SUR LA COLLECTION CHTOUKINE

Publié le par Jean-Pierre Biondi

La Fondation Vuitton à Paris expose pour plusieurs semaines encore "Icônes de l' Art moderne", la collection du Russe Sergueï Chtoukine (Moscou 1854-Paris 1936), devenue propriété des musées de l' Ermitage à Saint-Pétersbourg et Pouchkine à Moscou.

Le richissime collectionneur a connu et fréquenté tous ceux (artistes, marchands, critiques) qui ont animé l' avant-garde artistique de 1880 à 1914 et , du même coup, annoncé la révolution dans la peinture contemporaine.

On se sent noyé devant le déferlement de ces 130 oeuvres majeures. Tout le monde ou presque, en tout cas parmi les Français, est là, malgré quelques absents de marque (Caillebotte, Seurat, Berthe Morisot, Bonnard ou Boudin). Le plus révélateur dans ce fastueux bouquet est peut-être la hiérarchie qui, peu à peu, se dégage des choix de celui que son entourage traitait de "fou".

Chtoukine (par ses "conseils", Durand-Ruel, Vollard, Kahnweiler) laisse filtrer ses préférences : Monet, Cézanne, Gauguin, Matisse et Picasso ont droit à une salle entière. En 1910, c' était de la démence. Picasso, dont je ne suis pas un inconditionnel, s' impose indubitablement: de 1900 à la Révolution d' Octobre (laquelle,grâce à Lounatcharsky, Commissaire du Peuple à l' Instruction publique et à l' écrivain Gorki, a respecté la collection), Chtoukine a été son fidèle acheteur. Cela facilite la lisibilité du parcours de l' Espagnol (communiste quand son mécène était contraint à l' exil par les "Rouges") et le décryptage historico-artistique de cette époque pleine de contradictions, de bruit et de fureur.

La peinture d' avant-garde (fauvisme, constructivisme,cubisme) n' était pas spécialement la tasse de thé des bolchéviks. Lénine y voyait volontiers du snobisme petit-bourgeois et lui préférait un rassurant académisme. Staline, dans les années 30, a montré ce que devait être un art "prolétarien". N' empêche: le courant mondial a tout emporté. "Le déjeuner sur l' herbe", "La vigne rouge" et "La montagne Sainte Geneviève" ont poursuivi le récit séculaire sur l' Art dont Malraux disait qu' il posait la "question de la Transcendance".

 

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