22 mars

Publié le par Jean-Pierre Biondi

Il est à prévoir que les proches élections départementales françaises se traduiront par une nouvelle poussée de l' abstention, fait politique majeur depuis une bonne dizaine d' années.

La Vème République est visiblement à bout de souffle, mais l' oligarchie refuse, bien sûr, la nécessaire remise en cause qui aboutirait à son propre effacement. On ne demande pas à des privilégiés du pouvoir de se faire hara-kiri. La Vème République est un régime monarchique vieux de 57 ans, conçu par et pour un homme, de Gaulle. Celui-ci en a bénéficié durant 11 ans, achevant une décolonisation que la IVème était dans l' incapacité de régler, et renforçant la position de la France sur la scène internationale. Tout aurait pu s' arrêter là. La nomenklatura ne l' entendait évidemment pas ainsi. Pompidou, malade, a régné cinq ans à peine sur la lancée de son prédécesseur, le charisme en moins, tout en esquissant la modernisation d' une économie déjà vieillissante.

Avec Giscard, on a retrouvé, sous un vocabulaire rajeuni, la monarchie familière de la bourgeoisie orléaniste provinciale (le referendum de 1969, qui avait provoqué le départ de de Gaulle, l' annonçait). Puis, avec l' avènement de Mitterrand, fruit de la rivalité Giscard-Chirac, cette exception typiquement française : une monarchie socialiste assaisonnée de social-affairisme, "les années fric".

Chirac ensuite, a été le Roi fainéant de cette dynastie décadente : douze ans de moelleux déclin où, les trente "glorieuses" oubliées et l' endettement n' inquiétant personne, l' Etat s' est aisément habitué à vivre au-dessus de ses moyens. Ce gaullisme élimé, teinté de radicalisme corrézien, a fait soudain place à la voyoucratie des Hauts de Seine, Pasqua, Balkany et consorts. C' est le rejet du sarkozisme qui a créé Hollande, alliage de bonhomie et d' irrépressible appétence social-libérale. Lequel Hollande, après stage de réflexion auprès de la chancelière Merkel, a chargé ses fougueux janissaires, Valls et Macron, d' imposer le Bad Godesberg revu par Astérix dont on parlait depuis des décennies dans les embrasures de fenêtres.

La Vème a pensé à tout, et le bilan n' est pas terrible. Le problème n' est donc pas d' élire des conseillers cantonaux, personne, mais vraiment personne, sauf les lobbys à l' affût de galette budgétaire et les apparatchiki soucieux de leur avenir, ne s' intéressant au contenu de cette enfumade . Ce que, de l' avis des sondeurs, attend la majorité des citoyens pour retourner aux urnes, c' est le glas d' institutions obsolètes qui châtrent notamment les chances de croissance et les moyens d' une plus équitable redistribution, bref un changement de République. Aux "politiques" de proposer (ne serait-ce qu' un rééquilibrage constitutionnel entre Exécutif et Législatif), aux électeurs remotivés de trancher.

L' égocentrisme de l' UMP et du PS, l' irréalisme d' un populisme qui n' aboutirait qu' à couper la France de l' Europe, les râles pathétiques de la "gauche de la gauche", tout aujourd' hui ne semble-t-il pas, approfondissant la crise de la représentativité démocratique, pensé pour inciter à rester chez soi le 22 mars? Là n' est sans doute pas la solution miracle. Mais, au-delà du geste de renoncement d' un citoyen sur deux, une façon encore pacifique de rappeler l' espoir de vrai renouveau.

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