Le roman du mécontentement français (1)

Publié le par memoire-et-societe

1- Egoïsme de classe.

De passage, une Américaine francophile, c' est à dire débarrassée des préjugés habituels relatifs aux "Frenchies" et libérée des clichés qui les accompagnent, me faisait récemment remarquer, avec tristesse, combien les Français avaient l' air... triste.

- Sans doute l' effet de la crise, a-t-elle ajouté.

- Sans doute, ai-je répété, quoique le mal paraisse plus profond. Une majorité d'entre eux, qui savent ne plus compter pour beaucoup, après que leur pays ait longtemps joué un rôle-clé sur les divers continents, et qui ont abordé méfiants le virage de la mondialisation, voient disparaitre peu à peu leurs repères séculaires. Ils ont l' air triste parce qu' ils ont peur.

- Peur ?

- Paradoxalement, la société de consommation a créé ici une sorte de frustration. L' abondance extrême - et le recours systématique au crédit s' y associant -, une névrose. Ils ont souvent peur, même dotés d' un emploi, de "ne pas y arriver" et "ne plus s' y retrouver."

- Pourtant le niveau de vie moyen n' est pas négligeable.

- Le niveau de vie moyen ne rend pas compte de l' indice de satisfaction et de sérénité. L' économie moderne bouscule une tradition d' épargne en favorisant de manière permanente de nouvelles demandes. Quel ado accepterait-il aujourd' hui de ne pas posséder son portable ou son baladeur? Il a ainsi, dès le départ, le pied dans l' engrenage du surendettement, ce qui est bien l' objectif des stratèges de la Finance.

- D'où aussi un fossé générationnel ?

- Exactement. Comme pour les écarts vertigineux de revenus entre le grand patron quinquagénaire et le stagiaire de vingt ans. En temps de crise, les inégalités criantes, assorties de détournements d' argent public, de faits de corruption et de passe-droits, deviennent plus insupportables encore pour l' opinion, plus insultantes pour ceux d' en bas. Les scandales, qui font les choux gras des media, débordent alors la grogne courante.

- Je devine qu' on va vite en arriver à l' incontournable procès de la " classe politique".

- A dire vrai...

- Et le Front national ? coupe cette observatrice avertie.

- Bien sûr, le Front national. Mais tout ramener à lui semble un peu rapide. J' ai envie de poser la même question que pour les communistes à l' époque où ils représentaient 28% du corps électoral : qui fabrique des communistes ? qui multiplie les partisans du Front ?

- Qui donc ?

-Je prends le risque. Je dis : l' égoïsme de classe, peut-être. Tant d' évadés fiscaux, si soucieux de la République... Les "élites" ne paraissent pas encore avoir mesuré les dégâts causés par l' affaire Cahuzac. Ni par les magouilles financières de l UMP. Tous ces gens repus et corrompus qui font la morale à l' ombre des cocotiers, les cinq mille contribuables identifiés par le ministère des Finances pour fraudes, mais dont la liste reste sous embargo.

( à suivre. Prochain article : le Front national )

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Fleuryligot 07/06/2014 22:41

Tu as raison