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82 articles avec societe

La révolution législative

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' essoufflement de la Vème République française est manifeste. La réalité politico-institutionnelle est telle qu' on ne voit pas comment une campagne présidentielle pourrait faire désormais l' économie d' un questionnement susceptible de déboucher sur l' instauration d' une VIème République.

Tout, dans la situation présente, appelle l' initiative : le fait d' une part que la Loi Suprême, créée il y a 56 ans par de Gaulle pour de Gaulle, ne correspond plus ni aux besoins d' un Etat moderne et aux aspirations nouvelles des populations, ni au contexte (la guerre d' Algérie) qui a présidé à son avènement, d' autre part que la France a été depuis profondément refaçonnée par la mondialisation, l' intégration européenne et une immigration massive.

Il ne saurait s' agir ici, ce qui serait d' une présomption ridicule, de "fabriquer" une autre Constitution. Simplement de tenter de lister un certain nombre de questions (toutes d' ailleurs ne relevant pas du strict Droit constitutionnel) sur lesquelles les Constitutionnalistes, législateurs et juristes, pourraient approfondir une réflexion stimulée par l' actualité.

Ainsi, s' agissant de l' Exécutif :

- convient-il de supprimer la fonction de Premier ministre ?

- faut-il limiter le gouvernement aux ministères dits régaliens, et en réserver la moitié à des non parlementaires reconnus dans un domaine particulier de compétence?

S' agissant du Pouvoir législatif :

- faut-il revenir sur le bi-camérisme ?

- réduire sensiblement le nombre de députés, rééligibles une fois?

- regrouper l' ensemble des consultations électorales sur une seule journée, prise en semaine et décrétée fériée?

- harmoniser la durée des mandats électoraux en les fixant tous à cinq ans?

- créer une Chambre des Territoires d' une centaine de membres élus par les Assemblées Régionales, destinée à conseiller les pouvoirs exécutif et législatif en matière de décentralisation?

S' agissant de l' Organisation judiciaire :

- faut-il envisager l' instauration d' une Cour Suprême regroupant Conseil d' Etat, Cour des Comptes et Conseil Supérieur de la Magistrature?

- confier au président de cette Cour l' expédition des affaires courantes en cas de vacance de la Présidence de la République?

- supprimer le Conseil Constitutionnel, datant de 1958?

S' agissant de Législation sociale :

- devrait-on substituer au Conseil Economique, Social et Environnemental, un Comité permanent du Dialogue où débattraient syndicats et organisations professionnelles en vue de la prévention et de la résolution des conflits sociaux?

- constitutionnaliser l' obligation d' adhésion syndicale, articulée avec le respect des droits et libertés individuels?

- supprimer les Ordres corporatifs institués sous le gouvernement de Vichy?

S' agissant de la détention de la Nationalité :

- devrait-on édicter l' impossibilité d' accéder à la nationalité et a fortiori à la bi-nationalité

pour toute personne ignorant la langue française?

- refuser la seconde dans le cas de non réciprocité?

S' agissant de l' Impôt :

- conviendrait-il , dans une refonte de l' ensemble de la fiscalité, d' intégrer les différents impôts en un prélèvement unique ?

Je sais qu' il y a là amplement matière à insurrections, et qu' aucun parti actuel n' aurait " l' innocence" d' ouvrir de telles pistes. Le citoyen a cet avantage sur le politique : il lui est après tout loisible de privilégier l' intérêt général, de rêver d' une révolution législative, et de s' offrir, de temps en temps, un petit plaisir en donnant un coup de pied fictif dans la fourmilière.

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La soixante huitarde amortie et le retraité trotskiste

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Elle - Cinquante ans de militantisme, depuis l' UNEF et Nanterre, et voir où on en est, c' est pas un échec, ça ?

Lui - L' important, c' est l' analyse que tu en fais. Le monôme bobo de 68 a cassé le processus historique. Les fils à papa maoïdes qui lisaient Marcuse en mars et dépavaient le Quartier latin en mai, ont filé faire de la planche à voile sur de vraies plages en juillet. Ils ont planté le mouvement de masse.

Elle - Tu ne veux vraiment pas considérer que 68 a d' abord été une mutation sociétale et culturelle? Prends le problème des femmes que les machos soi-disant révolutionnaires entendaient cantonner au délassement du guerrier : 68 a été un élan donné à leur émancipation, non ?

Lui - J' ai vu aussi que bien des idéologues de cette jacquerie petite bourgeoise sont devenus à leur tour de parfaits patrons de combat ou des mandarins pires que ceux qu' ils dénonçaient.

Elle - C' est un peu comme tous ces vaillants trotskistes transformés en politiciens sociaux-démocrates estampillés "mitterrand" : Mélanchon, quoi qu' il raconte, Jospin, Drai, Weber, Assouline et compagnie...

Lui - Tu mélanges tout : lambertistes, pablistes...

Elle - Qui s' y reconnaitrait dans ces sectes-la ? 68 au moins a su faire l' unité pour promouvoir l' écologie politique.

Lui - Parlons-en ! La désindustrialisation, que vous prônez toujours, ne touche comme par hasard que les ouvriers, que vous ignorez avec continuité. Emploi, chômage semblent, à vous entendre, des notions abstraites de technocrates, des graphiques pour statisticiens.

Elle - Ton ouvriérisme compassionnel ne répond pourtant pas aux priorités d' aujourd'hui : le réchauffement climatique qui met en jeu la sauvegarde de la planète, le démantèlement de centrales nucléaires qui menacent de nous anéantir, le recours aux énergies renouvelables, regarde les Allemands...

Lui - Car pour toi le phénomène de classe a miraculeusement disparu ! Va un peu te ressourcer en Seine Saint-Denis, quelquefois ! voir des pauvres dans leurs cités pourries ! l' envers du Système ! et puis la barbe avec tes Allemands qu' on nous sert à toutes les sauces...

Elle - Le Système ! Abolir le Système ! Dit comme ça, le disque parait usé. Depuis le temps, ce qu' on constate, c' est la florissante santé de la Finance à qui Valls est allé lécher les bottes sans que tes copains pipent mot.

Lui - Qui? Bezancenot ?

Elle - Non, mais Cambadélis. C' est pas un ancien de chez vous ?

Lui - On nage en pleine confusion. Les Verts par ci, les Bleu Marine par là, les écolo- populistes ailleurs, on est paumé à la fin. Je peux te poser une question ?

Elle - Vas-y.

Lui - Tu préférerais quoi : un gouvernement à orientation marxiste ou le salmigondis libéralo-libertaire en vogue dans certaines fac' ?

Elle - Question surréaliste : quel salmigondis? tu penses à qui ? Hulot? ou Onfray, par exemple ? ce sont juste des médiatiques perso dont le poids s' arrête à l' audimat. Des gens comme ça n' auraient aucune chance, seraient-ils candidats, d' arriver au pouvoir, tu le sais bien.

Lui - Alors, zen... Mais je te quitte, faut que je passe à la pharmacie avant la fermeture prendre mes médocs contre l' hypertension.

Elle - Je t' accompagne, je dois justement aller chercher un tranquillisant. Pas méchant : un milligramme avant de dormir, c' est pas ça qui va creuser le trou de la Sécu...Tu n' avais pas aussi un problème de genoux, toi?

Lui - J' ai même envisagé l' opération, mais parait que c' est risqué. On peut rester bancal.

Elle - Attention, pas de blague ! Faut qu' on soit en état le jour où la Révolution prolétarienne va se mettre en marche !

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Egoïsmes catégoriels

Publié le par Jean-Pierre Biondi

L' égoïsme catégoriel fait partie des fléaux récurrents de la société française (voir "Le roman du mécontentement français", 2 juin 2014). Ce jugement vient d' être confirmé par 200 pilotes d' Air France. Inutile de reprendre du début (projet de création d' une annexe "low cost" pour stimuler l' activité globale), de rappeler que lesdits pilotes sont les mieux payés au monde et de s' indigner de leur morgue. Qu' ils osent, après avoir plombé les comptes de l' entreprise, dressé contre eux tout le personnel en fragilisant son sort par leur irresponsabilité, et bloqué pendant deux semaines des dizaines de milliers de voyageurs aux quatre coins de la planète, qu' ils osent donc exiger en outre le paiement de leurs jours de grève, menaçant en cas de refus d' aller en justice, dépasse l' entendement : illustration par un "syndicalisme" de nantis de son souverain mépris des usagers et de l' intérêt général.

La résistance, devant laquelle, bien sûr, Hollande va faire marche arrière, des professions libérales réglementées contre l' assouplissement de leur monopole, autrement dit contre le libéralisme lui-même, est d'autant moins convaincante que ce secteur est régulièrement au premier rang pour dénoncer le statut des fonctionnaires, "gaspilleur de l' argent public".

S' agissant des pharmaciens, on voit mal en quoi le nombre de leurs années d' études, si souvent invoqué, contredit l' emploi d' un collègue diplômé dans une grande surface au lieu d' une Officine isolée, comme c' est déjà depuis longtemps le cas dans d' autres pays d' Europe et en Amérique du nord.

S' agissant des Associés d' études notariales de centre- ville où s' affaire un bataillon de clercs plus ou moins stagiaires, on ne distingue guère le lien avec feu le notaire de famille, confident des dynasties fortunées. L' acte notarié banal, industrialisé, se contenterait aisément d' un avocat débutant ou d' un employé de l' Enregistrement.

Ces Ordres corporatistes, survivances d' Ancien Régime revigorées par Vichy ou lobbies inspirés par l' efficacité des pétroliers et des bétonneurs, méritent en effet quelque aération dont profiterait volontiers le citoyen.

Mais encore faudrait-il que l' exemple vienne d' en haut : de l' oligarchie politique. Quand on observe la levée de boucliers que provoque la moindre remarque sur l' inutilité objective du Sénat, la souhaitable réduction du mille-feuilles administratif et du nombre des parlementaires ou sur l' indécente opacité des "trésors de guerre" des Assemblées , bref sur le "coût de la Démocratie", on mesure précisément les dégâts du fameux égoïsme catégoriel.

Faites comme je dis, pas comme je fais : cette morale monarchique doit-elle indéfiniment réguler la vie de notre société, notamment en période d' économies pour tous ?

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S' agissant de la "légèreté française"

Publié le par memoire-et-societe

La France et les Français -ce qui n' est pas exactement la même chose- souffrent-ils de préjugés négatifs issus de la conjoncture? Il a de tout temps existé de multiples clichés affectant les communautés nationales. Si l' Espagnol est "fier" et l' Anglais "égoïste", l' Allemand, lui, est "travailleur" par définition et l' Italien "coureur" de naissance. Quant à l' Américain, tout le monde sait ça, c' est un "grand enfant".

Le Français, bien sûr, ne saurait échapper à ces a priori, plutôt chauvins ou xénophobes. J' ai eu maintes fois l' occasion d' entendre sur ma nationalité des opinions définitives. Il convient alors de distinguer ce qui concerne le pays, arguments à l' appui, de ce qui touche à sa population, plus anecdotique.

A New York d' honorables buveurs de vin de Bordeaux ont versé leurs bouteilles au caniveau quand Chirac a refusé de soutenir l' intervention américaine en Irak. Mais ils avaient fait du Français "ingrat" un être d' exception quand "les Bleus" avaient remporté la coupe du monde de football.

Hitler, niant la défaite allemande de 1918, décrivait la France dans "Mein Kampf", comme une nation décadente "enjuivée et négrifiée", source de l' "Art dégénéré". Nous n' en sommes plus là, mais semble encore prévaloir, dans les propos de dirigeants et journalistes anglo-saxons particulièrement, une joie maniaque à dénoncer ( "french bashing") la "légèreté française" tous azimuts.

Suis-je "léger"? Sommes-nous viscéralement "légers" ? Senghor disait cela de Giscard, ajoutant qu' il le trouvait "intelligent". Nos proches alliés allemands, qui goûtent notre culture et notre art de vivre "wie Gott in Frankreich", mais ne se paient pas de mots, ne peuvent réfréner un sourire crispé quand, en Européens conséquents, ils évoquent l' efficacité de la rigueur budgétaire hexagonale.

Les milliardaires russes adorent Chanel. La classe moyenne chinoise est folle de Vuitton. Le Qatar ... Peut-être que cela ne fait pas "sérieux". Ou bien faut-il chercher les racines d' un relatif discrédit dans l' Histoire et la Religion? La révocation de l'édit de Nantes, l' insolence du Roi Soleil, les guerres napoléoniennes, les rivalités impérialistes et les couacs de la décolonisation, continueraient ainsi à entretenir des rancunes inavouées et des haines postcoloniales proclamées.

Toutefois comment, dans nos sociétés de plus en plus métisses, concilier une "légèreté" et une "irresponsabilité" génétiques avec un jugement trop global pour être pleinement convaincant?

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L' anti-parisianisme est-il toujours justifié?

Publié le par memoire-et-societe

A l' école de ma ville natale, à quarante kilomètres de Paris, les enfants chantaient : " Parisiens têtes de chiens, Parigots têtes de veaux..." Cet anti-parisianisme, je l' ai, par la suite, souvent rencontré, plus ou moins marqué : au pays de mon père, en Corse, " victime du colonialisme de l' Etat français" ( au demeurant, un colonialisme plutôt confortable), moins excessif au pays de ma mère, la Bigorre, dont une longue pratique du radical-socialisme tempère les propos, au pays de mon épouse, l' Alsace, où l' Histoire réunit l' exaltation patriotique et une forte attirance pour la culture germanique.

L' anti-parisianisme revêt les aspects les plus anecdotiques : deux de mes petits-fils, ados nés dans les Hauts de Seine et vivant dans le Midi, supporters de l' O.M, ont basculé dans le camp des farouches adversaires du P.S.G et, par ricochet, chez les détracteurs de tout ce qui émane de Paris. Quant à moi, domicilié dans la capitale après des années de séjour à l' étranger, que suis-je, sinon un Parisien sans honte ni orgueil, comme des millions d' autres?

Ce cocktail de la tradition et de la conjoncture a créé, sans remonter à François Villon, une identité qui a communiqué au reste de la Nation un sentiment réservé, d' où il ne faut pas d' ailleurs évacuer toute jalousie. En y regardant de plus près, on relève diverses sources d' anti- parisianisme :

- l' agacement face au Parisien snob et condescendant, empruntant, au sortir de l' Ile de France, des manières d' ethnologue s' étant aventuré dans les marches du Royaume. Ethnocentrisme d' autant plus inadapté que les "Régions" sont en partie peuplées d' ex Parisiens en retraite que n' épate pas le halo de la Ville-lumière.

- L' hostilité à un élitisme jacobin qui tend à considérer la "province" comme une espèce de survivance intermédiaire entre la Capitale et l' Empire perdu, et à convaincre la jeunesse que toute réussite nécessite de "monter" à Paris, le terme "monter" n' étant pas à prendre selon le seul axe sud-nord.

Depuis le 17ème siècle, les Moralistes et Molière (" Les Précieuses ridicules"), puis Balzac, Théophile Gauthier ou Vallès ont évoqué la méfiance provinciale. Aujourd'hui pourtant, le mythe parisien a perdu quelque altitude :

- le mythe américain lui livre une féroce compétition

- le Parisien de souche est une denrée rare, submergée par le brassage ethnique

- la décentralisation, qui a beaucoup progressé, aide d' autres métropoles hexagonales à fixer plus aisément les populations environnantes

- on vit, à revenu égal, mieux en région qu' en Ile de France (qualité de vie et conditions de logement)

-fatigue et stress dus au bruit, à la difficulté de circulation, à la pollution, sont le lot quotidien de 12 millions de Franciliens anonymes que ne peuvent occulter les faits et gestes des VIP et des "people" que narrent inlassablement les média.

L' anti-parisianisme aveugle ne se justifie donc pas plus que son opposé, le parisianisme : toute exclusion est in-signifiante.

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De l' impopularité des journalistes

Publié le par memoire-et-societe

Il parait que, selon d' innombrables sondages, les journalistes représentent la corporation la plus impopulaire, après celle des politiques, chez les Français. Sans doute la sévérité du jugement, systématique voire caricatural, s' adresse-t-elle en priorité aux journalistes politiques.

Comme toute généralisation, tant d' opprobre semble injuste, quoiqu' en partie fondé. J' ai été journaliste dans une Agence de presse, des journaux écrits, à la radio, à la télévision, à Paris, en région et à l' étranger. J' ai été plusieurs fois, notamment à l' ORTF du temps du ministre Peyrefitte, victime de brimades qui ont nui à ma carrière. Je n' ai donc pas appris la servilité.

Les griefs qui reviennent dans le procès fait aux journalistes, réputés par essence menteurs et stipendés, sont toutefois de trois ordres :

- ce sont des manipulateurs à la disposition du gouvernement et de l' argent. Leur parole n' est pas fiable.

- dépourvus de scrupules, ils privilégient l' effet politico- médiatique au détriment de l' information qu' ils amplifient ou réduisent pour plaire ou obéir.

- la catégorie dite des éditocrates s' arroge une importance dont on discerne mal la justification, sinon de laisser croire à leur hypothétique influence.

De fait, responsable politique et journaliste forment inévitablement un couple. Lequel a le plus besoin de l' autre? jusqu'où s' étend la complicité? le rapport de force? la corruption intellectuelle? on évolue ici dans le trouble territoire des confidences, du renseignement et du renvoi d' ascenseur. La proximité est telle qu' elle se traduit facilement par des liaisons tapageuses : Sinclair et Strauss-Kahn, Trierweiler et Hollande, etc. Ce journalisme de l' oreiller ne fait que développer la méfiance.

De son côté, le "journalisme d' investigation", très prisé depuis l' affaire du Watergate, contribue à entretenir le préjugé que génère le métier. Documents volés, fuites, enquêtes sulfureuses, renvoient l' image de journalistes évoluant comme chez eux parmi les indics et les espions, dans un espace qui mêle basse police et oeuvre de salubrité. Genre dont finalement, d' ailleurs, le public se montre friand.

Pour dire vrai, les journalistes ne sont ni saints ni démons. Certains sont plus consciencieux, intègres et responsables que d' autres, comme il en est pour les avocats ou les notaires. Les bons paient pour les mauvais : l' impopularité n' est pas forcément équitable.

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Cerveaux en fuite

Publié le par memoire-et-societe

La fuite des cerveaux a été longtemps un phénomène lié au sous-développement. Ainsi, en Afrique, voyait-on les jeunes médecins, à peine leur diplôme en poche, chercher à exercer en Europe plutôt qu' en brousse où ils faisaient pourtant cruellement défaut.

Aujourd'hui, ce sont d' ex métropoles coloniales qui sont elles-mêmes touchées par la vague de l' expatriation. On compte actuellement environ deux millions de ressortissants français installés à l' étranger, retraités et évadés fiscaux compris. Chaque année 120.000 jeunes diplômés quittent le pays. Depuis dix ans, leur nombre a cru de 35%.

Les Français étaient auparavant plutôt casaniers, contrairement aux Britanniques, Italiens et Allemands, exilés précoces aux Amériques. Mais depuis le début des années 2000, la moitié des chercheurs de pointe en économie, biologie et mathématiques de l' Hexagone abandonnent celui-ci, souvent sans projet de retour. Leur destination principale est logiquement les Etats-Unis, où les conditions de travail et de rémunération sont .supérieures. L' Asie et l' Allemagne sont également recherchées.

Les motifs de ces départs sont connus : rareté de l' emploi, perspectives de carrière réduites, poids des hiérarchies, surcharge bureaucratique, encore que la rapide mondialisation des échanges scientifiques tende à élargir l' horizon des connaissances.
D' ailleurs, au moment où la France souffre de la perte d' ingénieurs et de chercheurs qu' elle a formés à ses frais, elle conserve un pouvoir d' attraction sur nombre de non nationaux.

Le CNRS comptait en 2012 1749 chercheurs étrangers sur un total de 11312. L' INSERM 281 sur 2153. L' Institut Pasteur 264 sur 622. La plupart indiquent leur intention de se fixer dans le pays. La France est en tête en matière de partenariats avec les laboratoires européens et américains.

Les recrutements d' organismes publics comme le CEA ou le CNRS n' en restent pas moins largement inférieurs au nombre de thèses soutenues annuellement. Cet écart entre formation et débouchés constitue à l' évidence une forte incitation à l' exil, d' autant que le taux des expatriations professionnelles est étroitement soumis au niveau des diplômes : 0,4% pour les bacheliers, 2,5% pour les détenteurs d' un Doctorat.

Un tiers de nos compatriotes entre 18 et 34 ans envisagerait de s' installer à l' étranger, et le rythme des retours ne cesse de ralentir. La fuite des cerveaux n' est assurément pas une spécificité française. Il est subordonné à un nomadisme général que favorisent la liberté relativement récente de circuler, une curiosité accrue pour l' autre et l' ailleurs, le rapetissement de la planète induit par des technologies de communication toujours plus performantes.

N' empêche : le préjudice intellectuel, économique, technique et humain qu' implique ladite fuite des cerveaux peut créer souci à ceux qu' intéresse à l' avenir d' un pays où , par ailleurs, l' illettrisme concerne un habitant sur 10.

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Le roman du mécontentement français (5)

Publié le par memoire-et-societe

5. Le guet.

Le mécontentement français n' a rien d' un caprice. Il est palpable au quotidien. Avant 1914, Paris passait pour le berceau de la courtoiserie. La ville est aujourd'hui perçue à l' étranger comme la capitale mal tenue du luxe, dont il faut avoir vu les monuments et les sites, humé un "romantisme" vanté par le cinéma, mais aussi évité les escouades de tire-laines et adouci l' humeur revêche des habitants.

La démotivation, l' agressivité, le repli sur soi ont l' air d' y dominer l' atmosphère jusqu' au ras du trottoir, avec sans doute un bémol en province. Des passants foncent droit devant eux, l' oeil rivé sur leur portable, d' autres tiennent conversation sur la chaussée, sans bouger d' un centimètre pour faciliter la circulation. On s' extirpe au dernier instant du wagon de métro bondé en bousculant ceux qui essaient légitimement d' y entrer. L' inattention à l' autre frise le mépris. Le sans- gêne frôle la goujaterie.

Rares sont les lieux publics qui échappent au vandalisme, les façades qu' épargnent les graffitis. Les panneaux indicateurs, les noms de rues, les plans de la cité, recouverts de tags et de zébrures, sont autant de crachats au visage d' une société de laquelle, par ailleurs, on a pris l' habitude d' attendre tout.

On ne peut pas ne pas éprouver un malaise et, pour peu qu' on se donne la peine de s' informer, ne pas en déduire que ledit malaise existe à trois niveaux, plus connectés entre eux qu' on ne croit. L 'institutionnel, le politique et le psychologique :

- la Constitution, faite en 1958 par de Gaulle pour de Gaulle en pleine crise de la décolonisation, est à l' évidence obsolète. Le rajeunissement suppose, au moins, la concentration du pouvoir législatif en une seule Assemblée, la démonarchisation du pouvoir exécutif par le recours au referendum d' initiative populaire, des dispositions électorales plus proches du modèle allemand, une régionalisation exempte de calculs partisans, l' instauration d' une Chambre économique dotée de responsabilités réelles dans son domaine, la redéfinition de Services publics à bout de souffle. Le tout dans un contexte européen peu favorable, avec des finances et une industrie délabrées. La remise sur pied ne peut dès lors être l' oeuvre d' un seul, mais celle d' un collectif soudé par l' enjeu, comme ce fut le cas pour la Reconstruction réussie des années 1945-50.

- S' agissant du personnel politique, un coup de pied dans la fourmilière s' impose, qui mettrait terme au Grand n' importe quoi ( on vient encore de nommer un "Secrétaire d' Etat à la simplicité" !). Un appareil gouvernemental hors coût, des parlementaires enfilant les mandats sans siéger ni déposer le moindre projet de loi, 23 députés et sénateurs pour la seule population des "Français de l' étranger", d' innombrables scandales de double et triple nationalité, cela et le reste est de la provocation. Tout candidat devrait être soumis à des enquêtes préalables de moralité, des tests de compétence et des relevés systématiques d' assiduité garantissant la qualité de la représentation nationale. Pour être entendue, la République se doit de redonner l' image de la vertu.

- Le moral des classes populaires est en berne. La conscience professionnelle, le civisme, le sentiment patriotique ne font plus recette. Le citoyen garde dans la bouche le goût amer de l' abandon de son savoir-faire, du déclin de sa culture et de sa langue, du recul de sa place dans le monde. Bref, sa confiance dans le pays est atteinte. Du temps sera nécessaire pour la rétablir.

Concluons : je ne crois pas avoir, dans cette série d' articles, débordé d' indulgence pour nos défauts. Qui aime bien, on le sait, châtie bien. Pour autant, je ne sous-estime pas notre potentiel. Les énergies sont là, elles demandent la possibilité de se déployer. Le peuple des Français, qui s' emploie à assimiler une immigration de masse et une mondialisation-américanisation brutale, n' est pas "fini". Il guette le moment de repartir, et cette circonstance n' est pas unique dans le roman de sa longue existence.

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Le roman du mécontentement français (4)

Publié le par memoire-et-societe

4. La maladie sénile du socialisme.

On connait la boutade : Mitterrand a tué le P.C, Hollande tue le P.S. En vérité, la Gauche traditionnelle est en plein désamour, déconsidérée par ses échecs, son déphasage et son nombrilisme.

Il y avait pourtant une carte à jouer. En effet, comparée à certaines de ses voisines ( allemande, scandinave ), la classe dirigeante française s' est constamment montrée myope et obtuse. L' actuel président du MEDEF, Pierre Gattaz, P-D.G de Radiall, vient de s' octroyer pour 2014 une augmentation personnelle de 29% tout en restant intraitable sur les salaires et, invité par Hollande à l' accompagner aux U.S.A, en affirmant devant les patrons américains son désaccord avec la politique sociale de son pays.

En 1920, Lénine publiait " La maladie infantile du communisme (le gauchisme) ". On pourrait écrire aujourd'hui "La maladie sénile du socialisme (le carriérisme)". En s' intégrant étroitement au libéralisme, le socialisme hexagonal, sous sa forme social-démocrate, comble d' aise "la Droite la plus bête du monde", comme disait, à l' aube de son évolution, l' ex patron de feu la SFIO, Guy Mollet.

Qu' est-ce que de nos jours le Parti Socialiste? Une vaste armée mexicaine : un peu plus de 100.000 adhérents réels et 100.000 élus à tous les étages du mille-feuilles. Les militants de base? Quelques jeunes gens ambitieux qui collent de rares affiches et s' emploient sur le net, quelques femmes, souvent parentes de candidats, pour ficeler les tracts. Mais des cadres en surnombre, se partageant les places. Des mondains, aussi. Le P.S est d' abord la structure d' accueil des pouvoiristes ayant un jour opté pour " la Gauche". Son implantation dans les milieux dits populaires avoisine zéro. Le P.S contemporain ressemble à celui du "Front popu" comme les Grecs actuels aux Athéniens de l' ère socratique.

Ce socialisme du troisième âge est cossu et tristounet. Il vit avec gourmandise dans les ors de la République. Son siège, rue de Solférino, dans le VIIème arrondissement de Paris, est la basilique d' où un cardinal éphémère ( Harlem Désir, Cambadélis ) dispense à des masses distraites la Parole juste. Ses stars se dispersent à travers le monde pour aller vanter, sinon vendre, la qualité des produits français : chasseurs à réaction, missiles, chars d' assaut, tous faisant d' ailleurs leurs preuves sur le terrain, en l' occurrence les sables africains. Mais même les prouesses martiales du P.S n' arrivent pas à attendrir la Droite et les Américains : le patronat n' embauche toujours pas, Obama se montre parfaitement indifférent aux misères faite à la BNP. Encore un effort, camarades !

A l' origine, le parti ouvrier de Jaurès projetait de renverser l' Etat capitaliste. Celui de Mitterrand et de Hollande vise à s'y maintenir avant d' y mourir de vieillesse. Quant au monde des travailleurs pauvres, de la classe moyenne inférieure, des chômeurs et des exclus divers, il garde la fâcheuse impression de s' être fait cocufier.

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Le roman du mécontentement français (3)

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3. L' abstentionnisme .

Ce blog a régulièrement traité du problème : en 2011 ( 15 septembre : " Le premier parti de France " ), en 2012 ( 5 avril : " L' abstention est-elle marginale ? " ), en 2013 ( 7 avril : "Apolitisme " ), en 2014 ( 11 avril : " La nouvelle abstention ", 14 avril : " Pouvoir politique et illusion électorale " ). On ne va donc pas reprendre ici des développements déjà énoncés.

En 2011, aborder le thème faisait hausser les épaules et soupçonner d' irresponsabilité. En 2014, l' abstention, phénomène inscrit dans le paysage politique, suscite l' intérêt des historiens et des sociologues. Le réflexe consistant à ressasser que le droit de vote est l' aboutissement d' une dure conquête dont les Françaises ne bénéficient que depuis 1945, et que par conséquent le négliger est une trahison civique, cette antienne-la commence à s' émousser. Tiens, on vote moins dans les zones ouvrières et chez les Jeunes...Une guerre de retard.

Depuis 2002, la sonnette a pourtant retenti aux oreilles des politologues. Défaite de Jospin, rejet du projet de Constitution européenne, réduction régulière des suffrages des partis de gouvernement, la dérobade du citoyen grippe de plus en plus les mécanismes d' une représentation soudain mise en question, et ternit l' image d' un produit que l ' Occident s' applique à exporter tel quel, de l' Afghanistan à l' Irak et du Mali à l' Ukraine. L' embrigadement électoral est-il encore une voie vers plus de justice sociale et la fin des dominations ? semble se demander la France d' en bas.

Alors que faire ? interrogent aussitôt ceux qui au fond n' entendent rien bouger. Rendre le vote obligatoire dans un "Etat de droit" ? compter les votes blancs, sorte d' esquive sans portée ni signification lisible ? Peut-être assainir, osent suggérer certains. Désarmer les pratiques de partis déconsidérés dans l' opinion, de leurs apparatchiks, des lobbys qui circulent comme chez eux dans les couloirs du Parlement, des établissements financiers qui couvrent les opérations les plus douteuses. Ces pratiques sont directement responsables de la montée du populisme, du discrédit des élus, de la fragilité des majorités, d' un électoralisme paralysant, d' une permanente démagogie et de la corruption des esprits, sinon des comptes en banque.

Ensuite, là réside le plus difficile, élaborer une représentativité fondée sur des critères nouveaux, adaptés aux évolutions sociales (stade et perspectives de développement, données historiques, géographiques, démographiques, culturelles). Encore une fois, il ne saurait s' agir de mise en cause d'un choix citoyen dont les actuels gouvernants d' ailleurs n' hésitent pas à s' affranchir quand ça leur chante ( traité européen, dépeçage du territoire national ), mais de réajustement et de toilettage dont, depuis des décennies, nos négligents "représentants" se sont désintéressés. Car, au-dessous d' un certain étiage, l' abstention en France témoigne d' un malaise pluriel qui affecte les institutions, les responsables et le moral des troupes.

( à suivre. Prochain article : La maladie sénile du socialisme )

Publié dans société

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