Le roman du mécontentement français (3)

Publié le par memoire-et-societe

3. L' abstentionnisme .

Ce blog a régulièrement traité du problème : en 2011 ( 15 septembre : " Le premier parti de France " ), en 2012 ( 5 avril : " L' abstention est-elle marginale ? " ), en 2013 ( 7 avril : "Apolitisme " ), en 2014 ( 11 avril : " La nouvelle abstention ", 14 avril : " Pouvoir politique et illusion électorale " ). On ne va donc pas reprendre ici des développements déjà énoncés.

En 2011, aborder le thème faisait hausser les épaules et soupçonner d' irresponsabilité. En 2014, l' abstention, phénomène inscrit dans le paysage politique, suscite l' intérêt des historiens et des sociologues. Le réflexe consistant à ressasser que le droit de vote est l' aboutissement d' une dure conquête dont les Françaises ne bénéficient que depuis 1945, et que par conséquent le négliger est une trahison civique, cette antienne-la commence à s' émousser. Tiens, on vote moins dans les zones ouvrières et chez les Jeunes...Une guerre de retard.

Depuis 2002, la sonnette a pourtant retenti aux oreilles des politologues. Défaite de Jospin, rejet du projet de Constitution européenne, réduction régulière des suffrages des partis de gouvernement, la dérobade du citoyen grippe de plus en plus les mécanismes d' une représentation soudain mise en question, et ternit l' image d' un produit que l ' Occident s' applique à exporter tel quel, de l' Afghanistan à l' Irak et du Mali à l' Ukraine. L' embrigadement électoral est-il encore une voie vers plus de justice sociale et la fin des dominations ? semble se demander la France d' en bas.

Alors que faire ? interrogent aussitôt ceux qui au fond n' entendent rien bouger. Rendre le vote obligatoire dans un "Etat de droit" ? compter les votes blancs, sorte d' esquive sans portée ni signification lisible ? Peut-être assainir, osent suggérer certains. Désarmer les pratiques de partis déconsidérés dans l' opinion, de leurs apparatchiks, des lobbys qui circulent comme chez eux dans les couloirs du Parlement, des établissements financiers qui couvrent les opérations les plus douteuses. Ces pratiques sont directement responsables de la montée du populisme, du discrédit des élus, de la fragilité des majorités, d' un électoralisme paralysant, d' une permanente démagogie et de la corruption des esprits, sinon des comptes en banque.

Ensuite, là réside le plus difficile, élaborer une représentativité fondée sur des critères nouveaux, adaptés aux évolutions sociales (stade et perspectives de développement, données historiques, géographiques, démographiques, culturelles). Encore une fois, il ne saurait s' agir de mise en cause d'un choix citoyen dont les actuels gouvernants d' ailleurs n' hésitent pas à s' affranchir quand ça leur chante ( traité européen, dépeçage du territoire national ), mais de réajustement et de toilettage dont, depuis des décennies, nos négligents "représentants" se sont désintéressés. Car, au-dessous d' un certain étiage, l' abstention en France témoigne d' un malaise pluriel qui affecte les institutions, les responsables et le moral des troupes.

( à suivre. Prochain article : La maladie sénile du socialisme )

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