchant de tous les candidats, sauf peut-être ceux d' extrème gauche, à faire parler les autres sous la vaste appellation " les Français ". Etant Français, je ne peux donc m' empêcher d' éprouver de la curiosité à l' idée de découvrir ce que je  pense,  préfére ou rejette, et , de façon plus large, d' apprendre ce à quoi je rêve plus ou moins consciemment.

La disposition d' esprit de chaque postulant tendant à révéler  à 45 millions d' électeurs les attentes et aspirations d' un nombre équivalent de citoyens en âge de voter, ne manque pas d' impressionner. Ces solennelles Annonces qui ramassent d' un coup jeunes et  vieux, mâles et femelles, colorés et incolores, Philippe de Rotschild et Dupont  Mamadou, ne relève-t-elle pas en vérité de l' art le plus consommé de la communication en permettant audit candidat de s' exprimer à ma place de Français, de fondre d' autorité mon individu dans la Nation, pîquant au passage ma souveraineté civique en vue de servir son potage électoral ?

Les expressions employées dans de telles Adresses au peuple, prenant de vitesse  toute réaction de ma part ( " Les Français ne comprendraient pas que...") ou engageant résolument  ma décision ( "Les Français ne souffriront pas que..."), revêtent malgré tout  quelquechose de virtuel. Car le seul agglomérat de 45 millions de votants (moins en fait si l' on défalque abstentionnistes et bulletins blancs exclus d'une citoyenneté " responsable ") ne saurait représenter la France, personne morale d' une autre étoffe, dont les habitants, quoique détenteurs d' un même passeport, sont  les composants divers et variés,  éphémères et multiples.

Le pays, fragilisé par la combinaison du vieux  jacobinisme, du projet européen et de la mondialisation, entre mal dans l' entité idéalisée et fusionnelle de ceux qui nous convient à les suivre comme, c' est le cas de le dire, "un seul homme",  que " les Français" ne sont déjà  plus .

En des  temps bien délicats ou la démocratie libérale (lire: le capitalisme contemporain) se consacre à des élaborations financières manipulées par une pseudo "opinion publique " (médias-sondages-intérêts oligarchiques), et  tend à faire de nous, "les Français ", autant de duplicata voués à abandonner leur identité de personne et à se débarrasser de leurs petites économies de valeurs, j' ai peine à me sentir concerné.

Je songe alors à la remarque de Senghor qui, interpellé par un opposant lui reprochant d' être resté  "trop français", tout en lui jetant au visage une critique de Giscard d' Estaing sur sa politique " trop socialisante ", rétorquait , désabusé : " Chacun ses Français..."

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Responsabilité et irresponsabilité

Publié le par memoire-et-societe

Des sociologues ont mis l'accent depuis plusieurs années sur des traits de la société actuelle comme l'absentéîsme croissant au travail et à l'école et , corollaire, le recul de la conscience professionnelle et de l' ouvrage bien fait. S' il existe des manifestations de démotivation chez les dirigés, sans doute faut-il en chercher l' origine, autant que dans la déstabilisation due à la mondialisation, dans le sens de l' irresponsabilité et  la certitude de l' impunité des dirigeants. L' immoralité civique et sociale conduit à la démission collective: le volume atteint par l' abstentionnisme électoral en est une illustration.

Hommes politiques, hauts fonctionnaires, grands patrons -ce peut être les mêmes-, membres éminents de professions libérales, conseillers de ceci et experts de cela, ne se rejoignent pas que dans l' esprit de caste: ils sont de plus en plus solidaires dans l' usage de l' irresponsabilité et du cynisme. Inutile de dresser un tableau des indécentes rémunérations et indemnités que s' octroient les princes du 4.40 : au-delà des chiffres, c'est la sanction de l' échec qui vaut  attention. Quand celle-ci se traduit  par toujours plus de jetons de présence dans d' autres conseils d' administration ou ces seigneurs des affaires se sont mutuellement casés, on ne peut attendre du smicard qu' il joue au stakhanoviste. Il parait  que s'ils étaient moins payés,  l' étranger risquerait de nous enlever  "nos"  P.D-G. Ah oui? lesquels? Messier, peut-être ? ou bien Haberer ? Forgeard? Zacharias ? Le Floch-Prigent? Alors, profitons de l' aubaine pour les exfiltrer...

Dans une société ou l' erreur ne nuit pas à la carrière, le pouvoir est  forcément enclin à ne pas se soucier du poids des responsabilités ni  de  l' éthique qu' il est censé représenter. Ainsi, un ancien président  de la République, protégé contre la loi  par un ex-président du Conseil Constitutionnel, par ailleurs avocat de métier et opposant politique obscurément lié à l' affaire Elf, nous a-t-il offert  l' exemple d' une irresponsabilité suprème qui, à la fin des fins,  lui a coûté  deux ans avec sursis pour "emplois fictifs ", délit commis alors qu' il n' était pas couvert par l' immunité présidentielle. Dupont-Durand  y  aurait laissé sa chemise

Paradoxe : on dirait que devenu "chef ", il est tacitement  licite  de ne  se reconnaitre responsable de rien,et  notamment pas de ses responsabilités. Ni des gabegies (vaccins anti-grippaux), ni de la santé publique (médiator), ni de la pratique des rétrocommissions, ni des conflits d' intérêts (affaire Woerth-Bettencourt), ni des  scandales sexuels, pour n' évoquer que quelques faits récents .Monde lisse, inaccessible au concept de culpabilité, innocent  par définition. De puissants lobbies , des Ordres corporatistes datant de Vichy, des médias sous influence,  montent la garde pour protèger l' "establishment " et garantir ses privilèges. Il n' y  a, à rappeler cela, aucun moralisme excessif. Si les budgets s' effondrent, si le chômage s' étend, si les trains, la justice, l' éducation, les prisons, les hôpitaux, les logements, l' essence font souci, l' oligarchie donne l' impression de se sentir exonèrée de la situation.

Interviewés à visage découvert, les exilés fiscaux de Bruxelles et de Genève le confirment : ça roule pour eux. Noah, domicilié aux Etats-Unis, fait l' honneur à  Hollande de venir défiler contre Sarkozy. Prost, Forget, Halliday, vont tranquillement porter en Suisse l' argent amassé en France. Leur sentiment de responsabilité est  comme leur cote de popularité : intact.

Responsabilité, le maître mot semble exclusivement réservé au citoyen-contribuable-électeur. Un mot  "produit en France ", selon le voeu du conciliant François Bayrou.

 

 

 

 

 

 

 

 

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Le retour en masse de la "pensée réactionnaire"

Publié le par memoire-et-societe

La  "pensée réactionnaire", après une longue éclipse due à  la seconde guerre mondiale, revient en force sur la scène européenne. Vaste toile d'araignée qui  rend le déchiffrage parfois malaisé.

Je me réfère ici au livre intitulé " De l'urgence d' etre réactionnaire" d' Ivan Rioufol, éditorialiste au " Figaro ", propriété de l' avionneur-sénateur UMP Serge  Dassault .Rioufol ne tourne pas autour du pot : il proclame la  réapparition d'une idéologie de droite musclée  contre le conformisme mollasson du centre-droit, le déclin de l'autorité et la perte d' identité, antichambre de la "barbarie".

L' entre-deux guerres, marquée par les suites de la boucherie de 14-18 et le krach de 1929, origine d'une dramatique crise ouvrière, avait donné corps en France à un courant d'opinion proche des thèses fascistes en vigueur depuis 1922 avec l' Italie de Mussolini. Des syndicalistes comme Georges Valois, des intellectuels comme Drieu La Rochelle, des politiques comme Pierre Laval ne dissimulaient pas leur intéret. S' enhardissant, des Ligues armées, soutenues par certaines associations d' anciens combattants, s' organisaient en milices avec l' intention d' " étrangler la Gueuse " ( la République), d' en finir avec la " démocrasouille " ( les parlementaires ), et de libérer le pays du " complot juif ". Des journaux comme "Gringoire", "L' Action française", " Je suis partout ", distillaient la haine et appelaient à l' insurrection , qui éclata en février 34.

Nous n'en sommes plus là. Personne apparemment ne discute le régime républicain et parlementaire meme si flotte parfois l'envie de dénoncer " les corps intermediaires " (en bon français , les élus et les représentants syndicaux ), sangsues siphonnant le bon peuple auquel il serait plus judicieux de s' adresser par referendum. Quant à l' ex bouc émissaire juif, sécurisé, il est largement supplanté par le musulman arabo-nègre, profiteur du système social "le plus génereux au monde ".

Ainsi s'installe la doctrine " néo-réac " dont les sources et les cibles, si elles ne reproduisent pas à la virgule près celles de son ainée, s'en rapprochent sérieusement :

         -arret immédiat de l' " islamisation " de la France. Impératif aussi urgent que jadis notre contre- "judéîsation ". Cette substitution radicale génère d'ailleurs des rapprochements ( stratégiques?) curieux ( voir blog " La dédiabolisation en marche" ) .

         -rejet absolu du multiculturalisme, du cosmopolitisme post-colonial, réserve à l'égard de la technocratie bruxelloise, méfiance générale vis à vis de ce que les Sciences sociales regroupent sous le concept d'altérité, prise en compte de la revendication souverainiste.

          -la répression avant la prévention, la parole du policier de terrain plutot que la clémence du juge, renforcement des peines, exécution complète des condamnations.

          -antiparlementarisme modéré,qui s'en prend davantage au spectacle des hémicycles vides et aux  retraites cossues qu'aux institutions proprement dites ou prospèrent bien des tenants de la " pensée réactionnaireé ".

           -dénonciation dosée de la spéculation financière, susceptible de nourrir  le populisme sans armer le marxisme.

           -négationnisme ramené à des aspects moins choquants pour  l'opinion que les fours crématoire.Exemple : la déportation contestée de 62 homosexuels français. Si l'on bluffe ici, n' invente-t-on pas ailleurs?

Pour  réaliser ses ambitions  de conquete des esprits, la nouvelle pensée réactionnaire ne s' enferme pas, cette fois, dans des stuctures définies, ni Ligues ni Partis. Elle se veut  fluide, polymorphe, transversale, thèmatique ou interdisiplinaire selon les  besoins,en tout cas disponible , l' oeil à tout.

On la trouve , bien sur, dans la pléîade d'éditocrates qui gravitent autour du Figaro, de RMC et du Point : outre Rioufol, Eric Zemmour, Natacha Polony,ancienne chevènementiste, Elisabeth Lévy, Eric Brunet. On la trouve forcément à tous les échelons du pouvoir : l' Elysée avec Patrick Buisson, ancien patron de " Minute " et conseiller spécial  de Sarkozy, au Parlement avec  Gérard Longuet, co-fondateur des groupuscules d' extrème droite Occident et Ordre nouveau,  aujourd'hui ministre, ses amis  Alain Madelin, député d' Ile et Vilaine, Claude Goasguen, député-maire du 16èmè arrondissement de Paris, Patrick Devedjian, député et président du Conseil géneral des Hauts de Seine, de Balkany, député-maire de Levallois.On la trouve encore, offensive, au Barreau (Arno Karsfeld , G.W.Goldnadel ),dans la  Police, l' Université ( Alain Finkielkraut, Dominique Reynié ), l' Edition, les Clubs, faisant meme, avec des philosophes dits aussi "nouveaux ", de bizarres incursions " à gauche ". Elle procède par réseaux, convergences ou noyaux durs ( Hauts de Seine, Droite populaire, Figaro, .I TV ). Elle a ses doctrinaires ((,Guy Sorman, Alain Minc ), ses experts ( type Alain Bauer, contesté président de l' Observatoire national de la délinquance mais également ancien Grand Maitre du Grand Orient ) ,ses bouffons, préposés à jeter l'effroi,  tels le "criminologue" Xavier Raufer, encore un ancien d' Occident et d' Odre nouveau, et  l'amuseur public Robert Ménard qui, du trotskisme à Le Pen, a parcouru en TGV l'arc en ciel politique...

 

 

Si la pensée "néo-réactionnaire" reprend ainsi du poil de la bete, ce n' est pas un hasard. Cette "tendance" n'est pas que le produit de la crise, elle est en outre l'effet de la défaillance du camp progressiste depuis les années 50 : guerres coloniales, effondrement du communisme, monarchie mitterrandienne, défaite du 21 avril 2002, boboîsation du P.S et démobilisation des classes populaires. Pas de miracle en politique : on ne saurait  y récolter ce qu'on n' y a pas semé .

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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Consensus et identité

Publié le par memoire-et-societe

C'est au moment  ou les dirigeants franco-allemands insistent sur la nécessaire convergence des deux pays- le "Merkozy- que rebondit en France le problème identitaire.Le consensus européen et l'unité hexagonale se contrediraient-ils?
La situation est d'autant plus paradoxale qu'il n'est personne pour nier le besoin d'un rapprochement apte à garantir la place du continent dans un univers ou les cartes se redistribuent rapidement.
La question de l'identité n'est-elle pas une vieille lune? La Révolution l'avait transcendée avec la proclamation d'une République égalitaire (Fete de la Fédération) dont, peu à peu, le jacobinisme a rogné les ailes. Certaines poches d'irrédentisme et des régionalismes récemment réactivés (écho de la fin de l' Empire colonial?) n'ont jamais sérieusement entamé la Nation qui a,d'autre part, opéré des réformes non négligeables de décentralisation.

La difficulté provient donc d'ailleurs, notamment de l'afflux de populations de culture étangère. Le phénomène n'est pas neuf: il existe depuis près de deux  siècles par le biais de l'immigration intra-européenne ( Belges, Polonais, Italiens, Espagnols, Portugais ). Ce qui le caracrérise aujourd'hui est moins l'altérité que le nombre de personnes "non accueillies" et  poussées, théorie de la  hiérarchie des civilisations aidant,  vers un repli communautaire contraire à la démarche républicaine d'intégration.

Mieux encore: le tropisme identitaire s'est renforcé au sein de  groupes citoyens établis de longue date dans le pays: juifs et maghrébins par exemple. Les sifflets qui accueillent  " La Marseillaise " dans les stades sont attribuables à une rancune découlant de la période coloniale que la génération siffleuse n'a d'ailleurs pas vécue. S' y ajoute un sentiment de discrimination raciale qui stimule l' économie parallèle et une solidarité ethnique menant certains jusqu'aux maquis algériens ou afghans.

D'autre nature apparait le regain d' affirmation de l' identité juive. Alors qu'avant guerre les "Israelites " revendiquaient leur totale assimilation, la Shoah puis la création de l' Etat d' Israel ont changé la donne. La judeité nouvelle se fixe un double objectif : défendre les interets communautaires, mais également l' Etat hébreu "quelle que soit sa politique " ( déclaration du président du CRIF, D.Prasquier, au micro d' I TV le 8 février 2012 ). La communauté est sure de sa richesse et de sa force. Le diner annuel du CRIF précisément, action de lobbying ou court s'entasser l' oligarchie, en témoigne. Ses membres occupent souvent d'éminentes fonctions dans la politique et l'économie, la haute administration, l'université, la recherche, les médias. Son influence est incontournable.

C'est le contraire d' un "antisémite" qui s'exprime (finissons en une bonne fois avec ce chantage- là) : l' arrimage inconditionnel au gouvernement sioniste incite à se demander jusqu'ou il convient d' approuver. Question que se posent  nombre de juifs eux-memes. Le raisonnement s'essouffle, qui consiste à prétendre qu' Israel étant "l'unique démocratie" dans sa région, critiquer est affaiblir. Comme si les violations du Droit international, qui en l' affaire ne manquent pas, n' étaient pas autant de coups portés au système démocratique et à la recherche de la paix. Aider Israel est aussi l'aider à reconnaitre ses erreurs pour que la vérité ne soit plus abandonnée aux haines et les mensonges à la passion.

En conclusion, si l' on est voué à "construire l' Europe", acceptons a fortiori le cadre non ethnocentré d'une identité nationale que nul ne saurait modeler à sa guise.

 

 

 

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Honneur et distinction

Publié le par memoire-et-societe

J'ai la Légion d'Honneur. Je ne la porte pas. Ceux qui la dénigrent le plus sont souvent ceux qui ne l'ont pas mais voudraient l'avoir. D'autres l'arborent, qui ne l'ont pas reçue, ou bien s'octroient un grade supérieur: par exemple " officier " quand ils sont "chevalier". Le port illégitime de décoration, délit plus fréquent qu'on ne croit, est puni par la loi. J'ai connu quelqu'un qui avait cousu le ruban sur sa robe de chambre.

La Légion d'Honneur, comme l’Académie française, est à la fois source de dérision et de dépit. Elle est depuis longtemps matière à plaisanterie chez les chansonniers et cible de choix pour l'esprit frondeur des Français. Il parait qu'une centaine de milliers d'entre eux possèdent actuellement cet objet brocardé et convoité. Un nombre non négligeable de gens célèbres l'ont refusé: de Maupassant à Maurice Ravel ou de Simone de Beauvoir à Léo Ferré.

Créé en mai 1802 par Napoléon, alors Premier Consul, l’Ordre vise à récompenser les militaires (pour deux tiers) et les civils (pour un tiers) estimés avoir rendu service à la Nation. Bonaparte, intervenant à ce sujet devant le Conseil d’Etat, déclarait: " C'est avec des hochets que l'on mène les hommes ". Hochet, le mot revient avec insistance s'agissant de décoration. Il est vrai qu'on s'adresse d'abord à la vanité et au besoin de reconnaissance officielle pour  qui a acquis une parcelle de "surface": le haut fonctionnaire comme l'écrivain consacré,l'acteur acclamé, le champion adulé ou le chanteur à la mode.
C'est pourquoi les dirigeants politiques ont vite compris l'usage électoral et clientéliste que permettent plusieurs fournées annuelles de "nominations dans l'Ordre de la Légion d' Honneur".Pas un président de Chambre d' Agriculture, de Syndicat intercommunal, d' Elu local-grand électeur, pas un professeur de Médecine, un Directeur de publication, un Doyen de Faculté, pas un International de football, de surcroît originaire de banlieue, qui n'ait la croix un jour ou l'autre.

La considération générale en souffre-t-elle? Ne citons personne : on trouve dans les listes de promus paraissant à rythme régulier au Journal Officiel des noms qui ne constituent pas des références aux yeux de l'opinion.

Il n'en faut pas davantage pour ébranler le crédit accordé à la méritocratie. Les termes de "copinerie" et "solidarité de classe" alimentent la conversation. Là ne réside  sans doute pas l'essentiel du fossé qui s'est creusé aujourd'hui entre le peuple et les "élites". N'empêche: si l'on veut redonner sens aux valeurs, encore convient-il de ne pas s'en servir comme de sucres d'orge.

 

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Le Parti ? encore utilisable ? (2)

Publié le par memoire-et-societe

Dans le dernier article de ce blog était posée la question de la légitimité du parti politique quand le potentiel militant préfère s'investir dans le monde associatif. La réflexion mérite prolongation dans la mesure où une critique prend pleinement sa valeur en se concluant par un volet constructif.
Les partis actuels -et cela est valable pour les écolos vite adaptés aux magouilles d'appareil- se confirment inaptes à dépasser l'horizon de l'élection et de la fringale de places. Avec eux, la vie politique n'est plus que derbys entre "écuries" dont on cherche, sous la casaque fluorescente, les référents théoriques durables.

Les inévitables déceptions des supporters sont alors réduites à des paris manqués, rattrapables le coup d'après. J'entends déjà l'objection : "sans les partis, aussi imparfaits soient-ils, comment faire émerger les propositions et les compétences nécessaires à la confection de lois ?"

En énonçant, pour commencer, un minimum de règles "déontologiques" susceptibles d'établir la confiance dans l'action des hommes publics :

     la responsabilité politique n'obéit à aucun plan de carrière ni caractère héréditaire. Elle n'est qu'une délégation momentanée, pas un "métier".

     selon cette logique,toute charge élective (d'une durée uniforme, du maire au président de la République) ne peut faire l'objet que de deux mandats successifs, non cumulables, avec limite d'age.
     l'exercice de mandat électif n'ouvre pas vocation à être ensuite recasé dans l'un des clubs choisis de la République (Sénat, Conseil économique, tour "extérieur" du Conseil d'Etat ou de la Cour des Comptes, Comités supérieurs et Hauts

Conseils multiples et variés, grands consommateurs d'argent public).

     le nettoyage des étables partisanes ( Bouches-du-Rhône et Pas-de-Calais par ci, Hauts de Seine et Essonne par là) est à fortement encourager; la tradition du parachutage électoral du dirigeant "national" parisien contre l'avis des adhérents locaux à proscrire soigneusement.

Deux voies vers une représentativité authentique vaudraient dès lors la peine d'être explorées:

     la transmission directe des revendications des gouvernés à des médiateurs spécialisés indépendants des pouvoirs politiques et économiques dominants pour chaque problématique sociale(un exemple en passant : le surendettement).

     une plus grande perméabilité de l'action des gouvernants aux doléances des gouvernés sans les éléments qui fondent les hiérarchies (discours codé, absolu du diplôme, corporatisme, puissance des lobbys) en vue du développement de la fluidité sociale et du tarissement de la reproduction oligarchique.

Effacement, rénovation ou refondation, l'avenir du concept "parti" se place aujourd'hui en tout cas au coeur des attentes d'une société affamée de transparence.

 

 

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Le "Parti" ? encore utilisable ? (1)

Publié le par memoire-et-societe

Le sociologue Pierre Bourdieu a osé remettre en cause, dans son essence et son exercice, une institution aussi sacrée que l'Ecole de la République. On pourrait procéder de même pour ce qui concerne un autre tabou de nos démocraties, le Parti politique. Moment, il est vrai, mal choisi en temps de campagne électorale tous azimuts:sa critique n'est à l'ordre du jour ni à gauche ni à droite ni entre les deux. Pour autant, son rôle mériterait d'être interrogé à la lumière de la mutation actuelle de la société française, et pas uniquement sous l'angle d'Internet.

Depuis l'époque révolue où un parti comme le P.C représentait pour ses militants la justification de leur existence au sein d'une communauté close, le mode d'organisation partisan s'est en effet profondément transformé. De fin en soi, la bonne carte est devenue un moyen, plutôt rémunérateur, parmi d'autres.

Pendant que le débat national se concentre sur la nature économique du système, opposant libéraux et dirigistes,la tentation est alors  forte de se tourner vers les réalités qui renvoient à d'autres clivages. Pas pour s'attacher à la portée éventuelle de nouvelles recettes de "management" de l'opinion:on n'aboutit, dans ce cas, qu'à une dégradation supplémentaire de la crédibilité politique. C'est dans le procès plus vaste de la soumission de l'Etat à la marchandisation qu'il convient d'inscrire la dénonciation du Parti, élément soi-disant indispensable d'un bon fonctionnement démocratique. Quand une organisation se fait complice d'une dérive des services publics en instruments desservant l'intérêt public, elle impose aux citoyens le devoir de se défendre.

C'est le cas pour le P.S comme pour les partis de droite depuis la naissance de la 5ème République. Ce sont ces partis, par leurs structures, leurs pratiques, leur coût vertigineux pour la collectivité, sans élimination d'ailleurs des phénomènes de corruption, la sélection élitiste de leurs dirigeants, qui ont mué des supports théoriquement idéologiques en commerces de non proximité. Adossés confortablement à la société de consommation, ils se consacrent à dénicher les clientèles qui les feront subsister. Leur unique nécessité est électorale.

Dès lors, d'autres mécanismes de concertation et de proposition deviennent indispensables dans l'élaboration d'un choix de société. S'il est évidemment impossible de livrer une formule magique,quelques pistes peuvent être néanmoins évoquées telles que la création d'espaces de participation citoyenne à l'abri des sphères institutionnelles et des influences de classe,celle de mobilisations autour d'expérimentations sociales actualisées et d'aires de solidarité échappant justement au contrôle d'appareils partisans.

Les "démocrates sincères" n'ont pas à garantir les privilèges d'une oligarchie dont la motivation est d'abord de pérenniser un système essoufflé et de rassurer des agents publicitaires employés à plein temps à fourguer une société bricolée.

Bourdieu, au secours, ils vont finir par installer Marine !

 

 

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Humiliation

Publié le par memoire-et-societe

"L'humiliation... n'oubliez pas l'humiliation", rappelait le général de Gaulle, qui n'était pourtant pas nourri d'anticolonialisme. Il mettait ainsi le doigt sur un point crucial de la relation coloniale : là ou la réalité psychologique se fait aussi déterminante que la domination économique.
Tout colonisé confirme en effet que rien n'est plus offensant que le déni de civilisation, c'est-à-dire la négation des valeurs de l'Autre, le dédain de son Histoire (cf.M.Guaino), la dérision accablant ses moeurs et ses croyances. La misère sociale ne se limite assurément pas aux peuples ultramarins. Elle est plus odieuse encore quand elle s'accompagne du mépris voué à leurs langues, leurs coutumes, leurs traditions. Récusé jusqu'au plus profond de son identité, condamné à l'assimilation sans nuance ou à l'exclusion tout court, l'ex-colonisé-devenu-immigré est assigné au statut d'individu secondaire,simple consommateur d'une culture dominante,éliminé d'office d'une expression spécifique.
C'est en réaction à cette situation qu'on peut déchiffrer le récent attentat perpétré contre le journal gauchiste "Charlie-Hebdo", attentat qui a scandalisé les ayatollahs de notre liberté de la presse(bouffons comme Ph.Vial ou Rob.Ménard par exemple) et d'une laïcité qui fait aujourd'hui l'objet d'une bien curieuse unanimité.
J'en parle aisément, je ne suis pas croyant. Se gausser des images des dieux tourne désormais à la manie:on défèque sur la figure du Christ,on caricature celle de Mahomet, manifestations d'un "avant-gardisme" pour le moins réchauffé, et qui aurait plus de panache s'il s'exerçait là ou existe un danger réel à blasphémer. Des bords de la Seine, c'est nul et, finalement, assez lache. En tout cas, inutilement blessant pour ceux, entre autres, venus en France afin d'essayer d'y vivre mieux, plus librement, et chez qui la foi demeure le sens de la présence au monde. Ils n'ont donc aucune raison de se laisser insulter par les esprits forts du coin. Il y a là aussi atteinte à la liberté : la liberté d'être respecté en tant que tel.

Mais c'est comme ça:dans nos Etats "de droit", l'humiliation n'en finit pas de se signaler par son obstination. Elle rode dans la mémoire des descendants d'immigrés qui parviennent mal à oublier l'"accueil" réservé à leurs anciens débarquant des colonies (bidonvilles, salaires misérables, insultes et brimades racistes). Ne cherchons pas. C'est un trouble sentiment de vengeance qui anime parfois les "sauvageons" des générations d'après. Elle s'infiltre également dans les coeurs, au fil d'un quotidien qui démontre que la décolonisation mentale n'est pas accomplie.
Le problème relatif au vote des étrangers -en réalité Maghrébins et Africains- est à ce propos révélateur. Un maire balayeur et malien à Saint-Denis, là serait, annonce M.Guéant, la véritable humiliation.

 

 

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Nouvelle oreille du Prince

Publié le par memoire-et-societe

Depuis la création en 1836 par Emile de Girardin de "La Presse", premier journal politique bon marché, le monde de l'information a fait l'objet de tous les procès. Aujourd'hui encore, sa représentation centrale, le journaliste, demeure une figure discutée,souvent soupçonnée,plus redoutée que respectée."Flic de la pensée" ou "pollueur de l'ordre social" selon le cas,"l'historien de l'instantané", comme on le nomme, n'a pas, paradoxalement, très "bonne presse" auprès de "l'homme de la rue".

Cependant sa démarche a changé. Mobilisé autrefois par le rapprochement des dépêches dont il s'efforçait de faire la synthèse et de dégager un sens global, le journaliste semble se borner de plus en plus à relater les faits relevant d'une stricte spécialité, comme désireux de ne prendre en charge que sa "part" de ce que peut offrir l'élargissement des sources quasi planétaires d'information. Cette "retenue"lui épargne ainsi une mise en perspective des évènements qui n'est pas toujours sans risque.

D'ou une conception instrumentaliste de l'actualité, réduite à l'état de denrée éminemment périssable. D'où encore la tendance à s'en tenir au factuel plutôt qu'à se risquer à l'analyse. A l'évidence, le journaliste engagé n'est plus de mode. Son successeur, tenu par les lois du marché qui imposent un discours consensuel, donc asexué, préfère s'abriter derrière un pointillisme de l'information ou l"expert" prend le pas sur le "généraliste".

Politiquement, cela n'est pas sans conséquence pour une opinion publique ballottée d'un message à l'autre sans lien intelligible et aboutit de fait à une véritable désinformation. La crise financière avec ses incessants rebondissements (referendum grec, départ de Berlusconi, triple A français, etc.) en porte témoignage. Les arbres n'ont cessé d'y cacher la forêt : la coalition de la finance et des agences de notation anglo-saxonnes contre l'euro abhorré.

De Girardin voulait faire du journal "la bouche du peuple et l'oreille du prince". Le prince en a trop entendu. Il châtre les média pour en faire l'opium du peuple.

 

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Premier Parti de France

Publié le par memoire-et-societe

Le suffrage universel (accordé aux Françaises en 1945 seulement) demeure partout une avancée significative du droit de chacun et de chacune à faire connaître ses choix de société. Dans les pays ou un tel droit n'existe pas, il constitue un objectif nécessaire à l'édification d'un régime de liberté.
Cependant, le recul acquis là où il fonctionne depuis longtemps, permet de penser qu'il ne suffit pas à lui seul à fonder la démocratie, donc qu'il ne constitue pas l'absolu auquel d'éminents penseurs s'efforcent de réduire la vie publique.
La manipulation de l'expression populaire par des lois électorales arrangées, des modes de scrutin alambiqués, des découpages de circonscription arbitraires, et autres tours de passe-passe, jette le doute sur la qualité du vote et la représentativité de l'élu. On n'aboutit qu'à diminuer la confiance des citoyens et à fausser les réalités sociales.

Sartre (1) considérait l'élection aujourd'hui comme un processus d'individualisation, c'est-à-dire, de dépolitisation. La versatilité de travailleurs offrant leur bulletin de vote à la droite au bout d'un mois de grève en 1968, ou de socialistes appelant à voter Chirac le matin et sifflant son élection le soir en 2002, en fournit l'illustration.
Ce genre de bouillie ou le mot magique "démocratie" sert à gommer les oppositions de classe, le sociétal à occulter le social, le concept de République à nier le multiculturalisme, et la protection de l'environnement à supplanter la tragédie du chômage, touche les régions du monde généralement classées parmi les plus libérales, au sens politique, par exemple les Etats-Unis et l'Europe occidentale. Le fort taux d'abstentions qu'y recueillent nonobstant les consultations électorales témoigne d'une crise persistante de la représentation et fait du "parti abstentionniste" le premier de France, au centre du paysage politique. Cette marginalisation volontaire d'une fraction importante de la population n'est pas neutre. Elle affirme l'abstention comme un choix enclin à refuser dans l'élection un mélange médiatisé de démagogie, d'opportunisme et de clientélisme.

Q.-Mais l'abstention ne fait-elle pas la chance des aventures (en clair du Front National) ?

R.-Ce qui fait, en premier lieu sa chance, ce sont les valises de billets éparpillées ça et là, les scandales de moeurs, les délits d'initiés, les rétro commissions, les emplois fictifs, les abus de biens sociaux, les collusions d'intérêt, les paradis fiscaux, l'enrichissement personnel avec l'argent du contribuable, les études-bidon, les subventions de complaisance, la distribution des sinécures, la désinformation, bref l'actuel tsunami de la corruption et du népotisme engendré par l'oligarchie.

Q.-Plus de gouvernement légitime, alors. Quoi ? l'anarchie ?

R.-Non, mais il y a des sortes de pouvoir dont on se passe déjà:la Belgique (le vote y est obligatoire) n'a plus de gouvernement depuis plus de 15 mois, mais ne connaît pas la crise financière. L'Italie de Berlusconi démontre qu'une gestion éprouvée de l'administration des choses peut suppléer à un mauvais gouvernement élu. Il y a bien sur, pour toute nation, des orientations à déterminer, des choix à faire:n'écartons pas dès lors l'idée que de la révolte citoyenne peut naître la mutation d'un système à bout de souffle. A commencer par la moralisation des pratiques politiques (o, fraîcheur d'âme !), la déprofessionnalisation des élus(pas plus de deux mandats pour les parlementaires comme pour le président), la transformation de partis rongés par la rouille en mouvements à l'abri des clivages devenus anachroniques, la maîtrise des lobbies, la suppression d'objets encombrants et ruineux comme le Sénat, l'amaigrissement du mille-feuilles qui, de la commune au Parlement européen, permet de caser les amis ou de se partager les places sans souci de l'évolution des réalités. Toutes suggestions que vous aurez du mal à trouver dans les programmes des "partis de gouvernement", mais éventuellement susceptibles de contribuer à ramener le citoyen vers les urnes.
Des sondages augurent pour 2012 une bonne phalange de sceptiques, d'hésitants, d'écoeurés. Dernière question:à quoi bon autoriser l'abstention si jamais personne ne prend en compte le rejet du trucage et, subséquemment, l'option "pêche à la ligne" ?

(1) Sartre. Elections, piège à cons. Situations X.Gallimard.1976.

 

Publié dans société

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