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91 articles avec societe

Le roman du mécontentement français (1)

Publié le par memoire-et-societe

1- Egoïsme de classe.

De passage, une Américaine francophile, c' est à dire débarrassée des préjugés habituels relatifs aux "Frenchies" et libérée des clichés qui les accompagnent, me faisait récemment remarquer, avec tristesse, combien les Français avaient l' air... triste.

- Sans doute l' effet de la crise, a-t-elle ajouté.

- Sans doute, ai-je répété, quoique le mal paraisse plus profond. Une majorité d'entre eux, qui savent ne plus compter pour beaucoup, après que leur pays ait longtemps joué un rôle-clé sur les divers continents, et qui ont abordé méfiants le virage de la mondialisation, voient disparaitre peu à peu leurs repères séculaires. Ils ont l' air triste parce qu' ils ont peur.

- Peur ?

- Paradoxalement, la société de consommation a créé ici une sorte de frustration. L' abondance extrême - et le recours systématique au crédit s' y associant -, une névrose. Ils ont souvent peur, même dotés d' un emploi, de "ne pas y arriver" et "ne plus s' y retrouver."

- Pourtant le niveau de vie moyen n' est pas négligeable.

- Le niveau de vie moyen ne rend pas compte de l' indice de satisfaction et de sérénité. L' économie moderne bouscule une tradition d' épargne en favorisant de manière permanente de nouvelles demandes. Quel ado accepterait-il aujourd' hui de ne pas posséder son portable ou son baladeur? Il a ainsi, dès le départ, le pied dans l' engrenage du surendettement, ce qui est bien l' objectif des stratèges de la Finance.

- D'où aussi un fossé générationnel ?

- Exactement. Comme pour les écarts vertigineux de revenus entre le grand patron quinquagénaire et le stagiaire de vingt ans. En temps de crise, les inégalités criantes, assorties de détournements d' argent public, de faits de corruption et de passe-droits, deviennent plus insupportables encore pour l' opinion, plus insultantes pour ceux d' en bas. Les scandales, qui font les choux gras des media, débordent alors la grogne courante.

- Je devine qu' on va vite en arriver à l' incontournable procès de la " classe politique".

- A dire vrai...

- Et le Front national ? coupe cette observatrice avertie.

- Bien sûr, le Front national. Mais tout ramener à lui semble un peu rapide. J' ai envie de poser la même question que pour les communistes à l' époque où ils représentaient 28% du corps électoral : qui fabrique des communistes ? qui multiplie les partisans du Front ?

- Qui donc ?

-Je prends le risque. Je dis : l' égoïsme de classe, peut-être. Tant d' évadés fiscaux, si soucieux de la République... Les "élites" ne paraissent pas encore avoir mesuré les dégâts causés par l' affaire Cahuzac. Ni par les magouilles financières de l UMP. Tous ces gens repus et corrompus qui font la morale à l' ombre des cocotiers, les cinq mille contribuables identifiés par le ministère des Finances pour fraudes, mais dont la liste reste sous embargo.

( à suivre. Prochain article : le Front national )

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L' anticonformisme à l' estomac

Publié le par memoire-et-societe

La puissance de récupération de la société dite de consommation est illimitée. L' image que, par elle, se fait des générations précédentes la jeunesse actuelle peut donc être amplement faussée. Les personnages passés qui captent l' attention de cette dernière,peints aux couleurs d' aujourd'huj, sont, comme par hasard, ceux qu' au terme d' une étude marketing des "sensibilités" du moment, les opérateurs économiques ont scientifiquement ciblé.

Ainsi la galerie des marginaux tolérables, des asociaux digestibles, la résurrection consensuelle de maudits rendus présentables, les évocations romancées de rebelles sous contrôle, sont typiques d' une culture de masse qui vise à contenir le hors la loi dans le cercle étroit de l' anecdotique et du pittoresque. Omettant, bien sûr, le contexte historique et les réalités sociologiques qui ont déterminé l' action de l' insurgé préalablement passé au désinfectant. C' est, pour dire les choses, de l' anticonformisme à bon marché.

La vogue de Boris Vian, la popularité de Prévert ou de Brassens, la cote de Gainsbourg, par exemple, ou avant elles, la sacralisation de Rimbaud, l' unanimité dont semblent désormais jouir Radiguet et Genêt, témoignent du même esprit anarcho-bobo, de la même audace sans péril, du même choix anti-académique soigneusement déminé.

J' y songeais l' autre jour en visitant au musée d' Orsay à Paris l' exposition surpeuplée Artaud- Van Gogh. Les intéressés désavoueraient sans doute ce dédouanement a posteriori et la dénaturation à laquelle aboutissent tant de salamalecs médiatiques. On couvre dorénavant rues et collèges des noms de certains morts sulfureux. Des bandes dessinées, se vendant mieux que les oeuvres elles-mêmes, narrent le tumultueux parcours de personnages voués,de leur vivant, aux gémonies. Les publicitaires n' hésitent pas à négocier la référence à un livre ou un tableau pour la promotion d' un produit ménager, la marque de quelque chose dans les rayons des supérettes, associant ainsi scandale ancien et actualité économique.

L' image de madame Bovary ou une reproduction miniature du "Déjeuner sur l' herbe" glissées au fond d' un paquet de céréales, c' est hyper tendance. La promotion de la transgression émasculée est une composante de la société bluffante du spectacle.

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Vocabulaire et stratégie

Publié le par memoire-et-societe

Les termes vieillissent avec leur temps : ainsi "révolution sociale", qui a meublé le XXème siècle. D' autres, galvaudés, perdent de leur éclat, comme "socialisme" ou "démocratie", accommodés à toutes les sauces. D' autres encore peuvent désigner des projets demeurés théoriques (tel "dictature du prolétariat") ou les souvenirs d' une page d' Histoire quelque peu légendaire (les barricades).

Pour autant les concepts auxquels ils renvoient (par exemple "lutte des classes"), les vices qu'ils dénoncent (inégalité,injustice, exploitation) demeurent. Mais "capitalisme", jadis incontournable , se voit plus ou moins supplanté par "libéralisme" à connotation moins agressive, plus floue. Aux USA, le "libéral" est une variété locale de social-démocrate, type bobo universitaire, opposé au "conservateur" du genre "républicain", d' essence plus rustique.

Les formulations changent, qui réitèrent les contenus. Les réalités subsistent, qui évoluent pourtant. Les mutations technologiques successives appellent d' autres attitudes et un dictionnaire révisé ( les mots pèsent), lexique qui rend différemment compte des tares d'un Système et de la permanence des faiblesses humaines. Société et Individu persistent cependant à mentir pour dispenser l' impression d' une marche harmonieuse et continue.

Faire réellement bouger cette société et l' homme qui y vit, c' est l'objectif que propose John Holloway, vivant au Mexique et se lançant à son tour "à l' assaut du ciel" avec son livre "Crack Capitalism", publié en France par les éditions Libertalia. Pour résumer, que soutient Holloway? Qu' une majorité d' êtres humains est victime de la marchandisation du monde et de son total gouvernement par l' argent. Que, par conséquent, le progrès, aujourd'hui encore, passe ailleurs. Mais aussi que partir d' une entreprise de "destruction" brutale et globale du capitalisme est d' avance voué à l' échec.

Mieux qu' affronter ce géant surarmé, et bâtir pour ce faire des organisations grosses de futures hiérarchies et oligarchies, mieux que s' investir dans d' incertains lendemains, le plus probant serait, selon l' auteur, de cesser de "fabriquer du capitalisme", en s' appliquant à élargir les brèches déjà existantes, à faire converger leurs milliers de rigoles, failles et fissures vers des types inédits, calibrés, de production , d' échange et de représentation. Boycotter,déstructurer,miner,neutraliser,suivant le cas, le travail capitaliste et le système politique qu'il engendre, leur catéchisme productiviste, leurs tripatouillages institutionnels, leur violence sociale, permettrait de jeter plus rapidement qu' on ne croit, estime Holloway, les bases d' une nouvelle Economie et d' autres rapports sociaux. D' amorçer en un mot une stratégie (d' inspiration altermondialiste, en croissance parmi les Jeunes) apte à répondre à l' attente des populations qui constituent la masse de manoeuvre nécessaire aux intérêts et profits de la spéculation financière internationale.

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Que sont les "Grands Parlementaires" devenus?

Publié le par memoire-et-societe

Sans être nostalgique du parlementarisme d' antan, on observe que le débat politique revêtait jadis plus d' éclat que les échanges actuels entre technocrates interchangeables, apparemment davantage animés par leurs plans de carrière que par l' élan de convictions inscrites dans la chair.

Aux grands orateurs et "debaters" redoutés ont succédé des lecteurs de compilations et de "synthèses" peu entrainantes. Les promesses d' affrontement des ténors sur des problèmes majeurs faisaient, il y a quelques décennies, le plein dans l' hémicycle et les tribunes, quand souvent aujourd'hui des sièges de députés demeurent désespérément vides, et que nul n' a besoin de rajouter des chaises dans les loges.

Par contraste, certains moments passés font références : par exemple la polémique de 1885 entre Jules Ferry et Georges Clémenceau sur la politique coloniale, ou la controverse de 1908 entre le même Clémenceau et Jean Jaurès sur la question sociale.

L' art oratoire serait-il démodé? La passion d' un Briand, le patriotisme (eh oui, cette valeur "ringarde"...) d' un Barrès, la cruelle ironie d' un Caillaux, l' ampleur d' un Herriot, le pacifisme d' un Paul Faure, le brillant d' un Pierre Cot, les colères d' un Debré, tout cela fait défaut. Il n' y avait pas que des Cicéron sur les bancs. Mais on y trouvait des enthousiasmes, des sensibilités, des talents et un souffle qui, mêlés, forgeaient une légendaire magie du Verbe.

Aucune raison ne laissant croire que nos contemporains soient moins doués que leurs ainés, on est conduit à penser que c' est le modèle même du régime qui assèche les discours. Les 3ème et 4ème Républiques étaient volontiers qualifiées de "République des avocats". Elles étaient en effet peuplées de professionnels de la parole, aux cordes vocales huilées. La 5ème, elle, fait plus volontiers appel à des administrateurs et des économistes dont la survie des Humanités classiques n' est pas le souci principal. L' Enarchie a supplanté Normale Sup', et l' obsession du PNB l' inlassable éloge des Lumières.

D' où ces débats de gestionnaires, autrefois abandonnés à la compétence discrète des hauts fonctionnaires, que débite chaque après-midi la télévision comme un filet d' eau tiède. Le Parlement a cessé d' être une école de la Citoyenneté pour offrir à l' électeur le spectacle de travées clairsemées, que hantent les auteurs d' amendements à des projets de loi mobilisant surtout les lobbyistes directement intéressés.

La chose est moins anecdotique qu' il n' y parait dans la mesure où le Pouvoir a non seulement changé de ton mais aussi de main. La méfiance populaire face à ce type culinaire de fonctionnement en est la preuve. La situation n' est pas pour autant inédite : en 1898 déjà, Brisson dénonçait " l' absentéisme parlementaire" (qui continue de nous porter tort à l' Assemblée européenne), en 1905 Clémenceau " l' inefficacité du travail parlementaire ", en 1921 Blum " le déclin du Parlement ". Mais ils savaient se faire assez entendre pour bouger les lignes.

Autre époque : des sujets comme l' impérieuse reconfiguration d' un Exécutif bicéphale ou la transformation d' un Sénat inutile en une nécessaire Chambre Economique, ne suscitent aucun débat général prioritaire. L' état du Pays le justifierait pourtant. Poincaré,Painlevé, Mendès-France, quant à eux, n' auraient pas hésité, dans ces moments difficiles, à introduire avec solennité des thèmes de ce genre au nom de la Représentation nationale et, par contre-coup, devant l' opinion et le sommet du pouvoir.

Ne parlons pas de la politique étrangère, qui mobilisait si fortement les Parlements antérieurs. Les engagements militaires en Afrique sont à peine effleurés sous couvert de consensus, les conséquences de notre retour à l' Otan du point de vue de la souveraineté ne suscitent aucune question de MM. Copé ou Le Roux , les engagements en matière européenne (quid du Traité Transatlantique de Libre Echange?) se règlent à huis clos. Les hebdomadaires " Questions au gouvernement ", quand elles ne sont pas dévaluées par les développements mêmes de l' actualité, répondent, c'est le cas de le dire, à une scénographie millimétrée qui leur ôte toute spontanéité et a fortiori tout effet de surprise. On ne peut alors s' interdire de songer à ceux qui, sans être des petits saints, ont laissé un nom au Palais-Bourbon, aux interpellations éloquentes, parfois improvisées, souvent dévastatrices, d' un Pelletan, d' un Tardieu ou , plus près de nous et avant qu' il ne se mette à tout gouverner, d' un Mitterrand.

Que sont les "Grands Parlementaires" devenus?

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Société et inflexibilité

Publié le par memoire-et-societe

Le patronat explique depuis quelques années que l' un des grands remèdes au manque de compétitivité dont souffre la France, résiderait en l' accroissement de la flexibilité dans l' usage des salariés. Autrement dit que l' utilisation de ceux-ci devrait mieux coïncider avec les carnets de commande des entreprises, lesquelles sont freinées par des jours et des horaires indifférents à la conjoncture. Le salarié pourrait ainsi, sans qu' on touche au nombre des heures légales d' emploi, travailler une semaine moins que prévu et davantage la semaine suivante. C' est économiquement défendable. C' est humainement discutable, dans la mesure où la formule (beaucoup moins répandue ailleurs qu' on l' affirme) fait fi de la vie du salarié, mis à la disposition de son employeur dimanches et fêtes compris.

La flexibilité est donc à la fois une thérapie sensible au patronat et un renoncement réclamé au monde du travail. Mais quelle contrepartie offre-t-on alors à ceux dont on insiste pour bousculer l' existence personnelle et familiale, voire parfois la santé par un perpétuel changement du rythme d' activité?

S' agissant maintenant de la société française, je reste frappé par des chiffres qui se présentent, eux, inflexibles : un enfant d' ouvrier ou de petit paysan a une chance sur cent de se hisser au rang de cadre supérieur, un enfant de grand patron ou de haut fonctionnaire jouit du risque zéro d' être un jour ouvrier. Le régime de classe constitue un domaine où le manque de flexibilité ne contrarie pas.

En 1969, Chaban-Delmas, premier ministre, avait dénoncé, inspiré par le sociologue Michel Crozier et son conseiller Jacques Delors, une "société de castes". L' expression avait irrité le président Pompidou et sa conseillère, Marie-France Garraud. Pour enfoncer le clou, Chaban avait proposé "la nouvelle société", basée sur un dialogue permanent patrons-syndicats comme en Allemagne, assorti d' une "économie sociale de marché". Après 45 ans, dont 14 de mitterrandisme, 5 de jospinisme et 2 de hollandisme, on peut dire que, du point de vue des écarts de classe, les choses ont bien peu avancé. Le MEDEF se montre plus intransigeant que jamais quant à la politique consensuelle de l' emploi et plus gémissant que toujours en matière de fiscalité. Les syndicats, amaigris, redoublent de prudence : la CGT s' est résignée au réformisme, la CFDT assiste fidèlement mais sans grand effet les gouvernements de centre gauche.

Bref, le séculaire égoïsme de classe d' une bourgeoisie qui a été longtemps le meilleur sergent recruteur du communisme et qu continue de piloter à vue, se porte bien. L' ascenseur social est en panne, toute avancée se voit contredite par une mondialisation qui n' induit que du chômage, l' électeur ne distingue plus l' intérêt qu' il y a à se déplacer. Entre l' inflexibilité systémique et l' instabilité croissante de l' emploi, les conditions de la démotivation et, par suite, de la décadence du pays, sont réunies.

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Vendeurs de vent et autres cravateurs

Publié le par memoire-et-societe

Chaque époque a eu ses charlatans (talentueux ou non), opérant en marge d' une opinion peu éclairée. Il n' y a aucune raison pour qu' il en soit aujourd'hui autrement. Seuls les terrains de manoeuvre ont forcément changé. Hâbleurs, bluffeurs, fumistes se bousculent au portillon. Les citer demanderait trop de place, c' est pourquoi il est préférable d' identifier les "créneaux" où ils font leur numéro : la mondanité publicitaire, le "conseil en communication", l' esbrouffe journalistique, l' investissement prospectif ou la rente sécuritaire.

L' énumération renvoie à des personnages insérés dans notre quotidien et s' y prélassant avec une suffisance à la limite du tolérable. Ces gens, bien sûr, gagnent beaucoup d' argent à discourir et se montrer, donnent un avis sur tout et sur rien, paradoxaux pour ne pas paraitre conformistes, mesurés pour ne pas sembler excessifs. Ils s' estiment en quelque sorte animateurs de droit de la comédie du pouvoir. Des noms, en voici :

A tout seigneur tout honneur : Jacques Séguéla, à l' origine pharmacien, se présente comme "publicitaire" Ayant co-fondé l' Agence RSGG dans les années 70, il a marqué les élections présidentielles de slogans tels que "La force tranquille" (1981) ou "Génération Mitterrand" (1988). On l' a vu faire du lobbying pour Jospin, puis vendre l' icône DSK avant l' affaire du Sofitel. C' est lui enfin qui a "rabattu" Carla Bruni vers Sarkozy, pour lequel il a ,en 2007, voté au second tour après avoir incité à opter pour Ségolène Royal au premier. Il est passé à la postérité avec cette réflexion profonde : " Si à cinquante ans on n' a pas une Rollex, c' est qu' on a raté sa vie! ".

Stéphane Fouks, ancien rocardien comme Valls, Pigasse et Bauer, est, lui, répertorié en tant qu' "expert en communication", branche "conseil politique". On peut dire qu' il n' a pas toujours eu la main heureuse : après avoir "conseillé" Jospin avec le résultat qu' on connait, il a misé tour à tour sur Strauss-Kahn, puis sur Cahuzac. Vraiment la poisse. A tel point que le grand patron, Vincent Bolloré, a décidé de mettre fin au secteur, pourtant traditionnel dans la maison, du "conseil aux ministres". Fouks s' est refait peu à peu une santé, ou plutôt une audience, avec la présidence d' Euro RSGG, ex boite de Séguéla devenu vice-président d' Havas, et en se hissant au comité directeur du CRIF.

Franz-Olivier Giesbert, alias FOG, a pignon sur plusieurs rues, sautant à l' aise de la direction de la rédaction du "Nouvel Observateur" au directoire du "Figaro" d' Hersant (1988), puis à la direction du "Point" de François Pinault (2000), où il expérimente des "une de couverture rentre-dedans" et affûte ses attaques "ad hominem". Intouchable grâce à son réseau de relations et de pistons tous azimuts, il s' est trouvé impliqué dans quelques affaires sulfureuses et déclarations provocatrices finalement destinées à servir sa publicité personnelle. Un documentaire récent, "Les nouveaux chiens de garde", le donne pour modèle des collusions existant entre le pouvoir politique et certains responsables des médias.

Jean Viard, docteur en sociologie et conseiller municipal de Marseille, d' abord lié à Jean-Noël Guérini avec lequel il a co-signé "Marseille, le temps d' un projet" (2007), et aujourd'hui porte-parole de Patrick Menucci, concurrent de Gaudin pour la mairie, figure dans un nombre incalculable d' organismes, groupements et comités se chargeant d' étudier la "prospective", une discipline aux contours assez difficiles à définir. La journée ne comptant que 24 heures, J.Viard est souvent conduit à dispenser ses recommandations à distance, ce qui, au demeurant, ne parait nuire ni à l' évaluation de ses prestations ni à une image publique entretenue par ses multiples interventions dans la presse et les médias (Journal du Dimanche, Emissions télévisées,etc).

Xavier Raufer est l' homme qui n'a jamais fini de vous révéler "combien c' est grave". Ce criminologue sentencieux, de son vrai nom Christian de Bongain, a débuté dans les groupuscules d' extrême droite "Occident" et "Ordre nouveau" où il a déniché ses premières relations : Longuet, Novelli, Madelin, Gauchon, notamment. Passé par le giscardisme puis " L' Express" au temps du milliardaire Goldsmith, il s' est alors institué "expert international en terrorisme". Ce qui lui a ouvert d' autre portes et permis de grenouiller dans diverses officines plus ou moins éphémères patronnées par la CIA et les "Réseaux Foccart" ( Agence SERVICE, SAC, Institut d' Histoire Sociale de l' ex collaborateur Albertini, Institut Supérieur du Travail ), tous focalisés sur l' anticommunisme et l' antiislamisme. A partir de là, un marchand de peur se constitue une solide clientèle : ce qu' a fait Raufer, qui enveloppe l' idéologie sécuritaire d' un substantiel zéphyr...

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Social-démographie

Publié le par memoire-et-societe

A l' origine, une majorité d' hommes aspiraient, confusément ou non, à une Société idéale, peuplée d' Etres vertueux. Ce modèle était sans doute une utopie, et l' homme vertueux une contradiction dans les termes. Celui-ci a donc été fortement invité à s' accommoder de régimes plus ou moins justes, aux mains de chefs plus ou moins corrompus et, assez souvent, du ghetto, du bidonville, du goulag, ou du "quartier sensible". "Moindre mal" résigné, de type dit churchillien

Pour l' individu resté malgré tout assoiffé de perfection, refusant la fatalité du renoncement, deux solutions possibles : le suicide (fréquent chez l' ado) ou le saut dans la violence politique ou mystique, parfois les deux (phénomène kamikaze). L' homme est ainsi devenu, ici et là, un tueur dénommé "terroriste", guerroyant contre l' oppression silencieuse et la pression anonyme d' oligarchies inaccessibles.

Ce bref récapitulatif de la modernité n' est pas consigné dans les livres d' école. C' est un raccourci iconoclaste, menaçant même pour d' innombrables têtes blondes ou, plus encore peut-être, cranes bruns. On en sauve : jamais assez pour tarir les sources de ce déséquilibre agaçant entre Idéal et Réalité. Ne faut-il pas pourtant apprendre une vie qui consiste à faire la part des choses? le bon et le mauvais? les droits et les devoirs citoyens : manger, boire, voter?

La social- démographie est alors une option éprouvée à base de calcul statistique et de psychologie électorale. Elle contribue à la formation d' une majorité fiable, évalue la probabilité des mesures nécessaires au maintien de cette majorité, analyse la position des éléments constitutifs du corps électoral : vote plutôt conservateur des seniors en nombre croissant, forte abstention des jeunes exclus et des chômeurs, attraction du social-centrisme (tout est social aujourd'hui) sur la classe moyenne active, primauté du sociétal sur le social pur parmi les couches urbanisées de niveau élevé (genre écolo-bobo), errance idéologique chez les expatriés recensés, etc.

Ô nouvel électeur ! Ô consommateur débutant ! Ô contribuable sans scepticisme! vous incarnez notre foi en un monde statique meilleur!

P.S- Social-démographes, attention cependant aux ruades "national-populistes".

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La Société sans Etat est-elle concevable?

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Jamais peut-être les Etats, tous régimes confondus,n' ont autant dominé et régi la vie des peuples qu' aujourd'hui : c' est vrai pour les USA comme pour la Chine, pour les Nations européennes comme pour les Pays émergents. En effet, malgré les apparences, la Puissance financière mondiale a besoin de fragmentation politique (et dès lors de guerres, ajoutait Jaurès) pour asseoir son règne. Il peut donc sembler paradoxal d' oser évoquer l' effacement de l' Etat, même s'il ne s' agit que d' un processus progressif de récupération de sa souveraineté par l' individu.

L' abolition des frontières, la substitution aux sociétés gouvernées de sociétés administrées (première version du marxisme), la suppression des classes, hantent cependant les luttes idéologiques et le débat politique depuis le XVIIIème siècle : le projet théorique de désaliénation citoyenne a le même âge que le capitalisme et l' industrialisation.

Tour à tour, "Enragés" et "Egaux" sous la Révolution française, Socialistes dits utopiques, Anarcho-syndicalistes, Marxistes "conseillistes" et Libertaires soixante huitards, ont plaidé le "dépérissement" de l' Etat au profit de formes diverses et graduelles de démocratie directe. Le socialisme coopératif de Fourier, le fédéralisme de Proudhon, le collectivisme anticapitaliste des fondateurs de la CGT, le communisme des Conseils, réplique au Parti-Etat de type léniniste, le mouvement anarchiste par définition, le courant de "Critique sociale" incarné par l' Ecole de Francfort et les Situationnistes, tous ont mis en accusation la structure étatique - "monstre froid" fichant les citoyens et contrôlant en permanence leur comportement- en tant qu' unique pivot des sociétés contemporaines.

Le problème peut se poser alors de la pérennité quotidiennement consolidée d' un système au service en réalité de l' oligarchie financière, donc la question d'une déconstruction de l' Etat bourgeois. A l' ère du gigantisme policier (drones, NSA, satellites de surveillance) et de la désaffection croissante des électeurs, le moment semble venir d' une alternative à la pression de pouvoirs de plus en plus voraces, clivants et, sous leur discours démocratique formel, autoritaires et contraignants. Voilà qui suppose sans doute un vaste chantier de réflexions simultanées et, dans les faits, une série d' adaptations transitoires et de paliers spécifiques.

Où demeure en tout cas l' évidence du besoin d' un modèle social rongé par le gaspillage, la démagogie et la corruption de la majorité de sa classe politique? L' utopie, si c' en est une que d' appeler à une mutation du rapport gouvernants-gouvernés, ne parait menaçante qu' à ceux qui visent autre chose que l' intérêt général.

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France : la redistribution démographique

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Une évolution lente, amorcée cependant depuis la fin des " Trente glorieuses" et le premier choc pétrolier (1974), s' affirme en France, à savoir le transfert régulier de populations du nord et de l' est vers l' ouest et le sud. A ce phénomène connu, plusieurs raisons :

- le déclin ou la disparition d' industries anciennes (mines, textile, métallurgie) suscitant un chômage de masse et une précarité chronique

- l' implantation et le développement des nouvelles technologies ( aéronautique,informatique recherches) de préférence dans les zones méridionale

- le choix d' une autre qualité de vie ( régions ensoleillées pour des retraités en nombre croissant, maritimes pour les multiples amateurs d' activités aquatiques, semi rurales pour des classes moyennes à qui le prix d' une maison individuelle rend inaccessible le centre-ville)

La modernisation des métropoles régionales offre désormais des conditions d' existence proches de, voire comparables à, celles qui justifiaient auparavant l' attrait de la capitale. Des villes comme Lyon, Nice, Aix en Provence, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nantes ou Lille, bénéficient d' une forte croissance démographique compensant l' abandon de départements entiers.

Le schéma est clair. Tracez deux lignes : l' une de Lille à Bordeaux, l' autre de Bordeaux au Léman. En gros, tout ce qui est à gauche de la première et au-dessous de la seconde est en train de drainer ce qui, à droite et au-dessus, se dépeuple doucement.

Reste le cas de Paris. Cas de plus en plus particulier. Paris dit "intra muros" se confirme et se maintient comme pôle culturel,économique et touristique du monde occidental, à l' instar de New York, Berlin ou Londres. Le coût du mètre carré y est vertigineux, la population métissée et le luxe insolent, en dépit du glissement de la richesse vers l' Asie.

Aussi le nombre de Parisiens stricto sensu, qui a tendance à stagner autour de 2 millions 300.000 habitants, se limite-t-il de plus en plus à des catégories précises : riches étrangers, souvent investisseurs non résidents permanents, retraités autochtones aisés ou héritiers de patrimoine immobilier, élites politiques, administratives, intellectuelles et artistiques. C' est le "Paris-musée" qu' auréole une agglomération banlieusarde de 10 millions d' âmes, au service, peu ou prou, d' oisifs privilégiés : travailleurs pauvres et intérimaires, dont un contingent non négligeable d' immigrés sans formation, clandestins ou pas, salariés moyens tenus à distance par la crise du logement et guidés vers des "villages-dortoirs" périphériques dépendant de moyens de transport incertains.

De ce tableau peut ressortir que dorénavant novation et création penchent vers l' exode régional ( sinon carrément vers l' exil), dans une relation où le "provincial" cesse d' être " décalé" et le jacobin censé tout déterminer. La décentralisation psychologique aussi est en marche. C' est pourquoi la nécessité de revoir le fameux "mille-feuilles" ruineux et superflu devient impérieuse. Quitte à bousculer quelques situations acquises. Les Régions ont à assumer leur espace légitime en fonction d' un ajustement concerté. C est important pour le bon équilibre de l' ensemble national et la résurrection d' un "désert français" qui a engendré, dans des zones autrefois laborieuses, des cités sans entreprise, des campagnes sans agriculteur et des bourgs sans gare ni école.

L' intercommunalité couvre une ou deux stations de RER. Le département, calculait-on, équivaut à une journée de cheval. Mais on ne circule plus à cheval depuis bien longtemps...

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Ruptures

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La rupture peut, dans les sociétés, revêtir divers aspects : soit une forme insurrectionnelle, explosion sanglante d' une accumulation de griefs, soit une forme de processus évolutif peu spectaculaire mais irréversible. L' une demeure liée à un évènement précis (révolution d' octobre pour le communisme, guerre civile pour le franquisme) , l' autre à une volonté collective tenace (l' unité allemande).

Les ruptures historiques significatives sont toutefois rares. Dans la période 1789-94 en France, l' aristocratie a dû céder le pas à la grande bourgeoisie républicaine. Aucune restauration monarchique n' a pu ensuite lui rendre la totalité du pouvoir. En effet, l' essor du capitalisme , absorbant et débordant au début du XIXème siècle une économie à dominante rurale et artisanale, avait transféré à l' entrepreneur l' influence et la fortune réservées préalablement au propriétaire foncier.

Le lent glissement du capitalisme industriel et national, concentré sur l' invention et la production, vers un capitalisme bancaire et multinational plus attiré par la spéculation, a composé, décennie après décennie, parfois en parallèle avec ou malgré les soubresauts sociaux, une rupture inédite intégrant à la fois un chômage endémique, un secteur tertiaire hypertrophié, un consumérisme fondé sur le crédit, une mondialisation boostée (terme en vogue) par l' informatique et les progrès de la productivité.

Les " trente glorieuses" ( de la Libération au premier choc pétrolier ) ont rythmé l' émergence d' une classe moyenne majoritaire, instruite et dotée d' un niveau de vie qui lui était jusqu'alors inconnu. Le Français s' est mis à consommer, voyager, s' équiper, rompant, c' est bien le mot, avec le mode de vie antérieur.

Néanmoins, après une phase intermédiaire inflationniste, le ressac s' est annoncé. Réponse au mensonger discours mitterrandiste sur la "rupture" (avec le capitalisme) chargé d' entretenir dans le monde du travail l' illusion du "toujours plus". La messe était dite : le Capital, n' ayant plus grand chose à espérer d' une économie bureaucratisée et d' un salariat protégé, changeait résolument de stratégie. Il s' orientait vers le dumping social par le recours à la main d' oeuvre à bas coût qu' offrent sans risque les attentes du tiers-monde et la disparition du système socialiste.

Le passage du capitalisme financier à l' économie sociale de marché proposée par la social-démocratie via l' action parlementaire était neutralisé. La piste ouverte par la Résistance a été coupée quand, en 1988, Mitterrand, inversant le cours des choses, a rallié le fameux " ni...ni ". La désindustrialisation et l' évasion fiscale avaient déjà discrètement débuté , les technologies nouvelles se développaient ailleurs, les cerveaux songeaient à l'exil, l' inquiétude identitaire croissait devant une menace d' acculturation exploitée par l' extrème droite. Une autre rupture s' esquissait, qui pousse la France d' aujourd'hui vers une désespérance que n' avaient pu lui inspirer les spasmes sociaux du XIXème siècle et les drames nationaux du XXème.

Publié dans société

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