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83 articles avec societe

France : la redistribution démographique

Publié le par memoire-et-societe

Une évolution lente, amorcée cependant depuis la fin des " Trente glorieuses" et le premier choc pétrolier (1974), s' affirme en France, à savoir le transfert régulier de populations du nord et de l' est vers l' ouest et le sud. A ce phénomène connu, plusieurs raisons :

- le déclin ou la disparition d' industries anciennes (mines, textile, métallurgie) suscitant un chômage de masse et une précarité chronique

- l' implantation et le développement des nouvelles technologies ( aéronautique,informatique recherches) de préférence dans les zones méridionale

- le choix d' une autre qualité de vie ( régions ensoleillées pour des retraités en nombre croissant, maritimes pour les multiples amateurs d' activités aquatiques, semi rurales pour des classes moyennes à qui le prix d' une maison individuelle rend inaccessible le centre-ville)

La modernisation des métropoles régionales offre désormais des conditions d' existence proches de, voire comparables à, celles qui justifiaient auparavant l' attrait de la capitale. Des villes comme Lyon, Nice, Aix en Provence, Montpellier, Toulouse, Bordeaux, Nantes ou Lille, bénéficient d' une forte croissance démographique compensant l' abandon de départements entiers.

Le schéma est clair. Tracez deux lignes : l' une de Lille à Bordeaux, l' autre de Bordeaux au Léman. En gros, tout ce qui est à gauche de la première et au-dessous de la seconde est en train de drainer ce qui, à droite et au-dessus, se dépeuple doucement.

Reste le cas de Paris. Cas de plus en plus particulier. Paris dit "intra muros" se confirme et se maintient comme pôle culturel,économique et touristique du monde occidental, à l' instar de New York, Berlin ou Londres. Le coût du mètre carré y est vertigineux, la population métissée et le luxe insolent, en dépit du glissement de la richesse vers l' Asie.

Aussi le nombre de Parisiens stricto sensu, qui a tendance à stagner autour de 2 millions 300.000 habitants, se limite-t-il de plus en plus à des catégories précises : riches étrangers, souvent investisseurs non résidents permanents, retraités autochtones aisés ou héritiers de patrimoine immobilier, élites politiques, administratives, intellectuelles et artistiques. C' est le "Paris-musée" qu' auréole une agglomération banlieusarde de 10 millions d' âmes, au service, peu ou prou, d' oisifs privilégiés : travailleurs pauvres et intérimaires, dont un contingent non négligeable d' immigrés sans formation, clandestins ou pas, salariés moyens tenus à distance par la crise du logement et guidés vers des "villages-dortoirs" périphériques dépendant de moyens de transport incertains.

De ce tableau peut ressortir que dorénavant novation et création penchent vers l' exode régional ( sinon carrément vers l' exil), dans une relation où le "provincial" cesse d' être " décalé" et le jacobin censé tout déterminer. La décentralisation psychologique aussi est en marche. C' est pourquoi la nécessité de revoir le fameux "mille-feuilles" ruineux et superflu devient impérieuse. Quitte à bousculer quelques situations acquises. Les Régions ont à assumer leur espace légitime en fonction d' un ajustement concerté. C est important pour le bon équilibre de l' ensemble national et la résurrection d' un "désert français" qui a engendré, dans des zones autrefois laborieuses, des cités sans entreprise, des campagnes sans agriculteur et des bourgs sans gare ni école.

L' intercommunalité couvre une ou deux stations de RER. Le département, calculait-on, équivaut à une journée de cheval. Mais on ne circule plus à cheval depuis bien longtemps...

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Ruptures

Publié le par memoire-et-societe

La rupture peut, dans les sociétés, revêtir divers aspects : soit une forme insurrectionnelle, explosion sanglante d' une accumulation de griefs, soit une forme de processus évolutif peu spectaculaire mais irréversible. L' une demeure liée à un évènement précis (révolution d' octobre pour le communisme, guerre civile pour le franquisme) , l' autre à une volonté collective tenace (l' unité allemande).

Les ruptures historiques significatives sont toutefois rares. Dans la période 1789-94 en France, l' aristocratie a dû céder le pas à la grande bourgeoisie républicaine. Aucune restauration monarchique n' a pu ensuite lui rendre la totalité du pouvoir. En effet, l' essor du capitalisme , absorbant et débordant au début du XIXème siècle une économie à dominante rurale et artisanale, avait transféré à l' entrepreneur l' influence et la fortune réservées préalablement au propriétaire foncier.

Le lent glissement du capitalisme industriel et national, concentré sur l' invention et la production, vers un capitalisme bancaire et multinational plus attiré par la spéculation, a composé, décennie après décennie, parfois en parallèle avec ou malgré les soubresauts sociaux, une rupture inédite intégrant à la fois un chômage endémique, un secteur tertiaire hypertrophié, un consumérisme fondé sur le crédit, une mondialisation boostée (terme en vogue) par l' informatique et les progrès de la productivité.

Les " trente glorieuses" ( de la Libération au premier choc pétrolier ) ont rythmé l' émergence d' une classe moyenne majoritaire, instruite et dotée d' un niveau de vie qui lui était jusqu'alors inconnu. Le Français s' est mis à consommer, voyager, s' équiper, rompant, c' est bien le mot, avec le mode de vie antérieur.

Néanmoins, après une phase intermédiaire inflationniste, le ressac s' est annoncé. Réponse au mensonger discours mitterrandiste sur la "rupture" (avec le capitalisme) chargé d' entretenir dans le monde du travail l' illusion du "toujours plus". La messe était dite : le Capital, n' ayant plus grand chose à espérer d' une économie bureaucratisée et d' un salariat protégé, changeait résolument de stratégie. Il s' orientait vers le dumping social par le recours à la main d' oeuvre à bas coût qu' offrent sans risque les attentes du tiers-monde et la disparition du système socialiste.

Le passage du capitalisme financier à l' économie sociale de marché proposée par la social-démocratie via l' action parlementaire était neutralisé. La piste ouverte par la Résistance a été coupée quand, en 1988, Mitterrand, inversant le cours des choses, a rallié le fameux " ni...ni ". La désindustrialisation et l' évasion fiscale avaient déjà discrètement débuté , les technologies nouvelles se développaient ailleurs, les cerveaux songeaient à l'exil, l' inquiétude identitaire croissait devant une menace d' acculturation exploitée par l' extrème droite. Une autre rupture s' esquissait, qui pousse la France d' aujourd'hui vers une désespérance que n' avaient pu lui inspirer les spasmes sociaux du XIXème siècle et les drames nationaux du XXème.

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L'altermondialisme est-il une réponse?

Publié le par memoire-et-societe

L' altermondialisme peut être défini comme mouvement sans frontières de lutte contre l' économie néo-libérale dominante. Pour l' essentiel, il constitue un front d' opposition à la mondialisation du marché, source d' inégalités et de différends entre les nations, entre les classes, entre les personnes.

Ses sévères critiques du Système, qui servent de dénominateur commun à ses multiples composantes, visent en priorité les Etats du G8 et les grands Organismes internationaux (OMC,OCDE, FMI, Banque Mondiale, BCE ), tous accusés d' envisager l' activité humaine sous le seul angle de la marchandisation, " D' autres mondes sont possibles ", affirme-t-il.

L' OMC est dénoncée comme assujettie aux industries du Nord, défavorable à l' agriculture du Sud, et finalement indifférente au fossé social et environnemental que creusent ses décisions. Quant au FMI, sont mis en cause ses choix guidés par un prélable idéologique social-libéral plus que par le souci d' un Développement concerté. Ils témoignent, selon les altermondialistes, d' une soumission aux milieux financiers qu' accentue le fonctionnement interne du Fonds où l' influence de chacun est proportionnelle à ses capacités de contribution. Les Multinationales,elles, en majorité américaines et militantes du libre-échange, sont ciblées en raison de leur stratégie de délocalisations et de manipulations fiscales, et de leurs responsabilités en matière de pollution.

L' altermondialisme en réalité ne représente pas un parti mais une mouvance qui rapproche, sans relation hiérarchique, des opinions et des sensibilités diverses, structurées ou non, s' efforçant de dégager des synergies dans ses "Forums sociaux" ( Seattle, Gènes, Porto Alegre, Bombay, Copenhague, Atlanta ). N' y prévaut aucune Doctrine, même si l' on y trouve des groupes identifiés : marxistes, tiers-mondistes, ex situationnistes, écologistes, souverainistes, libertaires, à l' image des innombrables adversaires du libéralisme économique.

En dépit de cette diversité, l' accord sur des points cruciaux esquisse une alternative envisageable à l' actuelle gestion du monde. Ainsi, le concept de développement durable permet-il de poser la question de l' exploitation incontrôlée des ressources qui s' épuisent, d' où l' idée de " décroissance soutenable ". La notion de souveraineté entraine, de son côté, celle de "sécurité alimentaire " que les projets de commerce équitable et d' allègement de la dette contribuent à conforter. Enfin, les Droits humains, bafoués sous toutes les formes et tous les horizons, réclament un Parlement mondial élu, pouvant légiférer entre autres sur la prévention et le règlement des conflits, la suppression des paradis fiscaux, la neutralisation des lobbies, la taxation des transferts de capitaux, l' interdiction de privatiser certains besoins vitaux, comme l' eau, ou d' imposer au genre humain le fichage informatique.

C' est là sans doute la base d' une résistance organisée aux maux causés par la dérégulation marchande. Les altermondialistes se considèrent déjà à l' origine d' avancées telles que la réduction de la dette des PMA, l' abandon de certains plans drastiques du FMI, et l' accès des pays pauvres aux médicaments.

Une réponse immédiate et absolue à "toute la misère du monde" produite par les déséquilibres économiques n' existe pas. L' altermondialisme, qui a su s' épargner l' avènement d' un Chef providentiel, semble offrir une chance de progrès. Derrière son cosmopolitisme, au-delà de ses discours parfois, ou encore, utopiques, il campe dans le paysage, un contre-pouvoir prenant en compte la souffrance de la partie la plus déshéritée de l' humanité.

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Tout dépend malgré tout sur quoi on fonde un bilan

Publié le par memoire-et-societe

Certes, la société française rencontre des difficultés qu' on ne peut toutes attribuer à la mondialisation.On connait cependant pire sans chercher loin ni avoir besoin, pour se consoler, de se rabattre sur les domaines qu' on nous concède encore,les châteaux et la cuisine, sélection déjà retenue sous l' occupation quand le pays était voué à devenir le grenier à mil et le club Med' du Reich.

Je veux cependant évoquer un bilan d' un tout autre ordre : celui de la littérature moderne française et francophone, qui m' éblouit. Non forcément par la personnalité de ses auteurs, mais par les oeuvres que la période en question a engendrées.

Il n' y a pas d' écrivain(e) dont je puisse dire que tout ce qu' il ou elle a créé m' a subjugué. Quel dommage que Céline ait pondu deux brûlots antisémites inacceptables, autrement je lui aurais tout acheté! "L' Etranger" est un chef d' oeuvre (pas "L' Homme révolté"). Mais aussi "Un amour de Swann", "La Nausée" et "Les Conquérants" ou, avant eux,"Le Neveu de Rameau", "Adolphe", et, bien sûr, "Les liaisons dangereuses", "Le Rouge et le Noir", "Germinal", "Le Feu", "Les Déracinés".

Des textes donc, avant les noms.D' auteurs peu connus ou passés de mode : Reverzy, Margerit, Mac Orlan, Genevoix, Guéhenno, Duhamel, Guilloux, voire Giono,que le cinéma tire régulièrement de l' oubli. Des titres incontestables: "Les lettres persanes" et "Les Grands cimetières sous la lune", "Les Confessions" et "Cahier d' un retour au pays natal", " Le Grand Maulnes" et "Madame Bovary", "La ronde de nuit" et "Au bonheur des Dames", "Mémoires d' outre-tombe" et "Lettres d' hivernage", "Les Caractères" et "Monsieur Plume", "La Princesse de Clèves" et "Traité du style". Ces défilés, qui ignorent les poètes et les essayistes, m' étourdissent. Tous ces univers accumulés désarment. On en omet toujours, dont quelque chose a pourtant marqué: Vigny, Maupassant,Bloy, Gide, Mauriac, Simenon, plus humblement Bourgeade,etc. Constellations...

Il n' est de jour qu' on n' entende parler d' effacement et de déclin de la France. Ringarde, sclérosée, c' est le refrain. Perte de compétitivité (donc chômage), manque de clairvoyance (d' où surcharge fiscale), dégradation du lien social (boostant la délinquance), c' est le diagnostic récurrent. Les jeunes, quand ils ne se suicident pas comme de simples paysans, s' expatrient. Les entrepreneurs prennent le large, la dette de l' Etat est abyssale, le rang du pays des Droits de l' Homme ne cesse de reculer, c' est le lamento de l' Hexagone.

Tout dépend aussi sur quoi on fonde un bilan.

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L' offensive évangéliste

Publié le par memoire-et-societe

Longtemps cantonné dans les terres luthériennes et calvinistes, l' évangélisme connait un développement planétaire. Ses fidèles, groupés sous diverses dénominations ( baptistes, méthodistes, adventistes, etc.), participent de congrégations plus piétistes et surtout plus conservatrices que les églises réformées traditionnelles.

Aux Etats-Unis, foyer du renouveau, c' est d' Allemagne que sont arrivés les anabaptistes et d' Angleterre les méthodistes, ce qui explique les affinités, quoiqu' il en soit profondes, de la communauté blanche avec ces deux pays européens. Quant au pentecôtisme, aujourd'hui le plus actif des mouvements évangéliques, ses premières manifestations, du côté de Los Angelès, datent du début du XXème siècle.

On compte de nos jours 420 millions d' évangélistes, dont une moitié de pentecôtistes, sur un total d' un milliard 900 millions de chrétiens. Ils sont 90 millions en Chine, où l'on dénombre plusieurs milliers de conversions quotidiennes, 116 millions en Afrique, 55 millions en Amérique latine ( dont 40 au seul Brésil ), 17 en Europe. En Amérique du nord, rampe de lancement favorite des " églises " et de leurs prêcheurs, 94 millions d' habitants, plus du quart de la population des U.S.A et du Canada, sont rattachés à un mouvement évangélique.

En France, où l' on recense environ un demi million de protestants toutes tendances confondues, le pentecôtisme bénéficie d' une croissance sensible dans les milieux immigrés noirs, posant de nouveaux problèmes inter-culturels (par exemple l' adaptation chantée et dansée du rituel, qui a créé outre atlantique les " negro spirituals " ) aux dépens non seulement des autres courants du protestantisme mais aussi des catholicismes romain et orthodoxe. Le pentecôtisme est porteur à la fois de tonalité antiraciste et de rigorisme dogmatique qui répondent à l' attente de fidèles expatriés comme au respect de l' Ecriture.

D' où un prosélytisme basé sur le témoignage plus que sur l' exégèse, et la multiplication de "missionnaires",souvent américains, éparpillés aux quatre coins du monde.C' est ici que la politique se confond avec la religion. On porte la bonne parole, vivant au sein des populations, acquérant leurs langues, et on profite de l' occasion pour tisser de précieux réseaux de renseignements dont se délecte la C.I.A. La proximité des néo-fondamentalistes avec les ultras du Parti Républicain (Tea party) aux Etats-Unis n' est plus à démontrer. Leur infiltration dans les rouages de la société ( écoles,universités, associations culturelles, organisations professionnelles ) systématique, leur coopération avec leurs homologues israëliens de notoriété publique.

Sur le terrain, les évangélistes affrontent directement les éléments islamiques radicaux contre lesquels ils mènent une guerre d' "impérialistes mécréants " ou de "démocrates humanitaires", selon l' interlocuteur. Leur montée en puissance puissance les rend en tout cas plus " offensifs" face aux menées salafistes.

Mais ce combat, mondialisé, truffé d' ambiguïtés et de contradictions, est perçu dans le tiers-monde comme une hypocrite récurrence des croisades et des colonisations.Quand j' étais encore étudiant, des mouvements tels qu' "Occident" et "Ordre Nouveau",auxquels appartenaient alors des politiques aujourd'hui solidement installés dans le confort parlementaire ou ministériel, badigeonnaient les murs de la Sorbonne de slogans appelant à la défense d' une chrétienté au demeurant bien portante. Les évangélistes n' ont rien inventé.

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A propos de Jasmine

Publié le par memoire-et-societe

Le récent film de Woody Allen, "Blue Jasmine", raconte l' histoire de deux soeurs, l' une, cervelle d' oiseau ancrée dans un milieu de "manuels" bruts de décoffrage, l' autre, Jasmine alias Jeannette,belle femme aspirée par le monde trouble et cynique du fric, ses fastes, son hypocrisie, sa corruption ( le mari est un escroc du type Madoff ), Cendrillon qui finit dans une demi démence.

Au delà de sa dimension morale ( " l' argent ne fait pas le bonheur " ), le film dépeint l' angoisse de la régression sociale: Jasmine, qui a dénoncé à la police l' escroc sur le point de la plaquer, bourrée d' anti-dépresseurs , est effrayée par la perspective d' un retour à la réalité de ses origines. La perte de son "standing", aussi douteux soit-il, lui est totalement insupportable.

Analysant la société capitaliste, Marx s' en était tenu à l' examen des facteurs économiques, laissant à d' autres le soin d' évaluer les effets psychologiques du système de l' argent-roi. Avec l' élévation progressive du niveau de vie et d'éducation, et l'émergence d'une classe moyenne importante, l' évidence des déséquilibres sociaux a envahi le terrain culturel. La fluidité s' est . accrue dans les deux sens, promotion et déclassement ( le fils de Jasmine devenu un "manuel" incarne l' échec de la mère). La culture marque désormais une frontière impitoyable, dessinant une nouvelle Bastille à conquérir. Un "primaire" enrichi ne trompe personne. Quoiqu' il fasse, tout le trahit : son "look", son ignorance des codes, son langage, ses goûts. Il est, sauf exception, condamné à l' enfermement de classe contre lequel se débat Jasmine. L' exclusion culturelle submerge l' ascension matérielle et pérènnise une société du mépris.

Le thème n' est pas vraiment neuf, il est là efficacement actualisé. Cate Blanchett est une remarquable Jasmine. Chacun est sûr de l' avoir déjà rencontrée.

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Petit glossaire du bidonnage

Publié le par memoire-et-societe

"Bidon" : peu fiable. "Bidonner" : truquer, tricher, bluffer.

J.ATTALI : Qu' est-ce qui pousse cet esprit pourtant imaginatif à bidonner? L' ancien conseiller spécial de Mitterrand est un graphomane, mais aussi un plagiaire. Son livre "Histoires du Temps" est truffé de paragraphes recopiés d' Ernst Jûnger et de Jacques Le Goff.En 1993, il a remis le couvert en insérant dans ses mémoires (" Verbatim") quarante trois passages d' un texte d' Elie Wiesel. Par ailleurs, sa gestion pour le moins contestée de la Banque Européenne de Reconstruction et de Développement, qu' il a dirigée de 1990 à 1993, l' a amené à en quitter la présidence.

J.CAHUZAC : Ses exploits font encore l' actualité. Ministre du Budget chargé de traquer la fraude, il a nié devant l' Assemblée nationale avoir lui-même un compte dans un paradis fiscal. Confondu, il est poursuivi par la justice pour une double infraction : " blanchiment de fraude fiscale" et "déclaration mensongère de patrimoine".

J-C. CAMBADELIS : Quand on épluche la bio de cet ancien trotskiste, membre avec Le Guen et Moscovici de la "bande des p'tits loups" de Strauss-Kahn, on s' aperçoit que ce porte-parole du monde du travail n' a jamais travaillé. Apparatchik à l' UNEF, il est devenu apparatchik au P.S sous le couvert d' emplois fictifs et autres qui lui ont valu 5 mois de prison avec sursis en 2000 pour recel d' abus de biens sociaux, puis 6 mois, toujours avec sursis, en 2006 pour recel d' abus de confiance.

G.DURAND : Ce journaliste-animateur péremptoire n' hésite guère à "cravater", ce qui peut provoquer des faux-pas. Ainsi en 1986 quand il a annoncé en exclusivité la survie de la fille de l' actrice Bernadette Lafont, ajoutant qu' elle "sortirait de sa cachette dans quelques semaines". Durand s' est également illustré dans une émission hagiographique sur Bernard Arnault, son patron à Radio Classique, qui a battu tous les records connus de flagornerie et de cirage de pompes, Léon Zitrone compris.

J-P. EL KABBACH : Molière, dit-on, est mort en scène. El Kabbach mourra au micro. A 76 ans, il se cramponne à son interview quotidienne sur Europe n°1 et à son émission télévisée "Bibliothèque Médicis" sur Public Sénat. El Kabbach est- il de droite? il est du côté du manche. Viré en 81 au terme d' un soutien appuyé à Giscard, il est sorti de l'eau par Attali et entame une saga flatteuse de cinq épisodes intitulée "François Mitterrand : conversations avec un président". Une histoire peu claire de contrats accordés à certains producteurs lui a coûté sa place à la tête de France-Télévisions en 1996.

C.FOUREST : Dans "Les intellectuels faussaires", Pascal Boniface la qualifie de "serial menteuse". De fait, cette pisseuse de copie aux lèvres étroites et au regard haineux ment comme elle respire. Aussi perd-elle ses procès : condamnée en 2012 pour diffamation envers Marine Le Pen, en 2013 envers Frédéric Chatillon pour atteinte à la vie privée. D' elle, la sénatrice écolo Esther Benbassa a dit : "Pour Fourest, les causes, c' est du business".

H.GAINO : Celui -là, ce blog l' a déjà rencontré. Content de lui, c' est sûr. Volontiers démago et récupérateur, mais de grosses lacunes. Tout sert dans son job de fabricant de laïus : Hugo, Gambetta, Jaurès, Blum, Guy Môquet, Césaire, un Noir enfin "entré dans l' Histoire". L' inquiétant est qu' il se prend pour un penseur et un écrivain, et qu' imposé au forceps comme député des Yvelines, il se sent pousser des ailes.

G-W.GOLDNADEL : Il est peu connu du public, mais un islamophobe plus fascisant, on a du mal à le trouver. Ouvertement au service du Likoud, cet hypersioniste zozotant anime le courant néo-conservateur qui se développe depuis quelques années chez les jeunes juifs en France. Comme Fourest, et bien qu' avocat, il perd généralement ses multiples procès : contre le journal "Libération", l' éditeur Eric Hazan, Edgar Morin, la Ligue des Droits de l' Homme ou le MRAP. Ses ennemis, précise-t-il, sont "les altermondialistes en keffieh". En 2007, Sarkozy l' a fait chevalier de l'Ordre du Mérite.Il a été cette année nommé par Copé "Secrétaire National (de l' UMP), chargé des médias et à la désinformation".

J.LANG : Le bidonnage a toujours été la terre d' élection, c' est le cas de le dire, de ce sautillant personnage de 74 printemps qui, parait-il, distrayait Mitterrand. De Paris à Blois, Boulogne sur mer, Saint-Dié et l' Institut du Monde Arabe comme lot de consolation, il a beaucoup exaspéré, y compris au P.S, par son nomadisme électoral, son goût des love parades et des paillettes, son appétit d' honneurs et d' argent. Lang aura été un bidon coûteux pour le contribuable.

B-H.LEVY : voir "Imbu roi", article du 5 juin 2012.

J-L. MELANCHON : voir articles "Insurrection dans l' urne" du 21 mars 2012, et "Pitié! pas ceux-la!" du 15 avril 2013.

R.MENARD : voir article "Ménard sans interdit" du 1er juin 2013.

P.POIVRE D' ARVOR : Desgraupes, alors patron d' Antenne 2, l' appelait M.Poivre, pour rappeler sa roture. Mais s' il existait un prince des bidonneurs, c' est sûrement à "PPDA" que reviendrait le titre. On ne compte plus ses facéties : pseudo interview de Fidel Castro, "emprunt" de 100 pages de l' ouvrage de Peter Griffin pour rédiger son propre livre sur Hemingway, condamnation à 15 mois avec sursis dans l' affaire Michel Noir-Bitton pour abus de biens sociaux (curieusement effacée de son casier judiciaire un an plus tard), condamnation en 2011 à 400.000 euros d' amende pour non respect de la clause de confidentialité envers TF1 (appel actuellement en cassation) et à 33.000 pour violation de la vie privée de son ancienne compagne Agathe Borne, candidature en 2012 à l' Académie française (il a recueilli 3 voix). A suivre...

B.TAPIE : Ici le terme "bidon" parait faible. Cette figure des tribunaux, parlements, studios, scènes de théâtre, et parti radical de gauche et de droite, réunit les traits de l' aventurier. Tantôt flamboyant ministre mitterrandiste, tantôt ruiné et réfugié sur son yacht ou dans son hôtel particulier, tantôt larmoyant en évoquant son enfance banlieusarde, tantôt arrogant debater sarkozyste ou prisonnier dépressif au fond d' une cellule de la Santé , il élargit les dimensions.Remboursera-t-il un jour les 403 millions résultant de la généreuse justice de Pierre Estoup, mis aujourd'hui en examen? N' y comptez pas trop.

Cette rapide revue du microcosme est, bien sûr, loin d' être exhaustive. Elle comporte toutefois une morale : c' est que le bidonnage, contrairement à ce qu' on dit du crime, peut payer.

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Etat et Patrie

Publié le par memoire-et-societe

Changer la conception de l' Etat pour le rapprocher d' une Patrie citoyenne, l' idée qui court depuis la Révolution française connait un regain d' actualité. Elle réclame une audace politique qu' on ne distingue guère chez les maîtres de l' heure, flottant entre deux modèles inadaptés:

-le modèle présent qu' aucune République n' a débarrassé d' une vision quasi monarchiste ne répondant plus aux réalités de la mondialisation et des technologies nouvelles. Cependant émergent des "élites" (castes administratives, oligarchies financières) qui renouent sans complexe avec la morgue des anciens " états" (aristocratie, haut clergé). Derrière les discours électoraux quinquennaux, la France demeure donc fort hiérarchisée. Les milieux dirigeants refusent de voir les oppositions qu' ils alimentent par la persistance des discriminations. En prétendant représenter la Patrie, ils l' éloignent des couches populaires : les manifestations dites patriotiques se déroulent sans elles, et, faute d' occasions héroïques, ne sont célébrées que par de maigres phalanges d' officiels requis et de vieillards décorés sublimant le "devoir" d' une mémoire saturée.

Cette dérive d' un patriotisme déclinant et purement commémoratif pose une question : qu' est-ce qu' être patriote aujourd'hui? obéir aveuglément à un Etat, lui-même polymorphe, ou reconnaitre et défendre les liens avec un patrimoine et des valeurs partagés : une histoire tourmentée, une langue métissée, certains choix de vie, bref tout ce qui finit par constituer un mode de civilisation? Que des descendants d' immigrés sifflent " La Marseillaise" les isole . Leurs pays d' origine les ignore. Il vaudrait mieux pour eux cesser de ne voir dans le lieu où ils vivent que le moyen d' obtenir un passeport ou de se faire soigner gratuitement, et, malgré dépit ou rancune, réfléchir au meilleur moyen de définir et d' asseoir de vrais motifs d'intégration.. Se vouloir apatride est inconfortable à l' heure où s' affirment tant d' appartenances nationales.

-l' autre alternative, l' alignement sur un modèle de type anglo-saxon, ne correspond pas à la mentalité française pour laquelle l' argent ne relève pas de l' éthique, et la ploutocratie ne se confond pas avec la patrie. En découle par exemple l' approche qui a légitimement conduit à la revendication de " l' exception culturelle française" face au rouleau compresseur des industries et lobbies culturels américains.

Combat inégal à première vue, mais sursaut d' une identité néo-patriote où finalement la " Patrie" n' est plus seulement une question de souveraineté territoriale et étatique, mais aussi un réflexe collectif de protection et de création. En ce sens, celle-ci se révèle comme une notion affective, poétique, avant d' être le marqueur politique des démagogues professionnels.

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Exactement, la décroissance,ça existe, vous croyez?

Publié le par memoire-et-societe

J' ai vécu 15 ans à Nîmes, 20ème ville de France, 145.000 habitants ( en baisse depuis 2006). Je viens d' y passer une semaine.

Nîmes est en train d' agoniser : beaucoup de " fêtes", et plus de boulot, comme dans pas mal de coins. Des cars de touristes stationnent deux heures devant les Arènes et la Maison Carrée, puis repartent, impitoyables. La longue avenue Jean Jaurès est vide, le boulevard Gambetta et l' avenue de l' amiral Courbet également. Il ne se passe rien à Nîmes, que des faits - divers meublant la chronique de " Midi libre ", et une sorte d' attente torride qui saisit dès la descente du TGV. Ici, on vit sur des vestiges.

Nîmes est la troisième ville la plus imposée et la plus dangereuse de France. La rumeur soutient qu' elle servirait de "plaque tournante " à la prostitution et au trafic de drogue. Comme les Légions romaines, les truands s' y sentent sans doute au repos. Après vingt heures, l' avenue Victor Hugo, l' artère chic,baisse le rideau. Quelques P.D-G de passage s' attardent au bar de l' Imperator, le palace local, voisin des Jardins de la Fontaine, de leur inévitable "Féerie des Eaux" et des hôtels particuliers des vieilles familles protestantes qui ont abandonné l' industrie de la soie pour la grande distribution.

Nîmes a été, ou est, un peu tout : romaine, naturellement (pour qui l' aurait oublié, l' empereur Antonin y est né et son collègue Hadrien y a bâti un temple), puis résolument huguenote et camisarde, cheminote, cégétiste, hispanique, taurine, enfin à moitié maghrébine par les tours de la ZUP nord. Ville cloisonnée, sourde, introvertie. Les maires y sont la plupart du temps de droite : Jean Bousquet, patron de feu Cacharel, qui a endetté la cité pour des décennies et ramassé in fine un an ferme ( transformé en deux ans avec sursis grâce à ses avocats parisiens ) pour ingérence et abus de biens sociaux, aujourd' hui Jean-Paul Fournier qui ne demande qu' à continuer de gérer le quotidien avec un entourage accusé par la vox populi de copinage et de népotisme. Il se murmure toutefois que le prochain maire sera inéluctablement Front National.

On n' ose imaginer la France profonde plongée dans ce type de sieste persistante. Intellectuellement, la ville natale de Rivarol, Daudet, Chamson et Jean Paulhan est au point mort. On est loin de l' animation qu' y ont fait régner avant la première guerre mondiale les jeunes juristes de l' Ecole coopératiste et de "La Paix par le Droit", Charles Gide ( oui, oncle d' André), Théodore Ruyssen, Jules Prudhommeaux, figures de proue du pacifisme.

Cette atonie, accentuée par le dynamisme culturel des villes proches, Montpellier, Arles, Aix et Avignon, s' est vu cependant interrompue à deux reprises : en 1993 avec la construction du "Carré d' Art" par Norman Foster et,quelques années auparavant, par l' édification de " Nemausus ", bâtiment double de Jean Nouvel. " Nemausus " proposait en effet un nouveau type d' habitat social, contrastant avec les empilements d' HLM- casernes de la ZUP. Mais l' élégant paquebot d' aluminium part lui aussi en brioche. Déficitaire, mal entretenu, pratiquant des loyers 30% plus élevés que ceux des locations de ce secteur du logement, affecté par des agressions et des cambriolages continuels, " Nemausus", habité à 60%, est à l' image du reste : en route vers la faillite.

N' évoquons pas la production locale : il n' y en a pas L' économie nîmoise est une économie de service soutenue par la présence d' étudiants et de légionnaires " Perrier ", désormais propriété du suisse Nestlé, qui fait peser sur le site une régulière menace de fermeture muselant les syndicats, siège à Vergèze. L' usine des confitures Saint-Mamet a déguerpi, et les effectifs du dépôt ferroviaire de Courbessac ont fondu. Impavide, un groupe de médecins-chirurgiens prospères swinguent toujours sur le "dix-huit trous " de Vacquerolles.

Vous avez dit décroissance ?

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Le Français et ses manières

Publié le par memoire-et-societe

Il existe deux catégories de personnages qui parlent en mon nom : les politiciens et les statisticiens.

Pas de jour sans que j' en apprenne sur moi-même, mes aspirations insoupçonnées, mes désirs contrariés et mes manières de vivre. Je jouis quand les leaders de Parti disent : " Les Français (dont je suis partie intégrante) n' accepteront pas que...ou : exigent que...ou encore : n' oublieront pas de...,alors que je n' ai eu aucune occasion de leur faire personnellement des confidences qu' ils n' ont d' ailleurs jamais sollicitées.
- Vous avez voté, me rappelle-t-on.

-Oui, blanc, parce que je les trouve si convaincants que, vraiment, je ne sais lequel choisir.

L' autre jour, j'ai lu que " le Français", toujours lui, faisait moins l' amour, malgré l' exonération des tabous sexuels. Pour être précis, 2,4 fois par semaine contre 2,7 il y a dix ans. D' accord, la population vieillit, le stress se démocratise et il s' agit de statistique, mais quand même...comment les gens arrivent-ils à faire 0,4 fois l' amour? quand j' étais plus jeune, cela aurait été impensable car j' avais à coeur d' achever ce que j' avais commencé.
Voyant les masses infantiles qui emplissent le jardin public d' à côté et le nombre des poussettes qu' il me faut désormais enjamber pour m' extraire d' un autobus, je songe que si elles sont moins fréquentes, les étreintes en tout cas se révèlent plus fécondes (la Française a 1,9 enfant ce qui, pris au pied de la lettre, impliquerait qu' elle ne termine pas le second) et qu' au train où vont les choses la France accumule un sacré lot de futurs émigrants.

En tout cas, si ledit Français ne fornique plus que le mercredi soir, le dimanche matin et 0,4 fois un autre jour, puis, c' est du même ordre, que les vins étrangers ( chiliens, australiens, sud-africains et demain chinois ) viennent envahir les rayons des magasins Nicolas, c' en est fait de notre reste de prestige auprès de nos voisins et néanmoins amis allemands. Nos femmes devront se rabattre sur les touristes et nous autres avaler du blanc chaptalisé outre-Rhin.

Je dis ça parce que je n' en pense pas un mot et ne gobe pas une seconde tous ces laïus pîqués dans les déclamations des ténors de la IIIème République, ni toutes ces statistiques assorties de chiffres burlesques et de tableaux comparatifs invérifiables avec Bélize ou le Kazakhstan.

Ce qu' on tient de source sûre, c' est que "le Français", justement, ne goûte pas qu' on le prenne pour plus mongol qu' il est , sans doute, en réalité.

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