L' anticonformisme à l' estomac

Publié le par memoire-et-societe

La puissance de récupération de la société dite de consommation est illimitée. L' image que, par elle, se fait des générations précédentes la jeunesse actuelle peut donc être amplement faussée. Les personnages passés qui captent l' attention de cette dernière,peints aux couleurs d' aujourd'huj, sont, comme par hasard, ceux qu' au terme d' une étude marketing des "sensibilités" du moment, les opérateurs économiques ont scientifiquement ciblé.

Ainsi la galerie des marginaux tolérables, des asociaux digestibles, la résurrection consensuelle de maudits rendus présentables, les évocations romancées de rebelles sous contrôle, sont typiques d' une culture de masse qui vise à contenir le hors la loi dans le cercle étroit de l' anecdotique et du pittoresque. Omettant, bien sûr, le contexte historique et les réalités sociologiques qui ont déterminé l' action de l' insurgé préalablement passé au désinfectant. C' est, pour dire les choses, de l' anticonformisme à bon marché.

La vogue de Boris Vian, la popularité de Prévert ou de Brassens, la cote de Gainsbourg, par exemple, ou avant elles, la sacralisation de Rimbaud, l' unanimité dont semblent désormais jouir Radiguet et Genêt, témoignent du même esprit anarcho-bobo, de la même audace sans péril, du même choix anti-académique soigneusement déminé.

J' y songeais l' autre jour en visitant au musée d' Orsay à Paris l' exposition surpeuplée Artaud- Van Gogh. Les intéressés désavoueraient sans doute ce dédouanement a posteriori et la dénaturation à laquelle aboutissent tant de salamalecs médiatiques. On couvre dorénavant rues et collèges des noms de certains morts sulfureux. Des bandes dessinées, se vendant mieux que les oeuvres elles-mêmes, narrent le tumultueux parcours de personnages voués,de leur vivant, aux gémonies. Les publicitaires n' hésitent pas à négocier la référence à un livre ou un tableau pour la promotion d' un produit ménager, la marque de quelque chose dans les rayons des supérettes, associant ainsi scandale ancien et actualité économique.

L' image de madame Bovary ou une reproduction miniature du "Déjeuner sur l' herbe" glissées au fond d' un paquet de céréales, c' est hyper tendance. La promotion de la transgression émasculée est une composante de la société bluffante du spectacle.

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costa janine 28/05/2014 09:45

je te comprend, justement hier à la médiathéque ,j'ai les oeuvres de boris vian ,marguerite yourcenar, je penser en lisant à notre jeunesse,qui étais beaucoup plus simple sans toute cette publicité ,qui coute trés cher et qui est de la poudre aux yeux .la vie étais différente qu'elle dommage qu'on puisse pas arréter le temps à bientot sincére amitiée