LE MAQUIS DE CAMILLE BOMBOIS

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Pour la "peinture naïve" et  l' "art brut", l' effet naît d' un rendu où l' oeil, étranger à la façon socialisée de regarder, substitue à celle-ci une image première de la perception. Le douanier Rousseau est le modèle du genre, et avec lui des peintres autodidactes comme Vivin, simple employé des Postes, Séraphine de Senlis, servante,  Beauchant, fonctionnaire de base. " Bruts de décoffrage ", c' est le mot.

Camille Bombois relève de la série. Issu de modestes bateliers de Bourgogne, il commence dans la vie en tant qu' ouvrier agricole et terrassier, puis, doté d' une force musculaire exceptionnelle, devient lutteur dans les foires et les cirques. Il arrive à Paris en 1907 sans le sou, et trouve à se nicher dans les masures,- depuis longtemps rasées-., qui couvraient encore une partie des Hauts de Montmartre. Il décoche un emploi d' ouvrier dans le métro et passe ses heures de liberté à observer le travail de ses voisins de quartier, Gen Paul, Suzanne Valadon, la bohème du Bateau Lavoir, toute une faune de sculpteurs, de graveurs ou de dessinateurs méconnus. Alors la tentation de peindre le saisit à son tour. Pour le plaisir, pas pour la gloire ou la fortune.

Bientôt la guerre l' envoie en première ligne, dont il revient sain et sauf. Une surprise l' attend : pendant son absence, sa femme a vendu tous les tableaux qu' il avait laissés à son départ. Parfait. Il prend un boulot de bobineur dans une imprimerie de nuit, peint le jour, et dort au crépuscule.  En 1922, trainant à la traditionnelle "Foire aux crôutes", sur la Colline anarcho-pacifiste peuplée d' artistes estropiés, le critique Noël Bureau remarque des toiles, déposées sur un trottoir. Il les signale à des clients américains qui s' entichent pour cette production. Bombois approche la quarantaine. Il lâche alors tout pour se consacrer à son oeuvre. On l' accroche à San Francico, à New York, puis à Zurich et Genève. Il a encore quarante autres années devant lui, durant les quelles la peinture naîve et les Arts premiers s' affirment comme expression fondamentale de la réalité . 

En France, on le trouve, bien sûr, au Musée d' Art moderne du Centre Pompidou, au Musée Maillol, et au Musée d' Art brut de Villeneuve d' Asq, près de Lille. Une rue de Belleville, à Paris, porte son nom. Mais, célébré et fêté, Bombois n' a jamais renié ses origines prolétariennes ni la cahute du "maquis" de la rue Caulaincout, pigeonnier misérable ouvrant sur le paysage usinier de la banlieue nord, où s' est fondée son oeuvre.

Publié dans culture

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