Les "sanzistes"

Publié le par memoire-et-societe

Les évènements ou phénomènes artistiques régionaux sont souvent occultés par le jacobinisme parisien : Rouen, Strasbourg, Nantes, Lille, Toulouse, Grenoble, Aix-Marseille, Nice ou Montpellier, pour ne citer que quelques cas, ont été, sont toujours, des foyers de création injustement sous-estimés dès qu' ils ne font pas l' objet d' une consécration publique par la capitale, à l' exemple de Metz ou de Lens. Ces deux dernières bénéficient en réalité davantage d'une délégation politico-artistique que d' une reconnaissance comme agents d' expression culturelle endogène. La décentralisation des esprits reste à conquérir..

Ainsi, qui connait, hors de l' aire strictement lyonnaise, le "sanzisme " (lire : sans terminaison en "isme"), mouvement né au lendemain de la seconde guerre mondiale dans une "capitale des Gaules" jamais fâchée de faire la nique au parisianisme ? Lyon déjà -que Baudelaire qualifiait de "bagne de la peinture" en songeant à l' exploitation que faisaient les Soyeux de leurs "dessinandiers"- était loin d' être table rase en matière d' art plastique. Une "Ecole" y était née à l' occasion d' un Salon en 1819, annonçant les préraphaélites anglais pour aboutir au pré-impressionnisme et à Puvis de Chavannes. Ses principaux animateurs, Révoil, Orsel, Berjon, Ravier, ont indéniablement pesé sur la suite, marquant sur des artistes comme Dufy ou Picasso lui-même.

Les " sanzistes", nés, eux, d' une exposition-manifeste organisée en 1948 dans la chapelle du lycée Ampère par des étudiants des Beaux-Arts, ont fait alors une percée spectaculaire dans le débat Abstraction- Nouvelle Figuration. Puisant leurs sources dans l' Ecole de Paris, s' inspirant aussi bien du pointillisme et du fauvisme que des Nabis et du surréalisme, ils ont délimité,entre Saône et Rhône, un lieu de renouvellement unique au large des rives de la Seine pour la communauté des plasticiens :

André Cottavoz s' est illustré par sa recherche d' une lumière émanant de la toile même, comme dans les oeuvres de Derain. Apprécié à l' étranger, il est présent en force dans les musées japonais et italiens ;

Jean Bansac, un ami de Breton, était surtout connu comme architecte. Ses tableaux, proches de certains Naïfs, se sont appliqués à prolonger la démarche cézannienne ;

Jacques Truphémus, admiré par Balthus et admirateur de Bonnard, a connu le succès dans tous les genres, notamment le portrait et les natures mortes ;

Jean Fusaro a peint en résonance avec des artistes comme Ensor ou Chagall : non pas dépassé mais assimilable à eux en tant qu' aquarelliste et muraliste.

Arrêtons là.Les sanzistes ont aujourd'hui disparu. Leur testament s' est écrit en 2003 dans une rétrospective que leur ville leur a consacré. On en retient qu'ils ne se sont jamais laissé enfermer dans les "ismes", manifestant par là leur identité au sein de l' avant-garde. Héritiers des Coloristes, des Zinards chers à leur compatriote et critique Henri Béraud, et de "Témoignage", le groupe de Bertholle et Le Moal, ils ont montré qu' on pouvait emprunter sans copier, et trouver d' autres voies pour d' autres résultats. En ce sens, le sanzisme a su cultiver, parallèlement à la modernité, la singularité qui fait son intérêt.

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Skidille 04/04/2014 21:35

Cher Monsieur, vous posez la question : Ainsi, qui connaît, hors de l'aire strictement lyonnaise, le "sanzisme " (lire : sans terminaison en "isme"), mouvement né au lendemain de la seconde guerre mondiale dans une "capitale des Gaules" jamais fâchée de faire la nique au parisianisme ?
Je vais vous raconter une histoire étonnante. A l'invitation de mon meilleur ami qui y réside je suis allé à Cape town en South-Africa (SA), Afrique du Sud. Mon ami est un passionné d'art et plus particulièrement des grands maîtres SA. Chaque jour une aventure différente dans cet incroyable pays et chaque jour, au hasard de nos découvertes, nous jetions un œil dans les galeries de peintures ou chez les antiquaires par pure curiosité. Un jour, à quelques kilomètres de Cape Town nous visitons la boutique d'un antiquaire et quelle ne fut pas ma surprise de voir au mur un panneau sous 2 aquerelles et une huile un panneau : French listed Artist. Forcement je m'approche intrigué et découvre 3 œuvres de Paul Clair (sanziste lui aussi et que vous n'avez pas nommé, ami d'Anne-Marie Galtier). Incroyable, un français, me dis-je ! Mais qui est ce "Paul Clair" ??? L'affaire s’arrête là.
De retour en France je cherche « Paul Clair » sur internet et entre de plein fouet dans un monde inconnu : le sanzisme !
Je suis français du Limousin donc pas de Lyon. Je réside près de Marseille depuis 20 ans. Le sanzisme ? Kézako (qu'es aco en provençal) ? Je n'en ai jamais entendu parler. Du coup je me passionne pour ce mouvement inconnu et le fais découvrir à mon ami Sud-Africain. Ni une ni deux, j'écris de France à l'antiquaire. Je le "torture gentiment moralement" pour qu'il se souvienne où il a acquis ces œuvres mais il se souvient uniquement qu'elles proviennent d'une succession. Le nom de cette famille ? demandai-je. Impossible de le savoir. Bref, je ne sais pas comment ces œuvres lyonnaises sont arrivées si loin de leur pays d'origine mais j'ai acquis l'huile et une des 2 aquarelles... et les voilà maintenant de retour en France.
Depuis je suis imbattable et intarissable sur le Sanzisme et j'en parle à qui veut l'entendre. Je n'ai réussi à dénicher qu'1 seul exemplaire du livre Les Sanzistes Ou La Renaissance De La Modernité - Edition Bilingue Français-Anglais d'Alain Vollerin. Je souhaite ABSOLUMENT en trouver un deuxième pour l'offrir à mon ami qui riait de me voir faire et devant mon plaisir à recevoir les Paul Clair.
J'ai fait restaurer l'huile et fait découvrir ainsi le « sanzisme » à ma restauratrice mais aussi à une amie qui a fait l'école des beaux arts de Perpignan. Alors à quand une nouvelle belle et grande exposition concernant ce mouvement qui ne voulait ressembler à aucun autre ?
Merci pour votre article. Et que vive l'art.